Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

12 avril 2017

Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle

Chroniques de Jerusalem, Guy DelisleChroniques de Jérusalem est un album autobiographique du québécois Guy Delisle paru en 2011 chez Delcourt et qui a reçu le Fauve d'Or d'Angoulême en 2012. 

En 2008, Guy Delisle et sa famille s'installent pour un an à Jérusalem, dans les locaux de Médecins sans Frontières, organisation pour laquelle sa femme travaille. Durant cette année en Israël, l'auteur de BD va mener de front ses projets professionnels tout en s'occupant de ses deux enfants. 

J'avais découvert le travail de Guy Delisle avec ses Chroniques Birmanes il y a quelques temps, et ayant adoré ce premier titre, je me suis mise en quête de ses autres albums pour prolonger le plaisir.

Inutile de présenter cet auteur de roman graphique et son travail autour de ses tranches de vie à travers le monde. Chroniques de Jérusalem est encore une fois un album d'une richesse incroyable, un album qui se savoure autant qu'il interpelle. Guy Delisle y relate son expérience d'un an à Jérusalem et son quotidien, sans fioriture ni mise en scène. Il raconte en toute humilité ses déboires parfois risibles, parfois non, ses chocs culturels, ses lacunes sur le pays dans lequel il est, ses rencontres aussi. Il se fait porteur d'histoire, de son histoire, à Jérusalem en 2008. Témoin de l'intérieur de la guerre de Gaza, il rend compte de ce qu'il voit, de ce qu'on lui relate, de ce qu'il constate. 

Comme dans ses Chroniques Birmanes, Guy Delisle livre ici un journal de l'intime, une sorte de carnet de bord de cette année en Israël, entre belles découvertes et dure réalité. Le trait est incisif, minimaliste, les tons sépia assez contrastés. On sourit, on réfléchit, on comprend. Bref, encore un album à ne pas manquer.

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BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Noukette !

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04 mai 2016

Wild, Cheryl Strayed

Wild Cheryl StrayedWild est le second livre de la romancière et essayiste américaine Cheryl Strayed publié en 2012 et adapté deux ans plus tard en film par Jean-Marc Vallée avec Reese Witherspoon dans le rôle-titre. 

Le Pacific Crest Trail - PCT pour les initiés - est un sentier de randonnée de 4240 km qui relie la frontière mexicaine à la frontière canadienne. Alors que sa vie s'effondre à la mort brutale de sa mère, Cheryl Strayed, fraîchement divorcée, se lance un défi : parcourir seule 1700 km de ce sentier. Sans préparation, sans connaissance ni condition physique particulières, elle s'élance vaillemment, sac sur le dos, maigres économies en poche. Souffrance, épuisement et découragement feront partie de son quotidien, mais dans cette expérience Cheryl parviendra à surmonter le chagrin dû à la disparation de sa mère et apprendra beaucoup sur elle.

Dévoré durant mon escale de 9h en Chine alors que je revenais de mon trip solo au Vietnam, Wild m'a fait l'effet d'une décharge électrique. Quelle expérience, quel parcours, quel courage surtout ! Cheryl Strayed s'est dépouillée de tout, durant sa randonnée sur le PCT - brûlant au fur et à mesure les chapitres des livres qu'elle lisait pour alléger le poids de son sac - mais a conservé un petit carnet dans lequel elle a consigné ses impressions. Et quel témoignage ! J'ai été littéralement happée par ces pages et j'ai eu l'impression de parcourir à ses côtés cette célèbre randonnée (à la différence près que j'ai gardé mes ongles de pied, moi, contrairement à elle...)

Arrivée à un point de rupture dans sa vie - sans lien avec sa famille, tout juste divorcée, sous l'emprise de drogues et de relations toxiques sans lendemain - Cheryl Strayed effectue un virage des plus audacieux en décidant de randonner seule. Cette expérience lui permet un retour aux sources salvateur et libérateur. Dépouillée de considérations matérielles, en perpétuel face-à-face avec elle, c'est sur le PCT qu'elle va se trouver et faire du tri dans sa vie. 

Je peine à trouver les mots pour vous exprimer l'émotion qui m'a saisie à la lecture de ce texte. J'ai eu l'impression de rentrer dans l'intimité de cette personne incroyable qui a réussi à vaincre ses démons à force de persévérance. Il y a tant de belles leçons de vie dans ce livre que je ne fais que le conseiller autour de moi depuis ma lecture. A bon entendeur...  Un gros coup de coeur, c'est évident...

"Le silence était incommensurable. Le vide écrasant. C'est ce que j'étais venue chercher, ai-je pensé. C'est ce que je voulais."

"Même dans mes heures les plus sombres - que je vivais précisément à cette époque -, j'avais toujours cru au pouvoir de l'obscurité. Oui, je m'étais perdue et je l'étais encore, mais, grâce à ces errances, j'avais appris des choses qui me seraient restées inconnues dans d'autres circonstances."

