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20 décembre 2016

Amours, Léonor de Récondo

Amours, Léonor de RecondoAmours est le quatrième roman de la violoniste et romancière française Léonor de Récondo paru aux éditions Sabine Wespieser en 2015. 

Au début du XXème siècle, dans le Cher, Anselme de Boisvaillant, notable respecté, profite du sommeil de sa femme pour violer Céleste, la jeune bonne de la maisonnée.  Lorsque celle-ci tombe enceinte, Victoire, la femme d'Anselme, décide d'adopter l'enfant et de se faire passer pour sa mère afin de sauver l'honneur du couple et d'offrir à son époux l'héritier tant désiré. Passant outre l'affront et la honte liés à l'adultère, Victoire s'improvise mère mais peine à s'occuper de l'enfant. Elle oscille entre ennui et désarroi. Heureusement, Céleste veille sur le petit et prend soin de lui. Victoire s'en aperçoit rapidement et bien vite, les deux femmes se lient à l'insu d'Anselme.

Quel roman ! Reçu en cadeau pour mes trente ans et reçu à nouveau en réussite à mon mémoire (mes amies ont les mêmes idées sans même se connaître, c'est pas fabuleux ça ?), Amours est un petit bijou à côté duquel j'aurais pu passer si ces deux présences bienveillantes ne me l'avaient pas glissé entre les mains.

Léonor de Récondo signe ici une intrigue très riche dans laquelle les héroïnes sont magnifiées, leurs corps encensés et le plaisir charnel révélé. Derrière un rideau de conventions sociales lourdes, à une époque où les femmes n'avaient que peu de liberté, se révèlent deux personnages féminins forts, marqués par leur statut social. Céleste, issue d'une famille humble, qui n'a d'autre destin que de servir les autres, quels que soient leurs désirs - être violé par le maître de maison était courant à l'époque et non condamné par la loi - et Victoire, étouffant dans un mariage malheureux, s'ennuyant telle une Emma Bovary engoncée dans une vie qui ne lui convient pas. Le corps féminin, uniquement dévoué à accueillir un foetus à cette époque, se libère de ses corsets et se défait de ses interdits pour mieux accéder au plaisir. C'est beau, très beau même. Les 200 et quelques pages se tournent à une vitesse folle vers un dénouement incroyablement réussi. Léonor de Récondo signe ici un roman magnifique qui donne sans hésiter l'envie de découvrir le reste de son oeuvre. Merci Flo et Lise pour ce chouette cadeau !

« De la vie, on ne garde que quelques étreintes fugaces et la lumière d'un paysage. »

 

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14 avril 2016

Les filles oubliées, Sara Blaedel

Les filles oubliéesLes filles oubliées est un thriller de la danoise Sara Blaedel paru en novembre 2015 aux éditions Terra Nova.

Le corps sans vie d'une jeune femme est découvert dans une forêt au Danemark.  Malgré l'énorme cicatrice qui barre son visage, l'appel à témoins reste sans réponse et son identité demeure un mystère. Mais très vite, une vieille femme se souvient de la victime : enfant, elle était internée dans un hôpital psychiatrique, avec sa soeur jumelle, abandonnée par ses parents. Le plus étrange est qu'elles avaient été déclarées mortes... Pour Louise, chargée de l'enquête, les questions sans réponse sont nombreuses.

Cela faisait très longtemps que je n'avais pas lu de thriller et j'ai succombé à l'appel de ce dernier, appâtée par la localisation de l'intrigue (j'adore le Danemark !). Mais très rapidement, je me suis rendu compte que ce n'est pas un hasard si je délaisse ce genre de livre : loin de me détendre, ils me crispent au plus au point. Lire des descriptions de violences ne me permet pas réellement de m'éloigner de mon quotidien et de m'évader. Quand en plus les violences sont envers des femmes, l'identification est certaine et le malaise grandit.

