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drogue
12 mai 2011

L'Apprentissage de la ville, Luc Dietrich

arton1945_48f47L'Apprentissage de la ville est un livre qui me tient particulièrement à coeur et que je souhaitais vous présenter. Cette oeuvre est le second volet d'un diptyque débuté sept ans plus tôt avec Le Bonheur des tristes.

L'Apprentissage de la ville a ceci de particulier qu'il met à mal toutes les conventions du pacte autobiographique traditionnel. Luc Dietrich y raconte une période de sa vie, de 1931 à 1935, mais si beaucoup d'éléments sont avérés, d'autres sont arrangés voire inventés. Ce brouillage de pistes atteint son paroxysme avec le sous-titre "Roman" donné à ce texte qui présente pourtant toutes les caractéristiques d'une autobiographie.

Né en 1913, orphelin de père, Luc Dietrich subit une enfance itinérante aux côtés de sa mère, toxicomane. Lorsque celle-ci s'éteint en 1931, le jeune homme est à son tour plongé dans une vie instable. Sans le sou, il fréquente toutes sortes de milieux, plus ou moins bien famés, et survit au jour le jour.
De sa rencontre avec Lanza del Vasto naît l'énergie qu'il met dans son oeuvre littéraire et qui nous permet, aujourd'hui, de mesurer le talent de cet écrivain disparu trop tôt...

L'Apprentissage de la ville est un texte très intimiste qui mériterait pourtant davantage de visibilité. Il dégage une poésie d'une rare beauté portée par un élan fugace d'une intensité inouïe.
Suivant au fil des pages l'itinéraire de l'auteur et le fil de sa vie, le texte nous emmène dans un monde à part, où la temporalité s'estompe au profit de tranches de vie, d'anecdotes, de souvenirs parfois fictifs dans lesquels le lecteur doit délier le vrai de l'imaginaire.
C'est une lecture qui m'a profondément marquée tant elle ne ressemble à rien de ce que j'ai pu lire avant. Luc Dietrich nous offre ici un texte vibrant d'émotion dont on ne ressort pas indemne.

Une lecture qui n'est peut-être pas d'un abord facile car d'une construction sans réel ancrage temporel, mais qui mérite qu'on s'y attarde, qu'on déchiffre cette vie qui porte en elle toutes les caractéristiques d'une tragédie grecque. Luc Dietrich s'est éteint à l'âge de 31 ans, en 1944, des suites d'une septicémie contractée par une blessure de guerre. Il laisse derrière lui une oeuvre brillante, d'une musicalité rare et vibrante d'images poétiques.
A lire si le style d'un auteur compte autant si ce n'est plus qu'une intrigue rocambolesque à souhait. A lire pour découvrir un artiste,
une plume, une vie.

"Le sang coule dans le creux de la hanche, mes mains ne peuvent plus le retenir. Il est beau, il est précieux, et il s'en va." (p.29)

"Cette nuit les herbes ont poussé si haut que les arbres ont peur pour leurs fruits." (p.47)

"Le passé m'était remords, l'avenir menace, le présent dégoût." (p.62)

"Et sommeil aussi sera notre vie de demain, quand le soleil luira et que nous nous croirons en éveil, nous les humains chefs-d'oeuvre, nous les petits parfaits du globe, aux mobiles de 68135280mouche, à la mémoire épaisse et à la langue agile." (p.155)

Cette lecture me permet d'honorer mon engagement pour le Challenge nécrophile de Fashion.

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3 avril 2011

Losers nés, Elvin Post

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Losers nés est le troisième roman du hollandais Elvin Post paru en France. Je ne connaissais absolument pas cet auteur, et je dois dire que j'ai vraiment envie de découvrir ses deux précédents romans...

Romeo Easley est jeune, noir et  pauvre. Entre une mère alcoolique, un frère qui travaille pour un dealer et une enfance dans un quartier pauvre de New-York, Romeo a du mal à se projeter dans l'avenir. Il fraye un temps avec Sean Withers, le caïd de la drogue pour lequel son frère travaille, avant de trouver un véritable emploi : il devient bouquiniste sur le trottoir de la 6e Avenue.
Lorsqu'une belle jeune femme lui sourit un matin en lui achetant un magazine, le coeur de Romeo faiblit. Mais il n'a pas le temps de reprendre ses esprits que Sean Withers vient l'aborder. Les ennuis commencent. Il fait chaud à New-York, très chaud, et tout ne se déroule pas comme prévu...

C'est très simple : j'ai lu ce roman policier en une journée (merci les transports parisiens !) Elvin Post nous entraîne dès la première page dans son univers aux relents de films de Tarantino. Si le sujet est grave et peut sembler morose, Elvin Post le transforme en thriller à la fois comique et dramatique.
On s'attache immédiatement au personnage de Romeo, au prénom singulier en regard de sa situation d'amoureux transi. Sa volonté d'échapper aux déterminismes sociaux n'a rien de dramatique mais représente une sorte de message d'espoir : la littérature contre la pauvreté et la drogue, quelle bonne idée !
Les autres personnages sont très bien campés, et portent en eux leur situation parfois difficile : la mère désespérée par son fils unique toxicomane et dealer, le flic qui a fait une grosse bévue et ne parvient pas à oublier, le caïd de la drogue obsédé par sa virilité et accro à une boisson sensée la décupler, le petit dealer fauché et naïf mené par le bout du nez par sa copine, etc. Tous sont comiques malgré leur situation.
Une très bonne lecture, un très bon roman policier dans lequel la mort est presque parodique et la vie ne tient qu'à un fil (comme dans Le livre sans nom). Une lecture que je recommande vivement !

