Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.




04 mai 2016

Wild, Cheryl Strayed

Wild Cheryl StrayedWild est le second livre de la romancière et essayiste américaine Cheryl Strayed publié en 2012 et adapté deux ans plus tard en film par Jean-Marc Vallée avec Reese Witherspoon dans le rôle-titre. 

Le Pacific Crest Trail - PCT pour les initiés - est un sentier de randonnée de 4240 km qui relie la frontière mexicaine à la frontière canadienne. Alors que sa vie s'effondre à la mort brutale de sa mère, Cheryl Strayed, fraîchement divorcée, se lance un défi : parcourir seule 1700 km de ce sentier. Sans préparation, sans connaissance ni condition physique particulières, elle s'élance vaillemment, sac sur le dos, maigres économies en poche. Souffrance, épuisement et découragement feront partie de son quotidien, mais dans cette expérience Cheryl parviendra à surmonter le chagrin dû à la disparation de sa mère et apprendra beaucoup sur elle.

Dévoré durant mon escale de 9h en Chine alors que je revenais de mon trip solo au Vietnam, Wild m'a fait l'effet d'une décharge électrique. Quelle expérience, quel parcours, quel courage surtout ! Cheryl Strayed s'est dépouillée de tout, durant sa randonnée sur le PCT - brûlant au fur et à mesure les chapitres des livres qu'elle lisait pour alléger le poids de son sac - mais a conservé un petit carnet dans lequel elle a consigné ses impressions. Et quel témoignage ! J'ai été littéralement happée par ces pages et j'ai eu l'impression de parcourir à ses côtés cette célèbre randonnée (à la différence près que j'ai gardé mes ongles de pied, moi, contrairement à elle...)

Arrivée à un point de rupture dans sa vie - sans lien avec sa famille, tout juste divorcée, sous l'emprise de drogues et de relations toxiques sans lendemain - Cheryl Strayed effectue un virage des plus audacieux en décidant de randonner seule. Cette expérience lui permet un retour aux sources salvateur et libérateur. Dépouillée de considérations matérielles, en perpétuel face-à-face avec elle, c'est sur le PCT qu'elle va se trouver et faire du tri dans sa vie. 

Je peine à trouver les mots pour vous exprimer l'émotion qui m'a saisie à la lecture de ce texte. J'ai eu l'impression de rentrer dans l'intimité de cette personne incroyable qui a réussi à vaincre ses démons à force de persévérance. Il y a tant de belles leçons de vie dans ce livre que je ne fais que le conseiller autour de moi depuis ma lecture. A bon entendeur...  Un gros coup de coeur, c'est évident...

"Le silence était incommensurable. Le vide écrasant. C'est ce que j'étais venue chercher, ai-je pensé. C'est ce que je voulais."

"Même dans mes heures les plus sombres - que je vivais précisément à cette époque -, j'avais toujours cru au pouvoir de l'obscurité. Oui, je m'étais perdue et je l'étais encore, mais, grâce à ces errances, j'avais appris des choses qui me seraient restées inconnues dans d'autres circonstances."

"Pour moi, la solitude avait toujours été un lieu plus qu'un sentiment, une petite pièce dans laquelle je pouvais me réfugier pour être moi-même. L'absence totale d'êtres humains sur le PCT avait altéré cette sensation. La solitude s'était étendue à l'univers tout entier, que j'occupais d'une façon toute nouvelle pour moi."

"J'étais juste venue, je commençais à le comprendre, pour surpasser ma peur et tout le reste - tout ce que je m'étais infligé, tout ce qu'on m'avait fait subir."

"Peut-être qu'en effet j'étais la personne la plus seule au monde. Mais peut-être que c'était bien."

"On ne peut jamais savoir pourquoi certains événements arrivent et d'autres non, ce qui provoque quoi, ce qui détruit quoi. Quelles choses permettent à d'autres de naître, de mourir ou de changer de cours."

"Les larmes que j'avais senti monter près du pont se sont enfin mises à couler. "Merci, ai-je pensé. Merci." Pas seulement pour cette longue marche, mais pour tout ce que je sentais enfin fusionner en moi ; tout ce que le chemin m'avait appris et tout ce que je ne savais pas encore, mais qui était déjà là, quelque part."

"Tout ce qui comptait, c'était l'authenticité de ce que je venais d'accomplir. Et le fait que j'en comprenne le sens même si je n'étais pas encore capable de le formuler."