J'ai été très mal à l'aise tout au long de ma lecture, horrifiée, parfois, par le mal et toutes les formes qu'il emprunte. Je ne remets en aucun cas en cause le travail d'écrivain de Sara Blaedel ni son intrigue - savamment construite - mais je pense que je ne suis plus du tout le lectorat visé par les thrillers.

Pour les amateurs du genre, sachez que Les filles oubliées est un très bon thriller qui vous fera frissonner juste ce qu'il faut (moi je ne compte pas, vous savez à quel point je suis petite nature !). L'enquête avance à bon pas, les rebondissements sont nombreux et le duo d'enquêteurs - quoiqu'un peu caricatural et prévisible - fonctionne bien. Le dénouement final est glauque à souhait et offre à l'intrigue une dimension intéressante. Pour ma part, j'ai été pressée de terminer ces pages mais d'autres les refermeront à regret, sans aucun doute...

Un grand merci à Camille de LP Langage&Projet et les éditions Terra Nova pour l'envoi de ce roman.

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10 septembre 2015

Millénium 4 Ce qui ne me tue pas, David Lagercrantz

imageCe qui ne me tue pas est le quatrième tome de la série Millénium, dont la paternité revient au regretté Stieg Larsson, disparu en 2004, et qui en écrivit les trois premiers chapitres. Ce quatrième volet de la saga, dont la sortie a tant échauffé les esprits, a été écrit par le journaliste suédois David Lagercrantz, qui a récupéré l'intrigue et les personnages de Larsson et a imaginé une nouvelle aventure de Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander. La sortie mondiale le 27 août - dix ans jour pour jour après la parution du premier opus - a enflammé le milieu littéraire, et c'est bien entendu dans la collection Actes Noirs de chez Actes Sud que les lecteurs français peuvent retrouver ce texte.

Mikael Blomkvist est fatigué. Considéré par beaucoup comme un journaliste de la vieille école, celui qui s'est donné corps et âme pour la revue Millenium, a perdu le goût de son métier, tandis que la revue, détraquée de toute part, peine à trouver des financeurs. Mais lorsque le professeur Frans Balder l'appelle au milieu de la nuit et lui demande de venir le voir dans l'instant, la curiosité de Mikael est titillée. Car Balder est bien connu pour ses recherches sur l'intelligence artificielle et prétend détenir des informations sensibles sur le service de renseignement américain grâce à une hakeuse qui ressemble étrangement à Lisbeth Salander. Mikael n'a pas le temps d'arriver que le professeur est assassiné, laissant comme témoin de son meurtre August, son fils autiste. 

Il n'est pas dans mon habitude de me ruer sur des textes qui font polémique lors de leur sortie pour participer à un soi-disant élan général. Je préfère de loin me tenir à l'écart de ce genre d'engouement et marcher sur mon propre chemin de lectrice, butinant çà et là au gré de mes découvertes. Mais cette fois-ci, ma curiosité a été piquée. Car entre Millénium et moi, c'est une histoire d'amour ancienne, qui date d'avant l'ouverture de ce blog (c'est dire...). Et quand j'ai appris la récupération des personnages de Larsson par un autre, j'ai été curieuse du résultat. Car voyez-vous, ma lecture de la trilogie originelle a commencé il y a dix ans, lorsque je découvrais par hasard le premier tome dans la bibliothèque toulousaine de mon quartier. S'ensuivirent trois jours de lecture intense, où j'ai plongé aux côtés de Mikael et Lisbeth dans cette Suède qui me fascinait tant et que je découvrais quatre ans plus tard. On était en 2006. J'étais alors une jeune étudiante en lettres qui ne buvait pas de café mais adorait les descriptions de Mikael, exilé dans ce petit bourg suédois pour mener son enquête, enchaînant cafés et sandwichs pour tenir le rythme.

