Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

11 janvier 2017

Sukkwan Island, Ugo Bienvenu (d'après le roman de David Vann)

Sukkwan Island, Ugo Bievenu (d'après le roman de David Vann)Sukkwan Island est un roman de l'américain ayant grandi en Alaska David Vann, paru en 2010 aux éditions Gallmeister et lauréat du prix Médicis cette même année. Son adaptation en album, signée Ugo Bienvenu, est parue quant à elle aux éditions Denoël en 2014.

Jim, la quarantaine, entraîne Roy son fils de treize ans dans une aventure un peu folle : une année tous les deux dans une cabane au confort spartiate d'une petite île déserte d'Alaska. Le défi ? Survivre en auto-suffisance durant les mois d'hiver par la chasse et la pêche. Si l'expérience est tentante, elle fait rapidement déchanter Roy. Car son père, brisé par la vie et ses échecs - notamment avec les femmes - est loin d'être un modèle. Très vite, Roy étouffe sur cette petite île, coincé entre son père et cette nature violente.

Je m'étais tenue à l'écart de ce roman depuis sa sortie, craignant sa gravité d'après les critiques que j'en avais lues ou entendues (petite nature, moi ?). Je me doutais que c'était un très beau texte, mais je ne me sentais pas forcément l'âme d'aller m'enfermer en compagnie de ces deux hommes sur une île alaskienne. Mais un collègue est arrivé ce matin en me tendant cet album, visiblement ébranlé par sa lecture, ne me laissant d'autre choix que de le découvrir immédiatement...

Toutes mes impressions étaient fondées : Sukkwan Island est une adaptation majestueuse d'un roman qui doit l'être tout autant, mais qui vous heurte tel un uppercut. Je n'ai pas pu le reposer avant d'en connaître le dénouement, sous le choc du drame qui prend forme à chaque page. La tension monte progressivement dans ce huis-clos angoissant où il faut tuer, dépecer et vider des animaux pour survivre. L'ambiance est magnifiquement rendue par le dessin tout en finesse d'Ugo Bienvenu. La figure paternelle chancelante et fragile, qui broie inconsciemment son fils par ses remarques acerbes, dérange autant qu'elle suscite une forme d'empathie. L'écart se creuse entre les deux personnages, l'un perdu dans sa solitude et ses regrets, l'autre s'ouvrant tel un bourgeon à son adolescence naissante. C'est dérangeant, sombre, violent, dur, mais si bien traité. Une lecture que je ne suis pas près d'oublier et un dessin qui va me hanter, c'est certain.

Les avis de Jerome, Enna, Moka, Stephie.

Planche 3 Planche 1

BD de la semaine saumon

 

C'est aujourd'hui chez Noukette

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17 septembre 2016

Les jumelles, Claire Douglas

Les jumelles, Claire DouglasLes Jumelles est le premier roman écrit par la journaliste Claire Douglas, finaliste du concours du premier roman organisé par l'édition britannique de Marie-Claire. Il paraîtra le 5 octobre prochain chez Harper Collins.

Traumatisée par le décès dix-huit mois plus tôt de Lucy, sa jumelle, Abi se remet doucement d'une tentative de suicide lorsqu'elle rencontre la flamboyante Beatrice. Cette dernière, créatrice de bijoux, habite une luxueuse maison avec des amis artistes, et son quotidien ne semble être que légèreté, insouciance et fêtes. Très vite, elle propose à Abi d'emménager dans sa collocation, ce que la jeune femme accepte immédiatement. Mais celle-ci tombe immédiatement sous le charme de Ben, le jumeau de Beatrice, ce que celle-ci accepte difficilement. Et entre les trois trentenaires, un triangle ambigu se met rapidement en place. Abi se rend compte que Beatrice possède une emprise inquiétante sur les autres membres de la maisonnée qui lui semblent tout dévoués, jusqu'à son jumeau, partagé entre les deux femmes.