 

 Pour terminer, la bande-annonce du film

(que je n'ai toujours pas vu...)

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23 janvier 2016

La logique de l'amanite, Catherine Dousteyssier-Khoze,

La logique de l'amanite

Une drôle de lecture que cette Logique de l'amanite de Catherine Dousteyssier-Khoze, publiée en août 2015 chez Grasset et que j'ai eu l'occasion de découvrir grâce aux Matchs de la Rentrée littéraire de Priceminister.

Nikonor est un vieil aristo acariâtre retranché seul dans le château familial en Corrèze. Féru de mycologie, il décide d'écrire ses mémoires avant un face-à-face funeste avec sa soeur jumelle, annoncé dès les premières pages. Alors Nikonor raconte sa vie, se raconte, au fil des pages. De son enfance dans le château familial à ses études de droit à Paris en passant par cette Étrange passion pour la cuisine et les champignons, le vieil homme amer crache son passé avec un humour féroce et un fiel indéniable. Très vite, des disparitions émaillent le récit de cette vie singulière. Le lecteur, pris en otage de cette narration à la première personne, est enrôlé par la parole du vieil homme et entraîné dans ses souvenirs dans un compte à rebours angoissant. Et le doute de s'insinuer...

La logique de l'amanite est un excellent premier roman qui prend littéralement en otage son lecteur. Porté par la voix d'un personnage acariâtre et antipathique à souhait, il dresse un univers silencieux et solitaire dont seul Nikonor rompt le silence. La langue est fine, très fine, l'humour sombre à souhait, Nikonor désagréable au possible, mais le charme opère et le piège se referme peu à peu. J'ai adoré écouter la voix de cet amateur de champignons et de littérature me raconter son histoire.

 

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23 novembre 2015

Le plus bel endroit du monde est ici, Francesc Miralles et Care Santos

Le plus bel endroit du monde est iciLe plus bel endroit du monde est ici est un roman écrit à quatre mains par deux auteurs espagnols, Francesc Miralles et Care Santos, paru en 2010 chez Fleuve.

Iris a la trentaine et une vie qui ne lui convient pas. Célibataire et employée comme standardiste dans une compagnie d'assurance, elle ne trouve du réconfort qu'en compagnie de ses parents. Mais ceux-ci viennent de mourir dans un accident de la route et Iris se retrouve seule.
Envahie de pensées sombres, par un sombre après-midi de janvier, Iris se décide à en finir avec la vie. Alors qu'elle est sur le point de passer à l'acte, elle découvre un café au nom intriguant : Le plus bel endroit du monde est ici. Iris en pousse la porte et découvre un lieu à l'atmosphère singulière et chaleureuse et y rencontre Luca, un jeune italien avec qui elle commence à parler de sa vie. Six jours d'affilés, elle y retrouve le jeune homme. Mais le septième, il a disparu.

Prêtée par une bonne âme il y a quelques temps, j'ai lu ce court roman d'une traite, curieuse de voir ce que j'allais découvrir derrière ces pages. Et si le style des deux auteurs est relativement plat et insipide, force est de reconnaître que l'intrigue possède de beaux retournements de situation et que cette lecture fait du bien.
Iris est dépressive et ne voit plus aucune lumière dans sa vie, engoncée dans ses problèmes. La solution lui arrive par l'intermédiaire de ce lieu un peu étrange, un peu enchanté, qu'est le café. Et c'est grâce à ce café et Luca que la jeune femme va reprendre goût à la vie.
Point de drame donc ici (mais vous vous en doutiez, vus le titre et la couverture, non ?) mais un roman doudou, qui fait du bien, qui délivre un message d'espoir. Alors certes les idées véhiculées sont parfois simples et déjà vues et seront peut-être jugées par certains comme frôlant les rives de la psychologie de comptoir, mais l'ensemble remplit complètement son rôle de
roman feel good. Et c'est l'essentiel ! Il n'y a pas de mal à se faire du bien... Merci Manuella pour le prêt.  

Et hop ! Voici ma deuxième participation au Challenge Feel Good !

Logo Challenge Feel goode

16. Un titre d'un auteur que j'aime et que je n'ai pas lu

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04 mars 2015

Les Gardiens du Louvre, Jiro Taniguchi

Les gardiens du Louvre, TaniguchiLes Gardiens du Louvre est le dernier album de Jiro Taniguchi paru chez Futuropolis, en partenariat avec les éditions du Louvre, en novembre 2014.

