Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

08 décembre 2016

Un Noël sans fin, Kristen Rivers

Un Noël sans fin, Kristen RiversUn Noël sans fin est une romance de l'auteure francophone Kristen Rivers paru en auto-édition en novembre 2016.

Luka déteste Noël par dessus tout. Véritable trouble-fête, elle assène sa mauvaise humeur à ses collègues guillerets qui décorent avec entrain la médiathèque strasbourgeoise où elle travaille. Alors que la jeune femme fait tout pour oublier cette journée maudite, une distorsion du temps la contraint à rester bloquée la journée du 24 décembre... et la revivre sans cesse ! Luka va devoir comprendre pourquoi elle subit cette malédiction avant de pouvoir la briser...

Vous avez vu Un jour sans fin avec Bill Murray et Andie MacDowell ? Ce roman s'en inspire largement et en fait une sorte d'hommage - de l'émission de radio du radio-réveil aux péripéties qui égrènent la journée de Luka - pour le moins réussi. Je n'ai pas pour habitude de lire des publications auto-éditées (ma bibliothèque regorge de romans que je veux lire sans en trouver le temps !) mais j'ai eu envie de découvrir celui-ci au moment de la période de Noël. Et je ne regrette pas ce choix divertissant. 

Sur fond de période de Noël, dans un cadre enchanteur - les marchés de Noël alsaciens -l'intrigue se déroule simplement et donne à voir une héroïne un peu grincheuse et antipathique, qui s'ouvre au fil des pages et dévoile peu à peu les raisons de son aversion. Lu pendant  mon Read-a-thon de Noël le weekend dernier, ce roman est une comédie légère et bien menée autour de la distorsion temporelle. J'émettrai un petit bémol aux trop nombreuses références que l'auteure glisse à chaque page et qui alourdissent un peu l'ensemble. Au début cela prête à sourire, puis rapidement cela ralentit l'intrigue et agace un peu. Mais dans l'ensemble, j'ai passé un bon 24 décembre à répétition en compagnie de Luka à Strasbourg !

Il était quatre fois Noël

Première participation au Challenge il était quatre fois Noël chez Chicky Poo et Samarian

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06 novembre 2016

Un bruit étrange et beau, Zep

Un bruit étrange et beau ZepUn bruit étrange et beau est le dernier album de Zep paru en octobre chez Rue de Sèvres.

William vit reclus dans un monastère de l'ordre des Chartreux depuis vingt-cinq ans. Le silence est son quotidien, la prière son refuge. Mais lorsqu'un héritage l'oblige à quitter sa retraite pour se rendre à Paris, c'est sa vie qui est bouleversée. Car la capitale bruyante et pleine de vie le contraint à s'interroger sur son quotidien, et surtout, son passé. La vie à laquelle il a renoncé. Sa rencontre avec Méry, une jeune femme condamnée par une maladie vasculaire, va ébranler ses certitudes.

Le père de Titeuf signe ici un album des plus intéressants, tant graphiquement que scénaristiquement. Son intrigue simple - celle d'un homme contraint d'abandonner le silence et la solitude qu'il a choisis comme vie - offre une belle réflexion sur la vie en général, et son sens en particulier. Le personnage de William, bien ancré dans son quotidien de Chartreux, remet ses choix en cause par le biais d'une rencontre, celle de Méry, vivante et vibrante mais condamnée à court terme. Les deux personnages échangent sur leurs conceptions personnelles le temps d'un voyage en train qui va le bouleverser.

Graphiquement parlant, cet album est une petite merveille où la bichromie domine. Les doubles pages alternent sépia et couleurs froides (bleu, vert) dans un jeu d'ombres et de blancs qui fait sens. Les dessins sont soignés, les traits des personnages particulièrement léchés et l'ensemble est à la fois contemplatif et apaisant pour l'oeil. Le silence de William est là, dans certaines de ces pages sans dialogue dans lesquelles le personnage se déplace, observateur de cette vie qu'il a abandonnée. C'est beau, c'est rudement beau et très inspirant aussi.

Où réside l'essentiel ? Qu'est-il bon de privilégier ? Pas de réponse, au fil des pages, mais d'autres questions qui surgissent et que Zep nous donne à méditer. Au lecteur de trouver ses réponses, de s'interroger sur sa propre vie, le temps d'une parenthèse de calme avec cet album, loin du tumulte de nos vies actuelles. Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour la découverte de cet album. 