Point de suspense ici, je ne vais pas vous le cacher longtemps : je suis tombée sous le charme de ce thriller, dévoré en trois jours (à peine le temps de vous indiquer que j'étais en train de le lire dans la colonne du blog que pouf ! Il était terminé !). Vous savez pourtant que ce n'est pas mon genre de prédilection, mais depuis mes lectures récentes de La fille du train et Avant d'aller dormir, j'ose sortir de ma zone de confort et me laisser surprendre. Et cette fois encore, j'ai bien fait.

Les jumelles est un huis-clos des plus réussis dans la vaste demeure de Bath de Beatrice dans laquelle elle évolue entourée de ses amis. Comme Abi, vous rentrez par la vaste porte du porche, charmé par cette nouvelle famille accueillante composée de personnalités affirmées et vous ne réussirez pas à en ressortir, envoûté par l'ambiance légère et détendue qui y règne. Impossible d'échapper au charme de Beatrice et à son quotidien fantasque et pétillant. Même lorsque ce dernier se révélera un peu moins pailleté qu'en apparence. La question de la gémellité est au coeur de cette intrigue passionnante et une fois le piège refermé, vous n'arriverez plus à lâcher ce roman, avide d'en connaître le dénouement...

La narration alterne entre une focalisation interne au personnage de Abi et une focalisation externe au personnage de Beatrice. Les chapitres se succèdent, la première personne alternant avec la troisième, et entraînent le lecteur dans une intrigue extrêmement bien ficelée. Le doute est là, à chaque page, à chaque affirmation. Car les passés respectifs de Abi, Beatrice et Ben sont assez flous et chacun semble cacher des détails de son ancienne vie. Et lorsque les choses commencent à se gâter entre les trois membres du trio, vous aurez du mal à savoir qui croire. Peut-on faire confiance à Abi, vulnérable, sous médicaments, mais qui semble aujourd'hui stable ? Et que dire de Beatrice, flamboyante et merveilleuse en apparence, mais qui se cache en un rien de temps derrière un masque de froideur des plus déconcertants ? Et qui est vraiment Ben, ce bel homme en apparence si fort, sûr de lui, qui semble trembler derrière sa soeur ?

Vous l'aurez compris : j'ai adoré ces pages. J'ai adoré m'interroger sur la personne à qui accorder ma confiance. J'ai adoré douter, à chaque événement nouveau, de tout, de tous. Claire Douglas entraîne son lecteur dans un huis-clos paradoxalement doudou et inquiétant. Entre la collocation à la Friends et le charme discret des intérieurs britanniques un rien suranné où le thé est omniprésent, des secrets dorment, bien enfouis, ou presque. Allez, foncez, vous ne le regretterez pas ! Par contre, petit conseil : ne lisez pas la quatrième qui dévoile une grande partie des rouages de l'intrigue (c'en est même étonnant a posteriori) De quoi vous gâcher le plaisir de lecture ! (grande chance pour moi : ma mémoire de moineau qui m'a fait l'oublier sitôt lue et permis de découvrir avec délice le roman).

Un grand merci à Angélique de Langage&Projets de m'avoir proposé de découvrir ce titre en avant-première.

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19 janvier 2015

Mes lèvres sont mortes à minuit, Arièle Butaux

Mes lèvres sont mortes à minuit, Arièle ButauxMes lèvres sont mortes à minuit est le dernier roman de la pianiste et altiste de formation Arièle Butaux paru aux éditions Écriture en octobre 2014.

Malika est femme de ménage dans un appartement parisien dans lequel elle n'a strictement rien à faire. Chez Paul et Laura, tout est blanc, immaculé, impeccable, à l'image des monochromes que peint Paul et des vêtements de Laura.
Mal à l'aise face à tout ce blanc et cette propreté extrême, Malika s'interroge sur cette obsession. Mais le jour où une tâche de sang vient souiller la moquette du salon - et par là-même la pureté de cette vie bien rythmée - les apparences s'effritent et Malika voit l'équilibre du couple s'effondrer.

