Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

10 février 2014

Meurtre au Ritz, Michèle Barrière

Meurtre au Ritz, Michèle BarrièreMeurtre au Ritz est le septième tome de la saga consacrée à la famille Savoisy écrit par l'historienne de l'alimentation Michèle Barrière. Ce roman est paru en juin 2013 au Livre de Poche.

Paris, 1898. César Ritz fignole les travaux du célèbre palace parisien qui portera son nom. A la tête de ses cuisines, le non moins célèbre Auguste Escoffier. Mais la réputation du lieu est menacée lorsque le cadavre d'une jeune femme est retrouvé dans une des chambres froides. Heureusement, Quentin Savoisy, journaliste gastronomique en herbe, s'attèle à cette enquête, aidé de Diane sa fiancée, fervente partisane des droits des femmes.

Avec ce nouveau roman, Michèle Barrière nous entraîne dans le tourbillon du Paris de la fin du XIXe siècle. Mêlant Histoire - l'affaire Dreyfus, l'ouverture du Ritz, les mouvements féministes naissants - et fiction, la romancière réussit une nouvelle fois une intrigue très bien ficelée qui laisse la part belle à la gastronomie.
Meurtre au Ritz nous permet de pousser la porte du célèbre palace et de découvrir l'effervescence liée à son ouverture. Les cuisines y tiennent bien entendu un rôle primordial, comme toujours, et le meurtre qui ouvre le roman semble lié à celles-ci. 
M
ais l'intrigue permet également une plongée appréciable dans l'époque dépeinte. Paris est un personnage à part entière, comme toujours dans les romans de Michèle Barrière qui aime à soigner ses lieux et à conserver une cohérence historique globale. Le lecteur se promène, en compagnie de Quentin, le héros, dans les ruelles parisiennes et découvre la ville telle qu'elle était en cette année 1898.
Lire un roman de Michèle Barrière c'est perdre la notion du temps, se glisser dans une époque pour mieux en comprendre les enjeux et découvrir, au détour d'une intrigue policière, l'histoire de la gastronomie et ses subtilités. Un régal...

Intrigué par les romans noirs gastronomiques ?
Découvrez  mon interview de Michèle Barrière
ainsi que mes précédents billets sur ses romans.

 

sang-hermine

 

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28 avril 2012

Le sang de l'hermine, Michèle Barrière

Le sang de l'hermineLe sang de l'hermine est le septième et dernier roman de Michèle Barrière paru en novembre 2011 aux Éditions JC Lattès. Pour ceux qui me connaissent, vous savez à quel point j'apprécie les romans noirs gastronomiques de cette auteure. Et une fois n'est pas coutume, j'ai succombé à l'appel de cette parution et j'ai acheté ce roman en grand format...

1516. François 1er règne sur la France. Quentin du Mesnil, son maître d'hôtel et ami d'enfance, est chargé du projet Chambord : construire un château pouvant accueillir le roi et sa cour lors des chasses qu'il affectionne. Mais pour cela, le souverain désire un seul architecte : Léonard de Vinci. Le vieil homme, entouré d'ennemis et de jaloux, se terre en Italie. A Quentin d'aller à sa rencontre à ses risques et périls. Certains veulent la perte du célèbre Léonard...

Quel bonheur de me plonger à nouveau dans un roman noir gastronomique de Michèle Barrière ! Premier opus d'une nouvelle série qui se déroulera au 16e siècle, sous le règne de François 1er, Le sang de l'hermine s'inscrit dans la droite lignée de ses prédecesseurs et allie avec brio une intrigue très bien ficelée et une histoire de l'alimentation toujours très pointue.
Au 16e siècle, les couverts font leur apparition en Italie et l'assiette remplace la tranche de pain, ce qui fait grandement réfléchir le héros du roman, prêt à introduire ces nouveautés à la cour du Roi de France. Mais cette dernière sera-t-elle prête à renoncer à ses traditions et à adopter ces nouveaux ustensiles ?
Sanglier, lièvre, cygne, poulet au verjus, hypocras etc. font des banquets royaux de véritables mises en scènes que Quentin, en bon maître d'hôtel, organise. Les arts de la table et l'organisation de banquets sont de son ressort et il importe grandement à Quentin de mériter son amitié avec le Roi et d'impressionner les convives de ce dernier.
A ma grande surprise, le végétarisme est évoqué, avec Léonard de Vinci :
"Je ne supporte pas que mon corps soit une sépulture pour d'autres animaux, une auberge de morts." (p.115)  L'artiste italien est, en outre, l'objet de nombreuses descriptions sur ses inventions, certes, mais aussi sur ses analyses du monde qui l'entoure, ses réflexions et ses convictions. Passionnant !

