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7 août 2011

Chocolat, Joanne Harris

A peine installée dans mon nouvel appartement
- enfin, disons que les cartons et les meubles y sont posés
mais pas encore rangés -

me voilà partie en vadrouille dans mon sud ouest natal !

Pour les photos d'Irlande, je vous demande
un peu de patience... et le temps de retrouver
mon câble d'appareil photo !
Mais il est temps que mon blog se réveille

de sa très (trop) longue torpeur estivale.
Et je tenais à le faire avec un roman qui m'a conquise au début de l'été...

ChocolatChocolat est le roman le plus connu de la romancière britannique Joanne Harris. Née en 1964 d'un père anglais et d'une mère française, Joanne Harris est également l'auteure, entre autres, de Dors, petite sœur, Les cinq quartiers de l'orange, Vin de bohèmeet Le rocher de Montmartre (la suite de Chocolat).

Lansquenet, petite bourgade du Sud de la France, entre Toulouse et Bordeaux. Un village où il ne se passe rien. Un village où les comérages vont bon train. Un village où la parole de l'Eglise prime.
Le jour où Vianne Rocher, jeune mère célibataire, décide de reprendre l'ancienne boulangerie et de la transformer en confiserie, aidée de sa fille Anouk, le village se divise. Entre les partisans des douceurs de Vianne et ceux qui voient en elle la tentation suprême la veille du Carême, des clans se forment...

Quelle lecture ! Tout comme dans Le coeur cousu de Carole Martinez, Joanne Harris nous entraîne ici dans une intrigue riche, très poétique, portée par des personnages féminins forts.
Alliant subtilement le plaisir charnel au plaisir de la bonne chère, distillant ses sucreries comme des remèdes, le personnage de Vianne fait partie de ceux que l'on n'oublie pas facilement, d'autant plus que le roman adopte son point de vue (en alternance avec celui de son grand ennemi, Reynaud, le curé).

Tout est fait pour que le lecteur plonge avec délice dans cette histoire. Le huis-clos, tout d'abord, dans le petit village de Lansquenet ; l'atmosphère lourde, pesante, ensuite, autour de cette jeune mère et sa fille. Les regards peu amènes des villageois, enfin, et la désapprobation de l'Eglise par l'intermédiaire du personnage du curé.
Il fait chaud, cela sent bon, c'est douillet chez Vianne Rocher et Joanne Harris réussit à merveille à créer un huis-clos dans lequel la confiserie de son héroïne tient lieu de refuge maternel aux relents sucrés très utérins. Le chocolat, ainsi que toutes les douceurs confectionnées dans la confiserie, est érigé au rang de plaisir divin par les villageois, certains se cachant pour pêcher, d'autres bravant l'interdit religieux du Carême et les imprécations du curé pour mieux se régaler.

Petit détail, enfin, qui n'est pas anodin dans ce roman et qui participe de cette ambiance désuète : l'absence de temporalité nous fait, à tord, croire que l'intrigue se déroule au début du 20e siècle, avant que des détails technologiques égrainés ça et là ne nous indiquent une époque. Longtemps, je me suis imaginée un petit village français au début du siècle dernier...

coup_de_coeur_2011

Une lecture qui m'a complètement charmée par son côté chaleureux frôlant le fantastique, son humanité et son aspect culinaire. Un nouveau coup de coeur, c'est certain ! Le huitième de cette année...

"Je vends des rêves, de menues consolations, d'exquises tentations inoffensives pour qu'une multitude de saints dégringolent de leur piédestal et viennent se fracasser au milieu des noisettes et des nougatines." (p.61)

"Je me suis efforcé de ne pas regarder les étagères de friandises : des boîtes, des rubans, des noeuds dans des teintes pastel, des monticules de dragées couleur or et argent, des violettes en sucre et des feuilles de rosier en chocolat. Cette boutique tient nettement du boudoir, avec son atmosphère intime, son parfum de rose et de vanille." (p.73)

"Les enfants, lumineux canards de plastique dans leurs imperméables et leurs bottes, braillent et pataugent en traversant la place, et leurs cris ricochent sur les nuages bas." (p.128)

 

Challenge La littérature fait son cinéma 3e catégorie

Et comme ce roman a donné lieu à une adaptation cinématographique par Lasse Hallström en 2000 avec Juliette Binoche et Johnny Depp, voici ma sixième participation au Challenge La littérature fait son cinéma de Will.

 

 

 

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15 avril 2010

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

le_cercle_litteraire_des_amateurs_depluchures_de_patates1Je viens de terminer Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, roman largement plébiscité par les lecteurs ces derniers temps. Malheureusement, son auteure, Mary Ann Shaffer, n'aura  pas eu le temps de voir son livre publié, décédant en 2008 à l'âge de 74 ans.

Janvier 1946. Juliet, jeune auteure en mal d'inspiration, reçoit un matin une lettre d'un inconnu de l'Île de Guernesey, ayant en sa possession un recueil de textes qui lui a appartenu.
Désireux d'en savoir plus sur Charles Lamb, l'auteur du recueil, Dawsey Adams demande à Juliet de le mettre en contact avec une librairie londonienne, ce que la jeune femme fait avec joie. Les échanges cordiaux entre les deux personnages se poursuivent au fil des semaines, allant jusqu'à s'élargir aux autres habitants de Guernesey...
Au fil de sa correspondance, Juliet va pénétrer dans l'intimité des habitants de cette petite île, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et découvrir leur fameux cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates... Au point de vouloir quitter Londres pour découvrir Guernesey et ses habitants...

Quelle plume agréable ! D'une lecture fluide, ce roman me laisse une très bonne impression, une fois la dernière page tournée.
La forme épistolaire, si elle ralentit l'action en différant les événements, permet d'apporter un rythme particulier à l'intrigue, lent sans être ennuyeux.  Pourtant pas adepte de cette forme littéraire, j'ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture !
Les différents personnages dépeints par les auteures ont une psychologie relativement développée, avec la particularité d'être esquissées par les autres personnages au fil des lettres. L'idée de faire débuter la correspondance de Juliet avec un seul habitant de Guernesey puis d'étendre celle-ci à quasiment tous les habitants de l'île, permet d'avoir un panel de personnages très intéressant. Chacun raconte ses souvenirs de guerre, sans jamais tomber dans un pathos larmoyant, malgré quelques anecdotes dures. Le ton est délibérément joyeux, malgré le sujet.
En parallèle de cette correspondance qui va nourrir son sujet d'écriture, Juliet relate ces événements à Sidney, son éditeur, et Sophie, la sœur de celui-ci, permettant au lecteur de combler les ellipses de la narration.
Il fait bon vivre à Guernesey, et ce roman, à la fois léger et drôle, permet de passer un très bon moment de lecture, à mi -chemin entre l'évasion sur cette île et les témoignages de guerre.
Je remercie 51373085 de m'avoir envoyé ce roman.47287542

Et hop ! Une lecture de plus pour Mon challenge Livraddict ! 4/10

6 octobre 2015

Les Contes Macabres, Edgar Allan Poe et Benjamin Lacombe

Les contes macabresLes contes Macabres est un album de Benjamin Lacombe paru en 2009 dans la collection Métamorphoses des Éditions Soleil.

Piochant sept nouvelles dans les recueils Histoires extraordinaires et Nouvelles histoires extraordinaires publiés en 1839 par l'auteur américain Edgar Allan Poe, Benjamin Lacombe les met en scène et les illustre avec le talent qu'on lui connaît. Ainsi, c'est Bérénice, Le Chat noir, L'Ile de la fée, Le Coeur révélateur, La Chute de la maison Usher, Le portrait ovale et Morella qui prennent vie sous le crayon du jeune et talentueux illustrateur français.

L'album en lui-même est un petit bijou, comme chaque album de Benjamin Lacombe, et chaque détail est particulièrement soigné, permettant au lecteur de s'immerger dans l'imaginaire sombre et torturé de Poe. Dès la couverture, le ton est donné, et celui-ci se poursuit au fil des pages, mêlant habilement le talent de Poe et celui de Lacombe. Ce dernier joue avec les couleurs de pages, se réapproprie tout, y compris les typographies, pour mieux rendre hommage au maître du romantisme américain. La traduction de Baudelaire accompagne ce duo et parfait le tout.

A la fin de l'album, une courte biographie des trois auteurs de cet album - respectivement Poe, Baudelaire et Lacombe - mêle les genres et les époques pour un rendu savoureux.

