Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.




17 juin 2016

Le temps des métamorphoses, Poppy Adams

Le temps des métamorphoses, Poppy AdamsLe temps des métamorphoses est le premier roman de l'écrivain et documentariste britannique Poppy Adams paru en avril 2009 chez Belfond.

Après cinquante ans sans nouvelle, Vivien  rentre à la maison. Dans le manoir familial qui l'a vue grandir, Virginia, sa soeur aînée, vit recluse depuis le décès de leurs parents. Entre les murs épais de la silencieuse demeure familiale, Virginia ne comprend pas pourquoi Vivien revient, après tant d'années de silence, au crépuscule de sa vie. Les deux soeurs se tournent autour, tentent de s'apprivoiser en évoquant leur enfance, leurs souvenirs, leurs parents. Maud, leur mère, fantasque et volubile, malheureusement décédée en tombant dans un escalier, et Clive, leur père, entomologiste passionné par les papillons qui dédia sa vie et sa santé mentale à ces insectes.

Voilà un temps infini que ce roman attendait sagement sur les étagères de ma bibliothèque que je l'ouvre. Le Mois anglais était l'occasion toute trouvée ! Un premier roman britannique, qui évoque l'histoire de deux soeurs, j'étais à vrai dire assez enthousiaste en débutant ma lecture.

Mais attention aux apparences ! Le temps des métamorphoses est un roman bien plus sombre que ne le laisse imaginer son résumé. Virginia prend en charge la narration à la première personne et le lecteur est pris dans les filets de ce personnage, voguant au gré de ses souvenirs, entre passé et présent. Si Vivien apparaît dès la première page, elle restera, comme les autres personnages, une ombre fantomatique à laquelle le lecteur n'aura pas accès, prisonnier de cette focalisation interne au personnage de Virginia.

L'intrigue alterne passé et présent, enfance et vieillesse, et de lourds secrets ne tardent pas à être mis au jour. L'entomologie tient une grande place dans le roman, l'histoire familiale semblant être condamnée à être sous le joug des papillons et de leur emprise sur les membres de la famille. C'est pesant, angoissant même, menaçant sans aucun doute, mais je n'ai pas eu envie de reposer ces pages. Je m'attendais à un roman plus léger, mais je n'ai pas été déçue de la tournure que prenait l'intrigue. J'ai même aimé me plonger dans ce manoir silencieux, dépoussiérer les souvenirs de Virginia, soulever la poussière qui s'est déposée en voile sur les secrets de famille, pour mieux comprendre ce qui s'est joué entre ces murs. Un roman qui m'a mise mal à l'aise, mais dans le bon sens du terme (si tant est que cela soit possible !). Un roman que je vous recommande, c'est certain !

Voici ma deuxième participation au Mois anglais

organisé par Lou et Cryssilda !

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16 mars 2015

Nos vies désaccordées, Gaëlle Josse

Nos vies désaccordées, Gaëlle JosseNos vies désaccordées est le deuxième roman de la diplômée en droit, en journalisme et en psychologie clinique Gaëlle Josse, paru en mars 2012 chez Autrement et récompensé du Prix Alain-Fournier en 2013

François est un jeune pianiste célèbre qui parcourt le monde au gré de ses tournées. Un jour, il apprend que la femme qu'il a tant aimée et quittée subitement, Sophie, est internée depuis plusieurs années dans un hôpital psychiatrique.       
Mu par l'envie de la revoir, François met sa carrière en pause et abandonne tout pour la retrouver. Plongé dans ses souvenirs, il part à la rencontre de son ancien amour, qui passe ses journées à écouter inlassablement les enregistrements de ses concerts.

Découvert dans le colis du Swap de Printemps que m'avait offert Mrs Pepys, Nos vies désaccordées fait partie de ces romans qui vous chavire, qui vous bouleverse, qui vous hante. Cette histoire d'amour puise dans les tragédies classiques sa force et sa puissance et nul lecteur ne peut en sortir indemne.      
François se livre au fil des pages, raconte son histoire, sa carrière, ses succès, son amour pour Sophie, aussi. Son envie de la revoir, de la retrouver. Malgré son état. Malgré son mutisme. Parce que la seule chose qui la relie au reste du monde est la musique de son ancien amant, qu'elle écoute à longueur de journée.      
En 123 pages, Gaëlle Josse réussit à faire jaillir un flot d'émotions, par vagues plus ou moins intenses, à l'image de la musique de François. La narration à la première personne prise en charge par celui-ci entraîne le lecteur dans ses doutes, dans son ressenti. Et s'il était responsable de l'état de Sophie ? Et s'il avait pu agir différemment pour éviter tout cela ?      C'est beau, très beau. Mais immensément triste aussi. Un roman bouleversant porté par une très belle plume. Une excellente découverte.

