Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

10 septembre 2015

Millénium 4 Ce qui ne me tue pas, David Lagercrantz

imageCe qui ne me tue pas est le quatrième tome de la série Millénium, dont la paternité revient au regretté Stieg Larsson, disparu en 2004, et qui en écrivit les trois premiers chapitres. Ce quatrième volet de la saga, dont la sortie a tant échauffé les esprits, a été écrit par le journaliste suédois David Lagercrantz, qui a récupéré l'intrigue et les personnages de Larsson et a imaginé une nouvelle aventure de Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander. La sortie mondiale le 27 août - dix ans jour pour jour après la parution du premier opus - a enflammé le milieu littéraire, et c'est bien entendu dans la collection Actes Noirs de chez Actes Sud que les lecteurs français peuvent retrouver ce texte.

Mikael Blomkvist est fatigué. Considéré par beaucoup comme un journaliste de la vieille école, celui qui s'est donné corps et âme pour la revue Millenium, a perdu le goût de son métier, tandis que la revue, détraquée de toute part, peine à trouver des financeurs. Mais lorsque le professeur Frans Balder l'appelle au milieu de la nuit et lui demande de venir le voir dans l'instant, la curiosité de Mikael est titillée. Car Balder est bien connu pour ses recherches sur l'intelligence artificielle et prétend détenir des informations sensibles sur le service de renseignement américain grâce à une hakeuse qui ressemble étrangement à Lisbeth Salander. Mikael n'a pas le temps d'arriver que le professeur est assassiné, laissant comme témoin de son meurtre August, son fils autiste. 

Il n'est pas dans mon habitude de me ruer sur des textes qui font polémique lors de leur sortie pour participer à un soi-disant élan général. Je préfère de loin me tenir à l'écart de ce genre d'engouement et marcher sur mon propre chemin de lectrice, butinant çà et là au gré de mes découvertes. Mais cette fois-ci, ma curiosité a été piquée. Car entre Millénium et moi, c'est une histoire d'amour ancienne, qui date d'avant l'ouverture de ce blog (c'est dire...). Et quand j'ai appris la récupération des personnages de Larsson par un autre, j'ai été curieuse du résultat. Car voyez-vous, ma lecture de la trilogie originelle a commencé il y a dix ans, lorsque je découvrais par hasard le premier tome dans la bibliothèque toulousaine de mon quartier. S'ensuivirent trois jours de lecture intense, où j'ai plongé aux côtés de Mikael et Lisbeth dans cette Suède qui me fascinait tant et que je découvrais quatre ans plus tard. On était en 2006. J'étais alors une jeune étudiante en lettres qui ne buvait pas de café mais adorait les descriptions de Mikael, exilé dans ce petit bourg suédois pour mener son enquête, enchaînant cafés et sandwichs pour tenir le rythme.

Alors peut-être est-ce par nostalgie de cette époque que j'ai ouvert ce quatrième tome, curieuse de savoir si David Lagercrantz allait réussir là où Stieg Larsson avait excellé ? Par envie de frissons et d'addiction ? Allez savoir... Je ne m'attarderais pas ici sur les détails peu reluisants de la sortie de ce tome - opposant la veuve de Larsson et le père et le frère de ce dernier, chacun se battant pour l'héritage de celui qui a vendu 82 millions d'exemplaires de sa trilogie - mais plutôt sur mon ressenti de lecture. Contrairement à d'autres, les textes de Larsson sont assez loin dans mon parcours de lectrice puisque les ayant lus lors de leur sortie française, je n'y suis plus revenue depuis 2007. Mes souvenirs ne sont donc pas des plus frais, mais j'ai en mémoire néanmoins leur effet sur moi. Si le premier tome m'avait littéralement kidnappée dans un acte de lecture nécessaire et irrépressible, les tomes suivants m'avaient certes séduite mais déçue par leur tournure invraisemblable. J'avais néanmoins été au bout de ma lecture et avais apprécié les valeurs chères à Larsson et qu'il défendait dans ses romans : la lutte contre le racisme, la xénophobie et l'extrême-droite.