Je ne suis pas objective en ce qui concerne Benjamin Lacombe car j'apprécie tout particulièrement son trait et même si l'on peut lui reprocher de toujours offrir la106229515 même esthétique à ses albums - ce qui par ailleurs pourrait être une grande qualité aussi - j'avoue avoir éprouvé beaucoup de plaisir à la découverte de cet album longtemps remisé dans ma PAL. Après La Petite Sorcière, Grimoire de Sorcières, Notre Dame de Paris et Léonard et Salaï, Benjamin Lacombe m'enchante toujours autant...Et voici ma deuxième participation au Challenge Halloween organisé par Lou et Hilde. (si on considère mon Read-a-Thon d'Halloween de dimanche comme la première !)

Poe par LacombeAutoportrait de Lacombe

Planche 3

25 juillet 2019

Le coeur et l'esprit : vivre le travail autrement, Leah Weiss

Le coeur et l'espritLe coeur et l'esprit est un essai de la chercheuse et professeure américaine Leah Weiss paru en janvier aux éditions Harper Collins.

Comment donner du sens à son activité professionnelle ? Être davantage  bienveillant avec ses collègues ? Plus à l'écoute ? En pratiquant la pleine conscience. Introduire cette pratique méditative dans la sphère professionnelle permet de développer des qualités d'écoute et de présence qui changent sa façon d'être au monde.

Lea Weiss reprend dans cet ouvrage les grandes lignes du cours qu'elle donne sur la pleine conscience et la compassion à l'Université de Stanford.
Scindé en trois parties, Le coeur et l'esprit permet une approche théorique très étayée sur le sujet alliée à des exercices concrets pour mettre en pratique ce que les études démontrent.
1/ Donner un sens au travail, c'est possible : dans cette première partie, et après une introduction des plus complètes, l'auteure revient sur la notion d'environnement professionnel toxique, explique les bienfaits concrets de la pleine conscience et développe l'idée d'embodiment, la pleine conscience du corps.

2/ Apporter tout ce que nous sommes au bureau : la deuxième partie de l'essai permet de réfléchir concrètement à sa présence professionnelle et en donner le meilleur, en cultivant notamment la compassion, en prenant soin de soi mais aussi en étant à l'écoute de ses émotions et en évitant de les réprimer.

3/ Échec et réflexion : les marques du succès : dans cette troisième et dernière partie, Leah Weiss revient sur la notion d'échec pour mieux avancer avant de s'intéresser à la question de la résilience et du futur des entreprises, plus concernées par le bien-être de leurs employés.

Une lecture extrêmement riche et dense sur la question de la pleine conscience au travail, pourvue d'une bibliographie conséquente. L'alternance d'apports théorique - notamment par le biais d'études - et d'exercices pratiques permet d'alléger le propos. Ce dernier souffre parfois de quelques lourdeurs, dues au fait que l'essai découle d'un cours universitaire, mais la lecture n'en demeure pas moins des plus instructives pour qui veut se pencher sur sa sphère professionnelle et trouver une certaine forme d'apaisement et de sérénité. Un grand merci aux éditions Harper Collins pour la découverte de ce livre.

8 juin 2019

Les gratitudes, Delphine de Vigan

Les gratitudes, de ViganLes gratitudes est le dernier roman de la romancière et scénariste Delphine de Vigan. Dexuième tome d'une trilogie qui peut se lire de façon indépendante et entamée avec Les loyautés, il est paru en mars dernier aux éditions JC Lattès. 

"On croit toujours qu'on a le temps de dire les choses, et puis soudain c'est trop tard." Pour Marie, il est trop tard. Elle n'a pas réussi à dire merci, à exprimer toute sa gratitude à Michka, la voisine qui s'est occupée d'elle quand elle était petite, quand sa mère, dépassée par sa maternité, la négligeait. A cette voisine tant aimée qui était là, telle une grand-mère bienveillante, pour s'occuper d'elle, la veiller, la consoler, la nourrir, la rassurer. Michka est partie avant que Marie ait pu lui dire tout ça. Alors Marie se souvient des derniers mois de Michka, après son installation dans une EHPAD. Jérôme aussi, se souvient, lui qui a accompagné la vieille dame dans ses derniers mois, lui faisant travailler les mots qu'elle oubliait. 

C'est la première fois que j'ouvre un roman de Delphine de Vigan et autant vous dire que j'ai pris une grosse claque.
La romancière dépeint tout en pudeur le délicat sujet de la vieillesse et de la perte d'autonomie et de capacités. Michka plonge souffre progressivement d'aphasie et les mots lui échappent, au fil des jours, malgré le travail qu'elle mène avec Jérôme, son orthophoniste. La vieille dame s'enferme progressivement dans ses pensées, incapable d'exprimer ce qu'elle souhaite.
La jeune Marie, regrettant de ne pas avoir pu exprimer sa gratitude à Michka, se remémore ces derniers mois avec la vieille dame, et la narration alterne entre son point de vue et celui de Jérôme, tandis que des cauchemars de Michka émaillent l'ensemble.
La plume de Delphine de Vigan est à la fois poétique et subtile et embrasse ces deux sujets - la vieillesse et les regrets- avec une pudeur et une finesse rares. L'aphasie dont souffre Michka est abordée parfois avec humour, parfois avec amertume, quand la vieille dame confond les mots et les mélange. La romancière parvient à offrir une visée universelle à son propos. J
'ai plus d'une fois eu les larmes aux yeux durant ma lecture, l'auteure réussissant à toucher du doigt cet intime qui nous concerne tous. Ces regrets, parfois, de n'avoir pas pu, pas su, tout dire avant qu'il ne soit trop tard. Un roman aussi court que bouleversant. Une très belle lecture. 

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31 janvier 2019

Un prof heureux peut changer le monde, Thich Nhat Hanh et Katerine Weare

Un prof heureux peut changer le mondeUn prof heureux peut changer le monde est un essai coécrit par le moine bouddhiste vietnamien Thich Nhat Hanh et l'universitaire britannique Katherine Weare. Il est paru en mai 2018 aux éditions Belfond.

Dans cet essai préfacé par Jon Kabat-Zinn - élève de Thich et professeur de médecine qui promeut la pleine conscience pour réduire le stress - les deux auteurs nous présentent huit pratiques de pleine conscience à mettre en place en classe :

1/La respiration : entrer en contact avec sa respiration, et respirer en pleine conscience dans la vie quotidienne.

2/La cloche de pleine conscience : pourquoi sonner la cloche, l'inviter et comment l'écouter avec ses élèves.

3/ S'assoir : s'assoir comme une montagne et trouver la meilleure position assise.

4/ Marcher : marcher pour juste marcher, et marcher en pleine conscience en cercle.

5/ Le corps : corps et esprit réunis, les dix mouvements de la pleine conscience, la relaxation profonde, s'allonger dans la classe. 

6/ Manger : manger en pleine conscience, le cosmos dans une carotte, la méditation de la mandarine, faire un repas en pleine conscience.

7/ Prendre soin de nos émotions  : ni boue ni lotus, utiliser la respiration pour entrer en contact avec ses émotions, l'arbre sous la tempête, la méditation des cailloux.

8/ Être ensemble : l'écoute profonde et la parole aimante, partage en cercle, le nouveau départ. 

A travers ces pratiques, expliquées, détaillées, et en toute laïcité, Thich nous transmet l'essence même de la pratique de la pleine conscience, pratique centrale du Village des Pruniers, qu'il a fondé en 1982 en Dordogne après son exil du Vietnam, son pays d'origine, alors qu'il militait pour la paix. Les principes sont clairs, les pratiques expliquées et adaptées selon le public, et la pédagogie bien amenée. 
J'ai adoré parcourir ce livre, prendre des notes, réfléchir à ma propre pratique. Avoir envie de pratiquer plus, bref, j'ai adoré !  Adeptes de la méditation ou non, enseignant ou non (même si le livre est clairement adapté pour le milieu scolaire !), vous trouverez dans cet essai une foule de pistes et de réflexions pour mettre en place un temps de pleine conscience. 
Pour ma part, après avoir dévoré le livre, et après de nombreuses années de pratique personnelle seule ou avec des enseignants, j'ai mis en place un atelier bien-être dans mon lycée, durant lequel je propose à mes élèves un temps d'échange thématique et une pratique de méditation. Et le retour est vraiment positif ! A tel point qu'avec les infirmiers et les CPE, nous allons mettre en place un atelier hebdomadaire de gestion du stress au retour des vacances de Pâques, pour préparer à la période des examens. 
Bref, ce livre a été la petite goutte d'eau dont j'avais besoin pour me lancer dans le cadre éducatif. Un incontournable pour enseigner aujourd'hui et rendre plus serein le climat scolaire. Une parfaite lecture pour clore le Challenge Feel Good, partagée avec Myrtille 
et Amélie. Je rédigerai un autre billet de clôture du challenge en début de soirée. 