Alors peut-être est-ce par nostalgie de cette époque que j'ai ouvert ce quatrième tome, curieuse de savoir si David Lagercrantz allait réussir là où Stieg Larsson avait excellé ? Par envie de frissons et d'addiction ? Allez savoir... Je ne m'attarderais pas ici sur les détails peu reluisants de la sortie de ce tome - opposant la veuve de Larsson et le père et le frère de ce dernier, chacun se battant pour l'héritage de celui qui a vendu 82 millions d'exemplaires de sa trilogie - mais plutôt sur mon ressenti de lecture. Contrairement à d'autres, les textes de Larsson sont assez loin dans mon parcours de lectrice puisque les ayant lus lors de leur sortie française, je n'y suis plus revenue depuis 2007. Mes souvenirs ne sont donc pas des plus frais, mais j'ai en mémoire néanmoins leur effet sur moi. Si le premier tome m'avait littéralement kidnappée dans un acte de lecture nécessaire et irrépressible, les tomes suivants m'avaient certes séduite mais déçue par leur tournure invraisemblable. J'avais néanmoins été au bout de ma lecture et avais apprécié les valeurs chères à Larsson et qu'il défendait dans ses romans : la lutte contre le racisme, la xénophobie et l'extrême-droite.

Venons-en maintenant à proprement parler à ce quatrième tome (ce n'est pas trop tôt, diront certains !). Si l'intrigue est intéressante et s'inscrit dans la droite lignée de ce qu'aurait pu défendre Stieg Larsson, il n'en demeure pas moins qu'il lui manque le punchy de Larsson, justement. Mikael Blomkvist est confronté à la question de l'intelligence articifielle et de l'espionnage industriel et s'érige en défenseur des libertés individuelles, aidée d'une Lisbeth aussi bougon et insaisissable que d'ordinaire, mais le rythme manque cruellement de régularité et de souffle. Je ne nie pas que David Lagercrantz parvienne à faire monter le suspense dans son intrigue, mais plutôt que celle-ci se révèle fade et déjà vue, bien loin des romans de Larsson. L'impression qui ressort est de lire un énième thriller vaguement haletant, qui se déroule en Suède, sur fond d'intrigue politique et de passé peu reluisant.

David Lagercrantz essaie d'injecter une once d'émotion dans cette intrigue - qui ressemble presque à celle d'un James Bond - grâce au personnage d'August, le fils autiste et surdoué du professeur Balder. Mais justement, c'est là que le bât blesse : d'émotion, il n'y en a pas dans ce roman. Aucune. Pas d'empathie pour les personnages, ni de peur qui surgit face au danger. Rien. La narration ne permet pas aux émotions d'émerger et l'auteur semble tenir son lecteur à distance. Et c'est un brin agaçant, cette impression d'être privé du plaisir de la lecture.

En revanche, l'invraisemblance est toujours là, comme chez Larsson et donne à l'ensemble un goût de film d'action un peu bâclé. Le timing est toujours parfait pour Mikael et Lisbeth qui se sortent de situations invraisemblables en un rien de temps, malgré de violentes blessures (Lisbeth se fait traverser par une balle mais continue sa mission malgré tout) et des assaillants de tous côtés. C'est ce que je déplorais chez Larsson. C'est dommage de le retrouver ici. 

En définitive, il est certes appréciable de retrouver les personnages de Mikael et Lisbeth, mais la nostalgie ne fait pas tout et l'ensemble demeure bancal. Comme si David Lagercrantz essayait de porter des chaussures qui ne lui vont pas. Ca ressemble à Stieg Larsson, mais ce n'est pas Stieg Larsson et ça se sent très nettement. David Lagercrantz qui s'est pourtant imprégné des personnages de Larsson pour se faire habiter par eux et mieux les faire revivre sous sa plume n'a pas réussi son challenge, un challenge de taille, il est vrai. Il n'en demeure pas moins que l'ensemble se lit rapidement, et si on passe outre des personnages secondaires caricaturaux, le rythme irrégulier et certaines scènes clairement bâclées - notamment les combats et autres affrontements -, l'expérience de lecture reste dans l'ensemble agréable, sans plus, mais laisse en bouche le goût d'opération commerciale (même si les bénéfices seront reversés à Expo, revue antiraciste créee en 1995 par Larsson). David Lagercrantz, qui dit avoir perdu le sommeil lors de l'écriture de ce roman, devrait à l'avenir imaginer ses propres personnages et retourner à ce qu'il sait faire de mieux, écrire des biographies comme celle de Zlatan Ibrahimovic.

