Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

25 février 2017

Outlander T.2 Le Talisman, Diana Gabaldon

Outlander TLe Talisman est le deuxième tome de la série Outlander (ou encore Le Chardon et le Tartan ou Le Cercle de pierre) imaginée par Diana Gabldon dans les années 1990 et remis dernièrement sur le devant de la scène par son adaptation en série télé.

1968. Frank, le mari de Claire, vient de mourir. Cette dernière retourne en Écosse avec leur fille, Brianna, afin de chercher des traces de son passé. Celle qui a voyagé dans le temps grâce à un cromlech se souvient de son incursion dans le 18ème siècle écossais aux côtés de Jamie, un Highlander dont elle est tombée follement amoureuse et avec qui elle a fuit à Paris, à l'époque de Louis XV. Déterminés à empêcher la rébellion jacobite et l'accession au trône de Charles-Edouard Stuart , Jamie et Claire infiltrent la société mondaine parisienne pour éviter une répression sanglante dans les Highlands.

Souvenez-vous, j'avez adoré le premier tome des aventures de Claire et Jamie le mois dernier. Et j'ai naturellement continué sur ma lancée dans cette saga, avide de découvrir la suite des aventures de ce duo britannique dans l'Écosse de 1745.  Mais je dois avouer que le début de ce second tome a eu raison de mon enthousiasme, Diana Gabaldon décidant de planter son intrigue en 1968 et de délaisser le voyage dans le temps cher à mon coeur. Passé le premier moment de déception (j'adore la lande écossaise rabattue par les vents et les Highlanders et leur finesse légendaire, c'est vrai !), j'ai poursuivi ma lecture avec curiosité. Et force est de constater que l'auteure maîtrise son sujet à la perfection. En construisant son intrigue de la sorte, elle parvient à distiller un suspense dès les premiers chapitres et d'enferrer son lecteur dans les méandres de l'histoire. Les lieux se mélangent, les époques aussi, et le voyage dans le temps, au coeur de l'intrigue, prend toute sa dimension. Pourquoi Claire est-elle revenue dans le présent ? Et qui est donc Brianna ? Voilà des questions que le lecteur se pose très rapidement...

Les personnages gagnent en épaisseur psychologique, la romance en intensité, la trame historique est toujours aussi riche et bien traitée et l'ensemble fonctionne très bien. Je ressors de ces 950 pages enchantée, bercée par le vent écossais, sentant dans mon nez les effluves de whisky qui hantent ces pages et je n'ai qu'une envie : y retourner ! Je vais certainement intercaler quelques lectures entre la fin de ce tome et le suivant, mais je ne vais pas trop tarder : Claire et son bel écossais commencent déjà à me manquer !

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18 février 2017

Rue des boutiques obscures, Patrick Modiano

Rue des boutiques obscures, Patrick ModianoRue des boutiques obscures est le sixième roman de l'écrivain français Patrick Modiano - dont l'oeuvre a été couronnée par le Prix Nobel de littérature en 2014 - paru en septembre 1978. 

Guy Roland est détective. Guy Roland est amnésique, aussi. Quand son patron part à la retraite, Guy décide de partir sur les traces de son identité oubliée. En remontant les maigres pistes parisiennes dont il dispose, il retrouve son nom, ses proches et recompose son passé.

Première incursion dans l'oeuvre de Modiano, ma lecture de Rue des boutiques obscures s'est faite dans l'avion qui m'amenait à Prague, il y a quelques jours. Je suis tombée sous le charme de cette intrigue tournée vers la quête identitaire et la reconstitution d'un passé oublié. Le narrateur, qui enquête sur sa vie avec la précision de son ancienne profession, est un personnage difficile à cerner, qui ne donne à voir que ce qu'il désire de lui. Personnage flou, à l'identité insaisissable, il erre à la recherche de fragments de son passé pour comprendre qui il a été tout en étant observateur des souvenirs que chacun lui relate. Le charme de ces rencontres opère à chaque page, et le lecteur de suivre avec intérêt la reconstruction de ce moi brisé.

Un roman très court, déroutant, captivant, à la limite de l'absurde. Une très belle rencontre avec l'oeuvre de Patrick Modiano.

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15 février 2017

Désolée, je suis attendue, Agnès Martin-Lugand

Désolée je suis attendue, Agnès Martin-LugandDésolée, je suis attendue est le quatrième roman d'Agnès Martin-Lugand paru en avril 2016 aux éditions Michel Lafon.