Jour 31 du Challenge Feel Good 

  Retrouvez toutes les informations et l'agenda sur la page du challenge ! 

       

 

27 avril 2019

La vérité sur Dix petits nègres, Pierre Bayard

La vérité sur dix petits nègresLa vérité sur Dix petits nègres est le dernier essai de critique policière de l'universitaire et psychanalyste Pierre Bayard. Il est paru en janvier aux éditions de Minuit. 

Tout le monde connaît le célèbre roman d'Agatha Christie, Les dix petits nègres. Dix personnages, sur une île en pleine tempête, sont tués chacun leur tour, tandis qu'une comptine macabre hante les murs et que des statuettes disparaissent au fur et à mesure des meurtres. Et si le meurtrier n'était pas celui que la Reine du crime a désigné comme tel ? Et si, malgré tous les indices, les lecteurs du monde entier s'étaient fourvoyés depuis quatre-vingts ans en n'identifiant pas le bon coupable ? Pierre Bayard donne la parole au meurtrier pour qu'il explique ce qui s'est réellement passé sur l'île. 

Entre Pierre Bayard et moi, c'est une histoire qui dure depuis longtemps. Je l'avais découvert avec sa première critique policière Qui a tué Roger Ackroyd ? il y a dix ans, et, conquise, j'avais poursuivi avec L'affaire du Chien des Baskerville, Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? et enfin Et si les oeuvres changeaient d'auteur ?  
A chaque fois séduite par son style et sa déconstruction des grands classiques de la littérature, j'ai succombé à l'appel de son dernier essai, après être allée l'écouter en parler à la Librairie Autour du Monde près de chez moi.   
Encore une fois, il nous entraîne dans une relecture d'un classique du genre et cherche les invraisemblances du texte pour en proposer une solution alternative élégante, plausible et logique.  
L'exercice de style n'est pas évident mais Pierre Bayard s'en sort avec brio, comme toujours, empruntant aux illusions d'optique, à la psychologie, à la prestidigitation ou encore aux fantasmes liés à l'île pour expliquer son raisonnement.  
Nul besoin d'avoir parfaitement l'oeuvre de Christie en tête, le début de l'essai étant consacré à un résumé des personnages, des faits et de leur chronologie dans l'oeuvre originelle. S'ensuit une deuxième partie consacrée aux invraisemblances et impossibilités de la solution proposée par la romancière. Une troisième partie s'attarde sur ce qui permet de fausser le jugement du lecteur, grâce à une série d'aveuglements multiples, avant une dernière partie consacrée à la solution proposée par Pierre Bayard, à travers son personnage meurtrier.  
L'ensemble, pointu et teinté d'ironie, se lit avec délectation, tout en restant très largement accessible. C'est bien simple, pour ma part j'ai dévoré une grosse moitié dans l'avion qui m'amenait à Londres, avant de le terminer au calme sur ma terrasse. Encore une fois Pierre Bayard réussit le pari de déconstruire une oeuvre littéraire avec élégance. A découvrir sans tarder ! De mon côté, je vais aller fouiner du côté d'Intercripol, association de recherches universitaires pour traquer les personnages criminels. 

"Aborder une île ou en rêver, c'est laisser revenir en soi des récits de l'enfance et se vivre en héros de roman à la découverte de secrets enfouis." (p.127)

"Aussi terrifiante soit-elle, toute histoire nous aide à mettre de l'ordre dans le désordre des faits, le plus souvent aléatoires, qui constituent nos existences." (p.128)

30 janvier 2019

Hypersensibles : mieux se comprendre pour s'accepter, Elaine N. Aron

Hypersensibles mieux se comprendre pour s'accepter

Hypersensibles : mieux se comprendre pour s'accepter est un essai de la psychothérapeute et chercheuse en psychologie américaine Elaine N. Aron. Il est paru initialement en 2013 aux éditions de l'Homme sous le titre Ces gens qui ont peur d'avoir peur puis en poche chez Marabout en 2017.sous son nouveau titre.

Longtemps, la psychologie a bégayé face à ces patients dotés d'une grande sensibilité, d'une compréhension accrue des autres êtres sensibles, d'une grande empathie, souvent d'une forte intuition, et d'une importante capacité à discerner les subtilités de leur environnement. Taxés de trop sensibles, ils n'ont pas eu de terme pour désigner leur façon d'être, jusqu'à ce que Elaine N. Aron, avec cet essai paru en 1996 aux États-Unis, utilise le terme d'hypersensibles. Une grande avancée dans le domaine de la recherche en psychologie, puisque ce terme et ses caractéristiques concernent 20% de la population.

J'ai découvert il y a peu que j'étais hypersensible. Sensible, je le savais depuis l'enfance, mes larmes face à la cruauté, la mort, la douleur, la violence. Hypersensible, je l'ignorais. Jusqu'à ce que je lise la quatrième de ce livre et fasse le test à l'intérieur. Aucun doute possible : je suis une grande hypersensible ! Si vous êtes dans mon cas, ou que quelqu'un de votre entourage l'est (et il y a de grandes chances vues les statistiques !), ce livre est fait pour vous. C'est LA référence en la matière. 

Scindé en dix chapitres, il vous permettra de réaliser une démarche en 4 étapes pour mieux vous comprendre et accepter votre condition d'hypersensible (si c'est votre cas) :

1/Connaissance de soi : dans le début de cet essai, l'auteure propose un test d'hypersensibilité, puis décortique le cerveau d'un hypersensible, ses réactions, ses ressentis, ses incompréhensions par rapport au monde, aux autres, parfois, mais aussi sa sensibilité physique. Les réactions physiques d'un hypersensible sont souvent extrêmes : le corps, souvent peu écouté, se fait comprendre de façon plus ou moins brutale. Apprendre à l'écouter et respecter ses attentes est la première des choses à mettre en place.

2/Recadrage : une fois que vous aurez compris comment vous fonctionnez, Elaine N. Aron vous propose de faire un retour arrière sur votre enfance et votre adolescence. Parce que l'hypersensibilité a forcément influé sur celles-ci. Encore une fois, bienveillance et indulgence envers soi-même sont de rigueur. A l'aide d'exercices de visualisation, il s'agit ici de faire la paix avec son passé et de réaffirmer une estime de soi souvent déficiente. 

3/ Guérison : après cette prise de conscience, il est l'heure de guérir de ses blessures ! L'hypersensibilité a fait de vous un être sensible à son environnement, ses proches, sa famille tout en étant souvent différent des autres enfants, et les moindres difficultés de votre passé vous ont beaucoup plus touché que vos pairs. Il est l'heure de vous retourner, de regarder l'enfant que vous avez été et de guérir ces blessures par un travail introspectif.

4/ Place dans le monde extérieur : souvent trop stimulé par le monde extérieur (bruit, foule, lumières, etc.), vous peinez à trouver votre place dans le monde. Il est temps de la trouver et de vous imposer car les qualités des hypersensibles sont très nombreuses. Votre contribution pour un monde meilleur est importante, et il ne faut pas la négliger. 

***

Voilà ce que vous trouverez dans ce livre, véritable mine d'informations et de conseils. Le sujet est bien traité, les chapitres sont clairs et fragmentés et les exercices simples à réaliser. J'ai fait des pas de géant avec cette lecture ! 
Petite mise en garde personnelle : ne vous attardez pas sur la première partie trop longtemps et poursuivez votre lecture. J'ai fait l'erreur de mettre beaucoup de temps à la lire, chamboulée par ce que j'y découvrais, et j'ai eu pendant tout ce temps l'impression de porter un fardeau, une sorte de  malédiction avec mon hypersensibilité. Mais c'est une grande méprise ! Une fois l'état des lieux passé, vous allez vous rendre compte de la chance d'être né ainsi. Vous allez prendre conscience que si 20% de la population l'est encore aujourd'hui, c'est que dans l'évolution nous avons eu notre rôle à jouer et que notre subtilité, notre intuition et notre finesse d'analyse sont de très grands atouts. Il suffit d'apprivoiser notre façon d'être au monde pour vivre sa vie pleinement et sereinement. 