J'ai à nouveau passé un excellent moment avec ce nouveau roman. Michèle Barrière surprend son lecteur en mêlant habilement Histoire et fiction, en l'abreuvant de détails singuliers sur l'époque, et le laisse sur sa faim avec la question de Chambord... Aucun suspense de mon côté : je serais au rendez-vous des prochaines aventures de Quentin du Mesnil !

Pour ceux qui ne connaissent pas Michèle Barrière, ou que de nom, plongez-vous dans un de ses romans : vous serez séduit sans aucun doute ! Et ce n'est pas le carnet de recettes d'époques, disponible à la fin de chaque livre et permettant de prolonger sa lecture par des recettes de cuisine évoquées dans le roman, qui vous dissuadera de cette plongée dans l'Histoire...

Si vous souhaitez en savoir plus sur Michèle Barrière, vous pouvez retrouver
l'interview que j'avais faite il y a deux ans, dans ce billet.

Ou tout simplement l'écouter parler son dernier roman ci-dessous.

(Source : La Griffe Noire)

 

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26 janvier 2012

Beignets de tomates vertes, Fannie Flagg

Beignets de tomates vertesBeignets de tomates vertes (Fried Green Tomatoes) est l'oeuvre la plus connue de la romancière et actrice américaine Fannie Flagg. Publiée la première fois en 1987, elle a été traduite en plusieurs langues et a fait l'objet d'une adaptation cinématographique par John Avnet en 1991.

Evelyn Couch est une quinquagénaire dépressive et malheureuse. Lors d'une visite à sa belle-mère, dans la maison de retraite de Rose Terrace, elle fait la connaissance d'une des pensionnaires, Mrs. Threadgoode. Les deux femmes sympathisent et Mrs. Threadgoode, veuve et sans famille, fait revivre son passé en Alabama, dans la petite ville de Whistle Stop, avec ses habitants, et surtout son café. En 1929, lorsque l'établissement ouvre ses portes, les Noirs n'ont pas le droit d'y entrer, le Ku Klux Klan sévit et les lois raciales ont la dent dure. Mais Ruth et Idgie, qui tiennent le café, n'en ont cure ! Et la petite communauté s'entraide malgré les différences et les forts caractères.