"Pour moi, la solitude avait toujours été un lieu plus qu'un sentiment, une petite pièce dans laquelle je pouvais me réfugier pour être moi-même. L'absence totale d'êtres humains sur le PCT avait altéré cette sensation. La solitude s'était étendue à l'univers tout entier, que j'occupais d'une façon toute nouvelle pour moi."

"J'étais juste venue, je commençais à le comprendre, pour surpasser ma peur et tout le reste - tout ce que je m'étais infligé, tout ce qu'on m'avait fait subir."

"Peut-être qu'en effet j'étais la personne la plus seule au monde. Mais peut-être que c'était bien."

"On ne peut jamais savoir pourquoi certains événements arrivent et d'autres non, ce qui provoque quoi, ce qui détruit quoi. Quelles choses permettent à d'autres de naître, de mourir ou de changer de cours."

"Les larmes que j'avais senti monter près du pont se sont enfin mises à couler. "Merci, ai-je pensé. Merci." Pas seulement pour cette longue marche, mais pour tout ce que je sentais enfin fusionner en moi ; tout ce que le chemin m'avait appris et tout ce que je ne savais pas encore, mais qui était déjà là, quelque part."

"Tout ce qui comptait, c'était l'authenticité de ce que je venais d'accomplir. Et le fait que j'en comprenne le sens même si je n'étais pas encore capable de le formuler."

 

 Pour terminer, la bande-annonce du film

(que je n'ai toujours pas vu...)

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08 avril 2015

Chroniques Birmanes, Guy Delisle

Chroniques Birmanes, Guy Delisle

Chroniques Birmanes est un album documentaire de Guy Delisle paru en 2007 chez Delcourt, dans la collection Shampooing.

Guy Delisle suit sa femme, médecin à MSF, en mission au Myanmar durant un an. Une année entière dans ce pays sous dictature, une année de découvertes, de rencontres, d'un quotidien censuré, une année aussi dans l'éducation de leur fils, Louis. Une année particulière pour le dessinateur dont cet album est le récit. 

Impossible d'ignorer Guy Delisle et ses albums autobiographiques. Cela faisait bien longtemps qu'ils me faisaient de l'oeil, mais le déclic s'est produit quand un de mes élèves m'a prêté celui-ci.
Ouvrir Chroniques Birmanes c'est plonger dans le quotidien de Guy Delisle durant un an et découvrir à ses côtés un pays refermé sur lui, victime de son régime.
Guy Delisle se présente sans fard, sans artifice, en conjoint un peu désoeuvré qui découvre seul ce pays tandis que sa femme va de dispensaires en dispensaires pour aider les malades du pays. Il aborde avec humour cette année un peu particulière, sans volonté de parler de ce pays autrement que par son prisme, sa subjectivité, ses expériences. 
C'est donc une expérience de l'intime qui vous attend quand vous ouvrez ces pages, servie par un dessin en noir et blanc aux traits anguleux. Et une fois la dernière page tournée, non seulement vous aurez l'impression de connaître Guy Delisle, mais vous aurez également certainement envie d'en savoir un peu plus sur ce que l'occident appelle la Birmanie. 
Je retiendrai de cet album une foule d'anecdotes drôles - on ne reconnaît jamais l'auteur  s'il n'est pas avec son fils, Louis, mascotte du quartier où ils habitent à Rangoon - ou moins drôles - certains des amis de l'auteur ont eu peur des représailles en étant assimilés à lui et son projet -. Ce qui est sûr, c'est que je ressors transformée par cette lecture qui ne fait que confirmer ce que j'éprouve : rien de tel que de vivre dans un pays pour le découvrir de l'intérieur. Et mon projet de cet été n'est qu'une petite goutte d'eau mais elle s'en rapproche un tantinet... 

D'autres lecteurs de cet album : Canel, EnnaEstellecalim, Mo’ Noukette, Saxaoul, Théoma, Yaneck, Yvan, etc.  

C'était ma BD de la semaine chez Stephie aujourd'hui et ma 65e participation auTop BD de Yaneck (16/20)

  Top BD

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18 février 2015

Un printemps à Tchernobyl, Emmanuel Lepage

Un printemps à Tchernobyl, Emmanuel LepageUn printemps à Tchernobyl est une BD documentaire d'Emmanuel Lepage parue chez Futuropolis en octobre 2012.

26 avril 1986, le coeur du réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl se met à fondre, provoquant un nuage radioactif d'une envergure sans précédent. L'affaire est étouffée, les risques minimisés. Aujourd'hui encore, il est difficile d'obtenir des informations précises sur les dégâts de cette catastrophe nucléaire. 
Vingt-deux ans plus tard, le dessinateur et scénariste Emmanuel Lepage décide de se rendre sur les lieux du drame, dans une résidence d'artistes. Pour rendre compte, par des mots, par des dessins. Pour se rendre compte. Pour rencontrer ceux qui vivent toujours près de la zone interdite. Pour défier la mort, qui rôde toujours.