Donc, cher lecteur, si tu n'as pas eu envie de lire en entier mon billet  (ce que je comprends dans ce monde où chaque seconde compte tant nos vies sont fascinantes et remplies...), je vais te faire un résumé en mode Twitter :  lis Millénium 4 si tu veux replonger en Suède aux côtés de Mikael et Lisbeth mais ne t'attends pas à retrouver Larsson à travers ces pages.

NB du 19/09 : Je l'avais oublié mais je le rajoute illico :

je rajoute ce roman à mon Reading Challenge 2015 !  

4. Un livre publié cette année

5. Un livre avec un chiffre dans le titre

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27 juin 2015

La pyramide des besoins humains, Caroline Solé

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La pyramide des besoins humains est le premier roman jeunesse de Carolie Solé paru en mai dans la collection Medium de L'Ecole des Loisirs.

La pyramide des besoins humains est la représentation schématique de la théorie de Maslow qui classe les besoins humains en cinq catégories : besoins physiologiques, de sécurité, d'amour, de reconnaissance et de réalisation. C'est aussi le nom d'un nouveau jeu de télé-réalité auquel Christopher, quinze ans, un père violent et une fugue à son actif, va participer. Un peu par hasard, un peu par provoc', sans penser aux conséquences.

La pyramide des besoins humains est un court roman jeunesse (un tout petit plus de 120 pages, encore une fois), impossible à lâcher tant il hypnotise dès les premières pages.
Le lecteur suit avec avidité le parcours le parcours du jeune narrateur fugueur dont on sait finalement peu si ce n'est son contexte familial violent, selon les étapes de ce jeu de télé-réalité qui consiste à se mettre en scène selon les cinq besoins énoncés et obtenir le plus de voix possibles des internautes. Or pour Christopher, même le premier besoin n'est pas rempli de façon conventionnelle puisque le jeune homme dort dans un sac de couchage crasseux, dans la rue et se nourrit de hot-dogs douteux qu'il achète à un autre sans-abri. Mais c'est justement cette différence par rapport aux 14 999 autres candidats qui va attirer l'attention sur lui et le rendre célèbre en un rien de temps.image
Ce personnage adolescent cabossé suscite d'emblée une empathie sans concession, tant il offre un regard mature et distancié sur sa vie. Pas de pathos à outrance dans ces pages à la narration à la première personne, mais le récit d'une expérience - celle de Christopher avec la célébrité - et l'évocation d'une enfance dure mais sur laquelle le personnage porte là encore un regard juste.
Dénonçant les dérives de notre société et les dangers de l'interpénétration des sphères privées et publiques - notamment par les réseaux sociaux - et portant par là même un regard acéré sur notre époque, Caroline Solé amène à réfléchir aux conséquences de la mise en scène de sa vie et à la fabrique de célébrités aussi éphémères que dangereuses.
Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Rien de Janne Teller, autre roman jeunesse dont la lecture m'avait nourrie longtemps après avoir refermé ses pages. La pyramide des besoins humains est une belle réflexion à glisser entre toutes les mains, surtout adolescentes, cela va sans dire. Mais pas que.

Un grand merci à Coline et aux Editions L'Ecole des Loisirs pour la découverte de ce roman coup de poing.

Les avis de Jérome, Noukette, Hélène et Leiloona.

 

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28 janvier 2015

Moby Dick, Jouvray et Alary

Moby Dick, Jouvray et AlaryOlivier Jouvray et Pierre Alary se sont intéressés au monument de la littérature qu'est le roman de l'américain Herman Melville Moby Dick, publié en 1851. Leur adaptation en BD est parue en avril 2014 chez Soleil, dans la collection Noctambule.

