Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.




29 septembre 2018

On regrettera plus tard, Agnès Ledig

On regrettera plus tard, Agnès LedigOn regrettera plus tard est un roman d'Agnès Ledig - révélée par Juste avant le bonheur - paru chez Albin Michel en 2016. 

Eric vit dans sa roulotte avec sa fille, Anna-Nina, parcourant les routes de France. Un soir de violent orage, dans les Vosges, il s'arrête chez Valentine, professeure des écoles. Valentine vit seule, mais sa maison est accueillante et chaleureuse. Les blessures du passé sont là, entre eux, et séparent ces deux âmes solitaires mais le temps qu'Eric répare la roulotte, ils font connaissance.

Si j'ai évidemment entendu parler de Juste avant le bonheur, je n'avais jusqu'alors pas encore découvert la plume d'Agnès Ledig. Le résumé de celui-ci et sa disponibilité en livre audio, m'ont permis de me plonger dedans pendant que je déballais mes cartons.   
L'intrigue fonctionne bien, l'écriture est fluide et la plume légère. Les personnages sont rapidement attachants et possèdent une psychologie bien ficelée, évitant toute caricature. Le duo Eric et Anna-Nina revisite la thématique père-fille et Agnès Ledig y ajoute ce qu'il faut d'émotion et d'intensité pour le rendre vraisemblable. Les amours blessées, la mort, la solitude mais aussi l'amitié, l'amour et l'adultère sont évoqués dans ces pages et c'est avec un élan d'optimisme qu'on en ressort. Un bon feel good que j'ai eu plaisir à découvrir. Et qu'on se le dise : je prends de plus en plus plaisir aux livres audio... 

Challenge Feel good

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20 septembre 2018

L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, Romain Puertolas

L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IkeaL'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea est le premier roman publié par Romain Puertolas. Il est paru en 2013 aux éditions Le Dilettante. 

Ajatashatru Lavash Patel est un escroc fakir venu chercher en France un nouveau lit à clous chez le géant du meuble suédois. Malheureusement pour lui, il se retrouve rapidement coincé dans une armoire et baladé de pays en pays, au gré de la marchandise. Clandestin involontaire, il rencontrera de vrais clandestins soudanais qui fuient leur pays, une belle parisienne qui fera chavirer son coeur, un chauffeur de taxi furieux d'avoir été arnaqué, et du Royaume-Uni à l'Espagne en passant par la Lybie, Ajatashatru Lavash Patel vivra de rocambolesques aventures. 

J'ai tourné autour de ce roman un moment avant de décider d'en écouter sa version audio, lue par Dominique Pinon. Rocambolesque est bien le terme qui définit cette épopée drôle et loufoque. L'intrigue à tiroirs fait penser aux aventures de Jules Verne, le personnage d'Ajatashatru Lavash Patel étant empreint d'un humour féroce et d'une candeur très fraîche. C'est léger et drôle, avec une réflexion sur la condition de clandestin (l'auteur faisant lui-même partie de la police aux frontières) mais je n'ai pas pris un plaisir immense à écouter les tribulations de cet indien malchanceux. A tel point que je passe sans problème à côté de son adaptation ciné, sortie en mai cette année. 

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19 septembre 2018

L'étrange boutique de Miss Potimary T.1 La boîte à secrets, Ingrid Chabbert et Séverine Lefèbvre

Etrange boutique de Miss Potimary

La boîte à secrets est le premier tome de la série L'étrange boutique de Miss Potimary imaginé par Ingrid Chabbert et mis en dessins par Séverine Lefèbvre. Il est paru en janvier 2017 aux éditions Jungle !

Pour ses neufs ans, Betty reçoit un peu d'argent pour s'offrir ce qu'elle souhaite. La petite fille part alors se promener dans les rues de son village lorsqu'elle découvre une boutique qu'elle n'avait jamais remarquée. Au milieu des divers objets qui s'entassent jusqu'au plafond, Betty repère une magnifique boîte à secrets japonaise. Mais lorsqu'elle veut se l'offrir, Miss Potimary, la propriétaire de la boutique, la met en garde. La boîte serait magique et personne n'en connaît les conséquences. Betty décide néanmoins de l'acheter et s'affaire à en découvrir le secret. Alors qu'elle s'endort le soir-même, la boîte s'ouvre et transporte Betty dans un voyage dans le temps !