Je ne lis pas beaucoup de littérature américaine, j'avoue. Je suis peu attirée par ce pays et sa littérature. Mais il y a quelques mois, un collègue m'a parlé de ce roman dont le titre m'intriguait depuis des années. Et je ne sais plus où ni à quelle occasion je l'ai acheté, pensant le lire cet été.
Après un été pauvre en lecture, et me trouvant à court de livre un soir (c'est rare !), j'ai ouvert la première page de ce roman. Juste pour lire l'incipit. Juste pour voir si... Juste... Vous m'aurez comprise : je me suis fait avoir dès la première phrase, dès la première ligne de ce roman ! Impossible de décrocher mes yeux du texte ! Au point de quasiment sacrifier ma nuit entière (terminer à 4h quand on se lèvre à 7h, c'est rude !) Et pourtant, les Etats-Unis et moi, c'est loin d'être une grande histoire d'amour...
Tout est aboslument incroyable dans ce roman. Sa construction narrative tout d'abord, qui alterne les époques, mais aussi les genres. Le roman commence en effet en 1929, à l'ouverture du café de Whistle Stop, puis n'a de cesse de varier entre les époques : la fin des années 80 avec le présent d'Evelyn et de Mrs. Threadgoode, à la maison de retraite, l'enfance de Nini, alias Mrs. Threadgoode, etc. La narration est parfois prise en charge par Dot Weems, qui écrit la gazette de Whistle Stop, parfois par le journal de Birmingham, etc. Sans jamais perdre son lecteur, Fannie Flagg l'entraîne dans cette histoire incroyable d'une petite ville d'Alabama, aux habitants drôles et fiers malgré tout. Malgré la menace qui rôde, la pauvreté et la misère qui sévissent, les divergences d'opinion qui persistent.
Les personnages qu'elle dépeint sont furieusement vraisemblables. Evelyn et ses complexes, Mrs. Threadgoode est ses souvenirs d'enfant qui s'estompent, Idgie le garçon manqué au grand coeur, la belle et douce Ruth, etc.
J'ai plongé avec délice dans ce roman, me surprenant à tourner les pages sans me soucier de l'heure. J'ai euCoup de coeur 2012 l'impression de rencontrer une grande famille de personnages aux valeurs profondément humanistes. Fannie Flagg nous permet de lever un voile sur un pan de l'histoire des Etats-Unis et le fait avec brio ! Pas de misérabilisme ni de jugement. Juste une intrigue et des personnages attachants, sur fond de contexte historique. C'est brillant, sans aucun doute ! (et ça file des complexes au point de vue de la construction narrative...)

Un nouveau
coup de coeur, sans aucune hésitation, que je vous conseille de lire
au plus vite !

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11 novembre 2011

Le rocher de Montmartre, Joanne Harris

le rocher de montmartreLe rocher de Montmartre (Lollipop Shoes) de Joanne Harris est la suite de Chocolat, qui fut l'objet d'une adaptation cinématographique par Lasse Hallström en 2000, avec Juliette Binoche et Johnny Depp dans les rôles titres.

Cinq ans ont passé depuis Chocolat. Ayant quitté Lansquenet, Vianne et sa fille, Anouk, se sont installées à Montmartre avec Rosette, l'enfant que Vianne a eu entre temps.
Vianne, en mère protectrice, a cessé toute forme de magie et de sortilèges. Pour paraître normale. Pour se faire accepter. Pour ne plus fuir avec ses enfants et s'installer une bonne fois pour toutes. Vianne Rocher devient ainsi Yanne Charbonneau, Anouk, Annie, et le passé est enterré.
Mais le destin bascule lorsque Zozie de l'Alba croise la route de la mère et de ses filles. La jeune femme exubérante, spécialisée dans l'usurpation d'identité, flaire le mystère de leur passé et tente coûte que coûte de lever le voile sur celui-ci.

J'avais adoré Chocolat. Son ambiance, frôlant le conte, son aspect intemporel, son microcosme à Lansquennet et sa chocolaterie, bien sûr !
J'ai aimé retrouver cette ambiance si particulière dans Le rocher de Montmartre. Et pourtant, je n'aime pas Montmartre, trouvant le quartier artificiel et touristique. Joanne Harris réussit avec brio à nous emmener dans un univers à part, comme elle sait si bien le faire, univers qui, s'il est ancré temporellement, possède néanmoins un souffle fabuleux. Le conte n'est jamais loin et le merveilleux point.
Et pourtant... Et pourtant c'est Paris, avec ses aspects positifs comme négatifs que l'auteure ne nie pas. Et pourtant Anouk est pré-adolescente et subit les inconvénients de cet âge, moqueries et autres intolérances, et se détache progressivement de sa mère. Et pourtant Yanne renie tout ce qu'elle a été et a perdu de son insouciance en devenant une mère attentive à Anouk et Rosette, son enfant un peu spéciale, qui vit dans son monde et ne parle pas. Et pourtant l'époque suinte à coup de nouvelles technologies et le souffle nostalgique qui bruissait dans le premier opus s'est envolé...
Mais le charme opère quand même. Sans se détacher réellement de l'intrigue de Chocolat, Joanne Harris nous offre ici une suite foncièrement différente mais porteuse des mêmes valeurs - entraide, amitié, etc. -, le tout porté bien entendu par l'amour des sucreries. Vianne rénove complètement la chocolaterie dans laquelle elle travaille, et, avec l'aide de Zozie, conquiert un petit cercle d'habitués qui trouvent refuge dans ce minuscule cocon aux douces senteurs. Il fait bon vivre dans le Montmarte de Joanne Harris, microcosme à l'image du Lansquennet du précédent roman, et c'est avec plaisir que j'ai tourné les pages de ce livre. L'alternance de points de vue - trois narrateurs prennent en charge la narration : Vianne, Anouk et Zozie - symbolisée par des lames de tarot en début de chapitre, jette un voile de mysticisme sur cette intrigue qui en est déjà bien teintée.
Malgré un dénouement assez fantasque et qui détonne avec le reste de l'intrigue, ce roman m'a vraiment Lectures communesconquise. Le plaisir de la découverte de l'univers de Joanne Harris en moins, par rapport à Chocolat.