Le capitaine Achab a juré la perte de la baleine blanche qui lui a volé sa jambe. Moby Dick, c'est son nom, hante les océans et sème le chaos chez les baleiniers qui l'approchent de trop près.  
Ishmaël, jeune marin de la marine marchande, embarque sur le Pequod, le navire d'Achab, en compagnie de Queequeg, un harponneur rencontré dans une taverne. 
L'équipage s'engage dès lors dans un combat à mort au nom de la folie d'Achab.

Abreuvée comme tout le monde par ce monument littéraire et ses réécritures, j'étais assez curieuse d'en découvrir une adaptation BD
Si j'ai aimé l'intrigue librement adaptée de l'oeuvre de Melville par Jouvray, je dois avouer que j'ai été assez mal à l'aise face à cet album. La violence est là, qui suinte à chaque page, à l'image de la folie d'Achab et les dessins de Pierre Alary en rendent parfaitement compte.
Les couleurs utilisées - dans les tons ocres et verts - se transforment progressivement en teintes orangées sanguinolentes à mesure que le combat contre la fameuse baleine blanche gagne en intensité. Au fil des pages, le dessin se transforme pour embrasser la folie d'Achab et le lecteur d'assister impuissant à cette mécanique mortelle que rien n'arrêtera. 
L'adaptation de Jouvray et Alary est très réussie mais j'ai eu beaucoup de mal à l'apprécier tant j'ai été angoissée par l'intrigue et sa représentation picturale. Le signe que l'album est réussi, en somme. C'etait ma BD de la semaine, aujourd'hui chez Jacques (qui avait chroniqué cet album dans ce billet).

Je tiens à remercier Bénédicte et les éditions pour cet album.

Planche 1 Planche 2

Voici ma 58e participation au Top BD des blogueurs de Yaneck (16/20)

 Top BD

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17 septembre 2014

Sin City T.2 J'ai tué pour elle, Frank Miller

Sin City 2

Sin City est une série en noir et blanc de sept comics écrite et dessinée par Frank Miller et publiée de 1991 à 2000 chez Dark Horse. Elle est publiée en France d'abord aux éditions Vertige Graphic puis chez Rackham. Le deuxième tome de la série, J'ai tué pour elle, est paru en 1994 aux États-Unis et en 2002 en France. 

Sin City, la ville du pêché. Dwight McCarthy est spécialisé dans la prise de photos compromettantes pour alimenter les procédures de divorce. Solitaire et marginal, il exècre ce métier et espère le quitter sous peu. 
Un soir, la femme qu'il a tant aimée et qui l'a quitté pour un autre, le rappelle. Ava, c'est son nom, lui demande de l'aide. Mariée à un homme qu'elle décrit comme violent, elle se sent menacée et demande à son ancien amant de l'aider. Dwight refuse, dans un premier temps, puis retombe dans les filets d'Ava...