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26 novembre 2015

Deux secondes de trop, Rachel Joyce

Deux secondes de trop, Rachel JoyceDeux secondes de trop est le second roman de l'anglaise Rachel Joyce paru chez XO en 2014. Son premier roman, La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi reçut le prestigieux National Book Award en 2012.

Angleterre, 1972. Pour coïncider avec la rotation de la Terre, il a été décidé que deux secondes seraient rajoutées au temps. Deux minuscules secondes, qui auraient pu passer inaperçues mais qui troublent énormément le jeune Byron. Et lorsque le moment annoncé arrive, Byron et sa mère sont victimes d'un accident de voiture, Byron ayant déconcentré sa mère au volant. Les conséquences de cet accident vont être lourdes pour le jeune garçon et sa mère, et seule le temps parviendra à panser les blessures occasionnées.

J'ai beaucoup entendu parler de cette auteure et de son premier roman, et étant tombée sur celui-ci par hasard avant de partir en vacances cet été, je l'ai glissé sans hésiter dans mes valises, pensant passer un délicieux moment dans les 70's avec une intrigue tournée autour de la question du temps et de ses distorsions. J'adore les voyages dans le temps et toutes les thématiques qui tournent autour de cette question et je pensais les retrouver dans ce roman (j'ai d'ailleurs beaucoup réfléchi au pourquoi du comment de ces deux secondes moi aussi, en même temps que le petit Byron...).
Mais en réalité, Deux secondes de trop est un roman bien plus grave qu'il n'y paraît. L'intrigue tourne autour de cet accident de voiture et de ces conséquences dramatiques sur la famille, alternant passé et présent. Le ton est lourd, grave, et les personnages semblent engoncés dans des situations dramatiques dont le lecteur doute qu'ils puissent sortir. 
J'ai trouvé l'ensemble très pesant et j'ai éprouvé un certain malaise à cette lecture. Malgré un retournement de situation final intéressant (mais qui n'ôte rien au caractère morose de l'intrigue), j'ai eu beaucoup de mal à terminer ce roman, non parce que je m'y suis ennuyée ou que l'auteure écrit mal, mais parce que tout semblait si sombre pour les personnages que je n'avais pas envie de progresser dans ma lecture pour apprendre d'autres événements dramatiques pour eux. Une lecture de vacances qui m'avait tout sauf détendue, vous vous en doutez...

Les avis d'Anne, Alex-mot-à-mots, Keisha, Amartia, etc.

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09 mars 2015

La pluie, avant qu'elle tombe, Jonathan Coe

La pluie avant qu'elle tombe, Jonathan CoeLa pluie, avant qu'elle tombe est un roman de l'écrivain britannique Jonathan Coe publié en 2007 en Angleterre et en France chez Gallimard l'année suivante.

Rosamond s'éteint à l'âge de soixante-treize ans, laissant derrière elle une confession enregistrée s'appuyant sur vingt photos retraçant sa vie, et destinée à une certaine Imogen. Gill, sa nièce, se charge d'écouter ces enregistrements et de retrouver Imogen. Au fil des heures d'écoute, elle découvre peu à peu l'histoire des femmes de sa famille.

J'ai ouvert La pluie, avant qu'elle tombe et me suis laissé emporter, à l'image de Gill, par la voix de Rosamond. Dans ses souvenirs, dans ses confidences, dans ses chuchotements, parfois lourds. Dans ses vingt photos qui semblent résumer sa vie. Une vie entière.    
Les révélations sont dures, parfois sans espoir, et Rosamond semble dérouler le fil de son existence sans jugement, sans amertume, comme un témoignage froid et distancié. En guise de rédemption, peut-être ? Et Gill d'écouter, avec ses filles, de se faire oublier, de se transformer en personnage prétexte de ce procédé narratif pour mieux laisser sa place au lecteur et découvrir qui est cette mystérieuse Imogen. 
J'ai aimé écouter la voix de Rosamond, semblant entendre au fil des pages les bandes usées et crachotantes et la voix de cette vieille dame aux portes de la mort. J'ai aimé découvrir le destin des femmes de cette famille, ce qui les liaient, leurs blessures, leurs souffrances. Une très belle lecture, au titre ô combien poétique, qui m'a permis de découvrir cet auteur et j'en suis ravie.