Après un séjour en Europe pour un salon de la bande dessinée, un illustrateur japonais décide de faire escale à Paris afin de visiter ses musées.  
Fiévreux et délirant, il débute son séjour parisien avec un sentiment de solitude exacerbé par la maladie. Alors que celle-ci lui laisse quelque répit, il décide de se perdre dans les dédales du Louvre. Mais là encore, il est pris de vertiges et d'hallucinations et c'est la Victoire de Samothrace qui vient à sa rencontre pour le guider dans ce musée tentaculaire. 
Errant seul dans les couloirs du Louvre, il va se perdre à travers les époques et les genres picturaux. Croiser Camille Corot, Antonio Fontanesi, Asai Chu, ou encore Saint Exupéry, peu avant l'évacuation des oeuvres du musée en 1939. Et lors d'une escapade à Auvers-sur-Oise, c'est bien Van Gogh qui l'entraînera dans son atelier pour lui montrer sa dernière esquisse : Les Jardins de Daubigny. Un séjour parisien des plus mystérieux pour ce dessinateur japonais...

Ouvrir un album de Taniguchi, c'est à coup sûr s'immerger totalement dans un univers contemplatif des plus fascinants. De cet auteur, j'ai adoré Quartier Lointain (qui reste mon préféré), mais aussi Le gourmet solitaire, Le journal de mon père et L'homme qui marche. Et Les Gardiens du Louvre s'inscrit dans cette droite lignée d'albums tout en poésie et en contemplation, signature de l'auteur.   
Et cette fois, ce n'est pas le Japon qui est à l'honneur mais Paris et ses musées. A travers l'oeil de Taniguchi, les traits de la capitale française prennent forme et s'animent, à l'image des mystérieux gardiens
du Louvre que rencontre le héros.   
Véritable hommage à Paris
et à son histoire artistique, cet album trace des parallèles entre le Japon et la France, grâce aux artistes que Taniguchi fait revivre sous son crayon et les inspirations réciproques de leurs travaux.    
L
e trait de Taniguchi est fidèle à ses précédents albums, avec une différence notable : celui-ci est en couleurs. Difficile, peut-être, de rendre hommage au Louvre et à ses oeuvres en noir et blanc. 
J'ai adoré suivre les errements du narrateur dans les dédales du Louvre. Me perdre à ses côtés dans ce musée et m'interroger moi aussi sur la création artistique, sur la question de l'art à travers l'Histoire. Une très belle lecture. Mais ça, ce n'est pas une surprise avec Taniguchi...

C'était ma BD de la semaine et ma 61e participation au Top BD des blogueurs de Yaneck (18/20)

  Top BD

 

Planche 1 Planche 2

Planche 3

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12 septembre 2014

Rosa Candida, Auður Ava Ólafsdóttir

Rosa Candida, Auður Ava ÓlafsdóttirRosa Candida est le premier roman traduit en français de la femme de lettres islandaise Auður Ava Ólafsdóttir, paru chez Zulma en 2010.

Arnljótur a vingt-deux ans et une passion : les roses. Les faire pousser sur son île, l'Islande, relève de l'exploit, et c'est avec bonheur qu'il prenait soin de la roseraie avec sa mère, avant le décès de cette dernière. C'est d'ailleurs au milieu des roses qu'Arnljótur aima Anna, une jeune fille de son âge. Mais l'arrivée de Flóra Sólt, le fruit de cette union, a transformé Arnljótur en père imprévu.
Désireux d'aller plus loin dans sa passion, Arnljótur décide néanmoins de quitter l'Islande pour se retirer dans un monastère qui possède l'une des plus belles roseraies du monde. Mais le jeune homme oscille dans cette quête initiatique, tiraillé qu'il est entre quitter les siens et se construire à travers sa passion. Jusqu'au jour où Anna décide de le rejoindre avec leur fille.