"La mort est une chose banale. La vie, par contre, est un miracle quotidien. Notre existence est une chose merveilleuse. Notre hymne à la vie est d'accepter sans restriction ce miracle-là." (p.54)

Le rocher de Montmartre était une lecture commune avec L'or des chambres, Tiphanie et Fransoaz. Je vais de ce pas voir leurs avis !

 

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07 août 2011

Chocolat, Joanne Harris

A peine installée dans mon nouvel appartement
- enfin, disons que les cartons et les meubles y sont posés
mais pas encore rangés -

me voilà partie en vadrouille dans mon sud ouest natal !

Pour les photos d'Irlande, je vous demande
un peu de patience... et le temps de retrouver
mon câble d'appareil photo !
Mais il est temps que mon blog se réveille

de sa très (trop) longue torpeur estivale.
Et je tenais à le faire avec un roman qui m'a conquise au début de l'été...

ChocolatChocolat est le roman le plus connu de la romancière britannique Joanne Harris. Née en 1964 d'un père anglais et d'une mère française, Joanne Harris est également l'auteure, entre autres, de Dors, petite sœur, Les cinq quartiers de l'orange, Vin de bohèmeet Le rocher de Montmartre (la suite de Chocolat).

Lansquenet, petite bourgade du Sud de la France, entre Toulouse et Bordeaux. Un village où il ne se passe rien. Un village où les comérages vont bon train. Un village où la parole de l'Eglise prime.
Le jour où Vianne Rocher, jeune mère célibataire, décide de reprendre l'ancienne boulangerie et de la transformer en confiserie, aidée de sa fille Anouk, le village se divise. Entre les partisans des douceurs de Vianne et ceux qui voient en elle la tentation suprême la veille du Carême, des clans se forment...

Quelle lecture ! Tout comme dans Le coeur cousu de Carole Martinez, Joanne Harris nous entraîne ici dans une intrigue riche, très poétique, portée par des personnages féminins forts.
Alliant subtilement le plaisir charnel au plaisir de la bonne chère, distillant ses sucreries comme des remèdes, le personnage de Vianne fait partie de ceux que l'on n'oublie pas facilement, d'autant plus que le roman adopte son point de vue (en alternance avec celui de son grand ennemi, Reynaud, le curé).

Tout est fait pour que le lecteur plonge avec délice dans cette histoire. Le huis-clos, tout d'abord, dans le petit village de Lansquenet ; l'atmosphère lourde, pesante, ensuite, autour de cette jeune mère et sa fille. Les regards peu amènes des villageois, enfin, et la désapprobation de l'Eglise par l'intermédiaire du personnage du curé.
Il fait chaud, cela sent bon, c'est douillet chez Vianne Rocher et Joanne Harris réussit à merveille à créer un huis-clos dans lequel la confiserie de son héroïne tient lieu de refuge maternel aux relents sucrés très utérins. Le chocolat, ainsi que toutes les douceurs confectionnées dans la confiserie, est érigé au rang de plaisir divin par les villageois, certains se cachant pour pêcher, d'autres bravant l'interdit religieux du Carême et les imprécations du curé pour mieux se régaler.