Venons-en maintenant à proprement parler à ce quatrième tome (ce n'est pas trop tôt, diront certains !). Si l'intrigue est intéressante et s'inscrit dans la droite lignée de ce qu'aurait pu défendre Stieg Larsson, il n'en demeure pas moins qu'il lui manque le punchy de Larsson, justement. Mikael Blomkvist est confronté à la question de l'intelligence articifielle et de l'espionnage industriel et s'érige en défenseur des libertés individuelles, aidée d'une Lisbeth aussi bougon et insaisissable que d'ordinaire, mais le rythme manque cruellement de régularité et de souffle. Je ne nie pas que David Lagercrantz parvienne à faire monter le suspense dans son intrigue, mais plutôt que celle-ci se révèle fade et déjà vue, bien loin des romans de Larsson. L'impression qui ressort est de lire un énième thriller vaguement haletant, qui se déroule en Suède, sur fond d'intrigue politique et de passé peu reluisant.

David Lagercrantz essaie d'injecter une once d'émotion dans cette intrigue - qui ressemble presque à celle d'un James Bond - grâce au personnage d'August, le fils autiste et surdoué du professeur Balder. Mais justement, c'est là que le bât blesse : d'émotion, il n'y en a pas dans ce roman. Aucune. Pas d'empathie pour les personnages, ni de peur qui surgit face au danger. Rien. La narration ne permet pas aux émotions d'émerger et l'auteur semble tenir son lecteur à distance. Et c'est un brin agaçant, cette impression d'être privé du plaisir de la lecture.

En revanche, l'invraisemblance est toujours là, comme chez Larsson et donne à l'ensemble un goût de film d'action un peu bâclé. Le timing est toujours parfait pour Mikael et Lisbeth qui se sortent de situations invraisemblables en un rien de temps, malgré de violentes blessures (Lisbeth se fait traverser par une balle mais continue sa mission malgré tout) et des assaillants de tous côtés. C'est ce que je déplorais chez Larsson. C'est dommage de le retrouver ici. 

En définitive, il est certes appréciable de retrouver les personnages de Mikael et Lisbeth, mais la nostalgie ne fait pas tout et l'ensemble demeure bancal. Comme si David Lagercrantz essayait de porter des chaussures qui ne lui vont pas. Ca ressemble à Stieg Larsson, mais ce n'est pas Stieg Larsson et ça se sent très nettement. David Lagercrantz qui s'est pourtant imprégné des personnages de Larsson pour se faire habiter par eux et mieux les faire revivre sous sa plume n'a pas réussi son challenge, un challenge de taille, il est vrai. Il n'en demeure pas moins que l'ensemble se lit rapidement, et si on passe outre des personnages secondaires caricaturaux, le rythme irrégulier et certaines scènes clairement bâclées - notamment les combats et autres affrontements -, l'expérience de lecture reste dans l'ensemble agréable, sans plus, mais laisse en bouche le goût d'opération commerciale (même si les bénéfices seront reversés à Expo, revue antiraciste créee en 1995 par Larsson). David Lagercrantz, qui dit avoir perdu le sommeil lors de l'écriture de ce roman, devrait à l'avenir imaginer ses propres personnages et retourner à ce qu'il sait faire de mieux, écrire des biographies comme celle de Zlatan Ibrahimovic.

Donc, cher lecteur, si tu n'as pas eu envie de lire en entier mon billet  (ce que je comprends dans ce monde où chaque seconde compte tant nos vies sont fascinantes et remplies...), je vais te faire un résumé en mode Twitter :  lis Millénium 4 si tu veux replonger en Suède aux côtés de Mikael et Lisbeth mais ne t'attends pas à retrouver Larsson à travers ces pages.

NB du 19/09 : Je l'avais oublié mais je le rajoute illico :

je rajoute ce roman à mon Reading Challenge 2015 !  