"La vie légère comme une hirondelle, parfois." (p.14)

"Vit-on ailleurs qu'en exil ?" (p.22)

"J'avais choisi de partir en tournée en préférant croire que les choses allaient s'arranger et en évitant de faire face à ce qui m'était impossible d'accepter, l'effondrement de la seule femme que j'ai aimée. Trop aimée pour admettre qu'elle ne pourrait plus jamais être la même. Trop aimée pour admettre que depuis toujours, elle avançait sur un fil tendu au-dessus de ses abîmes." (p.38)

"Sophie, lente et fulgurante, volubile et silencieuse, désinvolte et grave, désarmante de sincérité. Sophie. Ma tempête."(p.64)

"Avec mes soeurs, elles constituaient une figure féminine unique, shivesque et protéiforme." (p.117)

"Je voudrais demeurer ainsi avec Sophie dans cette sensation retrouvée, sa main dans la mienne, ensemble portés par les vagues de nos existences, l'écorces de nos peurs rompue. J'ai toute la vie pour y arriver." (p.123)

 

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09 mars 2015

La pluie, avant qu'elle tombe, Jonathan Coe

La pluie avant qu'elle tombe, Jonathan CoeLa pluie, avant qu'elle tombe est un roman de l'écrivain britannique Jonathan Coe publié en 2007 en Angleterre et en France chez Gallimard l'année suivante.

Rosamond s'éteint à l'âge de soixante-treize ans, laissant derrière elle une confession enregistrée s'appuyant sur vingt photos retraçant sa vie, et destinée à une certaine Imogen. Gill, sa nièce, se charge d'écouter ces enregistrements et de retrouver Imogen. Au fil des heures d'écoute, elle découvre peu à peu l'histoire des femmes de sa famille.

J'ai ouvert La pluie, avant qu'elle tombe et me suis laissé emporter, à l'image de Gill, par la voix de Rosamond. Dans ses souvenirs, dans ses confidences, dans ses chuchotements, parfois lourds. Dans ses vingt photos qui semblent résumer sa vie. Une vie entière.    
Les révélations sont dures, parfois sans espoir, et Rosamond semble dérouler le fil de son existence sans jugement, sans amertume, comme un témoignage froid et distancié. En guise de rédemption, peut-être ? Et Gill d'écouter, avec ses filles, de se faire oublier, de se transformer en personnage prétexte de ce procédé narratif pour mieux laisser sa place au lecteur et découvrir qui est cette mystérieuse Imogen. 
J'ai aimé écouter la voix de Rosamond, semblant entendre au fil des pages les bandes usées et crachotantes et la voix de cette vieille dame aux portes de la mort. J'ai aimé découvrir le destin des femmes de cette famille, ce qui les liaient, leurs blessures, leurs souffrances. Une très belle lecture, au titre ô combien poétique, qui m'a permis de découvrir cet auteur et j'en suis ravie.

D'autres avis sur ce roman : Alex-mot-à-mots, Estellecalim, Hilde, Keisha, Lili Galipette, Metaphore, Nahe, etc.

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Voici une nouvelle participation au Reading Challenge 2015

44 - Un livre traduit

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Voici une nouvelle participation au Reading Challenge 2015
50 - Un livre que vous avez commencé et jamais terminé

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17 janvier 2015

Le Livre de Perle, Timothée de Fombelle

Le livre de PerleLe Livre de Perle est le dernier roman de l'écrivain et dramaturge français Timothée de Fombelle paru en novembre 2014 chez Gallimard et couronné de la Pépite Roman Ado Européen au dernier Salon du Livre de Montreuil.

Trois vies tissées, trois destins liés comme trois fils emberlificotés. Celui d'un jeune garçon de quatorze ans, passionné de photo qui, lors d'une fugue, rencontre un vieil homme dans une cabane au milieu des bois. L'histoire, ensuite, de cet homme, Joshua Perle, de son silence et de sa solitude, du mystère qui entoure les étranges valises amoncelées dans sa cabane, témoins de sa vie de roi d'un conte de fées chassé de son royaume par un frère tyrannique et condamné à l'exil. Le destin, enfin, d'Olia, la fée dont il est éperdument amoureux, et qui a renoncé à ses pouvoirs pour le suivre dans notre monde.