A l'image des Rosa candida, ces délicates roses à huit pétales dont il emprunte le nom, ce roman est une parenthèse de douceur et de finesse. Auður Ava Ólafsdóttir entraîne son lecteur dans un univers paisible, porté par le personnage d'Arnljótur, étonnant de maturité et de sérénité, entouré des fleurs qu'il affectionne tant. 
La décision du jeune homme de se retirer dans un monastère pour redonner vie à une roseraie abandonnée fait écho au rythme du roman, lent et aérien à la fois, comme si le temps s'était figé pour donner à Arnljótur la liberté qu'il recherche. Le jeune adulte 
s'isole des siens, dans ce monastère dont on ignore même dans quel pays il se trouve, pour mieux se trouver. Mais ce serait sans compter sur l'arrivée d'Anna et de Flóra Sólt qui bouleverse cet équilibre fragile et infléchit petit à petit la volonté de solitude du jeune homme. 
Magnifique roman contemplatif et quête initiatique dans le même temps, Rosa Candida invite le lecteur à la rêverie et à la sérénité aux côtés d'un personnage étrangement serein et déterminé face à la vie, le tout porté par une plume des plus poétiques. Une lecture à déguster et qui me rappelle avec plaisir mon voyage en Islande il y a quelques années. 

D'autres avis : Alex-mot-à-mots, Canel, ChocoClaraEnna, EstellecalimLeiloona, LilibaMimi Pinson, Miss AlfieNatioraSharon, TheomaYuko, etc.

 

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10 septembre 2014

Rosalie Blum T.1-2-3, Camille Jourdy

Rosalie Blum est une série de BD composée de trois albums écrits et dessinés par Camille Jourdy, parus entre 2007 et 2009 chez Actes Sud.
Il est rare que je chronique plusieurs tomes dans un même billet, mais ayant lu cette série d'une traite, j'ai décidé de la présenter dans son intégralité pour vous permettre de mieux l'appréhender.
Petit conseil : si vous décidez d'ouvrir le premier tome, assurez-vous d'avoir la suite sous la main... Vous risquerez de le regretter dans le cas contraire !

Rosalie Blum

T.1 Une impression de déjà-vu

Vincent a trente ans, et une vie un brin triste. Coiffeur dans une petite ville de province, il habite au-dessus de chez sa mère et voit sa vie défiler devant ses yeux sans en profiter. Engoncé dans une relation castratrice avec sa mère, le jeune homme subit l'intrusivité de cette dernière dans sa vie personnelle et un chantage affectif insidieux.  Un jour, tenu d'aller faire une course pour elle, il sort de son quartier et découvre une petite épicerie. Le visage de l'épicière ne lui est pas inconnu et l'intrigue. Un peu par hasard, mais par curiosité surtout, Vincent se met à la suivre pour découvrir sa vie et tromper sa solitude. Mais un jour, au salon de coiffure, un coup de fil retentit. C'est Rosalie, l'épicière, qui veut prendre rendez-vous !

T.2 Haut les mains, peau de lapin !

S'étant rendu compte du manège de Vincent, Rosalie l'a fait suivre à son tour par sa nièce, Aude. Cette dernière, un peu désoeuvrée, se prête au jeu, accompagnée de Cécile et Bernadette, ses deux meilleures amies. Les trois femmes découvrent peu à peu le quotidien de Vincent et sont intriguées par son manège avec Rosalie. Et s'il était un dangereux pervers ? Rosalie, confiante, décide, contre l'avis de ses trois espionnes, de bouleverser ses habitudes et d'aller au devant de ce jeune homme intriguant. Un rendez-vous dans son salon de coiffure s'impose. De quoi chambouler les habitudes de Vincent !

T.3 Au hasard Balthazar !

Vincent et Rosalie se rencontrent enfin, officiellement, dans le salon de coiffure ! Lors de cette rencontre, aucune parole ne sera échangée. Mais Vincent est troublé, car il ne cesse de rencontrer l'épicière sur son passage. Cette dernière, intriguée par le jeune homme, a en effet décidé de se trouver sur son chemin aussi souvent que possible. Pour le confronter, enfin, et discuter autour d'une table de ce manège intriguant. 

