Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

04 décembre 2009

La maison aux souvenirs, Nora Roberts

maisonJe viens de terminer La maison aux souvenirs, de Nora Roberts, publié en 2009 aux éditions Michel Lafon, livre reçu grâce au partenariat entre cette maison d'édition et le blog Livraddict.

Cilla McGowan est une jeune femme ex-enfant star, qui a décidé de se reconvertir dans la rénovation de maisons.
Revenue par hasard sur la terre de ses ancêtres, au fin fond de la Virginie, elle convainc sa mère de lui céder Little Farm, la demeure de ses aïeux, afin de la rénover et d'y habiter.
Mais tout les habitants de la vallée de Shenandoah ne semblent pas apprécier son installation et Cilla subit  de multiples déconvenues... Petite-fille d'une actrice célèbre, Cilla souffre des souvenirs liés à Janet, sa grand-mère, et à son mystérieux suicide dans sa propriété, près de trente ans auparavant.
Lorsqu'elle découvre un jour d'anciennes lettres d'amour destinées à sa grand-mère juste avant son suicide, Cilla s'interroge. Janet s'est-elle vraiment suicidée ? Qui est ce mystérieux amant, fou d'amour pour elle ? Et pourquoi sa grand-mère se serait-elle suicidée à 39 ans, dans la fleur de l'âge et au sommet de sa carrière ?
Tout en poursuivant ses travaux de rénovation, Cilla mène l'enquête en questionnant les habitants des environs. Mais tout ceci serait sans compter sa rencontre avec Ford, son charmant voisin, auteur de romans graphiques...


A la frontière entre roman sentimental et roman policier, ce titre est vraiment rafraîchissant. Le cadre nous plonge avec délice
en pleine campagne dans une vieille demeure familiale, pleine de souvenirs mais aussi de secrets.
Cilla, l'héroïne, est un personnage attachant, qui doute et s'interroge. Entre valeurs familiales et rupture avec ladite famille, elle oscille. Tentant de se détacher de cette gynécée où les femmes sont actrices de mères en fille, avec plus ou moins de talent, de succès et d'anxiolitiques, Cilla essaie de se frayer un chemin et de rompre avec son passé d'enfant starisée, laissée pour compte à l'arrêt de la série dont elle tenait le rôle titre.
Elle entretient
des discussions fictives, qui lui permettent de prendre du recul sur son histoire familiale
, avec sa grand-mère, actrice consacrée dont la vie semble s'inspirer de celle de Marilyn Monroe, entre enfance difficile, addictions diverses et mort prématurée.
Le personnage de Ford, son voisin intrigant, est,  à l'instar de Cilla, une sorte de anti-héros, romancier solitaire et empreint de poésie. Il semble en être le double masculin, reflet de ses doutes et de ses interrogations.
L'intrigue est bien menée, semblant se dénouer au fur et à mesure de la rénovation de la vieille demeure, comme si l'héroïne réussissait à se détacher de ses démons familiaux tout en restaurant le foyer de ses aïeux. La maison devient alors une métaphore de cette quête identitaire et le lecteur suit avec plaisir l'avancée des travaux...

La traduction de l'anglais ne souffre d'aucune lourdeur et permet une lecteur fluide et sans accroche.
Un petit plaisir, rapide à lire, qui donne très envie de bricoler ensuite !

Merci à Livraddict de m'avoir permis de participer à ce partenariat, et aux éditions Michel Lafon de m'avoir envoyé ce titre.

D'autres critiques par ici :  Stephie, joey7lindley , Pikachu et Cynthia.

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16 novembre 2009

La compagnie des spectres, Lydie Salvayre

La_compagnie_des_spectresJe viens de terminer La compagnie des spectres, court roman de Lydie Salvayre, qui a reçu le Prix Novembre puis a été élu "Meilleur Livre de l'année" par le magazine Lire en 1997.

Un huissier vient saisir un appartement habité par une mère et sa fille. Mais cette visite perturbe l'équilibre mental fragile de la mère de la narratrice, qui oscille entre le présent et l'année 1943, année charnière où sa vie a basculé.
L'huissier assiste alors impuissant au déferlement de ses  souvenirs, à l'invasion des fantômes du passé, tempérés tant bien que mal par la narratrice.
Le passé se mêle au présent, les  réminiscences de la guerre contaminent la réalité, jusqu'à ce que la malade confonde l'huissier avec des personnages historiques et se mette à l'insulter.
La situation dégénère alors...

