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Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

06 janvier 2013

Six Feet Under : nos vies sans destin, Tristan Garcia

Six Feet under nos vies sans destin, Tristan GarciaSix Feet under : nos vies sans destin est un essai paru en septembre 2012 chez PUF. Tristan Garcia, son auteur, est né à Toulouse en 1981 et a enseigné la philosophie avant de se tourner vers l'écriture de séries télé.

Six Feet Under [Six Pieds sous terre] est une série américaine en cinq saisons créée par Alan Ball et diffusée par HBO de 2001 à 2005.
Elle met en scène, tout en pudeur et en réalisme, le quotidien de la famille Fisher, qui gère une entreprise de pompes funèbres : Ruth, la mère adultère à la recherche d'elle-même, Nath, le fils aîné qui n'avait pas prévu de rester à Los Angeles, David, qui refoule son homosexualité pour mieux se consacrer à l'entreprise familiale et Claire, la petite dernière, qui termine ses études. Et puis Nathaniel, le père, mort dès les premières minutes du pilote, et qui, par son testament, oblige toute la famille à vivre ensemble autour de la société qu'il a créée.

La famille FisherSix Feet Under est ma série fétiche, celle qui m'a captivée, m'a fait sourire, pleurer, réfléchir. Une série dont je ne me lasse pas et dont chaque visionnage m'apporte quelque chose.
La parution de cet essai chez PUF m'a interpellée et sitôt reçu à Noël, je me suis littéralement jetée dessus. Tristan Garcia aborde, avec une plume d'une justesse inouïe, Six Feet Under sous tous ses angles. En 168 pages, il s'attarde sur les prémisses de la série - qu'il appelle le prégénérique -, décortique le générique ainsi que la première scène du pilote, puis nous propose une réflexion thématique et graduelle : les individus, la famille, le travail, l'amour, la mort, la quête du sens, le tout ponctué par le portrait des personnages principaux et l'analyse d'épisodes clés de la série.
L'analyse des protagonistes et de leur vie au cours des cinq saisons permet de les mettre en résonance et de davantage les cerner. On se rend ainsi compte que Ruth a sacrifié son bien-être pour s'occuper des siens, que le couple David/Keith est le plus solide tout au long de la série, que Claire se perd dans l'art pour s'exprimer et trouve dans la photographie la possibilité d'être avec les autres tout en les observant du dehors et que Nath, cherchera tout au long de sa vie un accomplissement inespéré.
A la fois taxée d'élitisme et encensée par la critique, Six Feet Under est un condensé de réalisme à l'état pur porté par un rythme lent, comme celui de la vie. Un petit bijou d'intelligence et d'émotions dont personne ne sort indemne. Ce petit guide en est une analyse indispensable et permet de clore le chapitre ouvert en 2001.
Avis à mes lecteurs habituels, deux choix s'offrent à vous : soit vous avez vu cette série et vous l'adorez (cela s'entend !), soit vous êtes obligés de regarder au moins le pilote pour comprendre ce que je viens de développer plus haut.

« Ample et minutieuse saga sur le temps, la finitude, la morale, la société et l'art de son temps, cette série peut pourtant prétendre à un statut proche de celui de la Recherche proustienne - à ceci près que le « je  » du narrateur aurait éclaté, s'ordonnant en une concaténation de subjectivités égales et négociant entre elles les conditions de leur éducation sentimentale, de leur possibilité de "vivre enfin" ». (p.12)

« Immense oeuvre étalée sur cinq années, Six Feet Under ressemble à une vaste opération de chimie qui dissout nos pensées, nos croyances, nos désirs et nos sentiments dans l'existence ordinaire ; et quel est le précipité obtenu à la fin ?  Notre conscience de nous-mêmes, en larmes. » (p.13)

 A défaut d'un trailer digne de ce nom, je vous laisse avec le générique, envoûtant. 

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