 

Bref, depuis que j'ai lu ce livre, je l'ai conseillé à tour de bras autour de moi, à des amis, de la famille, pour des enfants parfois, car c'est facile de repérer les autres hypersensibles autour de soi une fois cette lecture faite ! Je n'ai qu'un regret : ne pas l'avoir lu plus tôt pour mieux me comprendre et traverser notamment mon adolescence plus sereinement. A mettre dans toutes les mains, hypersensibles ou pas (vous en avez forcément autour de vous !).

  

Jour 30 du Challenge Feel Good 

  Retrouvez toutes les informations et l'agenda sur la page du challenge ! 

       

7 janvier 2019

Inspiration du jour : films inspirants

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Auourd'hui je voulais vous parler de trois films qui ont changé ma vie. Trois films qui ont changé mon regard sur le monde et permis d'engager des changements. Des changements dans mes habitudes de vie, de consommation, de regard porté sur le monde mais aussi sur moi. Bref, trois films qui me sont incontournables et que je tenais absolument à vous présenter.

Image associée

Be happy réalisé par Mike Leigh (2008)

Professeure des écoles en Angleterre, Poppy est une jeune femme pétillante et pleine de vie. En collocation avec son amie Zoe, ses journées sont rythmées par sa classe, ses cours de trampoline, de flamenco, ses sorties au pub avec ses amies mais aussi une histoire d'amour naissante. Un jour, Poppy décide décide de passer son permis mais les leçons ne se déroulent pas au mieux avec Scott, instructeur colérique et aigri.

Pourquoi ce film ? Tout simplement parce que Sally Hawkins crève l'écran par sa fantaisie, son enthousiasme et son énergie. Elle représente une sorte de phare pour moi, une personnalité lumineuse, légère et fantasque tout en étant réaliste et bien ancrée dans sa vie. Poppy gère toutes les situations avec humour et réussit à dédramatiser le quotidien. Un personnage que j'adore et une film que je regarde au moins une fois par an, comme un shoot de positif et de bienveillance.

 

Demain réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent (2015)

Face aux crises écologiques, économiques et sociales, Cyril Dion et Mélanie Laurent ont décidé de parcourir le monde, caméra à la main, pour voir les solutions qui existent. Montrer le positif, l'existant, les solutions déjà mises en place et qui ont fait leurs preuves.

Pourquoi ce film ? Parce qu'au milieu des nombreux documentaires alarmistes sur notre monde, Demain se démarque par son optimisme tant dans sa forme que dans son contenu. Sous forme de road-trip à travers dix pays du monde, les deux réalisateurs enquêtent, questionnent, s'interrogent, et donnent à voir toute la beauté de l'Homme et de la nature, face aux changements qui s'opèrent. Une bouffée d'air frais qui donne envie de faire sa part, d'oeuvrer à son échelle pour un monde meilleur. 

 

 

Earthlings réalisé par Shaun Monson (2005)

Earthling : terriens. A l'aide de caméras cachées et d'images inédites, Shaun Monson jette un gros pavé dans la mare de l'exploitation animale par l'humain. Découpé en cinq chapitres - animaux domestiques, nourriture, vêtements, divertissement, science - ce documentaire dit tout haut ce qu'on tait tout bas dans notre consommation quotidienne. L'horreur des élevages à fourrure ou à cuir, des exploitations animales pour l'alimentation, des tests de laboratoire, des animaux de cirques, de corridas, de zoos, du destin des animaux domestiques non identifiés. Rien n'est passé sous silence.

Pourquoi ce film ? Parce que je voulais arrêter de me voiler la face. Parce que je voulais savoir ce que sous-tendait de porter des Uggs ou des bottes en cuir, de manger encore un peu de fromage, d'avoir encore un vieux bidon d'adoucissant testé dermatologiquement, bref, je voulais ouvrir les yeux. Pour ne plus accepter. Pour ne plus cautionner. Je vous préviens, il y a un avant et un après. Plus de deux mois après le visionnage, ces images me hantent encore. Mais elles m'ont permis d'agir et de mettre mes pratiques plus en accord avec mon éthique. Mathieu Ricard, dans son Plaidoyer pour les animaux, dénonce le fait que ce documentaire ne soit pas diffusé sur les chaînes publiques pour informer le plus grand nombre. Un incontournable, à ne pas mettre de côté, de peur d'être choqué. Assumons ce que nous faisons, ouvrons les yeux sur ce que nous engendrons. Et prenons les décisions en conséquence. C'est extrêmement dur à voir, ça fait souffrir, mais c'est nécessaire.

***

Trois films, trois inspirations différentes mais qui se rejoingent néanmoins sur l'envie d'un monde meilleur, respectueux de tous, dans l'harmonie et la non violence. Trois films à découvrir, si ce n'est pas déjà fait.

***

Jour 7 du Challenge Feel Good 

 Retrouvez toutes les informations et l'agenda sur la page du challenge !

      

15 janvier 2019

Inspiration du jour : rituels bien-être

Bonsoir à tous,

Un post un peu tardif aujourd'hui pour aborder la question du rituel de bien être. Ma journée de travail a été intense et je me suis emmêlé les pinceaux dans l'agenda du Challenge Feel Good et j'avais oublié de préparer mon billet...  
Qu'importe, c'est un peu tard, ce soir, alors que nous rentrons d'un petit repas en amoureux avant deux jours de séparation, que je m'attèle à mon bureau pour vous écrire ce post. Je n'y avais pas vraiment réfléchi de la journée, mais une fois devant mon ordi, plusieurs rituels me sont venus spontanément. Je vous les partage donc ici.

1) Le premier rituel dont je voulais vous parler - et vous allez reconnaître la grosse lectrice derrière - c'est ma matinée hebdomadaire de lecture au lit avec une tasse de thé. J'ai la chance de ne travailler que 3 jours par semaine cette année, et donc d'avoir énormément de temps libre. J'en profite, au moins une fois par semaine, pour m'adonner à ce qui me repose le plus et recharge mes batteries. Une fois réveillée, j'ouvre mes volets, je me prépare un thé brûlant et retourne me coucher avec ma lecture en cours. S'enchaînent alors les heures de lecture, tandis que le jour se lève et que l'agitation extérieure me rappelle la chance que j'ai d'être chez moi, un lundi ou un vendredi. Chachat est bien souvent avec moi et nous partageons cette matinée tous les deux, au calme. J'en ressors toujours pleine d'énergie, plus créative, moins agitée, et après une bonne douche - souvent vers midi - prête à abattre mille chantiers !

2) Le deuxième rituel que je voulais partager c'est la méditation. J'ai commencé depuis plus de six ans maintenant, seule, puis en centre bouddhiste, puis lors de retraites, et désormais je médite quasi tous les jours. C'est devenu une évidence dans mon quotidien, une pause qui m'apaise, me permet de lâcher prise et d'être dans l'instant présent. Après une séance de yoga et avec mon bol tibétain, durant ma pause déjeuner au travail, dans mon lit avant de m'endormir ou encore à tout instant de ma journée, en faisant la vaisselle, en cuisinant, en dessinant, la méditation m'accompagne. C'est un formidable outil dont je ne me passerais plus désormais.

3) Enfin, le dernier rituel que je voulais aborder ce soir c'est celui de poser des intentions. J'ai découvert la question des intentions il y a quelques années avec Le défi des 100 jours de Lilou Macé. Depuis, quasi pas un seul jour ne passe sans que je pose une intention pour ma journée. Poser une intention signifie donner une direction à son cerveau, afin que celui-ci travaille en arrière-plan, comme une appli, et cherche à s'en approcher. Elle peut être posée pour une journée - comme par exemple passer une journée sereine, avoir une nourriture saine, être en joie, plein.e d'énergie, etc. - ou pour une date ultérieure, comme ce que propose Lilou Macé avec ses défis des 100 jours. Dans ce cas-là, il peut s'agir de cultiver la joie au quotidien, de faire une reconversion professionnelle, de renouer avec une alimentation équilibrée, d'avoir une relation amoureuse épanouie, de faire la paix avec son corps, etc. Poser ainsi une sorte de but permet au cerveau de travailler dessus et de chercher tous les signes qui vont dans cette direction. Ainsi, si vous vous focalisez sur le négatif dans une journée, votre cerveau va être comme un radar pour le repérer. Mais l'inverse est aussi vrai ! Si vous posez l'intention que vous allez passer une belle journée - même si celle-ci s'annonce difficile - votre cerveau va chercher toutes les raisons pour vous donner une confirmation et vous allez voir tout le positif qui émaille votre journée et à côté duquel vous seriez peut-être passé sinon : le sourire d'un.e inconnu dans la rue, la collègue qui vous attend pour vous tenir la porte, l'attention de votre conjoint.e qui a préparé le dîner, etc. En changeant juste de point de vue et d'intention, vous changez de regard sur la vie, vous rayonnez du positif et la vie vous le renvoie au centuple. Ça peut laisser dubitatif dit comme ça, mais essayez, vous verrez... 