Yaël, jeune interprète dans une agence parisienne réputée, est obnubilée par son travail. Délaissant amis et famille, la trentenaire qu'elle est devenue n'a plus rien de la jeune fille insouciante et légère qu'elle était dans sa jeunesse. Son quotidien, rythmé par son travail, ne laisse aucune place à une quelconque vie personnelle et ses proches s'en inquiètent. Mais quand un vieil ami refait surface et que la bande de copains de l'université se reforme peu à peu, Yaël vacille et son équilibre aussi. Et si la vie qu'elle avait choisie ne lui correspondait pas ?

Ayant adoré Les gens heureux lisent et boivent du café et La vie est facile, ne t'inquiète pas - respectivement les premiers et troisième romans d'Agnès Martin-Lugand qui se suivent et reprennent les mêmes personnages - j'ai sauté sur l'occasion de découvrir celui-ci, anticipant avec délectation une lecture agréable. Malheureusement, je me suis ennuyée dans ces pages, éprouvant un goût de déjà-vu assez dérangeant. Les personnages sont caricaturaux - Yaël ressemble à un Patrick Bateman d'American Psycho en version féminine pas meurtrière, tandis que les personnages secondaires sont de pâles êtres de papier sans consistance aucune -, l'intrigue prévisible dès les premières pages, et la romance insipide. Les pages défilent au son d'écueils qui se succèdent et qui donnent à l'ensemble un goût superficiel. 

Bref, une rencontre ratée avec une auteure qui a su me ravir avec deux romans. Ma déception est certainement à la hauteur de la joie éprouvée à la découverte de ces derniers, mais je ne m'avoue pas vaincue et découvrirais avec plaisir ses deux romans que je n'ai pas lus, Entre mes mains le bonheur se faufile, paru en 2014, et J'ai toujours cette musique dans la tête qui sortira en mars.

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21 décembre 2016

La vie est facile, ne t'inquiète pas, Agnès Martin-Lugand

La vie est facile, ne t'inquiète pas, Agnès Martin-LugandLa vie est facile, ne t'inquiète pas est le troisième roman de la psychologue de formation Agnès Martin-Lugand paru en 2015 chez Michel Lafon. Il est la suite [des] gens heureux lisent et boivent du café

Diane est revenue d'Irlande, où elle était partie quelque mois pour surmonter le décès de son mari et de sa fille. Rentrée à Paris, elle reprend les rênes de sa librairie café Les gens heureux lisent et boivent du café, aidée de Félix, son ami de toujours. Un beau matin, elle rencontre Olivier, un homme gentil et attentionné, doux et patient qui comprend que Diane ne voudra plus jamais être mère. Cette dernière y voit une manière d'oublier son histoire tumultueuse avec Edward, le photographe Irlandais dont elle s'était éprise à Mulranny et de se reconstruire. Mais l'Irlande se rappelle à son bon souvenir par un sombre coup de téléphone. Diane va vite devoir choisir entre sa vie parisienne calme et apaisée et le tumulte irlandais et ses sensations fortes.

J'avais absolument dévoré Les gens heureux lisent et boivent du café et j'ai immédiatement enchaîné sur la découverte de ce second tome, mue par le désir de savoir ce qu'il allait advenir des personnages sous la plume d'Agnès Martin-Lugand. Et je n'ai pas été déçue par cette suite. S'il ne possède pas le charme du premier tome dû à la découverte du cadre - la librairie café comme le petit village irlandais sont absolument fabuleux à découvrir - ce second opus recèle bien des richesses. Il est davantage question de maternité que de deuil, de résilience et de reconstruction que de douleur. L'ensemble se déroule avec fluidité et simplicité et la lecture est encore une fois très agréable. Pas de coup de coeur cette fois, car le cadre est posé et l'auteure semble avoir voulu donner une conclusion à ses personnages mais un plaisir que je n'aurais boudé pour rien au monde et que je vous conseille fortement !

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07 décembre 2016

Les gens heureux lisent et boivent du café, Agnès Martin-Lugand

Les gens heureux lisent et boivent du caféLes gens heureux lisent et boivent du café est le premier roman de la psychologue de formation Agnès Martin-Lugan. Il est paru d'abord en auto-édition sur la plateforme Kindle d'Amazon en 2012 avant d'être repéré par Michel Lafon et publié par cette maison d'édition en 2013.