Petit détail, enfin, qui n'est pas anodin dans ce roman et qui participe de cette ambiance désuète : l'absence de temporalité nous fait, à tord, croire que l'intrigue se déroule au début du 20e siècle, avant que des détails technologiques égrainés ça et là ne nous indiquent une époque. Longtemps, je me suis imaginée un petit village français au début du siècle dernier...

coup_de_coeur_2011

Une lecture qui m'a complètement charmée par son côté chaleureux frôlant le fantastique, son humanité et son aspect culinaire. Un nouveau coup de coeur, c'est certain ! Le huitième de cette année...

"Je vends des rêves, de menues consolations, d'exquises tentations inoffensives pour qu'une multitude de saints dégringolent de leur piédestal et viennent se fracasser au milieu des noisettes et des nougatines." (p.61)

"Je me suis efforcé de ne pas regarder les étagères de friandises : des boîtes, des rubans, des noeuds dans des teintes pastel, des monticules de dragées couleur or et argent, des violettes en sucre et des feuilles de rosier en chocolat. Cette boutique tient nettement du boudoir, avec son atmosphère intime, son parfum de rose et de vanille." (p.73)

"Les enfants, lumineux canards de plastique dans leurs imperméables et leurs bottes, braillent et pataugent en traversant la place, et leurs cris ricochent sur les nuages bas." (p.128)

 

Challenge La littérature fait son cinéma 3e catégorie

Et comme ce roman a donné lieu à une adaptation cinématographique par Lasse Hallström en 2000 avec Juliette Binoche et Johnny Depp, voici ma sixième participation au Challenge La littérature fait son cinéma de Will.

 

 

 

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15 janvier 2011

Les Soupers assassins du Régent, Michèle Barrière

barriereJ'ai posé, il y a peu, quelques questions à Michèle Barrière, ce qui n'a pas amoindri  mon envie de dévorer ses romans noirs gastronomiques, bien au contraire ! J'ai donc poursuivi mon périple culinaire avec Les Soupers assassins du Régent, son cinquième roman paru en 2008.

Paris, 1718. La Cour s'entiche du Champagne, dernier vin à la mode, et les bouteilles coulent à flot lors des soirées données par le Régent. Lorsqu'une jeune comédienne est retrouvée empoisonnée après un de ces banquets, la jeune Alixe panique. Son frère, Baptiste, est fournisseur officiel de Champagne à la Cour, et les soupçons se portent très vite sur lui. Et si un complot visait à assassiner le Régent ? Alors que son frère fuit, Alixe plonge dans les méandres du commerce du Champagne pour le disculper.

Quelle lecture savoureuse ! Encore une fois, Michèle Barrière entraine son lecteur dans une intrigue rocambolesque très bien ficelée ! L'engouement de la Cour pour le Champagne à cette époque est l'occasion pour l'historienne de l'alimentation qu'elle est d'abreuver son roman de détails sur ce célèbre breuvage.  De sa concurrence avec les vins de Bourgogne à sa fabrication, en passant par les subtilités de sa mise en bouteille, le Champagne est finalement le personnage principal de ce roman gastronomique.
Encore une fois, Michèle Barrière ancre son roman dans l'Histoire  grâce à l'apparition de personnages illustres : Marivaux et John Law, entre autres, jouent ainsi une partition fictive avec les héros de l'intrigue.

Merci Michèle Barrière pour ces moments de délectation très appréciables à chaque roman. Et merci encore Latite de m'avoir fait découvrir cette auteure que j'apprécie énormément...

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06 novembre 2010

Rencontre avec une auteure : Michèle Barrière

Mich_le_BarriereAuteur_3Après avoir dévoré successivement Meurtre à la pomme d'or, Meurtre au Potager du Roy, Natures mortes au Vatican et Souper mortel aux étuves, je n'ai pas pu résister à la tentation de solliciter Michèle Barrière afin qu'elle m'éclaire sur ses romans gastronomiques que j'apprécie tant ! Elle a très gentiment accepté de se prêter au jeu et de répondre à  mes questions.