Voilà mes trois rituels principaux - il y en a d'autres mais la liste serait trop longue - ceux qui me font du bien et vers lesquels je me tourne au quotidien pour me retrouver, me recentrer, m'apaiser. Et vous, avez-vous des rituels de bien-être ?

Belle soirée à tous.

 Méditation avec un bol tibétain

 

Jour 15 du Challenge Feel Good 

  Retrouvez toutes les informations et l'agenda sur la page du challenge !

      

13 décembre 2018

Ça raconte Sarah, Pauline Delabroy-Allard

Ça raconte Sarah, Pauline Delabroy-AllardÇa raconte Sarah est le premier roman de la documentaliste et blogueuse Pauline Delabroy-Allard. Il est paru en septembre aux éditions de Minuit.  

La narratrice mène une vie tranquille. Mère célibataire, enseignante, elle traverse la vie sans folie, entretenant une tiède relation avec un homme. Un jour, lors d'un repas, elle rencontre une violoniste, Sarah. Sarah et sa fougue, son exubérance, sa soif de vivre, sa vulgarité et son intensité aussi. Les deux femmes entament une relation amoureuse qui se transforme en passion dévorante. Mais si les débuts sont gorgés de légèreté, le tableau s'assombrit rapidement, le caractère tempétueux et imprévisible de Sarah épuisant la patience de son amante. 

On m'a offert ce roman (et je remercie grandement celle qui l'a fait, si elle passe par là), parce que les similitudes avec l'auteure étaient trop grandes pour que je passe à côté. Je l'ai ouvert et lu d'une traite, happée par ce texte, son intrigue, ses héroïnes et sa plume poétique.

Pour un premier roman, Pauline Delabroy-Allard signe une petite pépite, tant dans la forme que dans le fond. L'intrigue est en apparence simple - une passion entre deux femmes - mais entraîne le lecteur au sein de cette idylle dévorante et destructrice, ne lui laissant aucune chance de s'en sortir. Le roman s'ouvre sur une scène de mort - l'auteure se cachant bien de dévoiler laquelle des deux femmes a succombé - pour mieux revenir en arrière et donner à voir la naissance de cet amour fou. L'économie est faite sur les personnages dont on n'apprend que le strict minimum, l'accent étant mis sur le ressenti de la narratrice et l'évolution du sentiment amoureux. La plume est précise, imagée, poétique aussi, et s'emporte au rythme des fluctuations de cette histoire, offrant au texte une dimension particulière. 

Roman de l'amour et de ses douleurs, de la passion et des extrêmes, Ça raconte Sarah décortique l'âme humaine, donne à voir une tranche de vie, dans sa beauté comme dans sa laideur, dans la vie comme dans la mort. Magistral. 

"Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole : S." 

26 septembre 2018

L'homme qui tua Lucky Luke, Matthieu Bonhomme

L'homme qui tua Lucky Luke, Matthieu BonhommeL'homme qui tua Lucky Luke est un album de Matthieu Bonhomme paru chez Dargaud en avril 2016.

Il fait humide, à Froggy Town et lorsque Lucky Luke arrive dans cette sinistre bourgade de l'Ouest américain, il pense n'y faire qu'une rapide halte. Mais l'homme qui tire plus vite que son ombre ne peut refuser d'aider les chercheurs d'or du coin qui se sont fait voler leur or. Surtout qu'une terrible fratrie semble terroriser les habitants. Lucky Luke décide de mener l'enquête.

Vous n'avez pas pu passer à côté de cet album lors de sa sortie il y a deux ans, percutant par son titre et sa couverture aux couleurs impeccables. Lucky Luke trouverait-il un adversaire à sa hauteur ? Matthieu Bonhomme décide de s'attaquer à ce personnage charismatique s'il en est et de se glisser dans le genre du western. Les codes du genre sont respectés, les scènes font immédiatement sens dans l'inconscient collectif et l'ensemble se présente comme un bel hommage.   
Mais si le dessin est visuellement très réussi - du personnage, bluffant de ressemblance bien qu'un peu modernisé, aux couleurs en passant par le choix des cadrages - l'intrigue m'a laissée sur ma faim. C'est convenu, attendu, un peu simple parfois - la fratrie effrayante ne l'est pas tant que ça - et l'ensemble se lit comme une énième aventure du cowboy solitaire. J'attendais plus de cet album un brin provocateur, surtout vue son esthétique. Une lecture en demi-teinte dont je ne garderai pas beaucoup de souvenirs je pense. 

Les avis de CaroJeromeYaneckUn amour de BDBlog brotherBulles picardesBedea Jacta Est, etc.

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La BD de la semaine

Cette semaine, c'est Moka qui accueille le rendez-vous des amoureux des bulles ! 

19 septembre 2018

L'étrange boutique de Miss Potimary T.1 La boîte à secrets, Ingrid Chabbert et Séverine Lefèbvre

Etrange boutique de Miss Potimary

La boîte à secrets est le premier tome de la série L'étrange boutique de Miss Potimary imaginé par Ingrid Chabbert et mis en dessins par Séverine Lefèbvre. Il est paru en janvier 2017 aux éditions Jungle !

Pour ses neufs ans, Betty reçoit un peu d'argent pour s'offrir ce qu'elle souhaite. La petite fille part alors se promener dans les rues de son village lorsqu'elle découvre une boutique qu'elle n'avait jamais remarquée. Au milieu des divers objets qui s'entassent jusqu'au plafond, Betty repère une magnifique boîte à secrets japonaise. Mais lorsqu'elle veut se l'offrir, Miss Potimary, la propriétaire de la boutique, la met en garde. La boîte serait magique et personne n'en connaît les conséquences. Betty décide néanmoins de l'acheter et s'affaire à en découvrir le secret. Alors qu'elle s'endort le soir-même, la boîte s'ouvre et transporte Betty dans un voyage dans le temps !

Besoin de douceur ? Terminus, tout le monde descend ! Quelle mignonnerie cette BD ! Je l'avais découverte chez Lasardine il y a quelques mois, lors d'un rendez-vous BD, et l'avais trouvée à la médiathèque dans la foulée. Voilà une lecture toute douce qui vous replongera en enfance et vous fera vivre d'amusantes aventures avec son personnage attachant. L'intrigue fondée sur une quête initiatique entraîne la petite Betty trente ans en arrière et regorge de suspense et de rebondissements. Ce premier tome pose les bases de la série qui s'annonce réjouissante et positive.  
Les dessins tout ronds de Séverine Lefèbvre offrent à l'ensemble un côté doux et chaleureux. Il est bien agréable de se plonger dans ces pages. Betty est un personnage débrouillard et intrépide et c'est accompagnée de Dare-Dare, sa souris de compagnie, que la fillette va vivre de joyeuses aventures. A mettre entre les mains de plus jeunes, pour le côté magique et aventurier, et les moins jeunes pour le côté léger et agréable. Allez, je vous l'avoue, j'aurais adoré le découvrir vers 9-10 ans et recopier ces dessins absolument fabuleux (Lasardine leur trouve des accointances avec le trait de Tim Burton et je la rejoins sur cette idée). 

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 La BD de la semaine

Cette semaine chez Noukette !

20 juin 2018

Un autre regard T. 2, Emma

Un autre regard TLe second tome d'Un autre regard, reprennant les strips de la blogueuse Emma, est paru en novembre 2017 aux éditions Massot. 

Dans ce tome, Emma s'intéresse plus particulièrement aux inégalités entre les hommes et les femmes : débat sur le burkini, charge mentale, répartition des rôles en tant que parents, congé maternité, éducation genrée, la blogueuse se penche sur ces questions de société avec finesse et sans ton moralisateur. Armée de chiffres, elle épluche les lieux communs qui nous entourent pour mieux les décortiquer et amener son lecteur à réfléchir.