Ouvrir Un printemps à Tchernobyl, c'est se garantir une claque. Une vraie claque. De celles qui vous clouent un moment au sol et vous amènent à réfléchir. Par son sujet éminemment tragique et complexe, cet album entraîne son lecteur dès les premières planches dans cette page mouvementée de l'Histoire.  
Le silence se fait dès l'ouverture de l'album, l'angoisse monte et le lecteur de s'identifier à l'auteur et à son projet un peu fou. Partir aujourd'hui à Tchernobyl ? Avec tous les risques que cela comporte ? Avec les non-dits et les flous qui persistent ? Impossible de ne pas en avoir le souffle coupé.
..
Et puis les dessins de Lepage. L'ambivalence de ses planches si sombres, si torturées, au début de l'album, qui se teintent de couleurs, dès le 1er mai, et qui fleurissent au diapason de la nature qui a repris le dessus dans la zone. Emmanuel Lepage lui-même est surpris de voir cette luxuriance, cette verdoyance, cette beauté même, dans cette zone au passé si sinistre.  Si au début ses dessins ressemblent aux représentations que l'on a de Tchernobyl et de la zone - sombres, au trait acéré et menaçantes, comme si l'image de la centrale portait en elle la menace de son nuage radioactif - au fil des pages les couleurs et la vie reprennent le dessus, à l'image de ces habitants si accueillants et joyeux, malgré tout, de ces enfants qui courent et jouent dans l'herbe, en bordure de la zone interdite, de ces rires, de ces musiques, de cette générosité.
L'auteur en est lui-même dérouté et doute de la légitimité de ses dessins colorés alors qu'il pensait venir pour dénoncer les risques du nucléaire. Comme si le passé était recouvert par la nature et enterré sous des couches de non-dits. Comme si ce 26 avril 1986 n'existait que par ses stigmates : cette ville de Pripiat abandonnée, cette centrale désaffectée et cette zone interdite qui s'ouvre désormais au tourisme. Mais les conséquences sont là, même si peu en parlent et que tous préfèrent célébrer la vie plutôt que s'apitoyer.

Il y aurait tant à dire encore, mais je préfère m'arrêter là car il m'est difficile d'organiser ma pensée. Un conseil : ouvrez-le, laissez-vous emporter par cet album documentaire, par la force du trait de Lepage, par ses mots, ses interrogations, ses doutes parfois. Laissez-vous vous immerger par son expérience et envahir par cette page de notre histoire et ses conséquences. 
Les nombreux lecteurs de cet album : Aifelle, Antigone, JérômeKikine, MangoMiss Alfie, Mo’Noukette, OliV, Sandrine, Sandrine, Syl., Yaneck, Yuko, Yvan, etc.

C'était ma BD de la semaine, aujourd'hui chez Stephie et ma 60e participation Top BDau Top BD des blogueurs de Yaneck (18/20)

 

 

 

Un grand merci à Sébastien pour cette découverte !  
 

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04 décembre 2013

Sexe et sentiments, Amandine et Eddy Simon

Sexe et Sentiments

Sexe et sentiments est un album paru  aux éditions Jungle en septembre 2013. Il est signé Eddy Simon pour le texte et Amandine pour le dessin. Si le premier a réalisé le Kama Sutra en BD en 2010, la seconde est notamment connue pour sa série Mistinguette parue aux éditions Jungle également.

Ils ont entre 14 et 17 ans. L'âge des premiers émois amoureux, des premiers baisers et des premières relations intimes. On découvre son corps, celui de l'autre et avec ces expériences nouvelles émergent des doutes, des questions.

Abordant son sujet sous un angle très pédagogique et prenant appui sur des témoignages de lycéens, Sexe et Sentiments est un album qui oscille entre fiction et documentaire pour mieux aborder un sujet au coeur des préoccupations adolescentes.
En suivant le quotidien de plusieurs ados, l'album se penche sur la question des premières fois, de l'homosexualité, de la naissance des premiers sentiments amoureux... Porté par  un graphisme rond très actuel, cet album saura séduire son public-cible par la teneur de ses propos et son accessibilité.
Les personnages doutent, réfléchissent ensemble, prennent conscience des attentes de chacun et évoluent au fil des pages. Et si parfois certaines questions restent en suspens, c'est pour mieux laisser au lecteur le soin d'y réfléchir.
Petit plus : les infos situées en début et fin d'album, sous forme de questions posées par les personnages croisés au fil des pages. De quoi en savoir un peu plus sur l'IVG, la pornographie, la contraception, l'homosexualité, le plaisir, etc.

Voilà ma 60e participation à la   organisé par Mango et ma 49e au Top BD des blogueurs de Yaneck.

Top BD

 

   Planche 1 Sexe et SentimentsPlanche 2 Sexe et Sentiments

Je tiens à remercier Audrey de LP Langage et Conseils et les éditions Jungle pour cet album.

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