***      

Quelle lecture ! J'ai été littéralement happée par cette série, transportée par les dessins ronds de Camille Jourdy et son trait parfois minimal, subjugée par cette histoire qui paraît simple, si simple. Et pourtant...
Les personnages imaginés par la jeune auteure sont empreints d'un réalisme rare et portent en eux un spleen très contemporain, une nonchalance teintée d'ennui. Chacun solitaire à sa façon, enfermé dans des doutes et des peurs qui le paralysent, se cherche au détour des pages, confronté à des face-à-face intimes douloureux et constructeurs. 
L'ennui et la curiosité, à l'origine de ce drôle de manège d'espionnage, amèneront les personnages à sortir de leur quotidien pour partir à la rencontre de l'autre, dans une sorte de ballet lent et introspectif.
Le triptyque s'articule de façon tout à fait originale puisque les deux premiers tomes racontent le même moment de l'intrigue mais en adoptant deux points de vue différents : celui de Vincent, dans le premier tome, puis d'Aude et Rosalie dans le second. Et si on regarde bien le premier tome, on voit Aude hanter les pages et épier Vincent, fière de relever cette mission pour sa tante. Le troisième et dernier tome fait converger les deux premiers et se rencontrer les personnages. Quelle belle idée !
Rosalie Blum est une chronique sociale des plus émouvantes où le quotidien et la lenteur ont la part belle. Chacun des personnages rôde à la recherche de lui-même, en se confrontant aux autres. 

D'autres avis sur cette série :

T.1 : Canel, CelsmoonEsmeraldaeKikineL'OgresseMango, Manu, Mo'...
T.2 : Canel, EnnaMango, Manu, Mo'...
T.3 : CanelEnnaMango, Manu, Mo'...
Trilogie : NouketteSofynet, Stephie...

  Voici ma 66e participation  à la  de Mango
et ma 54e au Top BD des blogueurs de Yaneck (16/20)

 Top BD-

 

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05 juin 2014

Mangez-moi, Agnès Desarthe

MANGEZMangez-moi est un roman de l'écrivain et traductrice française Agnès Desarthe paru en 2006 aux Éditions de l'Olivier. Il m'avait été offert lors du Swap Nouvel an 2011 par Hathaway. Il était grand temps que je le lise ! 

Myriam ment à son banquier pour ouvrir un restaurant. Chez moi, c'est son nom, est un lieu sans prétention qu'elle orchestre de façon familiale. Elle cuisine avec amour, sans extravagance, pour une clientèle d'abord rare, puis de plus en plus nombreuse. Aidée de Ben, un étudiant en sciences politiques reconverti en serveur, Myriam offre à ses habitués un refuge douillet autour d'une cuisine simple et authentique. Et c'est grâce à cette simplicité et ces partages que la quadragénaire se répare peu à peu de ses blessures et de son passé un brin compliqué.

Mangez-moi est un roman à déguster, à savourer, comme la cuisine de son héroïne. Une très belle histoire. Celle d'une femme qui a fait une erreur et que la vie n'a pas épargnée. La reconstruction personnelle par la cuisine et par la générosité, voilà le moyen qu'utilise Myriam pour se relever d'un passé douloureux. Et Agnès Desarthe de recréer une sorte de havre réconfortant dans ce modeste lieu qui n'a d'abord rien d'un restaurant mais tient davantage de la cuisine familiale.
Il y a de la beauté dans l'humilité de Myriam et des personnages qui gravitent autour d'elle. Une pudeur aussi, c'est certain, face à ce passé dévoilé à demi mots. Face à cette faute chuchotée entre deux pages. Et cela force l'admiration pour cette femme qui a tout perdu et qui accepte ses erreurs.
La narration à la première personne fait pénétrer dans l'intimité de Myriam et offre au lecteur une proximité qui a tout de la confidence. Et c'est avec plaisir que le lecteur se glisse à ses côtés et participe à ce projet un peu fou d'ouvrir seule une cantine de quartier. Les effluves de cuisine embaument les pages, la douce chaleur du four se répand, les ustensiles tintent. Quel bonheur d'être aux côtés de Myriam quant elle choie ses clients ! 
L'intrigue est simple en apparence mais explore les méandres du passé de l'héroïne et s'égare dans son présent parcellaire, cette vie dont elle n'offre au lecteur que des bribes. Comme pour se raconter avec pudeur et édulcorer ses fautes. Comme pour essayer d'avancer malgré tout, sans être jugée. 
Voilà une bien belle lecture, réconfortante comme ce que cuisine Myriam, et portée par la plume très poétique d'Agnès Desarthe. Merci Hathaway, si tu passes par là, pour ce très beau roman.
D'autres avis :  Argali, ClarabelMiss Alfie, Syl.etc.

"Comment éviter que les souvenirs refluent ? Comment détacher sa conscience du passé ? Comment faire pour que rien n'évoque, pour que rien ne dénote, pour que rien ne rappelle ? Comment abolir l'écho ? Pourquoi la vie consiste-t-elle en cet inépuisable ressassement ? Ne guérit-on jamais de nos amputations, de nos mutilations ?" (p.226)

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23 mai 2014

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson

Dans les forêts de SibérieDans les forêts de Sibérie est un essai de l'écrivain et voyageur Sylvain Tesson paru en 2011 chez Gallimard et couronné du Prix Médicis la même année. 