Besoin de douceur ? Terminus, tout le monde descend ! Quelle mignonnerie cette BD ! Je l'avais découverte chez Lasardine il y a quelques mois, lors d'un rendez-vous BD, et l'avais trouvée à la médiathèque dans la foulée. Voilà une lecture toute douce qui vous replongera en enfance et vous fera vivre d'amusantes aventures avec son personnage attachant. L'intrigue fondée sur une quête initiatique entraîne la petite Betty trente ans en arrière et regorge de suspense et de rebondissements. Ce premier tome pose les bases de la série qui s'annonce réjouissante et positive.  
Les dessins tout ronds de Séverine Lefèbvre offrent à l'ensemble un côté doux et chaleureux. Il est bien agréable de se plonger dans ces pages. Betty est un personnage débrouillard et intrépide et c'est accompagnée de Dare-Dare, sa souris de compagnie, que la fillette va vivre de joyeuses aventures. A mettre entre les mains de plus jeunes, pour le côté magique et aventurier, et les moins jeunes pour le côté léger et agréable. Allez, je vous l'avoue, j'aurais adoré le découvrir vers 9-10 ans et recopier ces dessins absolument fabuleux (Lasardine leur trouve des accointances avec le trait de Tim Burton et je la rejoins sur cette idée). 

Planche 1 Planche 2

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 La BD de la semaine

Cette semaine chez Noukette !

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17 septembre 2018

Le confident, Hélène Grémillon

Le ConfidentLe confident est le premier roman de la femme de lettres française Hélène Grémillon. Il est paru chez Plon en 2010 et a connu dès sa parution un grand succès en France et à l'international.

La mère de Camille vient de décéder. La jeune femme, bouleversée, répond de façon automatique au courrier de condoléances lorsqu'elle découvre une étrange lettre. Le courrier, anonyme, évoque une histoire d'amour durant la Seconde Guerre mondiale. Camille croit d'abord à une erreur de destinataire, puis à un auteur qui souhaite être original pour lui envoyer son manuscrit - Camille est éditrice - mais comprend au fil des lettres que cette histoire la concerne, elle et sa famille.

J'ai emprunté ce roman un peu par hasard à la médiathèque, cherchant un nouveau livre audio pour mes trajets. Dès le premier chapitre, mon attention a été happée. Hélène Grémillon tisse une intrigue alternant passé et présent, prise en charge en alternance par plusieurs narrateurs. Camille, le personnage principal, reçoit les lettres de Louis - elle apprend vite son prénom - qui était éperdument amoureux d'Annie, une jeune fille de son village, en 1938, avant que la guerre n'éclate. Celle-ci, douée en peinture, s'était liée d'amitié avec une parisienne venue s'installer dans leur village. Mais leur amitié devint rapidement malsaine lorsque Mme M., c'est ainsi que Louis la nomme, confia à Annie son désarroi de n'avoir pas pu avoir d'enfant. Je n'en dirais pas plus pour garder le suspense entier de cette intrigue complexe s'il en est, où amours impossibles et jalousie se chevauchent.
La plume d'Hélène Grémillon est juste et précise, chacun des personnages ayant son style propre - renforcé dans la version audio par les voix des comédiens, Carole Bouquet, Jacques Weber, Sara Forestier et Hélène Grémillon elle-même -, et dévoilant peu à peu de terribles révélations. Un premier roman d'une intensité rare, émouvant et terrible. A découvrir sans hésiter !

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07 juin 2018

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

En attendant Bojangles, Olivier BourdeautEn attendant Bojangles est le premier roman de l'écrivain français Olivier Bourdeaut paru en janvier 2016 aux éditions Finitude. Plusieurs fois primé, il a remporté un grand succès dès sa sortie.