D'autres avis sur ce roman : Alex-mot-à-mots, Estellecalim, Hilde, Keisha, Lili Galipette, Metaphore, Nahe, etc.

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Voici une nouvelle participation au Reading Challenge 2015

44 - Un livre traduit

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Voici une nouvelle participation au Reading Challenge 2015
50 - Un livre que vous avez commencé et jamais terminé

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23 mai 2014

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson

Dans les forêts de SibérieDans les forêts de Sibérie est un essai de l'écrivain et voyageur Sylvain Tesson paru en 2011 chez Gallimard et couronné du Prix Médicis la même année. 

Six mois seul dans une isba au bord du lac Baïkal. Coupé du monde, seul face à lui-même et dans l'immensité sibérienne. Voilà le défi que s'est lancé Sylvain Tesson en 2010. Pour regarder la vie différemment. Pour réapprendre la simplicité et se réapproprier la notion de liberté. Dans les forêts de Sibérie est son journal de bord.

Éloge de la lenteur et de la contemplation, cet essai est à la fois une expérience humaine intense et une lecture fascinante. Le choix de Sylvain Tesson de se retirer du monde pour mieux l'analyser est sage, certes, mais sa manière de le faire dénote d'une force de caractère inouïe qui frôle parfois l'inconscience.  
De cette quête tournée vers soi et vers le monde naît une réflexion des plus intéressantes. Sylvain Tesson s'interroge. Sur le monde, certes, mais aussi sur la notion de liberté, de bonheur, de temps. Et le lecteur, au fil des pages, entre dans la solitude de l'auteur pour mieux la contempler, à ses côtés. 
Chaque jour amène son lot de nouveautés, de réflexion. De doutes, aussi. Surtout. Car Sylvain Tesson entreprend un réel travail introspectif qui remet tout en cause. Quitte à y perdre beaucoup. Comme l'amour de la femme qu'il aime. Et c'est tout en pudeur qu'il évoque ces moments-là, sans jamais se départir de son projet fou. C'est émouvant, extrême aussi - à la hauteur du nombre incalculable de litres de vodka qu'il ingurgite ! - et pourtant, chaque phrase suinte une authenticité remarquable. Pour ce voyageur intrépide, la solitude et l'inaction sont contre-nature. Mais c'est dans cette expérience qu'il parvient à trouver une certaine forme de sérénité. 
Je me suis glissée dans l'isba, doucement, à ses côtés. J'ai regardé la neige tomber avec lui. Tremblé quand un ours s'approchait de la cabane. Souffert par empathie des longues marches dans la neige pour atteindre la première habitation. Patienté dans ce temps qui s'étire et cette lenteur qui prend le pas sur tout. Été émue, enfin, par tant de beauté.   
Conquise, c'est certain. Emphatique, je pourrais l'être, sans fin, sur cet essai très poétique. Mais je préfère vous livrer un florilège de citations qui m'ont chamboulée au fil des pages. Comme si j'avais, le temps de cette lecture, remis moi aussi le temps et la solitude à leur juste place.

"J'ai connu l'hiver et le printemps, le bonheur, le désespoir et, finalement, la paix." (p.9)

"Se lever de son lit demande une énergie formidable. Surtout pour changer de vie. Cette envie de faire demi-tour lorsqu'on est au bord de saisir ce que l'on désire. Certains hommes font volte-face au moment crucial. J'ai peur d'appartenir à cette espèce." (p.23)

"J'admire les gens mutiques, je m'imagine leurs pensées." (p.23)

"Quand on se méfie de la pauvreté de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres : on pourra toujours remplir son propre vide." (p.32)

"Il suffisait de demander à l'immobilité ce que le voyage ne m'apportait plus :  la paix." (p.41)

"Un jour, on est las de parler de "décroissance" et d'amour de la nature. L'envie nous prend d'aligner nos actes et nos idées. Il est temps de quitter la ville et de tirer sur les discours le rideau des forêts." (p. 43)

"Marcher sur la neige, c'est ne pas supporter la virginité du monde." (p.45)

"La cabane est un laboratoire. Une paillasse où précipiter ses désirs de liberté, de silence et de solitude. Un champ expérimental où s'inventer une vie ralentie." (p.49)