Diane a perdu Colin et Clara, son époux et sa fille, dans un accident de voiture un an plus tôt. La jeune femme est effondrée, en incapacité de gérer un deuil qui la dépasse. Epaulée par Felix son ami et collègue des Gens heureux lisent et boivent du café, le café littéraire dont elle est la propriétaire, Diane tente de surmonter cette épreuve. Acculée face à son chagrin, désespérée, elle décide de tout plaquer pour s'installer quelques mois en Irlande, une île que Colin souhaitait découvrir. Arrivée à Mulranny, dans le Nord-ouest de l'île, Diane loue un chalet en bord de mer à un couple de retraités accueillants. Dans la solitude et face aux éléments, elle tente de faire face à sa vie. Mais ça serait sans compter l'arrivée d'Edward, son voisin de chalet et neveu de ses propriétaires, un photographe au caractère froid et tempétueux.

Entre l'île d'émeraude et moi, c'est une grande histoire d'amour (mon road-trip en Irlande reste un de mes grands souvenirs de voyage !) et je n'ai pas pu résister longtemps à l'appel de ce titre que j'ai vu innonder les blogs il y a quelques temps, quand j'ai su que l'héroïne partait s'exiler sur ces terres que j'aime tant.

Entre PS. I love you et The Holidays, Les gens heureux lisent et boivent du café est un premier roman délicieux et positif malgré son sujet difficile. La question du deuil est omniprésente entre ces pages mais la narration, centrée sur le personnage de Diane, est une ode à la reconstruction personnelle et à la résilience. L'héroïne, écrasée par le chagrin d'avoir perdu sa fille et son mari, apprend à se reconstruire peu à peu et à survire à cette épreuve. C'est beau, jamais dégoulinant de bons sentiments, très fin psychologiquement et l'Irlande est un théâtre parfait pour ce déchaînement d'émotions. C'est simple, j'ai dévoré ce roman en un rien de temps : commencé un soir, terminé le lendemain matin. Je me suis plongée directement dans la suite, La vie est facile, ne t'inquiète pas et le dernier roman de l'auteure, Désolée je suis attendue, est dans ma PAL, mais pas pour longtemps ! Bref, vous l'aurez compris, une très belle lecture et un gros coup de coeur pour ce cadre - l'Irlande mais aussi le café librairie que je rêverais de tenir - et cette histoire de résilience.

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06 novembre 2016

Un bruit étrange et beau, Zep

Un bruit étrange et beau ZepUn bruit étrange et beau est le dernier album de Zep paru en octobre chez Rue de Sèvres.

William vit reclus dans un monastère de l'ordre des Chartreux depuis vingt-cinq ans. Le silence est son quotidien, la prière son refuge. Mais lorsqu'un héritage l'oblige à quitter sa retraite pour se rendre à Paris, c'est sa vie qui est bouleversée. Car la capitale bruyante et pleine de vie le contraint à s'interroger sur son quotidien, et surtout, son passé. La vie à laquelle il a renoncé. Sa rencontre avec Méry, une jeune femme condamnée par une maladie vasculaire, va ébranler ses certitudes.

Le père de Titeuf signe ici un album des plus intéressants, tant graphiquement que scénaristiquement. Son intrigue simple - celle d'un homme contraint d'abandonner le silence et la solitude qu'il a choisis comme vie - offre une belle réflexion sur la vie en général, et son sens en particulier. Le personnage de William, bien ancré dans son quotidien de Chartreux, remet ses choix en cause par le biais d'une rencontre, celle de Méry, vivante et vibrante mais condamnée à court terme. Les deux personnages échangent sur leurs conceptions personnelles le temps d'un voyage en train qui va le bouleverser.

Graphiquement parlant, cet album est une petite merveille où la bichromie domine. Les doubles pages alternent sépia et couleurs froides (bleu, vert) dans un jeu d'ombres et de blancs qui fait sens. Les dessins sont soignés, les traits des personnages particulièrement léchés et l'ensemble est à la fois contemplatif et apaisant pour l'oeil. Le silence de William est là, dans certaines de ces pages sans dialogue dans lesquelles le personnage se déplace, observateur de cette vie qu'il a abandonnée. C'est beau, c'est rudement beau et très inspirant aussi.