Ils s'aiment d'un amour fou. Lui, George, ancien homme de loi reconverti en ouvreur de garages, elle, au prénom inconnu puisque son mari la nomme chaque jour différemment, amoureuse de la vie fantasque qu'elle s'invente. Tous les deux dansent, chaque jour, sur Mr Bojangles chanté par Nina Simone, devant les yeux ébahis de leur fils. La vie du trio n'est qu'un tourbillon de fantaisie et de drôlerie : les invités se succèdent, l'alcool coule à flot, les disques tournent en boucle tandis que Mme Superfétatoire, la grue domestiquée par la famille, amuse la galerie. Tout n'est qu'amusement et loufoquerie. Mais  l'équilibre de cette douce folie se rompt le jour où un percepteur d'impôt vient sonner à la porte. 

Deuxième roman que je découvre en livre audio, En attendant Bojangles m'a complètement charmée. Je l'avais dans ma PAL depuis longtemps en version papier (depuis sa sortie !) mais je n'avais pas pris le temps de le découvrir. Un trajet ce week-end m'a permis de me plonger dans la version audio empruntée à la médiathèque.  
La voix de Louis Arène, de la Comédie-Française, donne vie à ces personnages fantasques et corps à cette intrigue ubuesque, tandis que les intermèdes musicaux de Nina Simone scandent l'intrigue. La narration alterne entre les souvenirs du narrateur enfant devenu adulte et le journal de son père. Les réminiscences divergent de l'un à l'autre, l'enfant et son oeil naïf ne voyant dans la fantaisie de sa mère qu'une fraîcheur innocente, quand son père, dès le début, sait que la folie se tapit dans un recoin, et qu'elle peut à tout instant faire voler en éclat l'équilibre mental de sa chère et tendre. 
La plume d'Olivier Bourdeaut est d'une musicalité sans borne (et en livre audio le résultat est d'autant plus fort !), l'auteur jouant sur les mots, leurs sonorités et les figures de style pour créer un non-sense absolument délicieux. 
C'est bien simple : je n'ai pas vu passer les 3h d'écoute, moi qui avais eu beaucoup de mal avec mon premier livre audio. Je me suis immergée dans cette intrigue drôle et émouvante, ode à un amour fou si romanesque. Je ne vous en dirai pas plus... Un coup de coeur indéniable à côté duquel je vous déconseille de passer ! 
Les avis de BlandineEnnaFolavril, Helene, ItzamnaJerome, LeiloonaMadameNatiora, Noukette, etc. 

  En bonus un entretien d'Olivier Bourdeaut

 

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30 mai 2018

La Saga de Grimr, Jérémie Moreau

La saga de GrimrLa saga de Grimr est un album signé Jérémie Moreau paru en septembre 2017 chez Delcourt. Il a reçu le Fauve d'or au Festival d'Angoulême en janvier dernier.

Islande, 18e siècle. Sous le joug de la domination danoise, l'île vit ses heures les plus sombres et ses habitants peinent à survivre. Echappant de justesse à une éruption qui tua ses parents, le jeune Grimr est adopté par Vigmar, un homme solitaire et rusé. Au fil des ans, Grimr devient un colosse infatigable et valeureux, une montagne de muscles dominée par une crinière rousse. Mais sans propriété terrienne sur l'île, et malgré leur commerce de passeur de fjord, Vigmar et Grimr vivent dans une situation à l'équilibre précaire. Surtout que les habitants environnants ne voient pas d'un bon oeil leurs affaires. 