Comment avez-vous eu l'idée de mêler histoire gastronomique et roman noir ?

A l’origine, je suis historienne de l’alimentation. Ensuite, j’ai travaillé dans des domaines très divers : écologie, humanitaire… Je suis revenue à l’histoire par le biais de la défense des variétés et espèces anciennes, tant animales que végétales.
Après avoir été l’auteur d’une série documentaire pour ARTE sur l’histoire de la cuisine, je me suis dit que le sujet était si passionnant qu’il fallait le faire partager à un public aussi vaste que possible. Le roman était le support idéal et comme j’aime beaucoup les polars, j’ai tenté, ne sachant pas du tout si j’irai au bout du premier…. Et voilà, j’en suis au 6° !

Où trouvez-vous la documentation servant à constituer le livret de recettes présent dans chacun de vos romans ?

Directement dans les livres de cuisine, qu’ils soient du XIV° ou du XVIII° siècle. J’éprouve un immense plaisir à feuilleter ces ouvrages anciens, à imaginer les cuisiniers qui les ont eu en main… J’ai la chance d’en avoir quelques-uns des XVII° et XVIII°.
Mais il y a heureusement les ouvrages numérisés, notamment par la Bibliothèque nationale, des reprints, des fac similé… La lecture en est parfois difficile, la rédaction des recettes parfois étonnante, mais c’est aussi un des plaisir propre à l’historien. Pas loin de la jubilation !

Cuisinez-vous au quotidien certaines de ces recettes ?

Tout d’abord, je fais chaque recette figurant dans mes livres. Simplement car dans les livres anciens, il n’y a ni proportions ni, bien entendu, de temps de cuisson. C’est un peu un travail de détective. Ensuite, je les fais goûter à mes amis et voisins lors de « repas-cobayes ».
Certaines recettes sont tout simplement exceptionnelles et je les refais en permanence. Par exemple : le canard à la sauce douce, la tarte aux asperges, la poularde en filets, la tarte au citron…..

Votre nouveau roman, Meurtre au café de l'Arbre Sec, sort ce mois-ci. Il se déroule à Paris au 18e. Quels critères influencent le choix de l'époque de vos écrits ? (la documentation dont vous disposez sur la gastronomie à cette époque, votre attrait personnel, etc.)

J’ai situé chacun des romans à des moments où, soit on pouvait observer un changement notoire dans les goûts et les manières de faire (ex : Meurtres au Potager du Roy), soit travaillait un cuisinier exceptionnel (ex  : Natures mortes au Vatican), soit un nouveau produit faisait son apparition (le champagne dans Les soupers assassins du Régent). Pour l’Arbre Sec, il est beaucoup question de la nouvelle mode des cafés. Mais avec quelques surprises que je vous laisse le soin de découvrir…

Avez-vous l'intention de remonter encore plus loin dans le temps (je pense notamment à l'Antiquité durant laquelle les épices étaient déjà très utilisées) ?

J’aimerais beaucoup écrire des romans se déroulant dans la Rome antique. Les sources sont abondantes, l’Histoire passionnante. Je suis sûre que ce pourrait être très vivant et que j’adorerais suivre des personnages dans les tavernes ou les marchés. Malheureusement, la cuisine romaine est plutôt exécrable, du moins à mes yeux. Je suis une adepte du sucré/salé mais les mélanges et empilages romains sont au dessus de mes forces.

Vous faites partie du conseil scientifique du Slow Food. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce mouvement ?

C'est un mouvement international présent dans plus de 50 pays, né en Italie et qui a pour but de préserver la biodiversité domestique, c’est à dire les espèces animales et les variétés végétales menacées par l’uniformisation agro-industrielle. Cela signifie de préserver également les savoir-faire et les préparations culinaires. Une assiette unique est la pire chose qui puisse nous arriver. La diversité est indispensable à la santé mentale, sans parler du plaisir et du partage.