Sous le charme de ce titre très poétique et intriguée par la quatrième évoquant un huis clos des plus glaçants, je me suis plongée avec plaisir dans ce drame psychologique, pensant être happée par le suspense et tourner les pages de plus en plus vite pour en connaître le dénouement.
Mais si j'ai effectivement tourné très rapidement les pages, ce n'est pas tant grâce à la tension grandissante que pour vérifier que l'hypothèse que j'avais au quart de l'intrigue n'était pas la clé du mystère. Malheureusement si... Et pourtant je ne suis pas des plus perspicaces pour découvrir les détails retors des drames psychologiques. Quelle déception !
Porté par une plume insipide et sans saveur, Mes lèvres sont mortes à minuit est un texte qui s'oublie aussi vite qu'il se lit. C'est bien dommage. Il y avait tant à faire avec l'idée de départ...
Bref, une lecture à côté de laquelle je suis complètement passée et qui ne m'a pas donné envie de découvrir le texte qui suivait, intitulé Le choix du Roi.

Je tiens néanmoins à remercier Pauline de Langage&Projets et les éditions Écriture.

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12 février 2014

Long John Silver T.2 Neptune, Xavier Dorison et Mauthieu Lauffray

long-john-silver-tome-2- -neptune-9564Long John Silver est une série de BD en quatre tomes publiée chez Dargaud. Neptune, le deuxième album, est paru en septembre 2008. J'avais adoré le premier tome. Raison de plus pour poursuivre la lecture de cette série !

Le navire qui vogue vers l'Amérique du Sud, avec à son bord Long John Silver et ses pirates, progresse lentement. Embauché par Lady Hastings pour débusquer le trésor de son mari, Long John Silver dissimule son véritable dessein : fomenter une mutinerie et se rebeller contre le capitaine du bateau, une fois le trésor en vue. Mais Elsie, la domestique de Lady Hastings, va mettre à mal ce plan en découvrant le contrat passé entre sa maîtresse et le flibustier. Son meurtre met à jour les plans du pirate et faire peser des doutes sur ses véritables intentions. La tension monte d'un cran sur le navire, et la situation devient vite incontrôlable.

Excellente série, Long John Silver offre au lecteur une plongée des plus réussies dans l'oeuvre de Stevenson.  
Ce deuxième tome, très sombre, se présente comme un huis-clos glaçant. La vie à bord est rude et le meurtre de la jeune domestique va déchaîner les plus bas instincts des personnages.  
La palette de couleurs utilisée est très sombre et offre un rendu superbe. Le temps est à l'image de l'ambiance qui règne sur le navire : tumultueux et imprévisible. Le découpement des pages alterne des vignettes classiques et de larges planches qui dynamisent le tout et renforcent la violence du récit. La narration alterne accalmie et déchaînement de violence et le lecteur de suivre le tout avec avidité.  
Car l'intérêt de ce tome est de montrer Silver dans sa dualité et dans sa difficulté à contenir l'envie de meurtre qui sourd en lui. Son obsession : tuer le Capitaine pour prendre sa place. Mais il se doit de maîtriser sa mutinerie pour parvenir à ses fins. Cette difficulté suinte à toutes les pages et le côté torturé du pirate semble se cristalliser dans ce tome.     
Un album à dévorer d'une traite, dans un souffle. Une réussite incontestable, tant graphique que narrative. Merci C. de cette attention.

Voici ma 62e participation à la   organisée par Mango et ma 51e au Top BD des blogueurs de Yaneck.

Top BD

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01 décembre 2013

Esprit d'hiver, Laura Kasischke

Esprit d'hiverEsprit d'hiver est le dernier roman de l'écrivaine et poétesse américaine Laura Kasischke paru en août 2013 chez Christian Bourgois.