Il en aura fallu des chroniques pour me décider à passer outre cette couverture : le visage fermé de ce personnage me rebutait et ne me donnait pas envie d'aller plus loin. Et puis, la semaine dernière, avec une ultime chronique, celle de Nathalie, je me suis décidée. Et j'ai rudement bien fait ! 
Une fois dépassée la couverture, il m'a été impossible de refermer cet album, happée complètement par l'histoire de Grimr, cet enfant qu'un volcan a rendu orphelin. Jérémie Moreau offre à chaque planche des paysages spectaculaires qui m'ont replongée dans les souvenirs de mon voyage sur cette île merveilleuse et envoûtante au possible (j'en avais mis quelques photos dans ce billet). La vie y est rude, les traditions bien ancrées, et malgré sa force et son courage, Grimr peine à y trouver sa place. La violence est là, entre la nature sauvage et les lois des hommes, leur cruauté et leur vénalité. 
J'avais déjà aimé le trait de Jérémie Moreau il y a quelques années dans Le singe de Hartlepool. J'ai retrouvé son côté flou parfois mais j'ai surtout été charmée par son traitement de la nature, les personnages me laissant davantage sur ma faim
Je n'ose en dire plus. Un simple conseil : n'attendez pas des mois comme moi pour découvrir cet album : c'est une merveille esthétique qui vous remplira d'émotions et à côté de laquelle il serait bête de passer.

Les avis de Mo', Moka, Noukette, Alice, Sabine, Hélène, Joëlle, Enna, Karine:), Blog-o-Noisette, Caro, Yvan, et le Tumblr de Jérémie Moreau.

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La BD de la semaine

Cette semaine chez Noukette !

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17 septembre 2014

Sin City T.2 J'ai tué pour elle, Frank Miller

Sin City 2

Sin City est une série en noir et blanc de sept comics écrite et dessinée par Frank Miller et publiée de 1991 à 2000 chez Dark Horse. Elle est publiée en France d'abord aux éditions Vertige Graphic puis chez Rackham. Le deuxième tome de la série, J'ai tué pour elle, est paru en 1994 aux États-Unis et en 2002 en France. 

Sin City, la ville du pêché. Dwight McCarthy est spécialisé dans la prise de photos compromettantes pour alimenter les procédures de divorce. Solitaire et marginal, il exècre ce métier et espère le quitter sous peu. 
Un soir, la femme qu'il a tant aimée et qui l'a quitté pour un autre, le rappelle. Ava, c'est son nom, lui demande de l'aide. Mariée à un homme qu'elle décrit comme violent, elle se sent menacée et demande à son ancien amant de l'aider. Dwight refuse, dans un premier temps, puis retombe dans les filets d'Ava...

J'avais lu le premier tome il y a quelques années, après être tombée sous le charme de l'adptation ciné de Robert Rodriguez et Frank Miller. Et puis, comme pour beaucoup de séries, n'ayant pas le deuxième tome sous la main, j'ai laissé passer du temps avant de poursuivre ma lecture. 
Impossible de passer à côté de l'adaptation ciné de ce deuxième volet de la série, qui sort aujourd'hui... Et le hasard a fait qu'en allant faire une virée dans ma nouvelle médiathèque, je suis tombée sur cet album. Je l'ai donc dévoré, avant de succomber pour le film cette fin de semaine. Bon ça, c'était pour contextualiser ma rencontre avec cette lecture. Maintenant amorçons ma critique à proprement parler. 
Difficile de ne pas débuter celle-ci par le magistral travail graphique réalisé ici par Frank Miller. Le noir et blanc est travaillé ici à l'extrême et offre une atmosphère sombre absolument envoûtante qui hape le lecteur dès les premières planches. Les détails sont soignés, le travail sur la lumière fabuleux, le jeu des contrastes des plus intéressants. On en vient à s'interroger sur ce qu'il faut regarder à chaque vignette : le noir est-il le dessin ou est-ce le blanc ?  
Les personnages se découpent, entre ombres et lumière. Leurs traits sont anguleux, acérés. Même les corps féminins, pourtant pulpeux, semblent affûtés, comme s'ils étaient prêts au combat qui sourd au fil des pages.   
Ville tentaculaire et protéiforme, Sin City palpite au fil des pages, non sans rappeler l'ambiance des grands polars américains. Elle semble rongée par le mal. Truands et corrompus l'habitent, et rares sont ceux qui en sortent indemnes. Le lecteur suit avec avidité le parcours de Dwight, mais aussi de Marv, héros du premier tome, ou encore de Nancy, l'inoubliable strip-teaseuse.    
Je ne vous apprendrai rien en vous disant que c'est à la fois violent, sombre, trash et sexe. Si vous connaissez la série, vous ne serez pas surpris. Pour ceux qui n'ont vu que le premier film, l'album en est l'origine. Entre érotisation de la ville et violence. On s'immerge dans cette ingtrigue tortureuse, aux côtés de personnages torturés, pour n'en sortir qu'une fois la dernière page tournée (ce qui n'est pas sans me rappeler ma rencontre avec Walking Dead)Sublime, c'est le mot. 