4. Un livre publié cette année

5. Un livre avec un chiffre dans le titre

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22 juin 2015

La bibliothèque des coeurs cabossés, Katarina Bivald

imageLa bibliothèque des coeurs cabossés est le premier roman de la suédoise Katarina Bivald paru en 2013 en Suède et qui connaît aujourd'hui un important engouement. Publié dans vingt et un pays, il est paru en janvier cette année chez Denoël.

Sara Lindqvist est une jeune suédoise de vingt-huit ans dont la vie se résume à son amour pour les livres. Employée dans une librairie, Sara entretient une correspondance littéraire avec Amy Harris, une sexagénaire américaine aussi amoureuse des livres qu'elle. Le jour où Sara perd son emploi, Amy lui propose de venir lui rendre visite dans sa petite ville de l'Iowa.
Séduite par l'idée et bravant sa timidité, Sara quitte sa Suède natale pour découvrir les Etats-Unis et rencontrer Amy. Mais à son arrivée à Broken Wheel, une terrible nouvelle l'attend : Amy est décédée. Désemparée, Sara est néanmoins très bien accueillie par les habitants de la petite ville et décide de rester. Mais la jeune femme ne veut pas être inutile et décide de se lancer dans un projet fou : ouvrir une librairie à Broken Wheel, alors que personne ne semble être intéressé par la littérature.  

Voilà un roman feel good, à n'en pas douter. Et si l'expression vous fait fuir et suscite votre mépris, essayez de dépasser vos a priori et autorisez-vous, peut-être, à succomber à un  roman qui vous détend et vous fait passer un agréable moment. Amoureux des livres (et les autres aussi !) plongez à corps perdu dans La bibliothèque des coeurs cabossés, rejoignez Sara et les habitants de Broken Wheel, ces personnages un peu cabossés mais terriblement attachants, comme l'annonce le titre du roman, et laissez-vous contaminer par leur énergie collective pour fonder cette librairie dans cette petite ville de l'Iowa.
Si l'intrigue est un peu éculée et que certains clichés hantent les pages (et notamment celui de la lectrice asociable qui ne vit qu'à travers ses livres), le tout se déroule avec simplicité et se lit agréablement. Rien de surprenant, mais finalement, ce n'est pas ce qu'on attend quand on ouvre ce roman.
Les livres sont partout dans ces pages, évoqués au fil des lettres échangées entre Amy et Sara, et par cette dernière lorsqu'elle conseille chaque personne qui pousse la porte de sa librairie et tente, au fil des jours, de trouver le livre qui lui conviendra.
Les références littéraires abondent dans ces pages - Harper Lee, Kathryn Stockett, Fannie Flagg, Jane Austen, entre autres - et offrent au roman une atmosphère singulière propice à la lecture. 
On ne peut pas ne pas penser à deux autres textes fondés sur une correspondance littéraire - 84, Charring Cross Road et Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates - le premier tiré d'une histoire vraie, le second fictionnel.
La bibliothèque des coeurs cabossés fait partie de ces textes doudou dans lesquels il est bon de se plonger et dont on sort avec un sourire aux lèvres... et l'envie de dévorer tous les romans évoqués au fil des lignes ! Hommage à la littérature et ode à l'amitié, ce roman est un condensé de bonne humeur dont je ne peux que vous conseiller la lecture ! Oui au roman feel good de temps en temps : ça ne fait de mal à personne, bien au contraire !

D'autres lecteurs de ce roman : Azilis,  EmeraldaFaelys, KeishaMelisende, Miss Alfie, Vilvirt, etc. 

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01 décembre 2010

Le livre de Noël, Selma Lagerlöf

9782742771035FSEn ce beau et froid premier jour de décembre (je pourrais même rajouter neigeux !), je ne peux pas résister à l'envie de vous parler d'un petit recueil de récits qui me narguait depuis quelques temps sur mon étagère et que j'ai finalement dévoré : Le livre de Noël de Selma Lagerlöf.