25 décembre. Holly et son mari Eric n'ont pas entendu leur réveil et se sont levés tard. Tatiana, leur fille adoptive de quinze ans, leur en veut. Tandis qu'Eric part chercher ses parents à l'aéroport, Holly prépare le repas de Noël et s'apprête à recevoir ses convives. Mais l'attitude agressive de Tatiana, d'ordinaire enjouée et aimante, l'inquiète. Et la tempête de neige qui paralyse la ville laisse les deux femmes en tête à tête. La tension monte.

Esprit d'hiver est un roman singulier, c'est indéniable, et dont la lecture m'a déroutée. Laura Kasischke signe ici une oeuvre à la construction soignée et au dénouement glaçant mais dont il m'est néanmoins difficile de parler tant je suis partagée quant à mon ressenti.
L'intrigue se met en place doucement, sur fond d'un huis-clos angoissant. La neige paralyse tout et dépose sur l'intrigue un voile empesé qui semble figer le temps. 
Mais si le suspense croît graduellement au diapason de la tension due au comportement de Tatiana, le roman se perd malheureusement en cours de route et le lecteur s'égare dans les souvenirs de Holly. La narration piétine entre passé et présent, entre l'adoption de Tatiana en Sibérie il y a treize ans et le malaise de ce jour de Noël étrange. 
Au final, peu d'événements ponctuent cette journée et j'ai eu l'impression de relire plusieurs fois les mêmes souvenirs de Holly. Comme si le temps s'était réellement figé et qu'elle était perdue dans son passé. Et si l'idée de redite est intéressante, j'ai trouvé la mise en forme assez lourde et un sentiment de lassitude m'a envahie lors de ma lecture. 
La galerie de personnages est assez restreinte puisque la narration se centre sur Holly et c'est par son intermédiaire que le lecteur grapille de maigres informations sur les personnages qui gravitent autour d'elle. Holly domine le roman et les autres protagonistes sont relégués à l'arrière-plan, complètement éclipsés par cette femme perdue dans ses pensées et envahie par un malaise. Si sa psychologie est bien esquissée, il n'en demeure pas moins qu'un sentiment de frustration émerge rapidement au fil des pages. Des questions restent en suspens et le lecteur doit se contenter d'un portrait partiel et biaisé d'une femme complexe.
Un huis-clos glaçant, une fois le dénouement révélé, aux qualités littéraires indéniables, mais qui n'a pas su me séduire véritablement. C'est bien dommage.
D'autres avis : Canel, Clara, Cunéipage, Cynthia, Eimelle, Jérôme, Liliba, Lystig, Nelfe et SvCath.

 Je tiens à remercier Oliver et Priceminister pour ce livre reçu dans le cadre des Matchs de la Rentrée littéraire 2013.

                                                                           479x324_logo2_rentree-literaire2013

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13 février 2013

Château de sable, Frederik Peeters et Pierre Oscar Lévy

Château de sable, Frederik Peeters et Pierre Oscar LévyChâteau de sable est un album paru en septembre 2010 chez Atrabile. Je l'ai découvert car, primé par les Lycéens de la Région Ile-de-France à l'occasion d'un prix littéraire régional, il a été offert au CDI de mon lycée.

Une magnifique et chaude journée d'été. Deux familles décident d'en profiter à la plage. Mais ce qui s'annonce comme une belle journée vire au cauchemar : bloqués sur la plage par une force mystérieuse, les personnages se voient vieillir en accéléré ! Chaque demi-heure passée correspond à une année de leur vie. Tentant l'impossible pour s'échapper, ils assistent impuissants à leur déchéance progressive.