Parler de ce livre n'est pas aisé. Je viens juste de le terminer, et pour une fois, j'ai envie vous en parler tout de suite. J'en ressors ébranlée par tant de beauté et de poésie. C'est dire...
Timothée de Fombelle signe ici un bijou. Et je pèse mes mots. Un bijou tant dans sa forme que dans son contenu. Car si mon résumé peine à rendre hommage à son intrigue, il serait dommage de passer à côté de ce roman qui dérive vers le conte de fées sous prétexte que c'est un sujet commun. Je vous l'affirme haut et fort : Le Livre de Perle ne ressemble à rien de ce que vous avez pu lire auparavant.
Dès la première page, ce roman vous entraîne dans la vie tourmentée de Joshua Perle. Sa vie dans notre monde, dans la boutique de guimauves de ses parents adoptifs avant la guerre et son entrée dans la Résistance, mais aussi sa vie dans son monde, où il se nomme Ilian, prince déchu d'un royaume pris dans la tourmente. Son amour impossible avec la fée Olia, qui le conduit à sa perte, est le lien entre ses deux destins, ses deux vies tremblantes et fragiles dans les deux mondes.

Ancien prof de lettres, Timothée de Fombelle manie les mots tel un magicien et offre à son roman une poésie enchanteresse à laquelle il est difficile de se soustraire. Ses phrases coulent, lumineuses et vibrantes, rythmées et chantantes, et portent l'intrigue de façon remarquable.
Le roman possède une construction savamment étudiée qui entraîne le lecteur dans la vie de ces trois personnages, entre ces deux mondes, à travers les époques. La narration change de point de vue, tantôt à la première personne, tantôt à la troisième. Et le lecteur de se demander qui est derrière l'ensemble...Coup de coeur
Difficile d'en dire plus si ce n'est que je comprends, enfin et après tout le monde, pourquoi Timothée de Fombelle est reconnu pour être un des auteurs pour la jeunesse les plus talentueux de sa génération. Je n'ai qu'une envie : découvrir son oeuvre au plus vite... Et je sors tellement bouleversée par cette très belle lecture que je me refrotte à l'idée de coups de coeur. Comme quoi...

"L'imaginaire de chacun est pour moi unique et impossible à dupliquer. Une réserve, un sanctuaire intime. Dans chacune de nos têtes, des bestioles étranges, un herbier et de petits peuples, mais je ne suppportais pas les fées ou les farfadets qui se promenaient d'une tête à l'autre comme des poux. Pourquoi se laisser imposer des créatures inventées par d'autres ?
Mais les histoires nous font changer. Et certaines rencontres nous retournent sur le dos comme des tortues. Elles nous obligent à nous laisser faire.
" (p.260)

"Les histoires nous inventent." (p.285)

L'avis de Faelys et de Jérome sur ce roman.

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30 décembre 2014

Retour à Little Wing, Nikolas Butler

Retour à Little WingRetour à Little Wing est le premier roman de l'américain Nikolas Butler publié en août 2014 aux éditions Autrement. 

Lee, Ronny, Kip et Hank. Quatre amis qui ont grandi ensemble à Little Wing, petite bourgade du Wisconsin. Certains en sont partis, d'autres sont restés. L'un est fermier, l'autre chanteur, le troisième ancien courtier, tandis que le quatrième, depuis un accident de rodéo, n'est plus tout à fait lui-même.   
Pour l'heure, les retrouvailles ont sonné à l'occasion du mariage de Kip. Mais malgré leur passé commun, les quatre hommes sont aujourd'hui bien différents dans leur façon d'appréhender leur vie et le monde. Et si l'amitié et les souvenirs restent leur point d'ancrage, la vie et ses surprises rendent parfois bien difficile la compréhension et la communication.