D'autres avis sur ce tome : Mo' (intégrale de la série), YaneckYvan, etc. 

Voici ma 67e participation  à la  de Mango
et ma 55e au Top BD des blogueurs de Yaneck (17/20)

 Top BD-

Planches Sin City 2

 

 Si vous êtes passés à côté de la bande-annonce de l'adaptation ciné qui sort aujourd'hui, la voilà.

  

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10 septembre 2014

Rosalie Blum T.1-2-3, Camille Jourdy

Rosalie Blum est une série de BD composée de trois albums écrits et dessinés par Camille Jourdy, parus entre 2007 et 2009 chez Actes Sud.
Il est rare que je chronique plusieurs tomes dans un même billet, mais ayant lu cette série d'une traite, j'ai décidé de la présenter dans son intégralité pour vous permettre de mieux l'appréhender.
Petit conseil : si vous décidez d'ouvrir le premier tome, assurez-vous d'avoir la suite sous la main... Vous risquerez de le regretter dans le cas contraire !

Rosalie Blum

T.1 Une impression de déjà-vu

Vincent a trente ans, et une vie un brin triste. Coiffeur dans une petite ville de province, il habite au-dessus de chez sa mère et voit sa vie défiler devant ses yeux sans en profiter. Engoncé dans une relation castratrice avec sa mère, le jeune homme subit l'intrusivité de cette dernière dans sa vie personnelle et un chantage affectif insidieux.  Un jour, tenu d'aller faire une course pour elle, il sort de son quartier et découvre une petite épicerie. Le visage de l'épicière ne lui est pas inconnu et l'intrigue. Un peu par hasard, mais par curiosité surtout, Vincent se met à la suivre pour découvrir sa vie et tromper sa solitude. Mais un jour, au salon de coiffure, un coup de fil retentit. C'est Rosalie, l'épicière, qui veut prendre rendez-vous !

T.2 Haut les mains, peau de lapin !

S'étant rendu compte du manège de Vincent, Rosalie l'a fait suivre à son tour par sa nièce, Aude. Cette dernière, un peu désoeuvrée, se prête au jeu, accompagnée de Cécile et Bernadette, ses deux meilleures amies. Les trois femmes découvrent peu à peu le quotidien de Vincent et sont intriguées par son manège avec Rosalie. Et s'il était un dangereux pervers ? Rosalie, confiante, décide, contre l'avis de ses trois espionnes, de bouleverser ses habitudes et d'aller au devant de ce jeune homme intriguant. Un rendez-vous dans son salon de coiffure s'impose. De quoi chambouler les habitudes de Vincent !

T.3 Au hasard Balthazar !

Vincent et Rosalie se rencontrent enfin, officiellement, dans le salon de coiffure ! Lors de cette rencontre, aucune parole ne sera échangée. Mais Vincent est troublé, car il ne cesse de rencontrer l'épicière sur son passage. Cette dernière, intriguée par le jeune homme, a en effet décidé de se trouver sur son chemin aussi souvent que possible. Pour le confronter, enfin, et discuter autour d'une table de ce manège intriguant. 