Attirée par les magnifiques dessins en noir et blanc de Frederik Peeters, je me suis plongée dans ce album, intriguée par son intrigue. Un vieillissement accéléré inéluctable ? Voilà une idée intéressante. 
Il est indéniable que Frederik Peeters nous offre là un album au graphisme poignant, dans lequel les silences sont aussi importants que les paroles. La gradation du rythme du récit va de paire avec le découpage des cases et l'organisation de chaque double page. La tension monte progressivement, transformant la plage idyllique en angoissant huis-clos.Planche 1 Chateau de sable
Si j'ai un temps cru qu'une explication bien précise viendrait étayer l'idée de ce vieillissement, j'ai progressivement compris que l'intérêt de cet album résidait dans ses mystères multiples. On regarde au fil des pages les personnages tenter de sortir de cette situation qui les englue. Une belle réflexion sur la question du temps qui passe.
Une BD qui vous happe et vous entraîne dans son sillage de questions...

D'autres avis sur cet album : Canel, Choco, Mo', Yvan...

 Voici ma 49e participation
à la BD du mercredi de
Mango
  

   Et ma 40e au Top BD des blogueurs de Yaneck
(note 17/20)

Top BD

 

Une interview des deux auteurs, pour prolonger cette lecture.

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18 mars 2012

Enola game, Christel Diehl

Enola GmaChristel Diehl est professeur à l'Université de Nancy. Enola game est son premier roman, paru en février 2012 aux éditions Dialogues. Et pour un premier roman, il a fait couler beaucoup d'encre sur la blogosphère littéraire ! Mais j'ai su rester imperméable aux chroniques des autres blogueuses avant de me plonger dans ce livre... pour mieux l'appréhender !

Une mère et sa fille. Une catastrophe. La grande lumière, pour la petite. Enola game, pour sa mère, en référence à l'avion qui  largua la première Bombe A sur Hiroshima. Comment continuer à vivre quand on ne sait pas ce qui se passe dehors ? Quand les vivres s'amoidrissent au fil des jours ? Que le quotidien se désagrège dans l'attente ?  Que les souvenirs s'estompent ? Et que l'avenir est plus flou à mesure que le temps passe ?

Je n'irai pas par quatre chemins, comme à chaque fois que je suis conquise par une lecture : ce court roman de 118 pages est un texte magnifique, et ce à plusieurs niveaux.
Magnifique tout d'abord par la plume poétique de Christel Diehl. L'auteure choisit ses mots avec soin et chaque phrase possède une prosodie étonnante. Le rythme, la musicalité, les figures de style participent de la beauté de ce texte. Les réferences littéraires sont nombreuses et ponctuent le texte, comme une culture à laquelle s'accroche désespérément la mère.

Magnifique ensuite pour son intrigue qui, si elle se fonde sur une situation post-apocalyptique, possède une originalité déroutante. De cette catastrophe, nous n'en saurons rien, et là n'est pas le propos. Christel Dielh s'attache à la question de la survie dans une situation dramatique. Comment continuer à vivre dignement quand on ne peut plus se laver, quand la nourriture vient à manquer et la folie à poindre son nez ? On ne peut que penser au récit d'Anne Frank, aux opprimés obligés de se cacher, à notre passé. Les résonnances font froid dans le dos mais sont évidentes.
Magnifique, enfin, dans la relation entre les deux personnages, la mère et son enfant. Dans la volonté de la première de protéger la seconde de cet extérieur menaçant dont elle ignore tout. C'est beau, c'est très beau, et dans le même temps on se dit que sans ce personnage enfant, l'adulte n'aurait pas lutté aussi longtemps. C'est dans la protection de son enfant qu'elle trouve la force de continuer à imaginer un avenir, se nourrir de son passé tout en se moquant de la vacuité de certaines de ses réflexions antérieures. Pour continuer à avancer. Sa force, c'est cet enfant de quatre ans à peine, qui a si peu vécu et qui mérite encore que le soleil se lève, que le printemps réapparaisse et que la nature offre à ses yeux un émerveillement renouvelé. Cette histoire, c'est celle de cet espoir nécessaire à la survie.
Une très belle rencontre que ce roman. Pourtant... Pourtant j'ai eu du mal à me plonger dedans. Redoutant une claque. Redoutant une histoire forte que j'aurais du mal à supporter. Mais quand j'ai ouvert le livre etCoup de coeur 2012 que j'ai vu la citation liminaire de Maxence Fermine, (que j'avais notée
dans ma chronique), il y a eu un déclic. Et j'ai lu ce roman d'une traite. Je suis tombée sous le charme de la plume de Christel Diehl. Elle a su m'émouvoir avec ses mots et son intrigue qui a fait résonner des choses en moi au fil des pages. Bref, voici mon quatrième coup de coeur  de l'année 2012. A lire au plus vite ! 
Les avis de Canel, Manu, Clara et Noukette sur cette lecture, histoire de convaincre les indécis.