Souvenez-vous, la semaine dernière je vous présentais le premier tome d'Un autre regard et je l'encensais. Même joueur joue deux fois, je réitère mon enthousiasme cette semaine pour ce second volet, tout aussi percutant et réussi que le premier.    
Mis en lumière médiatiquement parce qu'il développe le concept de charge mentale, il aborde largement la question de la place des femmes dans la société. Emma traite le sujet avec humour et ponctue son propos d'anecdotes personnelles mais dénonce néanmoins les travers de notre société.     
Je ne vais pas en faire des tartines, comme la semaine dernière : passez outre les dessins au trait minimaliste et lisez-le au plus vite, l'idéal étant de découvrir les deux tomes d'une traite, je ne vous le cache pas. 

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La BD de la semaine

Cette semaine chez Stephie !

25 avril 2018

Calpurnia T.1, Daphné Collignon d'après Jacqueline Kelly

Calpurnia, Daphné CollignonCalpurnia de Daphné Collignon est l'adapation en bande dessinée du roman de Jacqueline Kelly paru en 2013 à L'Ecole des Loisirs. Ce premier tome sort aujourd'hui aux éditions Rue de Sèvres. 

Eté 1899, Texas. Calpurnia, onze ans, s'ennuie dans la vaste demeure familiale, sous la chaleur écrasante, au milieu de ses six frères. Alors que son père dirige une fabrique de coton et travaille beaucoup, sa mère, sévère, la cantonne à sa condition féminine et veut faire d'elle une dame. Mais la jeune fille ne l'entend pas de cette oreille. Un jour, après avoir observé des sauterelles jaunes peu communes, elle décide de demander de l'aide à son grand-père. Ce dernier passe beaucoup de temps dans son laboratoire et s'intéresse de près à la science. Il va initier Calpurnia à cette dernière et lui ouvrir de nouveaux horizons.

Quelle réussite cet album ! Je n'avais pas lu le roman originel mais je me suis plongée avec délice dans ces pages, réfléchissant au monde aux côtés de Calpurnia, la jeune naturaliste en herbe. Les magnifiques dessins de Daphné Collignon offrent un style graphique intéressant, entre douceur et charme suranné. La rondeur des personnages fait écho à l'enfance, et les textes qui accompagnent chaque planche font de l'album un réel roman graphique. Celui-ci suit la trame du roman et scinde les aventures de la jeune fille en trois chapitres.    

L'intrigue en elle-même apporte une réflexion sur la condition féminine. Une jeune fille qui ne s'intéresse pas aux mondanités et préfère étudier les insectes et la nature, quelle inconvenance ! Déplacer l'intrigue à cette époque est historiquement intéressant, mais l'écho contemporain est bien réel, vu le faible taux de femmes dans la branche scientifique. En plus de cet atout qui fait un pied de nez aux stéréotypes de genre, Calpurnia est une héroïne attachante, espiègle et réfléchie mais que Jacqueline Kelly n'a pas exempte de défauts, heureusement.   

Un premier tome très réjouissant, qui ressemble par ses couleurs à un carnet de croquis ou un herbier. Encore une suite que je vais attendre avec impatience ! Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour la découverte de ce joli album.

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La BD de la semaine

Cette semaine chez Mo' !         

28 février 2018

Le Pays des cerisiers, Fumiyo Kouno

Le pays des cerisiersLe Pays des cerisiers est un one shot signé Fumiyo Kouno paru en 2006 chez Kana. C'est le premier manga de cette auteure née à Hiroshima publié en France.

Trois courtes histoires composent ce manga. La première, La ville de Yunagi, se déroule à Hiroshima en 1955. Dix ans après, la bombe A hante toujours la ville et ses habitants et des commémorations sont prévues pour éviter qu'une telle tragédie ne se reproduise.  Minami, qui travaille dans un atelier de confection, a perdu sa famille dans le bombardement. Seule sa mère s'en est sortie. La jeune femme, traumatisée, n'arrive pas à se reconstruire, hantée par les images de ce jour et ceux qui tombent malades jour après jour, suite à l'irradiation.  
Le Pays des cerisiers, la seconde histoire, se déroule en deux parties. La première, trente ans après le bombardement, se concentre sur Nanami, une jeune joueuse de base-ball qui découvre l'histoire de sa famille en suivant son père à Hiroshima. La dernière partie, enfin, se déroule de nos jours, et se centre sur les descendants des victimes de la bombe.

Je ne suis pas une grande lectrice de mangas, vous le savez. Mais ma curiosité a été piquée par le sujet de celui-ci et la manière dont il serait traité. Manga polémique au Japon (la postface est assez éclairante), Le Pays des cerisiers est un manga commandé par l'éditeur de Fumiyo Kouno pour dénoncer ce qui reste encore tabou aujourd'hui : les conséquences du bombardement et la reconstruction du pays. L'auteure n'est pas une hibakusha (littéralement victime de la bombe atomique), mais s'est largement documentée sur la question pour aborder avec une finesse et une poésie sans nom ce pan de l'histoire japonaise. Les dessins tout en rondeur et en simplicité servent le propos et les trois histoires balayent les cinquante ans qui suivent le bombardement. Comment se reconstruire ? Comment recommencer à vivre après cet épisode de l'Histoire qui a coûté la vie à tant de gens et qui demeure aujourd'hui encore tabou ? C'est ce que se demande l'auteure, qui aborde l'indicible et l'horreur par le prisme des survivants et leurs familles. Un manga très émouvant, à lire et à relire. Un incontournable pour aborder la question du bombardement d'Hiroshima et ses conséquences tant physiques que psychologiques. 

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21 mars 2018

La femme aux cartes postales, Jean-Paul Eid, Claude Paiement

La femme aux cartes postales, Jean-Paul Eid, Claude PaiementLa femme aux cartes postales est un album de Jean-Paul Eid et Claude Paiement publié en septembre 2016 aux éditions de la Pastèque. 

1957. Rose quitte son petit village de Gaspésie pour réaliser son rêver : chanter sur les scènes des cabarets de jazz de Montréal. Elle laisse sur son oreiller une carte postale expliquant son dessein et n'aura de cesse d'utiliser ce biais pour informer sa famille de sa nouvelle vie. A cette époque, le jazz fait fureur à Montréal et les plus grands musiciens de l'époque se bousculent pour monter sur scène. Mais la révolution rock'n roll est en marche...  
2002. Un jeune universitaire apprend avec stupeur par le CIA que ses cendres ont été retrouvées dans les décombres du World Trade Center. Il se lance alors dans une quête identitaire, qui l'amènera de Paris aux confins de la Gaspésie...

Bel objet à feuilleter, La femme aux cartes postales est un album dans les tons sépia qui n'est pas sans rappeler les anciens albums photos. La narration alterne deux époques et offre un très bel bel hommage aux 60's et au jazz avec des planches soignées à la lumière intéressante.
Rose, son héroïne, est un personnage naïf et attachant qui grandit en même temps que l'histoire du jazz. Elle écrit à intervalles réguliers à sa famille des cartes postales, d'où le titre de l'album, et celles-ci entrecoupent le récit pour en offrir une vision personnelle et intime. Le rendu de l'album est pluriel, et l'objet livre en est rendu singulier. L'ambiance des 60's est extrêmement bien rendue et l'illustrateur permet une réelle plongée dans l'époque, disséminant ça et là des allusions que le lecteur contemporain comprend (l'apparition d'Elvis, en qui personne ne croyait, etc.).  
Une belle lecture au son des trompettes de jazz, un album d'une maison d'édition québécoise aux engagements forts. Une très belle découverte ! 

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Cette semaine chez Stephie !

 

17 janvier 2018

Les petites victoires, Yvon Roy

les petites victoires yvon royLes petites victoires est un album autobiographique de l'auteur et illustrateur canadien Yvon Roy. Il est paru en mai 2017 aux éditions Rue de Sèvres.

Olivier a dix-huit mois quand le diagnostic de son autisme tombe. Ses parents, anéantis par la nouvelle, se séparent, chacun cherchant à surmonter cette épreuve comme il peut. Marc, son père, refuse qu'Olivier grandisse enfermé en lui-même. Il va construire sa propre méthode pour qu'Olivier s'épanouisse et évolue, méthode opposée aux conseils prodigués par le corps médical qui encadre l'enfant mais approuvée par ce dernier. Au fil des jours et des répétitions, Marc gagne petit à petit de nombreuses petites victoires sur la maladie.

Album touchant s'il en est, Les petites victoires est le récit incroyable de ce père qui, durant des années, met sa vie entre parenthèses pour se battre aux côtés de son fils. Avec une détermination sans borne, espoir et abnégation, il va persévérer et tout faire pour que son fils ait une vie des plus normales, malgré un diagnostic lourd. Aidé des équipes médicales et de sa femme, il permet progressivement à Olivier de vaincre ses peurs et d'entrer en interaction avec le monde.