J'avais lu le premier tome il y a quelques années, après être tombée sous le charme de l'adptation ciné de Robert Rodriguez et Frank Miller. Et puis, comme pour beaucoup de séries, n'ayant pas le deuxième tome sous la main, j'ai laissé passer du temps avant de poursuivre ma lecture. 
Impossible de passer à côté de l'adaptation ciné de ce deuxième volet de la série, qui sort aujourd'hui... Et le hasard a fait qu'en allant faire une virée dans ma nouvelle médiathèque, je suis tombée sur cet album. Je l'ai donc dévoré, avant de succomber pour le film cette fin de semaine. Bon ça, c'était pour contextualiser ma rencontre avec cette lecture. Maintenant amorçons ma critique à proprement parler. 
Difficile de ne pas débuter celle-ci par le magistral travail graphique réalisé ici par Frank Miller. Le noir et blanc est travaillé ici à l'extrême et offre une atmosphère sombre absolument envoûtante qui hape le lecteur dès les premières planches. Les détails sont soignés, le travail sur la lumière fabuleux, le jeu des contrastes des plus intéressants. On en vient à s'interroger sur ce qu'il faut regarder à chaque vignette : le noir est-il le dessin ou est-ce le blanc ?  
Les personnages se découpent, entre ombres et lumière. Leurs traits sont anguleux, acérés. Même les corps féminins, pourtant pulpeux, semblent affûtés, comme s'ils étaient prêts au combat qui sourd au fil des pages.   
Ville tentaculaire et protéiforme, Sin City palpite au fil des pages, non sans rappeler l'ambiance des grands polars américains. Elle semble rongée par le mal. Truands et corrompus l'habitent, et rares sont ceux qui en sortent indemnes. Le lecteur suit avec avidité le parcours de Dwight, mais aussi de Marv, héros du premier tome, ou encore de Nancy, l'inoubliable strip-teaseuse.    
Je ne vous apprendrai rien en vous disant que c'est à la fois violent, sombre, trash et sexe. Si vous connaissez la série, vous ne serez pas surpris. Pour ceux qui n'ont vu que le premier film, l'album en est l'origine. Entre érotisation de la ville et violence. On s'immerge dans cette ingtrigue tortureuse, aux côtés de personnages torturés, pour n'en sortir qu'une fois la dernière page tournée (ce qui n'est pas sans me rappeler ma rencontre avec Walking Dead)Sublime, c'est le mot. 

D'autres avis sur ce tome : Mo' (intégrale de la série), YaneckYvan, etc. 

Voici ma 67e participation  à la  de Mango
et ma 55e au Top BD des blogueurs de Yaneck (17/20)

 Top BD-

Planches Sin City 2

 

 Si vous êtes passés à côté de la bande-annonce de l'adaptation ciné qui sort aujourd'hui, la voilà.

  

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05 octobre 2011

Shutter Island, Christian De Metter et Dennis Lehane

shutter-island-bd-732x1024Shutter Island est un thriller psychologique de Dennis Lehane, publié en 2003. Une adaptation cinématographique signée Martin Scorsese est sortie en 2010, avec DiCaprio dans le rôle titre, alors qu'en 2008, Christian De Metter avait fait une adaptation en BD de ce roman, adaptation sortie chez Casterman.

Boston, années 50. Teddy Daniels et Chuck Aule, deux Marshalls fédéraux, sont dépêchés sur Shutter Island pour enquêter sur une disparition. L'ile abrite en effet un hôpital psychiatrique où sont enfermés des criminels très dangereux. Mais dès leur arrivée, les deux hommes sont confrontés à une ambiance pesante. Ni le personnel de l'hôpital ni le personnel de direction ne les aident dans leur enquête. Le doute s'installe dans leur esprit alors qu'une tempête approche. Et s'ils étaient bloqués sur l'île ? Et si les apparences étaient trompeuses et le personnel de l'île pas tout à fait honnête ? 

J'avais adoré le film de Scorsese : son ambiance, son suspense, ses non-dits et sa lumière. J'ai aimé me replonger dans cette intrigue qui, si elle perd un peu de sa saveur une fois le dénouement connu, n'en demeure pas moins passionnante. preview_page
Christian De Metter nous plonge dès la première page dans l'ambiance du roman. Avec des couleurs sépia, il nous entraîne dans les années 50, sur cette île si étrange.
Si les vignettes m'ont fait vraiment penser aux plans de Scorsese (j'ai revu le film récemment) et aux techniques cinématographiques du réalisateur, elles m'ont néanmoins permis de m'immerger complètement dans ce suffocant huis-clos. N'ayant pas encore lu le roman de Lehanne, et comme cette BD en est une adaptation, j'en déduis que le film de Scorsese lui est très fidèle.

J'ai donc passé un bon moment. Certes. Mais en réalité sans plus. Pourquoi ? Parce que j'ai eu l'impression de lire une novélisation du film ou son story-board. Christian De Metter n'a pas su donner à cette BD une singularité qui aurait pu me séduire. Oui, les couleurs créent une ambiance. Oui, son trait est flou, parfois indistinct, et participe de l'ambiance.
Mais la magie n'a pas opéré. J'ai refermé cet album en me disant que je n'avais pas eu une expérience de lecture particulière. Aucune émotion si ce n'est celle de me plonger à nouveau dans une intrigue que j'aime beaucoup. Un rendez-vous raté pour moi. J'attendais autre chose, c'est certain. Et pourtant, ce ne sont pas les éloges qui manquent sur cette BD !