"Elle quitte toujours à regret le refuge illusoire de son sommeil aux mille cloisons mouvantes." (p.11)

"Les mots courent sur le papier comme une armée d'insectes couturiers, inlassablement occupés à tisser ses souvenirs, à tricoter l'intrigue et à filer les métaphores à la quenouille de ses rêves." (p.57)

Un grand merci à Laure-Anne et aux Editions dialogie pour la découverte de ce fantastique roman.

 

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08 janvier 2012

Mort sur le Nil, Agatha Christie

9782253029342FSMort sur le Nil est un célèbre roman policier de la non moins célèbre Agatha Christie, publié pour la première fois en 1937.

Deux amies, un prétendant volé et un mariage dans la foulée : ainsi débute ce roman. La riche et belle héritière Linnet Ridgeway ainsi que son époux, Simon Doyle, convolent en voyage de noces en Égypte. Mais leur bonheur est gâché par la présence de Jacqueline de Bellefort, la jeune fiancée délaissée.
Lorsqu'ils s'embarquent tous les trois, en compagnie d'autres clients de l'hôtel, sur le vapeur S.S. Karnak pour une croisière sur le Nil, ils ne se doutent pas que la mort rôde. Mais Hercule Poirot veille au grain. Et quand Linnet et retrouvée assassinée et que les soupçons pèsent sur Jacqueline, son ancienne amie, le détective belge s'adonne à son activité favorite : mener l'enquête.

Avec Mort sur le Nil, Agatha Christie signe un roman policier original, qui allie étude de moeurs et réflexion sur son temps. Grande voyageuse, la Reine du crime est en effet habituée aux voyages en Orient avec son premier mari. Et l'intrigue de son roman prend racine dans cette société aisée du 19e siècle dont elle fait partie. Les personnages dépeints font tous (ou presque) partie de cette élite sociale qui occupe son temps en plaisirs et détentes, sans s'occuper d'autre chose que des convenances.
On plonge dans ce roman avec l'envie d'un exotisme lié à ce mode de vie si loin de notre quotidien, sans préoccupation financière ni professionnelle. Mais Agatha Christie, bien qu'appartenant à cette société, en dresse un portrait moins candide qu'il n'y paraît. Et tous ses personnages n'ont pas la chance d'avoir une vie d'oisiveté. Et c'est là que le drame survient.
Une lecture très agréable en ces temps pluvieux. Il fait chaud, sous le soleil égyptien. Et Hercule Poirot excelle à faire tomber les masques, dans le huis-clos étouffant de ce bateau... A lire ou à relire, au choix.Challenge La littérature fait son cinéma 3e catégorie

Voici ma dixième et dernière participation au Challenge La littérature fait son cinéma de Will, avec l'unique adaptation cinématographique de ce roman à ce jour, réalisée par John Guillermin en 1978 avec Peter UstinovJane Birkin, Lois Chiles, Bette Davis, Mia Farrow...

 

 
 
Et voici ma cinquième participation au Mois anglais de Lou, Cryssilda et Titine
et une participation rétroactive à mon Voyage dans l'Egypte antique
 
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15 décembre 2011

Meurtre à l'anglaise, Cyril Hare

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Meurtre à l'anglaise est un roman paru en France en 2005 chez Rivages. Son auteur, un juge britannique qui écrit sous pseudonyme, revisite avec ce titre le roman d'enigme traditionnel.