***      

Quelle lecture ! J'ai été littéralement happée par cette série, transportée par les dessins ronds de Camille Jourdy et son trait parfois minimal, subjugée par cette histoire qui paraît simple, si simple. Et pourtant...
Les personnages imaginés par la jeune auteure sont empreints d'un réalisme rare et portent en eux un spleen très contemporain, une nonchalance teintée d'ennui. Chacun solitaire à sa façon, enfermé dans des doutes et des peurs qui le paralysent, se cherche au détour des pages, confronté à des face-à-face intimes douloureux et constructeurs. 
L'ennui et la curiosité, à l'origine de ce drôle de manège d'espionnage, amèneront les personnages à sortir de leur quotidien pour partir à la rencontre de l'autre, dans une sorte de ballet lent et introspectif.
Le triptyque s'articule de façon tout à fait originale puisque les deux premiers tomes racontent le même moment de l'intrigue mais en adoptant deux points de vue différents : celui de Vincent, dans le premier tome, puis d'Aude et Rosalie dans le second. Et si on regarde bien le premier tome, on voit Aude hanter les pages et épier Vincent, fière de relever cette mission pour sa tante. Le troisième et dernier tome fait converger les deux premiers et se rencontrer les personnages. Quelle belle idée !
Rosalie Blum est une chronique sociale des plus émouvantes où le quotidien et la lenteur ont la part belle. Chacun des personnages rôde à la recherche de lui-même, en se confrontant aux autres. 

D'autres avis sur cette série :

T.1 : Canel, CelsmoonEsmeraldaeKikineL'OgresseMango, Manu, Mo'...
T.2 : Canel, EnnaMango, Manu, Mo'...
T.3 : CanelEnnaMango, Manu, Mo'...
Trilogie : NouketteSofynet, Stephie...

  Voici ma 66e participation  à la  de Mango
et ma 54e au Top BD des blogueurs de Yaneck (16/20)

 Top BD-

 

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07 septembre 2014

Quand j'étais Jane Eyre, Sheila Kohler

Quand j'étais Jane EyreQuand j'étais Jane Eyre est le neuvième roman de l'écrivaine Sheila Kohler paru en 2012 aux Éditions de la Table Ronde.

Manchester, 1846. Au chevet de son père qui  se remet doucement d'une opération des yeux, Charlotte Brontë écrit, dans la pénombre d'une chambre. Son nouveau roman, Jane Eyre, prend racine dans le terreau de sa vie. Le décès de sa mère, mais aussi la froideur de son père, en admiration devant son fils anéanti par l'alcool, la difficulté pour se faire éditer ou encore la passion qu'elle connut pour un de ses professeurs, Charlotte glisse dans son roman des éléments de sa vie et la transfigure pour mieux s'en venger. Sous sa plume naît un chef d'oeuvre. Et aux côtés de ses deux soeurs, Charlotte Brontë se laisse guider par l'acte d'écriture et transporter par les mots.

Depuis sa sortie en 2012, ce roman m'attirait, tant par son titre que par son sujet. Sheila Kohler nous livre ici une histoire tout à fait étonnante et d'une finesse exquise. Aux côtés des soeurs Brontë, dont il suit le quotidien dans les grandes lignes, le lecteur assiste à la naissance de trois chefs-d'oeuvre de la littérature anglaise : Jane Eyre, de Charlotte, Les Hauts de Hurlevent, d'Emily et Agnes Grey, d'Anne.
L'auteure, qui maîtrise parfaitement son sujet et la biographie des trois femmes, interroge l'acte d'écriture et s'immisce dans la tête de Charlotte Brontë pour mieux analyser ce qui pousse un individu à passer à l'écriture. La narration à la troisième personne, qui se focalise sur le personnage de Charlotte, offre une dynamique des plus intéressantes à l'ensemble.
De la rivalité des trois soeurs, l'auteure esquisse quelques lignes - notamment quand Charlotte est la seule à ne pas réussir à faire publier son roman - pour mieux s'intéresser aux fils entrelacés entre fiction et réalité, une réalité teintée de mélancolie et entachée de drames.
De la difficulté à publier un écrit pour une femme au 19e, en revanche, il est davantage question. Peut-être pour mieux définir les contours de ce contexte éditorial et mettre davantage en lumière les trois soeurs et leur ténacité respective.
Porté par une plume claire au style à la fois limpide et rythmé, Quand j'étais Jane Eyre est un roman peu commun, bel hommage à ces trois femmes de lettres que sont les soeurs Brontë. 

D'autres avis : Cathulu, Clara, FondantoChocolat, L'Or, Melisende, Miss Alfie, Stemilou, Theoma,...

Sheila Kohler présente son roman

 

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