Enfin, travaillez-vous sur un nouveau projet dont vous pourriez nous parler ?

Il sera certainement question du XVI° siècle, ma période préférée, foisonnante, riche, cruelle, imaginative, festive… Avec une cuisine comme je l’aime : épicée, sucrée/salée.

 

Merci beaucoup Michèle Barrière pour cet entretien qui ne peut que nous faire attendre avec impatience votre nouveau roman et dévorer Meurtre au café de l'Arbre Sec !

Pour aller plus loin, n'hésitez pas à allez consulter le site de Michèle Barrière, où vous trouverez des recettes de cuisine, des informations sur ses romans, les rencontres avec ses lecteurs, etc.

 

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03 novembre 2010

Souper mortel aux étuves, Michèle Barrière

souper_mortel_aux_etuvesDeuxième roman noir et gastronomique écrit par Michèle Barrière, Souper mortel aux étuves est ma quatrième lecture de cette auteure, après Meurtre à la pomme d'or, Meurtre au Potager du Roy et Natures mortes au Vatican.

Paris, 1393. Alors que son mari vient de se faire assassiner dans de glauques étuves - lieu de plaisir et de luxure - la jeune Constance décide de tout mettre en œuvre pour démasquer le meurtrier.
Pour mener à bien son projet, la jeune femme décide de se faire engager aux cuisines des étuves. Sur la piste des faux-monnayeurs sur lesquels enquêtait son mari, Constance va redoubler d'effort pour ressembler à une innocente et pauvre cuisinière. Mais elle n'est pas au bout de ses surprises ! Dans ce lieu de débauche où le sexe et l'argent sont rois, l'ingénue jeune femme va faire des découvertes qu'elle n'est pas prête d'oublier..

Encore une fois, j'ai été transportée dans l'univers décrit avec brio par Michèle Barrière. Ses connaissances sur Paris au Moyen Age (et sur Bruges aussi...), permettent au lecteur de s'immerger complètement dans les mœurs et la vie quotidienne de ses personnages.
J'ai appris ainsi (honte à moi !) que l'eau n'avait pas encore cette malheureuse réputation que le siècle des Lumières lui a attribuée - celle de transmettre tous les maux - et qu'il n'était pas rare de se laver à Paris, en ce XIVe siècle (d'où les étuves, plus ou moins bien famées).
La gastronomie tient bien entendu une place de choix dans cette nouvelle intrigue très bien ficelée et nous permet d'avoir un bel aperçu des traditions culinaires de cette époque. Le personnage de Constance, novice en cuisine, permet à Michèle Barrière de nous introniser dans le milieu culinaire de cette fin du XIVe. Entre blanc-manger et dariole, j'ai salivé au fil des pages...
On apprend aussi quelques mots disparus aujourd'hui, comme "boutonner" qui signifie "piquer de clous de girofles", "parboulir" qui désigne le fait de "faire bouillir un court instant la viande avant de la rôtir", "détremper" qui est un synonyme de "mouiller avec du vin ou du verjus" et "souffire" qui renvoie à une cuisson douce dans de l'huile ou du saindoux.
Un rythme rapide, une intrigue très bien menée et une ambiance moite à souhait dans ces étuves, font de Souper mortel aux étuves
un roman très agréable à lire !
Le cahier de recettes médiévales à la toute fin, ainsi que les détails sur chacune des catégories d'aliments complètent une lecture fort instructive (on apprend ainsi que les légumes avaient la réputation de transmettre des maladies car ils venaient de la terre ou encore que le bœuf n'avait pas le droit de cité sur les tables dans la mesure où il était considéré comme un outil de travail pour le transport et l'agriculture).

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J'ai fait cette lecture dans le cadre du Challenge Juste pour Lire de Mylène. Je l'ai lu, entre autres, durant deux de mes sessions de lecture de 3 heures (comme annoncé ici).



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05 juin 2010

Meurtres au Potager du Roy, Michèle Barrière

9782253128762FSDepuis que j'ai découvert sur le blog de Latite Michèle Barrière et ses romans noirs gastronomiques, je les dévore tous un par un. Après le 16ème siècle, nous voici plongés au cœur du 17ème, à la cour de Louis XIV...