Publié pour la première fois en 1945 par celle qui reçut le Prix Nobel de littérature en 1909 et qui est l'auteure du Merveilleux Voyage de Nils Holgresson à travers la Suède,  ce recueil est composé de huit courts
récits de Noël issus du folklore suédois.
Du conte racontant l'histoire de Sainte Luce au récit d'une fillette, avide de livres, qui reçoit en cadeau pour Noël un roman en français, en passant par l'histoire d'un colporteur voleur et malhonnête, pris à son propre piège, les trames narratives sont variées, pour le plus grand plaisir de lecteur !

Un très beau recueil qui permet d'appréhender, sous un angle nouveau, les traditions suédoises concernant Noël. Portées par la plume d'une conteuse aguerrie, ces petits contes nous entraînent avec brio dans chaque histoire, grâce à des descriptions ciselées très bien menées.
Je ne saurais en dire davantage sans vous dévoiler ce qui fait le plaisir de ce court livre...
Je n'aurai qu'une parole : à découvrir absolument ! A lire à haute voix, à petits et grands, pour créer une atmosphère digne des fêtes, à l'image du recueil de cette grande auteure.

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04 avril 2010

L'écho des morts, Johan Theorin

couv69435149Je viens de terminer L'écho des morts, sacré Prix du meilleur polar suédois en 2010. J'étais assez enthousiaste à l'idée de cette lecture...

Lîle d'Öland, au Sud Est de la Suède. Joakim, sa femme Katrine et leurs deux enfants ont décidé de quitter Stockholm pour s'installer à Aludden, une ancienne demeure de gardien de phare. L'endroit est immense et isolé, mais la famille se plaît dans ce havre de paix.
Jusqu'au jour où une catastrophe se produit. Joakim, de retour de Stockholm, apprend par téléphone qu'un membre de sa famille vient de se noyer. Affolé, il rentre chez lui et découvre  avec horreur la victime de ce drame...
Anéanti par cette perte, le père de famille tente de faire face en rénovant la vieille bâtisse. Mais tandis que d'étranges voix surgies de nulle part le font frémir, sa fille, Livia, semble communiquer avec l'au-delà à travers ses rêves...

Au début de ma lecture, j'oscillais entre l'enthousiasme et la crainte de tomber dans un roman fantastique où les morts communiquent avec les vivants... Étant relativement rationnelle et pragmatique, l'ennui a commencé à pointer en même temps que les évocations diverses de fantômes...
Heureusement, et sans vous révéler pour autant l'intrigue complète de ce roman, libre au lecteur d'interpréter ces mentions de l'au-delà... J'ai donc poursuivi ma lecture avec plaisir !
Johan Theorin, que je lisais pour la première fois, emmène son lecteur dans une Suède aussi frigorifiante qu'inquiétante. La tourmente
- spectaculaire tempête de neige inattendue - menace les personnages, tandis que l'intrigue avance pas à pas.
Le rythme est assez lent, la narration alterne les focalisations sur les personnages principaux, menant ainsi plusieurs intrigues en parallèle.
L'intrigue principale est assez pesante : un père de famille fait face à un deuil en le niant totalement, allant jusqu'à continuer à mettre quatre assiettes pour le repas de Noël, tandis que derrière son dos se nouent plusieurs histoires que l'on soupçonnent liées. Les divers personnages ont une psychologie intéressante et bien développée.
J'ai passé un bon moment de lecture, me laissant engourdir dans cette atmosphère froide et venteuse, évoluant doucement au rythme de l'intrigue et des personnages. Seul bémol, le dénouement, assez rapidement traité, que j'ai trouvé un peu invraisemblable et qui a décrédibilisé à mes yeux tout ce qui précède...

Je remercie   47286519  et les éditions  logo_haut pour cette livre reçu dans le cadre d'un partenariat.

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