   Et voici ma 25e participation
à la BD du mercredi de
Mango !

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Et ma 16e au Top BD des blogueurs de Yaneck
(note : 13/20)

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12 septembre 2011

Tout, tout de suite, Morgan Sportès

5953_1384599Morgan Sportès est un écrivain français dont le livre-enquête, L'Appât, publié il y a vingt ans et adapté au cinéma par Bertrand Tavernier en 1995, reçut l'Ours d'or à Berlin. Tout, tout de suite est son dernier roman, sorti en août chez Fayard et en lice pour le Goncourt 2011.

L'horreur du crime a fait couler beaucoup d'encre. En 2006, un jeune juif d'origine modeste est enlevé, séquestré et torturé pendant plus de vingt jours par une bande de jeunes, avant d'être assassiné. Morgan Sportès revient sur cet acte de barbarie. Il explore, dans ce roman inspiré de ces faits réels, les raisons qui ont poussé ces jeunes - parfois désoeuvrés, parfois parents, parfois mineurs - à torturer un autre être humain. Sans jugement, il reconstitue les faits, analyse notre société, les désillusions qu'elle créé, jusqu'à permettre l'irréparable. L'inénarrable.  L'indicible.

Lecture dure au sens propre, Tout, tout de suite est un roman assez étrange. Tout d'abord parce qu'il s'inspire de faits réels, certes, mais aussi parce qu'il décortique  notre société et ses dérives au travers de ce crime au caractère insoutenable. Le choix de Morgan Sportès d'écrire un roman et non pas un documentaire permet d'établir une distance, une distance avec ce crime, mais aussi une distance avec notre société gangrenée qui se détériore peu à peu. Une société qui permet à cette violence d'éclore. Et cette distance est salvatrice pour le lecteur. Sans elle, cette lecture serait d'autant plus dérangeante.
Tout, tout de suite n'est pas un roman que je souhaitais lire, appréhendant les mots de Morgan Sportès pour mieux me cacher derrière un voile protecteur.
Je l'ai néanmoins lu.
De ce roman terrible, je retiendrais un sentiment de malaise, qui ne m'a pas lâchée. Malaise du à à cette histoire, c'est évident, mais dû aussi à notre monde actuel. Une sorte de fatalisme en somme. C'est dur d'ouvrir les yeux. Dur de regarder la violence en face. De la voir éclore. De parler d'acte inhumain quand ce sont bien des Hommes qui l'ont commis.

Une lecture éprouvante s'il en est. Une étude sociétale inquiétante et pourtant bien réelle réalisée par un auteur qui analyse un monde qui va mal.
Une lecture dérangeante, tout sauf reposante, mais ô combien essentielle.
Je remercie libfly et   pour ce livre de la rentrée littéraire reçu en avant-première. L'avis de Stephie sur ce roman.

  Capture

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31 août 2011

Je mourrai pas gibier, Alfred

gibierJe mourrai pas gibier est à l'origine un roman de Guillaume Guéraud paru aux éditions du Rouergue, dans la collection "DoAdo noir", en janvier 2006. Parce que sa lecture a été un choc pour lui, Alfred a décidé de l'adapter en BD.

Le personnage principal est un jeune de Mortagne, une ville de mille habitants et des poussières dont les seuls sources d'emploi sont la scierie et les vignes. Une rivalité oppose les travailleurs des deux entreprises.
Pour échapper à tout ça, le narrateur est parti étudier en CAP mécanique et ne revient que le weekend chez ses parents, où il aime partager des moments avec Terence, l'idiot du village, dont les autres se moquent. Jusqu'à ce jour terrible...