Six mois seul dans une isba au bord du lac Baïkal. Coupé du monde, seul face à lui-même et dans l'immensité sibérienne. Voilà le défi que s'est lancé Sylvain Tesson en 2010. Pour regarder la vie différemment. Pour réapprendre la simplicité et se réapproprier la notion de liberté. Dans les forêts de Sibérie est son journal de bord.

Éloge de la lenteur et de la contemplation, cet essai est à la fois une expérience humaine intense et une lecture fascinante. Le choix de Sylvain Tesson de se retirer du monde pour mieux l'analyser est sage, certes, mais sa manière de le faire dénote d'une force de caractère inouïe qui frôle parfois l'inconscience.  
De cette quête tournée vers soi et vers le monde naît une réflexion des plus intéressantes. Sylvain Tesson s'interroge. Sur le monde, certes, mais aussi sur la notion de liberté, de bonheur, de temps. Et le lecteur, au fil des pages, entre dans la solitude de l'auteur pour mieux la contempler, à ses côtés. 
Chaque jour amène son lot de nouveautés, de réflexion. De doutes, aussi. Surtout. Car Sylvain Tesson entreprend un réel travail introspectif qui remet tout en cause. Quitte à y perdre beaucoup. Comme l'amour de la femme qu'il aime. Et c'est tout en pudeur qu'il évoque ces moments-là, sans jamais se départir de son projet fou. C'est émouvant, extrême aussi - à la hauteur du nombre incalculable de litres de vodka qu'il ingurgite ! - et pourtant, chaque phrase suinte une authenticité remarquable. Pour ce voyageur intrépide, la solitude et l'inaction sont contre-nature. Mais c'est dans cette expérience qu'il parvient à trouver une certaine forme de sérénité. 
Je me suis glissée dans l'isba, doucement, à ses côtés. J'ai regardé la neige tomber avec lui. Tremblé quand un ours s'approchait de la cabane. Souffert par empathie des longues marches dans la neige pour atteindre la première habitation. Patienté dans ce temps qui s'étire et cette lenteur qui prend le pas sur tout. Été émue, enfin, par tant de beauté.   
Conquise, c'est certain. Emphatique, je pourrais l'être, sans fin, sur cet essai très poétique. Mais je préfère vous livrer un florilège de citations qui m'ont chamboulée au fil des pages. Comme si j'avais, le temps de cette lecture, remis moi aussi le temps et la solitude à leur juste place.

"J'ai connu l'hiver et le printemps, le bonheur, le désespoir et, finalement, la paix." (p.9)

"Se lever de son lit demande une énergie formidable. Surtout pour changer de vie. Cette envie de faire demi-tour lorsqu'on est au bord de saisir ce que l'on désire. Certains hommes font volte-face au moment crucial. J'ai peur d'appartenir à cette espèce." (p.23)

"J'admire les gens mutiques, je m'imagine leurs pensées." (p.23)

"Quand on se méfie de la pauvreté de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres : on pourra toujours remplir son propre vide." (p.32)

"Il suffisait de demander à l'immobilité ce que le voyage ne m'apportait plus :  la paix." (p.41)

"Un jour, on est las de parler de "décroissance" et d'amour de la nature. L'envie nous prend d'aligner nos actes et nos idées. Il est temps de quitter la ville et de tirer sur les discours le rideau des forêts." (p. 43)

"Marcher sur la neige, c'est ne pas supporter la virginité du monde." (p.45)

"La cabane est un laboratoire. Une paillasse où précipiter ses désirs de liberté, de silence et de solitude. Un champ expérimental où s'inventer une vie ralentie." (p.49)

"Au réveil, mes journées se dressent, vierges, désireuses, offertes en pages blanches. Et j'en ai par dizaines en réserve dans mon magasin. Chaque seconde d'entre elles m'appartient. Je suis libre d'en disposer comme je l'entends, d'en faire des chapitres de lumière, de sommeil ou de mélancolie. Personne ne peut altérer le cours de pareille existence. Ces jours sont des êtres d'argile à modeler. Je suis le maître d'une ménagerie abstraite." (p.51)