Le dessin en noir et blanc est simple, efficace, et complète à merveille le récit de ces années de combat. Yvon Roy, en explication liminaire, expose ses doutes quant à l'écriture de cet album intime, récit d'une époque douloureuse. Mais l'ensemble reste lumineux, gorgé d'espoir et de petites victoires à l'image du titre (comme la première, lorsqu'Olivier vainc sa terreur face à une poussière dans son bain).

Une très belle découverte, un album qui force le respect et l'admiration. Un moment de lecture très fort et dont j'ai largement parlé autour de moi. Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres de m'avoir permis de découvrir cet album.

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Aujourd'hui chez Stephie !

13 septembre 2017

Le porteur d'histoire, Christophe Gaultier

Le porteur d'histoireLe porteur d'histoire est un album de Christophe Gaultier adapté de la pièce éponyme écrite par Alexis Michalik et récompensée par deux Molières en 2014 (auteur et mise en scène). Il est paru en octobre 2016 aux éditions Les Arènes.

Par une nuit pluvieuse, alors qu'il se rend au fin fond des Ardennes pour enterrer son père, un homme voit sa vie basculer. Découvrant un étrange carnet manuscrit, il décide de se lancer sur les traces de ses personnages, parcourant les pays et les époques pour comprendre qui étaient les Saxes de Bourville et pourquoi ils semblent liés aux grands événements historiques des deux siècles derniers. Quinze ans plus tard, une mère et sa fille disparaissent dans le désert algérien, alors qu'elles avaient rencontré un homme à la recherche de manuscrits et d'un trésor.

Dernier coup de coeur théâtral en date (j'ai eu les larmes aux yeux au lever de rideau...), Le porteur d'histoire est une incroyable pièce à tiroirs, un feuilleton à la Dumas. Et justement, Dumas, tout comme Delacroix ou encore le Pape Clément VI, font partie de ce récit enchâssé.

J'étais curieuse de découvrir cette adaptation en album, encore portée par la pièce de théâtre. Et si ce dernier m'a permis de replonger dans mes souvenirs, je suis restée sur ma faim. Le medium album en lui-même n'apporte finalement pas grand chose par rapport à l'expérience du spectacle vivant. L'histoire semble plus plate, moins vivante, moins vibrante. Christophe Gaultier respecte à la lettre la mise en scène d'Alexis Michalik mais les dessins chargés et les dialogues très présents alourdissent l'ensemble. J'ai aimé repenser à l'intrigue mais en convoquant mes souvenirs de cette soirée au théâtre. Pas sûre que ceux qui ne l'ont pas vu en perçoivent la portée avec cet album. Un avis en demi-teinte, donc.

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Pour ceux qui ne connaissent pas cette pièce, en voici la bande-annonce. Et petit conseil, si elle passe près de chez vous, allez-y les yeux fermés !

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22 novembre 2017

L'été Diabolik, Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse

L'été diabolikL'été Diabolik  est un album imaginé par Thierry Smolderen et mis en dessins par Alexandre Clérisse, paru en janvier 2016 chez Dargaud. 

Eté 1967. Antoine, quinze ans, profite de ses vacances. Lorsqu'il gagne un match de tennis contre Eric, un adolescent de son âge, il n'imagine pas à quel point son été va prendre un tournant inattendu. Sa nouvelle amitié va lui ouvrir les portes des premières amours, du LSD, du sexe, mais sera aussi synonyme de phénomènes étranges comme la disparition de son père ou encore un tragique accident de voiture. Un été décidément bien singulier...

Quel album ! Encensé par la critique et sur la blogosphère lors de sa sortie, cet album me rebutait et j'ai dû attendre que tout s'apaise à son encontre pour l'ouvrir et me plonger dans ses pages. Et j'ai rudement bien fait ! Tourbillon psychédélique, album pop déroutant et rudement bien ficelé qui alterne thriller rétro, espionnage, romance et quête identitaire, L'été Diabolik est un petit bijou dont on ne sort pas indemne !
La mise en page aérée et inégale entraîne le lecteur dans cette intrigue fantasque à l'image du LSD so 60's, enchaînant les références chères à Thierry Smolderen, Fantomas, Diabolik (personnage imaginé par les soeurs Angela et Luciana Giussani), Le fantôme du Bengale, etc. qu'il évoque dans un carnet en fin d'album.

Si les dessins entièrement réalisés par ordinateur ne m'ont pas convaincue de prime abord (et m'ont rappelé Zombillenium), ils ont finalement réussi à me séduire en modernisant complètement ces sixties revisitées. Album barré s'il en est et pourtant savamment construit, L'été Diabolik est une lecture dont on aurait vraiment tort de se priver...

Les chroniques de MokaYvan, Noctenbule, Leil’, Noukette, Stephie, Mo, L'Irrégulière, Un amour de BD.

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24 mai 2017

La maison, Paco Roca

La maison, Paco RocaLa maison  est un album du dessinateur espagnol Paco Roca paru en mai 2016 chez Delcourt, dans la collection Mirages.

Un vieil homme meurt, seul. Ses trois enfants se réunissent pour vider la maison de famille dans laquelle Antonio, c'est son nom, a passé ses derniers jours. Une maison secondaire, qui a vu les années défiler. Une maison dans laquelle les objets se sont entassés au fil du temps. A l'occasion du rangement et du nettoyage de la maison et de son jardin, ses enfants se souviennent.

Joli album en format à l'italienne, La maison est une plongée dans l'histoire d'Antonio et de sa famille. Paco Roca aborde avec beaucoup de sensibilité et de pudeur un thème un peu lourd - celui de vider une maison de famille. Les couleurs dans les tons sepia et le découpage en petites vignettes donnent l'impression de naviguer dans un album photos, écumant les souvenirs d'une famille.

La portée du propos est universelle et permet de se glisser en silence entre ces frères et soeur, et d'y trouver une résonnance certaine. Un album poétique, fin et dont il émane une sorte de nostalgie. Une belle lecture.

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29 mars 2017

Un zoo en hiver, Jirô Taniguchi

Un zoo en hiver, Taniguchi Un zoo en hiver est un album signé Jirô Taniguchi paru en 2008 au Japon et en 2009 en France chez Casterman, dans la collection Ecritures. 

Kyoto, 1966. Hamaguchi, seize ans, s'ennuie à travailler dans une entreprise de textiles. Le jeune homme passe son temps libre à dessiner les animaux du zoo voisin. Un de ses amis l'encourage un jour à venir travailler à Tokyo pour Kondô, un mangaka renommé. Hamaguchi devient alors l'un de ses assistants. Dans cet espace créatif, entouré de dessinateurs travaillant dans la pression des délais, Hamaguchi laisse parler son art et découvre le monde.

Affectée par le décès en février dernier de Taniguchi, j'ai décidé de lire tous les albums que je possède dans mon fonds avant de quitter la région parisienne en juillet prochain. Et Un zoo en hiver m'attendait patiemment depuis six ans...

Très largement autobiographique, l'album aborde avec toute la poésie propre à ce grand nom de la BD japonaise l'éveil amoureux et la naissance de la passion professionnelle pour le dessin de mangas.  Sans sentimentalisme, avec beaucoup de pudeur, Taniguchi revient sur ses débuts en qualité d'assistant de mangaka et son entrée dans la vie d'adulte, à Tokyo, au milieu des années 60. La tradition est bien présente et le jeune Hamaguchi est assujetti à un cadre de travail rigoureux et difficile, mais il s'y plie de bonne grâce.

Refusant de rester assistant toute sa vie, le jeune homme peine malheureusement à écrire son propre manga. Mais la rencontre avec une jeune femme sensible et bienveillante va permettre à l'adolescent de dépasser ses peurs et trouver l'inspiration qui lui faisait défaut. 

Très poétique, lent - comme toujours avec Taniguchi - l'album déroule sa temporalité en regard des mois que Hamaguchi passe dans l'atelier de Kondô. Porté par des traits hautement reconnaissables et un découpage des planches qui alterne plans larges et rapprochés, l'histoire suit tranquillement son cours. Je referme ces pages avec le même sentiment qui m'anime quand je lis un album de Taniguchi, un mélange de mélancolie et d'émerveillement. Et j'en redemande.