La veille de Noël. Un manoir isolé. Une famille réunie. Une tempête de neige. Un cadavre. Un huis-clos. Des mensonges. Un meurtrier qui se dissimule.

Voilà un roman policier comme je les aime : tous les ingrédients du genre sont réunis pour faire monter le suspense progressivement. Meurtre à l'anglaise est un petit plaisir au charme suranné. Les personnages portent tous un masque derrière lequel ils se dissimulent pour le grand bonheur du meurtrier. Mais à qui donc profite ce crime ? Et le dénouement est-il si simple ?
Rien de neuf, certes, mais un roman agréable qui m'a fait passer un bon moment de détente.
Merci Nesto de m'avoir offert ce roman lors du
Swap Partners in Crime !
Et voici ma première participation au mois anglais de
Lou, Cryssilda et Titine. Un mois entier consacré à ce pays que j'affectionne particulièrement... Chouette !

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05 octobre 2011

Shutter Island, Christian De Metter et Dennis Lehane

shutter-island-bd-732x1024Shutter Island est un thriller psychologique de Dennis Lehane, publié en 2003. Une adaptation cinématographique signée Martin Scorsese est sortie en 2010, avec DiCaprio dans le rôle titre, alors qu'en 2008, Christian De Metter avait fait une adaptation en BD de ce roman, adaptation sortie chez Casterman.

Boston, années 50. Teddy Daniels et Chuck Aule, deux Marshalls fédéraux, sont dépêchés sur Shutter Island pour enquêter sur une disparition. L'ile abrite en effet un hôpital psychiatrique où sont enfermés des criminels très dangereux. Mais dès leur arrivée, les deux hommes sont confrontés à une ambiance pesante. Ni le personnel de l'hôpital ni le personnel de direction ne les aident dans leur enquête. Le doute s'installe dans leur esprit alors qu'une tempête approche. Et s'ils étaient bloqués sur l'île ? Et si les apparences étaient trompeuses et le personnel de l'île pas tout à fait honnête ? 

J'avais adoré le film de Scorsese : son ambiance, son suspense, ses non-dits et sa lumière. J'ai aimé me replonger dans cette intrigue qui, si elle perd un peu de sa saveur une fois le dénouement connu, n'en demeure pas moins passionnante. preview_page
Christian De Metter nous plonge dès la première page dans l'ambiance du roman. Avec des couleurs sépia, il nous entraîne dans les années 50, sur cette île si étrange.
Si les vignettes m'ont fait vraiment penser aux plans de Scorsese (j'ai revu le film récemment) et aux techniques cinématographiques du réalisateur, elles m'ont néanmoins permis de m'immerger complètement dans ce suffocant huis-clos. N'ayant pas encore lu le roman de Lehanne, et comme cette BD en est une adaptation, j'en déduis que le film de Scorsese lui est très fidèle.

J'ai donc passé un bon moment. Certes. Mais en réalité sans plus. Pourquoi ? Parce que j'ai eu l'impression de lire une novélisation du film ou son story-board. Christian De Metter n'a pas su donner à cette BD une singularité qui aurait pu me séduire. Oui, les couleurs créent une ambiance. Oui, son trait est flou, parfois indistinct, et participe de l'ambiance.
Mais la magie n'a pas opéré. J'ai refermé cet album en me disant que je n'avais pas eu une expérience de lecture particulière. Aucune émotion si ce n'est celle de me plonger à nouveau dans une intrigue que j'aime beaucoup. Un rendez-vous raté pour moi. J'attendais autre chose, c'est certain. Et pourtant, ce ne sont pas les éloges qui manquent sur cette BD !

   Et voici ma 25e participation
à la BD du mercredi de
Mango !

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Et ma 16e au Top BD des blogueurs de Yaneck
(note : 13/20)

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