Quelle lecture... Ce roman est une petite merveille d'une fraîcheur inouïe. Et pourtant, ceux qui me connaissent bien savent que la littérature américaine n'est pas celle vers laquelle je me tourne d'ordinaire spontanément. Mais j'ai bien fait de passer outre et de sortir de ma zone de confort pour partir à la rencontre de ce petit bijou littéraire.   
Ode à la vie et à l'amitié, Retour à Little Wing entraîne son lecteur dans le microcosme de cette petite ville américaine perdue au fin fond du Wisconsin. Le temps semble s'y être arrêté. Les habitants comme condamnés à y rester.    
La narration à plusieurs voix - chacun des quatre personnages prend à tour de rôle en charge une partie de l'histoire - offre une dimension très intime et personnelle au récit. Chacun y va de son souvenir, de son anecdote. De ses blessures, aussi. De ses rancoeurs, parfois. Au lecteur d'accompagner tout ce petit monde qui gravite autour de cette ville imaginaire. Entre ceux qui sont restés et ceux qui reviennent, après des années, le fossé est là. Sauront-ils le combler ?    
L'émotion est au rendez-vous de ces souvenirs évoqués, de ces querelles du passé, de ces erreurs de chemin. Personne n'est épargné, ni Lee, le chanteur adulé, ni Hank, le paisible fermier, ni Ronny, ancienne star du rodéo aujourd'hui diminué, ni Kip, un peu trop calculateur. L'amitié est forte, entre ces quatre personnages, et il en faut une sacré dose pour surmonter des présents aux réalités multiples.    
Nikolas Butler signe ici un excellent premier roman au rythme parfait et 
dans lequel on plonge sans hésitation. Pour ma part, je suis encore hantée par les personnages et l'ambiance singulière de cette histoire, quelques semaines après ma lecture.

D'autres avis : Clara, Estellecalim, Jérôme, Jostein KathelMimipinsonSandrine, Tiphanie, etc.

"Nous étions unis par le sentiment d'être différents de notre milieu et aussi peut-être par un sentiment de supériorité par rapport à l'endroit qui nous avait formés. En même temps, nous étions épris. Épris d'être les rois d'une petite ville, perchés sur ces tours abandonnées, dominant notre avenir, en quête de quelque chose - du bonheur peut-être, de l'amour, ou de la gloire." (p.88)

"Chez nous, c'était un foyer. Un nid. Un endroit dans lequel ont et on aime. Il est parfois utile d'espionner la vie des autres. Pour moi, en tout cas, ça m'avait fait réaliser combien j'aimais ma vie." (p.125)

"Chantez comme si vous n'aviez aucun public, chantez comme si les critiques n'existaient pas, chantez votre ville natale, chantez le grand bal du lycée, chantez les cerfs, chantez les saisons, chantez votre mère, chantez les tronçonneuses, chantez le dégel, chantez les rivières, chantez les forêts, chantez les prairies." (p.232)

"Hank m'a alors serré dans ses bras et je me suis remis à pleurer, mais il m'a serré si fort - on aurait dit qu'il avait juré de me briser les côtes - que j'ai compris qu'il ne me lâcherait pas avant que j'arrête de pleurer. J'ai aussi compris quel type de père il était, quel type de mari et d'homme il était. J'ai compris qu'il était plus fort que moi, meilleur que moi." (p.245)

J'ai lu ce roman dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire de Priceminister. Merci Oliver et toute l'équipe pour l'organisation !

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17 juillet 2014

Le génie des coïncidences, J.W. Ironmonger

Le génie des coïncidencesLe génie des coïncidences est un roman de J.W. Ironmonger paru en juin 2014 chez Stock.

Thomas Post est un universitaire spécialisé dans la thèse des coïncidences. Tout événement n'est, selon lui, que le fruit du hasard et toute notion de coïncidence n'est qu'une interprétation de l'enchaînement de faits que ses calculs mathématiques déconstruisent.
Fort du succès de sa théorie, le jeune maître de conférence voit sa thèse mise à mal lorsqu'il rencontre Azalea Lewis, une jeune femme dont la vie entière semble régie par de curieuses coïncidences. Cette dernière le met au défi de lui prouver que sa thèse des coïncidences s'applique à sa drôle de vie.

Voilà un roman diablement rafraîchissant. J.W. Ironmonger entraîne son lecteur dans une intrigue à tiroirs à la fois temporels et géographiques. De 1982 à 2012, de Londres à l'Ouganda en passant par l'Irlande, Thomas va se lancer sur les traces du passé d'Azalea pour essayer de tester sa théorie sur son histoire personnelle.
Les chapitres se succèdent, alternant les époques de narration sans jamais perdre le lecteur, et ce dernier de suivre avec minutie le cheminement intellectuel du jeune universitaire pour voir si sa théorie n'est pas bancale.
L'émotion est au rendez-vous de cette intrigue qui allie fiction et Histoire - avec notamment les enlèvements d'enfants en Ouganda - et les rebondissements, nombreux, tiennent le lecteur en haleine.