Versailles, 1683. Alors que Louis XIV affirme sa passion pour les légumes, ses jardiniers cultivent au Potager du Roy de nombreuses variétés nouvelles. Le jour où tous les melons, fruit tant prisé par le monarque, sont vandalisés et un jardinier tué, les jardiniers sont en alertes. Le même crime est commis chez un maraîcher parisien. Benjamin Savoisy, premier jardinier du Potager, se lance alors sur la piste de cet étrange complot qui semble ourdir à Versailles...

Une fois encore, je me suis régalée avec cette lecture. Rapide, extrêmement documenté (une fois encore, un carnet de recettes d'époque se trouve à la fin du roman), Meurtres au Potager du Roy nous plonge au cœur du 17ème siècle à Versailles. L'intrigue est relativement centrée sur les mœurs gastronomiques de cette époque (n'oublions pas que Michèle Barrière est journaliste culinaire !) tout en étant riche de détails historiques.
L'enquête policière est peut-être le bémol de ce roman. Pour ma part, je l'ai trouvée extrêmement prévisible et j'ai été très intriguée de la naïveté du héros de Michèle Barrière. J'ai néanmoins pris beaucoup de plaisir à me plonger dans cette époque et suivre à la fois les caprices culinaires du Roi Soleil, les modes gustatives de cette époque et l'introduction de nouveaux fruits et légumes en France, tels les petits pois, les asperges, ou encore les melons.

Dernier point positif à noter, et non des moindres : le Potager du Roy se visite toujours, à deux pas de Versailles.  L'auteur y a travaillé  quelques semaines pour préparer ce roman. Vous trouverez sur le site internet du Potager du Roi une foule d'informations pour compléter votre lecture.
A noter pour les parisiens, les samedi 2 et dimanche 3 octobre 2010, la grande manifestation 
"Les Saveurs du potager". J'y serai !


"Les écuyers sont les chefs. Ils contrôlent la qualité des plats et la quantité d'ingrédients. Les maîtres queux ont la charge des viandes et de la volaille. Les hâteurs sont ceux qui mettent les viandes à rôtir ou les poissons si l'on est maigre. Les potagers, comme leur nom l'indique, s'occupent des potages qu'ils soient de viandes ou de poissons et des bouillons pour faire les sauces. Les pâtissiers font les pâtés mais aussi les biscuits. Voilà pour la cuisine proprement dite." (p.30)

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06 mars 2010

Natures mortes au Vatican, Michèle Barrière

9782253125167FSAyant vraiment apprécié Meurtres à la pomme d'or de Michèle Barrière, je me suis précipitée sur la suite des aventures de François, le héros de ce premier opus...

Le roman débute à Rome, en 1570. François, qui a fui Montpellier, est secrétaire particulier du cuisinier du Pape, Bartolomeo Scappi. Il aide ce dernier à la rédaction d'un recueil de recettes.
Mais le calme est de courte durée : le célèbre peintre Arcimboldo est enlevé, tandis que François est la proie d'un horrible chantage. Lorsqu'une fête se transforme en massacre de jeunes filles, François décide d'intervenir...

Encore une fois une lecture agréable et très rapide. Michèle Barrière nous transporte avec brio dans cette Italie de la Renaissance,  faisant côtoyer aux personnages réels des protagonistes de sa création.
La cuisine tient toujours une grande place dans ce roman dit gastronomique, et nombreuses sont les explications culinaires et les recettes. L'intrigue en elle-même n'est pas forcément ce qui m'a le plus séduite, mais j'ai aimé néanmoins cette quête à travers l'Italie et ses mystères.
J'ai passé un très bon moment de lecture, me plongeant avec plaisir dans cette époque et ses coutumes...

A la fin du roman, encore une fois, un carnet de recettes d'époque, mais aussi un dossier sur les lieux et les personnages évoqués, ainsi qu'une bibliographie sélective pour approfondir sur le sujet...

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