"Au réveil, mes journées se dressent, vierges, désireuses, offertes en pages blanches. Et j'en ai par dizaines en réserve dans mon magasin. Chaque seconde d'entre elles m'appartient. Je suis libre d'en disposer comme je l'entends, d'en faire des chapitres de lumière, de sommeil ou de mélancolie. Personne ne peut altérer le cours de pareille existence. Ces jours sont des êtres d'argile à modeler. Je suis le maître d'une ménagerie abstraite." (p.51)

"Une fois ankylosé dans la graisse du conformisme et enkysté dans le saindoux du confort, on est mûr pour l'appel de la forêt." (p.159)

"Penser qu'il faudrait le prendre en photo est le meilleur moyen de tuer l'intensité d'un moment." (p.194)

"Il est bon de savoir que dans une forêt du monde, là-bas, il est une cabane où quelque chose est possible, situé pas trop loin du bonheur de vivre." (p.288)

"Ici, j'ai demandé au génie d'un lieu de faire la paix avec le temps." (p.289)

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08 juillet 2013

Dieu m'étonnera toujours, Suites pour le temps qui passe, Claire Fourier

Dieu m'étonnera toujours, Claire FourierDieu m'étonnera toujours est le dernier roman de Claire Fourier publié aux Editions Dialogues. Celle qui fut bibliothécaire et professeur de lettres se consacre désormais à l'écriture et vit entre Paris et la Bretagne.

Une femme se retire dans un monastère de la Chartreuse pendant dix jours. Pour réfléchir. Pour fuir le temps. Pour se retirer de sa vie. La-bas, dans la chaleur du mois d'août, elle enfile les bottes laissées par le Chartreux et entreprend de désherber le jardin laissé en friche. Cette activité physique lui permet de s'abandonner à ses idées et réfléchir à sa vie. Et l'ascetisme de ces dix jours au monastère, s'ils lui offrent à penser, réveillent aussi ses sens.

Dévoré d'une traite durant mon voyage vers Canterbury, je suis tombée sous le charme de l'écriture de Claire Fourier et de ces Suites pour le temps qui passe. Sa plume, tout en poésie et en légèreté, entraîne le lecteur dans cette histoire intime d'une femme dont on ne connaîtra presque rien. Et c'est là l'intérêt de ce livre : le personnage est secondaire, se fait oublier tel le Chartreux qui hante les murs du monastère ; c'est le cheminement intellectuel de cette femme qui est intéressant, ses errances, ses désirs, ses pensées labyrinthiques et ses questionnements métaphysiques.

Et la construction atypique de ce livre - les chapitres alternent souvenirs de la narratrice et courts poèmes proches du haïku japonais - complète ce parcours introspectif. Une sensibilité singulière émane de ces lignes et c'est avec délectation que le lecteur s'imisce dans les réminiscence de la narratrice et observe son bien-être à se retirer du monde, à dormir peu et travailler beaucoup, à mettre de côté tout confort et toute opulence pour mieux se réjouir d'eau fraîche et d'une miche de pain.

La méditation est là, entre les lignes, et suit les méandres de la mémoire de la narratrice. Qu'il est bon de suivre avec elle ces dix jours de réflexion et de retour sur soi !

"J'aurais tué la poussière d'or de l'oeuvre au noir - celle où l'on distingue la lumière filtrée du temps - et balayé moins de grains que des graines de lumière." (p.38)

"Venue pour mettre mon esprit en jachère, je trouvais une jachère à cultiver. Venue pour trouver du vide, je trouvais du rare. " (p.24)

"Kimono de soie

Bol de thé fumant

l'espace et le temps me boivent"

(p.15)

"Je cueille une rose

j'accueille un haïku

souvenir d'été"

(p.93)

un tant soit peu ou que vous me lisez occasionnellement, vous n'avez pas pu passer à côté de mes protestations diverses quant à ma vie parisienne...
Mais force est de reconnaître que lorsqu'on aime voyager, Paris offre beaucoup d'avantages : aéroports internationaux desservant toutes les destinations probables et improbables, prix défiant toute concurrence, vols directs, etc. Et surtout, la possibilité, en une journée, d'aller faire un périple de l'autre côté de la Manche. C'est ce que j'ai fait - See more at: http://bouquinbourg.canalblog.com/archives/2013/06/30/27538425.html#sthash.anGvRJiP.dpu

Un grand merci à Babelio  et aux  Editions dialogie   pour l'envoi de ce roman dans le cadre de l'Opération Masse Critique.

 En bonus, Claire Fourier vous parle de son livre :

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