J'ai lu ce roman d'une traite, dévorée par la curiosité, m'interrogeant au passage moi aussi sur cette étrange notion de coïncidences. Et si... Et si nos vies étaient dictées par quelque chose ? Et si le hasard n'existait pas ? Et si tout convergeait vers un point précis ? Et si, finalement, nous n'avions que peu de libre arbitre dans tout ça ? Et pour une fois, ça fait un bien fou de mettre de côté toute rationalité et de se poser en observateur de sa vie en ayant ces questions en tête...
Le génie des coïncidences est une lecture absolument délicieuse, savamment construite, dont je ne peux que vous conseiller la lecture.
Les avis de Cathulu et Clara
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Un grand merci aux Éditions Stock et à Babelio pour ce roman reçu dans le cadre de l'Opération Masse Critique.

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12 septembre 2013

Une bonne éducation, Sylvia Tabet [Rentrée littéraire 2013]

Une bonne éducation, Sylvia TabetUne bonne éducation est un roman de l'écrivaine et artiste parisienne Sylvia Tabet qui paraît aujourd'hui aux éditions Dialogues.

La vie semble douce, lorsqu'on grandit dans les quartiers aisés de Paris. Mais pour Anne, la narratrice, son frère et sa soeur, sous l'apparente quiétude d'un milieu bourgeois sourd la violence d'une mère. Une enfance partagée entre la peur des coups et les moments de répit, grâce à leur père, leur grand-mère, ou encore la jeune fille au pair. Une enfance noyée par l'angoisse et une vie d'adulte marquée à jamais. Anne se souvient.

Une bonne éducation est un roman dont on ne ressort pas indemne. Le sujet traité est lourd mais abordé par la narratrice avec un détachement qui évite de sombrer dans un pathos éculé. Comme si Anne portait en elle la douleur de cette enfance volée mais avait mis à distance sa peur pour mieux la donner à voir. On évite ainsi les descriptions des coups et autres brimades pour se centrer plutôt sur les souvenirs qu'elle garde de cette période. 
Sylvia Tabet possède une plume d'une finesse étonnante, dotée d'un rythme changeant, à la fois rapide et lent, semblant suivre le cours des pensées de la narratrice. Les mots coulent, avec musicalité, et offrent au regard l'histoire de ces enfants silencieux. 
J'ai été émue par cette histoire, je me suis glissée dans les mots d'Anne, comme pour l'aider à supporter sa douleur, comme pour l'aider à panser son enfance blessée.  
J'ai parfois été déroutée par la chronologie non linéaire, par ces ellipses temporelles et ces souvenirs sans date. Mais finalement j'ai eu l'impression d'écouter parler la narratrice. Et ce qui pourrait être assimilé à une confusion ressemble en réalité au cheminement de sa pensée. Son enfance enterrée, Anne relate ses souvenirs. C'est dur. Mais c'est diablement émouvant.

"Le beau fait du bien. Comme s'il renvoyait à la paix. A la douceur. Le beau fait oublier ce poids constant d'une vie décalée du bien-être et de la sécurité, c'est une forme de consolation ; une liberté, un pansement." (p.118)

"J'ai douze ans, ensemble nous pleurons sur les choses vraiment graves de la vie, ces réalités qui ont fait boule de neige sur notre histoire, sur nos jours empilés ; celles qui ne pourront jamais s'arranger et qui font que l'existence, tout à coup, devient essentiellement le passé, rendant le présent infranchissable." (p.157)

Merci à Julia et aux  Editions dialogie   pour la découverte de ce roman.

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26 juin 2013

Toute passion abolie, Vita Sackville-West

Toute passion abolie, Vita Sackville-WestToute passion abolie est une oeuvre de la poétesse et romancière anglaise Vita Sackville-West (1892-1962) parue en 1931. Celle qui fut la maîtresse de Virginia Woolf laisse derrière elle une oeuvre importante et fut plusieurs fois récompensée pour celle-ci.