Où réside l'essentiel ? Qu'est-il bon de privilégier ? Pas de réponse, au fil des pages, mais d'autres questions qui surgissent et que Zep nous donne à méditer. Au lecteur de trouver ses réponses, de s'interroger sur sa propre vie, le temps d'une parenthèse de calme avec cet album, loin du tumulte de nos vies actuelles. Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour la découverte de cet album. 

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04 mars 2015

Les Gardiens du Louvre, Jiro Taniguchi

Les gardiens du Louvre, TaniguchiLes Gardiens du Louvre est le dernier album de Jiro Taniguchi paru chez Futuropolis, en partenariat avec les éditions du Louvre, en novembre 2014.

Après un séjour en Europe pour un salon de la bande dessinée, un illustrateur japonais décide de faire escale à Paris afin de visiter ses musées.  
Fiévreux et délirant, il débute son séjour parisien avec un sentiment de solitude exacerbé par la maladie. Alors que celle-ci lui laisse quelque répit, il décide de se perdre dans les dédales du Louvre. Mais là encore, il est pris de vertiges et d'hallucinations et c'est la Victoire de Samothrace qui vient à sa rencontre pour le guider dans ce musée tentaculaire. 
Errant seul dans les couloirs du Louvre, il va se perdre à travers les époques et les genres picturaux. Croiser Camille Corot, Antonio Fontanesi, Asai Chu, ou encore Saint Exupéry, peu avant l'évacuation des oeuvres du musée en 1939. Et lors d'une escapade à Auvers-sur-Oise, c'est bien Van Gogh qui l'entraînera dans son atelier pour lui montrer sa dernière esquisse : Les Jardins de Daubigny. Un séjour parisien des plus mystérieux pour ce dessinateur japonais...

Ouvrir un album de Taniguchi, c'est à coup sûr s'immerger totalement dans un univers contemplatif des plus fascinants. De cet auteur, j'ai adoré Quartier Lointain (qui reste mon préféré), mais aussi Le gourmet solitaire, Le journal de mon père et L'homme qui marche. Et Les Gardiens du Louvre s'inscrit dans cette droite lignée d'albums tout en poésie et en contemplation, signature de l'auteur.   
Et cette fois, ce n'est pas le Japon qui est à l'honneur mais Paris et ses musées. A travers l'oeil de Taniguchi, les traits de la capitale française prennent forme et s'animent, à l'image des mystérieux gardiens
du Louvre que rencontre le héros.   
Véritable hommage à Paris
et à son histoire artistique, cet album trace des parallèles entre le Japon et la France, grâce aux artistes que Taniguchi fait revivre sous son crayon et les inspirations réciproques de leurs travaux.    
L
e trait de Taniguchi est fidèle à ses précédents albums, avec une différence notable : celui-ci est en couleurs. Difficile, peut-être, de rendre hommage au Louvre et à ses oeuvres en noir et blanc. 
J'ai adoré suivre les errements du narrateur dans les dédales du Louvre. Me perdre à ses côtés dans ce musée et m'interroger moi aussi sur la création artistique, sur la question de l'art à travers l'Histoire. Une très belle lecture. Mais ça, ce n'est pas une surprise avec Taniguchi...

C'était ma BD de la semaine et ma 61e participation au Top BD des blogueurs de Yaneck (18/20)

  Top BD

 

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15 février 2015

Une adoration, Nancy Huston

Une adoration, Nancy HustonUne adoration est le dixième roman de la femme de lettres franco-canadienne Nancy Huston paru en 2003 chez Actes Sud.

Le comédien Cosmo est mort, un couteau planté dans le thorax. Pour comprendre ce qui s'est passé, son entourage vient témoigner. Elke, la maîtresse passionnée, Fiona, la fille de celle-ci et grande admiratrice du comédien, Frank, son frère, haineux et envieux, Josette, la mère éplorée, Jonas, l'amant de la dernière heure, le choeur de femmes qu'il a aimées mais aussi la passerelle qui l'a vu improviser ses premiers sketches, le couteau qui l'a tué, la baguette de pain ou encore le Cèdre du Liban qui interviennent à un moment de l'intrigue. Au tribunal où le lecteur est juge défile cette drôle de galerie, pour comprendre qui était Cosmo. Quelle était sa vie. Et ce, jusqu'à l'inévitable...