Un grand merci à  logo2 et aux seuil pour ce roman policier reçu dans le cadre du Jury Policier 2011.

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20 mars 2011

Toxique, Françoise Sagan

toxiqueCe titre, cette couverture jaune et l'auteure de ce livre m'avaient follement attiré l'oeil chez Cynthia il y a peu. Lorsque je suis allée errer dans une librairie le weekend dernier et que mes yeux se sont posés sur cette couverture, je n'ai pas hésité une seconde.

En 1957, Françoise Sagan est victime d'un accident de voiture. Grande amatrice de voitures et de vitesse, l'auteure de Bonjour Tristesse souffre tant pendant trois mois, que les médecins lui prescrivent un dérivé de la morphine, le palfium, autrement appelé le "875". La souffrance s'atténue, mais son départ rime avec accoutumance et dépendance
Un mal en chassant un autre, Françoise Sagan est obligée de suivre une cure de désintoxication. Toxique est le journal qu'elle a rédigé à cette période.

Récit de ces souffrances, tant physiques que psychologiques, Toxique est un magnifique texte. Tout en pudeur et en retenue, Françoise Sagan nous livre ici ses angoisses, ses réflexions mais aussi ses espoirs quant à sa situation. Magnifiquement illustré par Bernard Buffet, le texte de Sagan prend toute sa dimension. Le corps est mis en scène, squelettique, en souffrance, tandis que le quotidien prend une tonalité sombre pour la jeune narratrice.
Un texte fort, à lire d'une traite pour appréhender l'entièreté des sentiments de Françoise Sagan.

 challenge_sagan_by_delphineJ'ai longtemps résisté au Challenge Françoise Sagan organisé par Delphine et George, mais avec ce titre, je capitule !

J'inscris donc cette lecture dans ce challenge, et annonce par là-même ma participation dans la catégorie "Mini-Challenger" (Lire 1 ou 2 romans et / ou biographie). Je n'ai pas d'autres titres de Sagan dans ma PAL, mais je me laisserai peut-être tenter, qui sait ?

Et parce que j'aime beaucoup Françoise Sagan et que j'aime aussi énormément Sylvie Testud, je ne peux que vous conseiller le biopic qui avait été réalisé en 2008 par Diane Kurys et dont voici la bande-annonce :

 
 
8 mars 2010

Junk, Melvin Brugess

9782070396924FSNous avions lancé l'idée d'une lecture commune avec Tinusia pour ce roman qui me tentait depuis un certain temps... C'est chose faite !Sans_titre_2
Junk est un roman paru en 2002 aux éditions Gallimard dans la collection Scripto, pour les adolescents. Ce détail explique mon choix de le classer en littérature de jeunesse, malgré la couverture que je présente ici (la version adulte, parue en 2009 dans la collection Folio).

Nico est un jeune adolescent mal dans sa peau : avec une mère alcoolique qui ne tient plus debout et un père violent, sa vie est dure. Heureusement il a Gemma, une fille de son âge avec qui il sort. Un peu paumée aussi, en rébellion surtout.
Le jour où Nico décide de fuguer, il rencontre Richard, un homme étrange et profondément philanthrope, qui récupère des maisons abandonnées pour ouvrir des squats pour les jeunes sans toit. Nico s'installe donc dans un squat où Gemma le retrouve, ayant fuguée elle aussi, mais par désœuvrement. Les deux adolescents débutent alors une vie de pseudo liberté, où tout est simple. Mais le jour où deux jeunes de leur âge arrivent et leur proposent de venir vivre dans leur squat, l'enfer de la drogue se referme sur eux...

Cinquième coup de cœur de cette année, Junk est un livre que l'on n'ouvre pas sans conséquences et qui résonne longtemps après en avoir tourné la dernière page...
L'auteur présente les événements relatés comme inspirés de ce qu'il a vu et côtoyé lorsqu'il vivait à Bristol dans les années 80. La misère et la drogue vont souvent de paire et se referment sur de nombreux jeunes telle la gueule d'un loup.
Nico et Gemma, les deux personnages principaux, ont l'innocence et la candeur de leur âge, à peine quinze ans, et se croient naïvement plus forts que leurs paradis artificiels. Leur histoire est très dure, mais reflète une triste réalité que l'on ne peut ignorer. La narration alternée, adoptant à tour de rôle le point de vue des différents protagonistes, permet d'avoir non seulement une vue d'ensemble de l'intrigue mais aussi des opinions diverses sur celle-ci. Certains personnages subissent leur addiction sans en avoir conscience, tandis que d'autres, plus lucides, tentent en vain de décrocher, ou tout du moins de baisser leur consommation. Les relations entre les personnages sont réalistes, la psychologie de ces derniers très bien étudiée, l'intrigue bien menée...

Bref, j'ai eu du mal à refermer ce livre, prise dans le tourbillon infernal de cette histoire, souffrant avec les personnages, espérant en même temps qu'eux, anticipant, parfois, leurs déconvenues et leurs rechutes. L'enfer de la drogue est décrit avec précision par l'auteur qui l'argumente ainsi : « Je pense qu'il est préférable que les jeunes n'entendent pas parler de la drogue pour la première fois le jour où quelqu'un essaiera de leur en vendre. » Les mots sont durs, les sensations décrites en détails, les phrases font sens douloureusement et dangereusement. On est emportés par cette lecture noire, repoussant l'inextricable dénouement, tentant de fuir cet engrenage déjà enclenché.

Une lecture coup de poing dont vous ne sortirez pas indemne. A ne pas mettre entre toutes les mains, certes, mais en gardant à l'esprit la visée de l'auteur...

Lectures communes

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