A la mort de son époux, Lady Slane prend une décision importante : elle décide de s'installer seule, dans une petite maison repérée des années auparavant et de cesser d'être cette femme soumise et silencieuse que tous ont connue. Pour les enfants de cette octogénaire, leur mère est incensée. Mais Lady Slane décide de faire fi du qu'en-dira-t-on et de terminer ses jours au calme, loin de toute agitation mondaine.

Toute passion abolie est un roman court qui propose une réflexion intéressante sur la vieillesse, d'une part, et les choix d'une vie de l'autre.
En refaisant revivre le passé de Lady Slane à travers l'évocation de souvenirs, la romancière offre un regard singulier sur la vie de son héroïne. Cette dernière n'a pas eu le loisir de choisir sa vie et son existence aisée est allée à l'encontre de ses désirs artistiques. C'est une autre époque qui est décrite ici, une époque régie par des codes sociaux très stricts et dans laquelle les femmes disposaient d'un droit infime par rapport à leurs maris.
C
ette retraite retirée de toute vie sociale et du faste superficiel dans lequel baignent ses enfants permet à Lady Slane de se livrer à une introspection purificatrice de cette vie contrainte.

Avec une plume acérée, Vita Sackville-West dresse une galerie de personnages savoureux. Des enfants de Lady Slane, intéressés et bourrés de défauts, aux vieux messieurs qui font la cour de façon platonique à l'héroïne, les personnages de ce roman sont vibrants de réalisme.
Ode à la vie simple d'une vieillesse assumée, Toute passion abolie est une lecture apaisante, un roman introspectif qui se permet toutefois un pied de nez conclusif tout à fait intéressant.  
Et si, comme moi, vous craquez sur cette édition illustrée par Christian Lacroix, rendez-vous sur la chronique où je détaille le fabuleux coffret inédit consacré aux héroïnes de la littérature, illustré par le couturier.

D'autres avis : Anne, Kathel, L'Irrégulière, Lou, etc.

Enfin une participation au Mois anglais (mieux vaut tard que jamais...) de Lou et Titine et ma lettre S pour le Challenge ABC critiques de Babelio.

Challenge ABC Babelio

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29 juin 2011

La boîte noire, Jacques Ferrandez et Tonino Benacquista

9782070788040La boîte noire est une nouvelle de Tonino Benacquista publiée en 2001 dans un recueil intitulé Tout à l'ego. Elle a été adaptée en BD la même année et portée à l'écran en 2005 par Richard Berry avec José Garcia dans le rôle titre. Ayant passé un excellent moment avec L'Outremangeur, de Benacquista et Ferrandez, j'ai eu envie de découvrir une autre BD de ce tandem.

Arthur Seligman est victime d'un grave accident de voiture qui lui provoque une amnésie partielle. Janine, une des infirmières qui s'occupent de lui, lui confie à sa sortie d'hôpital un carnet dans lequel elle a noté les paroles qu'il a proférées lors de son coma. Un accès à sa boîte noire, en somme, dans laquelle se trouvent consignés ses désirs, ses peurs et ses fantasmes...planche_boinoire_1106975097_dd557

Avec cette nouvelle, Benacquista donne à voir à son lecteur une partie fascinante du cerveau humain : celle du subconscient, celle à laquelle nous n'aurons pas accès, et qui contient nos désirs les plus profonds. Qui n'a jamais eu envie de percer à jour son propre cerveau ?
Bien entendu, le risque de confondre fantasme et réalité est grand, et Benacquista n'en fait pas l'impasse. Son personnage tente coûte que coûte de comprendre les méandres de sa mémoire, entre vrais souvenirs et réminiscences tronquées ou faussées, au risque de se perdre...
Le trait de Ferrandez accompagne ces flous dans la mémoire du personnage. Les plongées dans la boîte noire d'Arthur, en particulier, frôlent l'abstrait, et les couleurs vives utilisées illustrent à merveille sa confusion mentale.
J'avais lu cette nouvelle plus jeune, mais je n'en ai aucun souvenir. Cette lecture était donc comme une découverte, plutôt agréable, même si j'ai été moins charmée par le travail de Ferrandez que dans L'Outremangeur, première collaboration de ces deux auteurs en BD.

  Et voici ma dix-septième  participation 
à la BD du mercredi de
Mango !

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Et ma neuvième au Top BD des blogueurs de Yaneck!
(note : 14/20)
qui présente le Top BD du moi de juin aujourd'hui !
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