Je connaissais Nancy Huston de nom mais ne savais pratiquement rien de cette auteure. Après cette première lecture, je sais dorénavant deux choses : non seulement Nancy Huston est une femme de lettres talentueuse, mais aussi que je vais désormais tâcher de découvrir son oeuvre. 
Une adoration est un roman original dans son intrigue comme dans sa construction. De Cosmo, le personnage principal, nous ne saurons que ce que ses proches veulent en dire. Nous n'en aurons qu'une vue biaisée par leur prisme, par leurs regards. De l'amante éplorée à la mère vindicative en passant par les anciennes maîtresses éconduites ou l'ancien amant, chacun porte en lui sa vision du comédien, selon les rapports qu'il entretenait avec lui et ce qu'il a pu saisir de sa personne.  
Dans ce tribunal qu'est le roman, à la barre duquel chacun défile, la vie de Cosmo s'étire donc sous les yeux du lecteur ébahi, pris à parti par chacun sous le terme de "Votre Honneur". Les émotions se succèdent, selon les interventions de chacun, du rire aux larmes, de la colère à l'incompréhension. Et pas une seule fois le pauvre Cosmo ne pourra rétablir sa vérité.   C'est bien le comble : même les personnages décédés interviennent dans cette histoire. Tous, sauf lui...
L'humour est là, lorsque la baguette de pain ou la passerelle prennent la parole, lorsque les personnages, lassés d'attendre leur tour, veulent eux aussi être sous les feux des projecteurs et exigent la parole. 
De ce petit théâtre où chacun se bat pour exister et parler de son Cosmo, le lecteur est spectateur impuissant. Et si le postulat de départ est la mort du comédien, le lecteur peut néanmoins sentir l'émotion palpable, derrière les diverses interventions, et la réticence à avancer davantage dans le temps. Comme si évoquer à nouveau le décès de Cosmo était trop dur pour chacun des personnages. Mais la vérité doit éclater : qui a réellement tué Cosmo ? 
Je ressors absolument enchantée de ce roman polyphonique. Les voix des différents personnages résonnent encore une fois la dernière page tournée et c'est avec regret que j'ai refermé ce drôle de roman vibrant d'énergie et tourbillonnant.
Mais je ne quitte pas Nancy Huston pour autant et me replonge dans un autre de ses livres, un essai cette fois : Reflets dans un oeil d'homme. Merci Flo pour cette chouette continuité !

"On fait ce qu'on veut, ce qu'on peut, n'est-ce pas, avec les souvenirs qui nous constituent..." (p.49)

"Souvent, quand je flâne à Montparnasse, je vois tous ces gens en train de boire, de rire et de bavarder à la terrasse des cafés et je me dis que chacun d'eux, bricolant au petit bonheur la chance, construit dans sa tête le récit de sa vie, l'enchaînement particulier de choses, de jours, de lieux et d'êtres grâce auquel il se reconnaît en se réveillant le matin, oui, tous ces milliers de gens intégreront à l'histoire de leur vie cette soirée passée à la terrasse de tel ou tel café." (p.292)

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09 février 2015

Les Lames du Cardinal T.1, Pierre Pevel

Les lames du Cardinal Pierre PevelLes Lames du Cardinal est une trilogie écrite par le romancier français Pierre Pevel et publiée entre 2007 et 2010. Le premier tome a reçu le Prix Imaginales des lycéens en 2009, au Festival du même nom qui se déroule chaque année à Epinal, et le Morningstar Award en 2010 du meilleur nouvel auteur en Grande-Bretagne.

1633. Richelieu est sur ses gardes. L'Espagne menace la France sur laquelle règne Louis XIII. Pour déjouer un complot, le Cardinal fait appel à sa troupe secrète, les Lames du Cardinal, dissoute quelques années auparavant. Le capitaine La Fargue réunit alors son ancienne unité pour défendre la France face à ses ennemis... aidés de dragons.

