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Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

12 février 2010

La disparition, Georges Perec

La_disparitionCela faisait longtemps que je connaissais ce texte, ce si célèbre roman de Georges Perec dans lequel "un rond pas tout à fait clos, finissant par un trait horizontal" a disparu mystérieusement...
Vous l'aurez peut-être  compris, ou vous connaissez ce texte, mais la disparue n'est autre que le lettre "e". Georges Perec a  réalisé une prouesse littéraire géniale : un lipogramme ! Ainsi, son roman de plus de 300 pages est écrit sans utiliser une seule fois la lettre "e" (j'ai pourtant vérifié souvent, m'attendant à trouver un oubli au détour d'une page... Peine perdue !)

L'intrigue est assez simple : Anton Voyl a disparu sans laisser de trace. Quelques indices guident ses amis sur la piste d'une curieuse malédiction...

Déroutant au début (pas de présent mais uniquement des verbes au passé, pas de première personne du singulier, un vocabulaire pas forcément facile d'accès car composé de beaucoup de synonymes, etc.) ce livre est une merveille que je vous conseille vivement !
Souvent drôle (Perec utilise de
nombreux subterfuges pour éviter cette fameuse lettre, abusant de néologismes et d'inventions lexicales en tous genres), ce roman est d'une lecture très agréable. On s'habitue très vite à l'absence de cette lettre et aux tournures de phrase souvent incongrues, pour se laisser porter par un rythme très étudié et signifiant.
Ovni en littérature, ce texte est une lecture vraiment  incroyable. Malgré les difficultés engendrées par cette stratégie littéraire, Perec donne  à lire un roman cocasse, avec moult rebondissements. Un petit bijou !

"On tuait son frangin pour un saucisson, son cousin pour un bâtard, son voisin pour un croûton, un quidam pour un quignon." p.12

"On noya dans l'alcool un pochard, dans du formol un potard, dans du gas-oil un motard." p.14

"Il y avait un manquant. Il y avait un oubli, un blanc, un trou qu'aucun n'avait vu, n'avait su, n'avait pu, n'avait voulu voir. On avait disparu. Ça avait disparu." p.28

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