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Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

13 novembre 2009

L'attentat, Yasmina Khadra

attentatIl est de ces livres qui vous bouleversent littéralement, vous poussent dans vos retranchements et vous forcent à réfléchir. L'attentat, roman de nombreuses fois primé de Yasmina Khadra, fait partie de ce genre là.

Tel Aviv. Un attentat suicide dans un restaurant bondé. Amine, jeune chirurgien israélien d'origine arabe, opère les blessés qui arrivent en grand nombre.

Exténué, il rentre chez lui. Au milieu de la nuit, un coup de téléphone le réveille en sursaut. C'est au sujet de sa femme. Elle a été tuée dans l'attentat. Mais ce qu'Amine met beaucoup de temps à comprendre et à admettre, c'est que c'était elle la kamikaze qui a fait sauter ce restaurant plein.

Commence alors pour le narrateur une douloureuse période de recherches sur sa femme, ses fréquentations,  pour comprendre ses motivations, et ce qui l'a incitée à cet acte. La difficulté d'admettre qu'il ne la connaissait pas, qu'il la laissée commettre l'irréparable et l'innommable au nom d'une cause qui lui est étrangère et qu'il ne comprend pas.

La lutte pour survivre  et recommencer à vivre avec cette réalité, la culpabilité de n'avoir rien vu, la haine, aussi.

Un roman poignant, le premier que je lisais de cet auteur. Une écriture à couper le souffle. Des phrases à la prosodie qui fait sens, un rythme narratif qui oblige le lecteur à poursuivre un peu plus loin sa lecture, incapable d'en rester là.

Une grande émotion face à cette histoire, beaucoup d'identification au narrateur pour ma part, de compréhension face à sa culpabilité et ses doutes.  Une belle leçon  de réflexion sur le conflit israëlo-palestinien.

A lire à haute voix à un auditoire (même restreint...) pour apprécier le style incisif et lyrique de l'auteur.

"Je me sens patraque, halluciné, dévitalisé. Ne suis qu'un énorme  chagrin recroquevillé sous une chape de plomb, incapable de dire si j'ai conscience du malheur qui me frappe ou bien s'il m'a déjà anéanti." p.36

"C'était sur le bord d'un lac suisse tandis que l'horizon crépusculaire se prenait pour un tableau de maître : "Je ne te survivrais pas une minute de plus ", m'avait-elle confié." p.80

"Il est des matins qui se lèvent sur d'autres nuits." p.83 (pour Marine !)

"Le matin, à l'heure où la nuit retrousse ses ourlets sur les premiers attouchements du jour, je suis débout." p.229

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