Avec ce premier tome, Pierre Pevel ouvre une trilogie qui s'annonce des plus délicieuses, digne héritière des romans de cape et d'épée. Aventure et Histoire se mêlent judicieusement et offrent à l'intrigue un socle solide. 
Le décor historique est planté avec beaucoup de soin et prouve, si besoin est, la maîtrise de l'époque par l'auteur. Les personnages historiques se mêlent aux personnages fictifs et c'est avec brio que Pierre Pevel introduit les éléments fantastiques dans son intrigue. 
Paris est un personnage à part entière et Pierre Pevel prouve tout au long de ce premier tome sa connaissance du Paris du 17e siècle. C'est un plaisir de suivre les aventures des multiples personnages au détour des rues de la capitale. Un bémol à noter néanmoins : certaines descriptions ou éclaircissements - s'ils sont nécessaires pour une bonne compréhension du contexte historique - ralentissent parfois l'intrigue et manquent de finesse dans leur intégration à cette dernière. C'est mineur, certes, mais parfois un peu lourd. 
L'écriture de Pierre Pevel est fluide et efficace. Ses descriptions cinématographiques offrent un rendu visuel des plus intéressants aux scènes de batailles ou de course-poursuites.
 
Bref, j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce premier tome. Et si l'intrigue semble un peu longue à démarrer, c'est pour mieux mettre en place la trilogie et amorcer le retour des Lames du Cardinal...
Merci à Coralie pour ce roman que j'avais gagné lors d'un petit concours organisé sur son blog !

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Voici une nouvelle participation au Reading Challenge 2015
7 - Un livre avec des personnages non humains
39 - Un livre avec de la magie

  • Un livre avec des personnages non humains

 

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05 février 2015

Le plus petit baiser jamais recensé, Mathias Malzieu

le plus petit baiser jamais recenséLe plus petit baiser jamais recensé est un roman du musicien et écrivain montpelliérain Mathias Malzieu paru en 2013 chez Flammarion.

Un inventeur en mal d'amour échange un jour un baiser éclair avec une femme qui disparaît aussitôt. Sous le charme de ses sens, il part à sa recherche. Aidé d'un vieux détective et de son perroquet apprivoisé, il va tout faire pour retrouver celle qui se volatilise quand on l'embrasse.

Ouvrir un roman de Mathias Malzieu, c'est se plonger à coup sûr dans un univers au charme singulier. Un brin mélancolique et suranné. Un tantinet barré et sombre. Complètement poétique et fantasque.  
J'avais aimé La mécanique du coeur, lu il y a quelques années, mais je n'avais pas ouvert un livre de Malzieu depuis. 
J'ai retrouvé avec plaisir son monde, son côté rock et barré dans ce roman qui se présente comme une suite métaphorique de La mécanique du coeur. Le héros de cette nouvelle intrigue a encore une fois le coeur brisé et souffre des méandres de l'amour. Le lecteur suit sa drôle d'enquête pour retrouver la femme invisible de ses rêves, à coup d'inventions farfelues et de trouvailles improbables.
On ne peut que penser à Boris Vian et son Écume des jours et à Michel Gondry et ses petits trucages et bricolages rigolos (surtout que Gondry a adapté en 2013 L'Écume des jours). C'est drôle, onirique et très inventif, à l'image de la plume de Malzieu. 
Mais... Mais en étant complètement honnête, si la teneur poétique de l'écriture de Mathias Malzieu est indiscutable, on pourrait néanmoins reprocher à celle-ci d'être un peu trop chargée en figures de style pour être fluide et simplement belle. Comme si l'auteur avait trouvé sa patte et la déclinait au fil de ses histoires. Comme si - je vais loin en disant ça - Mathias Malzieu se regardait faire du Mathias Malzieu. Les figures de style se succèdent -et notamment les oxymores- et rendent parfois l'ensemble un peu indigeste, un tantinet prétentieux. La cohérence se perd malheureusement au fil du conte et s'égare dans les méandres des mots. Comme si ceux-ci prenaient finalement le pas sur l'intrigue.
Une lecture en demi-teinte, donc. Un ensemble très imagé qui perd en fluidité et une histoire d'amour impossible qui pourrait être attachante et tendre mais qui souffre des jeux de style de son auteur. Je referme ce roman sans avoir compris pourquoi la belle disparaissait à chaque baiser. Était-ce l'essentiel, me direz-vous ? Peut-être pas... Mais cela m'a finalement gênée. Et si Malzieu soulève toujours autant d'enthousiasme à chacune de ses parutions, je m'en réjouis pour lui. Mais je crois que pour ma part, je suis moins sensible à son écriture et passerai désormais mon chemin. 

D'autres avis : Jostein, Lasardine, Liliba, Mélo, Yuko, etc.

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