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Mes autres billets sur les albums de Taniguchi :

  

22 mai 2016

Sorcière Josepha de la Luna : Je veux être une pirate ! Estelle Billon-Spagnol

Sorcière Josepha de la LuneSorcière Josepha de la Luna : Je veux être une pirate ! est un album écrit et illustré par Estelle Billon-Spagnol paru en avril chez Belin et accessible aux petits lecteurs dès 6 ans.

La petite sorcière Josepha veut devenir pirate et répond à une petite annonce postée par un pirate. Barbe-Douce, son auteur, cherche un moussaillon-stagiaire pour l'aider dans une mission de haute importance destinée à impressionner Hildung-La-Magnifique, l'élue de son coeur. Joespha, est embauchée sur le champ ! Accompagnée de Frouk, son hibou, et Markus, son ami vampire, elle part à l'aventure ! Mais elle va très vite déchanter : Barbe-douce est un pirate au coeur tendre qui n'a vraiment rien d'un sanguinaire et les folles aventures que Josepha s'imaginait vivre sont loin d'être la réalité.

Voici un petit album des plus sympathiques ! L'intrigue délivre un joli message sans mièvrerie, les personnages sont attachants -je craque littéralement pour le petit hibou ! - et l'humour est présent à chaque page. Josepha mène à tambours battants cette aventure rigolote qui emmène les petits lecteurs à bord d'une belle aventure humaine.

Les dessins tout en douceur d'Estelle Billon-Spagnol complètent à merveille son texte et lui offrent un univers coloré fourmillant de détails. L'humour est présent dans chaque illustration et c'est un réel plaisir d'observer avec attention chaque page pour en déceler les petits trésors. Une belle lecture, un album qui fait un pont entre deux univers appréciés des enfants : celui de la piraterie et de la sorcellerie. Encore un album que j'aurais adoré découvrir plus jeune ! (le plaisir de lecture était là mais mon regard est, disons, un tantinet différent !)

Un grand merci à France et aux éditions Belin pour cette jolie découverte !

30 juin 2016

Avant d'aller dormir, S.J. Watson

Avant d'aller dormir, SAvant d'aller dormir est le premier roman du britannique S.J. Watson paru en 2011 chez Sonatine. 

Lorsque que Christine se réveille un matin, elle ne reconnaît ni la chambre dans laquelle elle se trouve, ni l'homme couché à ses côtés. Prise d'effroi, la jeune femme s'enferme dans la salle de bain avant de découvrir avec horreur qu'elle a vieilli de vingt ans... L'homme dans la chambre, qui s'avère être son mari, lui apprend qu'elle a perdu la mémoire dans un grave accident il y a vingt ans. Depuis, à chaque fois qu'elle s'endort, Christine efface tous ses souvenirs. Et tous ses matins ressemblent à celui-ci... Commence alors un combat contre l'effacement de ses souvenirs et pour la réappropriation de sa vie, combat qu'elle mène grâce à l'aide d'un médecin qui lui fait écrire tous les jours dans un journal. Mais au fur et à mesure de la lecture de celui-ci, Christine note des incohérences dans ce que lui est dit chaque matin...

Largement conseillé par Amélie après ma lecture de La fille du train (qu'elle m'avait conseillé aussi !), je me suis plongée dans ce roman avec grand plaisir.

L'intrigue démarre sur les chapeaux de roue et entraîne son lecteur au coeur des sentiments nébuleux de l'héroïne, Christine. Cette dernière, qui est aussi la narratrice, emporte le lecteur dans son effroi face à cette révélation sordide : un accident l'a laissée quasi morte et lui a volé toute sa mémoire, la rendant incapable de fixer tout nouveau souvenir et la condamnant à un éternel présent. Les journées passent, rythmées par ces nuits qui effacent tout et le lecteur d'espérer, à chaque nouvel événement, que Christine le consigne soigneusement dans son journal, sa mémoire externe, son support du passé, afin de le retrouver le lendemain matin.

Très vite, pourtant, des incohérences apparaissent et le lecteur est en proie au doute : et si finalement tout n'était pas si simple ? Et si tout n'était pas dit à Christine ? Pour la protéger ? Ou peut-être pas ? Et si elle-même n'arrivait pas à percevoir la réalité telle qu'elle est ? Le roman s'accélère, les incertitudes gagnent du terrain, les moments de doute et d'effroi aussi. L'étau se resserre, jusqu'à un final éclatant.

S.J. Watson parvient à distiller un suspense haletant qui emprisonne son lecteur sans lui donner une once de chance de découvrir la vérité. C'est brillant ! Je suis sortie soufflée de ce roman, les nerfs un peu en pelote, conquise par sa construction narrative. Un thriller psychologique qui remplit parfaitement son rôle ! Merci Amélie pour ce conseil ! (et maintenant, pause dans les thrillers, sinon, petite nature que je suis, je vais finir par ne plus dormir !)

Voici ma quatrième participation pour terminer le Mois anglais

organisé par Lou et Cryssilda !

mois anglais 2016_car.jpg

11 février 2016

Le charme discret de l'intestin, Giulia Enders

Le charme discret de l'intestinLe charme discret de l'intestin est un essai de la toute jeune chercheuse allemande en médecine Giulia Enders paru en avril 2015 chez Actes Sud. Récompensé par le Prix de la Nuit de la Science à Berlin, cet essai un peu intimiste à l'origine est un succès inattendu en librairie publié dans une trentaine de pays.

L'intestin, cet organe mal aimé - comme l'indique la couverture - recèle en réalité moult trésors... C'est en faisant des tests sur son alimentation et en cherchant les causes d'une maladie de peau importante qui se déclare lorsqu'elle a dix-sept ans que l'auteure fait d'importantes découvertes. Et si l'on n'attachait finalement pas assez d'importance à celui que la médecine chinoise appelle notre deuxième cerveau ? Et si finalement, l'adage "je suis ce que je mange" était une réalité ? Et si des choses aussi diverses que l'irritabilité, la dépression, le diabète, le surpoids ou encore des problèmes dermatologiques étaient dus à un déséquilibre de cet organe ? Giulia Enders s'attèle à rétablir la vérité et à restaurer la légitimité de l'intestin en nous invitant à une visite guidée au coeur de notre système digestif, en faisant le point sur les dernières recherches sur le sujet et expliquant très clairement le rôle des bactéries dans notre corps et la différence entre prébiotiques et probiotiques.

Passionnant, je n'aurais pas d'autre mot ! Cet essai est un régal de vulgarisation scientifique, accessible à tous. Je me suis régalée à découvrir ce qui se passe réellement en nous dès que nous ingérons de la nourriture, comprendre le mécanisme en oeuvre lorsque nous vomissons ou encore comment notre flore intestinale est constituée. En ouvrant Le charme discret de l'intestin, vous découvrirez par exemple que les antibiotiques ingérés par les volailles nous sont transmis lorsque nous les mangeons et peuvent causer des dérèglements de notre flore intestinale, qu'une dépression peut cacher un dysfoncionnement de l'intestin ou encore que notre goût pour le sucre est dû en partie au fait que notre cerveau est ravi de recevoir un aliment facilement assimilable et transformable en énergie et nous le fait savoir.

Le gros point fort de cet essai est d'être très drôle et de traiter ce sujet éminemment tabou de notre société avec légèreté et recul. Les bactéries se transforment en petits soldat qui mènent une guerre sans merci dans nos entrailles, nos sphincters se transforment en petits personnages et le gros intestin en paresseux un peu mou. Illustrés par sa soeur, les propos de Giulia prennent une toute autre dimension et évitent de sombrer dans l'écueil de l'essai scientifique rasoir par excellence. On rit, on s'interroge, on s'exclame aussi, en lisant ces pages, et les petits dessins de Jill Enders participent du charme de l'ensemble. 

Peut-être que dis comme ça, je ne vous passionne pas, mais faites-moi confiance ! (et faites confiance aussi au succès surprise bien mérité de ce livre ) Je suis intarissable sur cet essai depuis que je l'ai lu et je l'ai déjà conseillé à pas moins de dix personnes de mon entourage, mue par un enthousiasme que j'espère contagieux. C'est honnêtement un livre qu'il serait bon de mettre dans toutes les mains. Tout le monde a quelque chose à y apprendre sur son propre corps... Et zou ! Même si l'appellation me gêne, c'est quand même un coup de coeur !

 

J'ai découvert cet essai en lecture commune avec Tiphanie. Elle a été conquise elle aussi, n'hésitez pas à aller lire son billet !

Lectures communes


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