Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

18 juin 2017

Watership Down, Richard Adams

Watership Down Richard AdamsWatership Down est un monument de la littérature anglaise écrit en 1972 par Richard Adams et écoulé à plus de 50 millions d'exemplaires à travers le monde. Sa réédition, en septembre 2016 par Monsieur Toussaint Louverture, a permis de remettre ce roman sur le devant de la scène.

Parce qu'un jour son jeune frère Fyveer lui prédit une grande catastrophe, Hazel décide de fuir sa garenne avec tous ceux qui le souhaitent pour trouver un ailleurs meilleur. Voici donc une bande de lapins séditieux, mus par un instinct de survie, lancés à l'aventure. Les dangers sont nombreux jusqu'à leur terre promise, celle que Fyveer a vue en rêve, mais le courage ne leur manque pas.

Incroyable épopée au rythme intense, Watership Down est un roman marquant à plus d'un titre. Tout d'abord parce que ses personnages sont des lapins, mais pas des lapins humanisés, non. De vrais lapins, qui ont un quotidien de lapins, entre grignotage de trèfles, terriers et prédateurs divers. Des lapins à quatre pattes, qui se battent avec leurs griffes et leurs dents, détestent nager et ne comprennent pas le monde des humains et leurs terrifiants objets. Richard Adams réussit l'exploit de donner à voir l'intériorité de ce monde animal avec un oeil des plus aiguisés.

Marquant également par le vocabulaire singulier que l'auteur imagine pour ses personnages. La langue des lapins est fleurie, à l'image des plantes qu'ils adorent : fu inlè désigne ainsi le lever de la lune, sfar le fait d'être pétrifié de peur,  farfal le repas, etc. L'univers des lapins est riche, tout comme les légendes qu'ils aiment à raconter le soir, lors des veillées, et qui mettent en scène Shraavilshâ, un héros légendaire. J'ai eu l'impression de redécouvrir Le Seigneur des anneaux, par cet aspect linguistique et culturel riche et cette mythologie (Krik, le dieu des lapins, est fréquemment évoqué).

Marquant, enfin, car très vite le lecteur oublie qu'il s'agit finalement de lapins. La portée universelle est là, dans le courage et les valeurs de ce groupe de lapins valeureux qui tentent coûte que coûte de survivre et de construire une nouvelle garenne. Les parallèles sont nombreux - et certains m'ont sans aucun doute échappé - et plus d'une fois, dans les scènes de combats où le courage ne manque pas aux petits lapins, j'ai oublié qu'il s'agissait d'animaux. Epopée remplie d'espoir et de poésie, Watership Down est une de ces lectures qui marque durablement. J'ai adoré trembler aux côtés d'Hazel et ses troupes, frémir à l'apparition de la moindre belette, espérer qu'ils atteignent leur terre promise. Bref, un régal, un délice. Un roman à découvrir d'urgence. Merci de ce chouette conseil S. ! Jérome aussi avait adoré.

Une nouvelle participation au Mois anglais de Lou et Cryssilda !

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11 janvier 2017

Sukkwan Island, Ugo Bienvenu (d'après le roman de David Vann)

Sukkwan Island, Ugo Bievenu (d'après le roman de David Vann)Sukkwan Island est un roman de l'américain ayant grandi en Alaska David Vann, paru en 2010 aux éditions Gallmeister et lauréat du prix Médicis cette même année. Son adaptation en album, signée Ugo Bienvenu, est parue quant à elle aux éditions Denoël en 2014.

Jim, la quarantaine, entraîne Roy son fils de treize ans dans une aventure un peu folle : une année tous les deux dans une cabane au confort spartiate d'une petite île déserte d'Alaska. Le défi ? Survivre en auto-suffisance durant les mois d'hiver par la chasse et la pêche. Si l'expérience est tentante, elle fait rapidement déchanter Roy. Car son père, brisé par la vie et ses échecs - notamment avec les femmes - est loin d'être un modèle. Très vite, Roy étouffe sur cette petite île, coincé entre son père et cette nature violente.

Je m'étais tenue à l'écart de ce roman depuis sa sortie, craignant sa gravité d'après les critiques que j'en avais lues ou entendues (petite nature, moi ?). Je me doutais que c'était un très beau texte, mais je ne me sentais pas forcément l'âme d'aller m'enfermer en compagnie de ces deux hommes sur une île alaskienne. Mais un collègue est arrivé ce matin en me tendant cet album, visiblement ébranlé par sa lecture, ne me laissant d'autre choix que de le découvrir immédiatement...

Toutes mes impressions étaient fondées : Sukkwan Island est une adaptation majestueuse d'un roman qui doit l'être tout autant, mais qui vous heurte tel un uppercut. Je n'ai pas pu le reposer avant d'en connaître le dénouement, sous le choc du drame qui prend forme à chaque page. La tension monte progressivement dans ce huis-clos angoissant où il faut tuer, dépecer et vider des animaux pour survivre. L'ambiance est magnifiquement rendue par le dessin tout en finesse d'Ugo Bienvenu. La figure paternelle chancelante et fragile, qui broie inconsciemment son fils par ses remarques acerbes, dérange autant qu'elle suscite une forme d'empathie. L'écart se creuse entre les deux personnages, l'un perdu dans sa solitude et ses regrets, l'autre s'ouvrant tel un bourgeon à son adolescence naissante. C'est dérangeant, sombre, violent, dur, mais si bien traité. Une lecture que je ne suis pas près d'oublier et un dessin qui va me hanter, c'est certain.

Les avis de Jerome, Enna, Moka, Stephie.

Planche 3 Planche 1

BD de la semaine saumon

 

C'est aujourd'hui chez Noukette

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