Difficile de parler de ce court roman sans paraître plonger dans le pathos alors que le comique est pourtant là.
Huis-clos dans un appartement de Créteil, le récit alterne intrusions dans le passé et travail méthodique de l'huissier qui prend en note tout le mobilier. L'alternance cocasse de ces situations dédramatise la scène.
L'année 1943 a été très dure pour la mère de la narratrice (nous apprenons dès les premières pages pourquoi) et celle-ci est littéralement perdue dans ses souvenirs, oubliant par là même de s'occuper de sa fille.  Celle-ci en souffre, et tout comme sa mère, se sent abandonnée par la sienne.
Lydie Salvayre manie la langue française avec précision et humour. Son style incisif percute le lecteur de plein fouet.  La ponctuation est rare, laissant au lecteur le soin d'accorder paroles et pensées à chaque personnage.
Le lecteur se sent emporté avec humour dans cette situation pourtant tragique.
A lire pour la plume de
Lydie Salvayre
, trop peu connue encore, et qui mérite grandement de l'être davantage...

"Êtes-vous en possession d'un véhicule terrestre à moteur ? me demanda-t-il à brûle-pourpoint. C'était là un curieux introït. " p.13

"Ma mère, qui a beaucoup souffert, habite synchroniquement le passé et le présent, car la douleur a cette étrange vertu, dis-je métaphysique en diable, qu'elle abolit le temps ou qu'elle le désordonne, cela dépend des cas."p.29

"Son esprit intemporel opère d'incessantes navettes entre l'année 1943 et la nôtre, sans nul égard pour la chronologie officielle, c'est un symptôme, semble-t-il très difficile à expurger." p.29

"La tristesse qui me gagnait n'était pas sans mélange. Mille sentiments pénibles surgis dès le matin et que je m'étais efforcée tant bien que mal de refouler, venaient soudainement y converger. La colère. L'humiliation. La honte. La douleur d'être tiraillée  entre deux volontés ennemies : celle de paraître conforme à tous égards, combattue par celle, non moins tenace, de tout envoyer dinguer : l'huissier, ma mère et d'ailleurs toute cette histoire."p.131

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13 novembre 2009

L'attentat, Yasmina Khadra

attentatIl est de ces livres qui vous bouleversent littéralement, vous poussent dans vos retranchements et vous forcent à réfléchir. L'attentat, roman de nombreuses fois primé de Yasmina Khadra, fait partie de ce genre là.

Tel Aviv. Un attentat suicide dans un restaurant bondé. Amine, jeune chirurgien israélien d'origine arabe, opère les blessés qui arrivent en grand nombre.

Exténué, il rentre chez lui. Au milieu de la nuit, un coup de téléphone le réveille en sursaut. C'est au sujet de sa femme. Elle a été tuée dans l'attentat. Mais ce qu'Amine met beaucoup de temps à comprendre et à admettre, c'est que c'était elle la kamikaze qui a fait sauter ce restaurant plein.

Commence alors pour le narrateur une douloureuse période de recherches sur sa femme, ses fréquentations,  pour comprendre ses motivations, et ce qui l'a incitée à cet acte. La difficulté d'admettre qu'il ne la connaissait pas, qu'il la laissée commettre l'irréparable et l'innommable au nom d'une cause qui lui est étrangère et qu'il ne comprend pas.

La lutte pour survivre  et recommencer à vivre avec cette réalité, la culpabilité de n'avoir rien vu, la haine, aussi.

Un roman poignant, le premier que je lisais de cet auteur. Une écriture à couper le souffle. Des phrases à la prosodie qui fait sens, un rythme narratif qui oblige le lecteur à poursuivre un peu plus loin sa lecture, incapable d'en rester là.

Une grande émotion face à cette histoire, beaucoup d'identification au narrateur pour ma part, de compréhension face à sa culpabilité et ses doutes.  Une belle leçon  de réflexion sur le conflit israëlo-palestinien.

A lire à haute voix à un auditoire (même restreint...) pour apprécier le style incisif et lyrique de l'auteur.

"Je me sens patraque, halluciné, dévitalisé. Ne suis qu'un énorme  chagrin recroquevillé sous une chape de plomb, incapable de dire si j'ai conscience du malheur qui me frappe ou bien s'il m'a déjà anéanti." p.36

"C'était sur le bord d'un lac suisse tandis que l'horizon crépusculaire se prenait pour un tableau de maître : "Je ne te survivrais pas une minute de plus ", m'avait-elle confié." p.80

"Il est des matins qui se lèvent sur d'autres nuits." p.83 (pour Marine !)

"Le matin, à l'heure où la nuit retrousse ses ourlets sur les premiers attouchements du jour, je suis débout." p.229

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