Je mourrai pas gibier est un roman qui avait fait couler beaucoup d'encre lors de sa sortie dans une collection pour adolescents aux éditions du Rouergue. La fameuse dialectique de dire l'indicible en jeunesse. Et je comprends bien pourquoi. Cette BD s'ouvre sur un bain de sang au milieu duquel trône le narrateur qui se présente dès lors comme le meurtrier. Huit victimes, dont un enfant, tuées à la pelle, au marteau et au fusil. Devant une folie meurtrière comme celle-ci, une seule question : pourquoi ?JE_MOURRAI_PAS_GIBIER_1a6-2

L'intrigue en elle-même est violente - la folie meurtrière qui s'empare d'un adolescent - mais est amenée d'une manière telle que le lecteur est happé par ces vies brisées et cette fatalité intrinsèque à ce village. Comme si rien n'existait autour de Mortagne, microcosme étouffant et malsain, que cette querelle ancestrale et les bagarres qui en découlent. Comme si aucune échappatoire ne s'offrait au personnage, sinon celle de s'orienter vers une autre branche professionnelle. Comme si la vie se jouait de ces personnages minuscules aux destins dérisoires.

Même l'univers graphique d'Alfred épouse la violence du texte. Il ne s'agit pas ici de litres d'hémoglobine, non, mais d'un trait et de couleurs qui semblent porter en eux la tragédie. Alfred a pris le parti, lors de scènes de violence, de les dénuer de couleurs. Comme si le temps s'arrêtait. Comme si la violence était comme la colère, blanche. Comme si la haine n'avait pas besoin de couleurs pour s'exprimer. Ce choix graphique offre un choc visuel lors de la lecture qui semble faire écho au poids des mots choisis par Guéraud pour décrire la scène.

Bref, vous l'aurez compris : Je mourrai pas gibier est une BD dont on ne ressort pas indemne, violente, mais d'une intelligence telle que je ne peux que vous la conseiller. Lecture mémorable en perspective. 

"Je suis né chasseur ! Je mourrai pas gibier !" (p.12)

"A Mortagne, on n'a pas vraiment les moyens de réfléchir, en fait. On a bien un cerveau,
mais rien d'autre à mettre dedans que du raisin, des planches, de la sueur et du plomb.
C'est comme ça.
Pour le reste, on n'a pas les armes qu'il faut pour changer les choses." (p.55)

 

L'avis de Noukette, Val, Canel, Mo', Yaneck et l'Ogresse sur cet album.

Alfred, le scénariste et dessinateur de cette adaptation en BD, se livre dans ce billet à une  interview passionnante sur son travail d'adaptation.

Et, petit plus, vous pouvez feuilleter la BD  sur le site de Delcourt.

 

Et voici ma vingtième participation
à la BD du mercredi de
Mango.

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Et ma onzième participation
au Top BD des blogueurs de Yaneck
(note : 18/20)

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Et l'heure du bilan BD du mois d'août, qui découle du Top BD, a sonné.

En voici les 10 premiers.

Pour la suite, rendez-vous chez Yaneck.

 

1- (=) Persépolis, Marjanne Satrapi, L'Association                 19.29

2- (N) Gaza 1956, Joe Sacco, Futuropolis                               19.17

3- (=) Tout seul, Christophe Chabouté, Vents d'Ouest          18.83

4- (+) Maus, Art Spiegelmann, Flammarion                               18.79

5- (- ) Le journal de mon père, Jiro Taniguchi, Casterman   18.75

6- (=) Elmer, Gerry Alanguilan, Ca et là       18.68

7- (=) Garance, Gauthier, Labourot, Lerolle, Delcourt    18.67

8- (=) Universal War One, Denis Bajram, Soleil                      18.59

Tome 1, Tome 2, Tome 3, Tome 4, Tome 5, Tome 6.

9- (=) Le Grand pouvoir du Chninkel, J. Van Hamme, G. Rosinski, Casterman    18.5

10- (=) V pour Vendetta, Alan Moore, David Lloyd, Delcourt 18.44

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