"Une fois ankylosé dans la graisse du conformisme et enkysté dans le saindoux du confort, on est mûr pour l'appel de la forêt." (p.159)

"Penser qu'il faudrait le prendre en photo est le meilleur moyen de tuer l'intensité d'un moment." (p.194)

"Il est bon de savoir que dans une forêt du monde, là-bas, il est une cabane où quelque chose est possible, situé pas trop loin du bonheur de vivre." (p.288)

"Ici, j'ai demandé au génie d'un lieu de faire la paix avec le temps." (p.289)

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25 octobre 2013

Coco Chanel, Elisabeth Weissman

Coco Chanel, Elisabeth Weissman

Coco Chanel est une biographie consacrée à la créatrice éponyme, écrite par la journaliste et essayiste française Elisabeth Weissman.

Beaucoup ont essayé de dresser le portrait de la grande dame qui aimait se faire appeler Mademoiselle. Mais si les biographies sont nombreuses, nombreuses sont également les zones d'ombre qui subsistent autour de la vie de Gabrielle Chanel. 
Elisabeth Weissman prend le parti de se distancier par rapport à ce qui a déjà été écrit sur Gabrielle Chanel et propose une lecture placée sous le signe de l'analyse sociale et féministe. Son propos ? Essayer de comprendre et donner à voir à son lecteur comment cette enfant abandonnée et d'une pauvreté extrême, a réussi à devenir une créatrice de génie et une femme à la fortune colossale, à l'heure où les femmes n'avaient aucune existence sociale et vivaient sous la coupe de leur mari.

Le pari d'Elisabeth Weissman était risqué. 94 pages seulement pour parcourir la vie de Gabrielle Chanel, là où Edmonde Charles-Roux, entre autres, lui consacre 662 pages avec son Irrégulière.
Mais Elisabeth Weissman réussit avec brio ce projet de courte biographie placée sous l'angle féministe et celui de la condition sociale de son objet d'étude. De l'enfance pauvre, ballotée entre orphelinat et institutions religieuses de Gabrielle, à ses débuts de chanteuse de cabaret qui lui valent le surnom de Coco, à ses balbutiements dans la mode lorsqu'elle commence en tant que commise dans un commerce de Moulins avec sa jeune tante, Elisabeth Weissman revient sur ces éléments marquants de la vie de la créatrice et éclaire son parcours à la lumière des humiliations vécues et des frustrations refoulées. Ce sont justement ces blessures qui ont permis à Gabrielle, par un perfectionnisme rare et un goût acharné pour le travail, d'ériger l'empire économique que l'on connaît et de prendre une revanche face à une vie difficile.
De ses amours malheureuses, Gabrielle Chanel retire une indépendance rare et un goût extrême pour le travail, son ultime raison de vivre. Amoureuse à plusieurs reprises, elle essuie des échecs successifs et perd brutalement deux de ses amours, décès qui seront dévastateurs pour son équilibre émotionnel. Là encore, Elisabeth Weissman éclaire la vie de Chanel à la lumière de ces expériences et analyse leurs conséquences. Alors qu'elle rêvait d'une vie maritale aisée, Gabrielle finit sa vie seule, délaissée, ne trouvant que dans le travail une raison de vivre et s'y plongeant à corps perdu, jusqu'à ses derniers jours.
Je ressors enchantée de cette lecture. La pertinence de l'analyse d'Elisabeth Weissman m'a permis de découvrir la vie de fashionChanel sous un angle inhabituel et diablement intéressant. Première incursion dans la liste des biographies consacrée à Mademoiselle, Coco Chanel ne sera pas la dernière, c'est certain.

Voici une nouvelle participation
au défi Read me, I'm Fashion de L'Irrégulière.

Un grand merci à Babelio et aux éditions  pour l'envoi de cette biographie dans le cadre de l'Opération Masse Critique.

Et parce qu’Élisabeth Weissman l'indique en bibliographie et que le document est disponible grâce à l'INA, je vous propose de découvrir un numéro spécial de l'émission Cinq colonnes à la une, datant de 1959, dans lequel Pierre Dumayet interviewe la grande dame.

 

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15 mars 2013

De là, on voit la mer, Philippe Besson

De là on voit la mer, Philippe BessonDe là, on voit la mer est le dernier roman de Philippe Besson paru en janvier 2013 chez Julliard.

Louise est romancière. Pour trouver l'inspiration pour son dernier roman, elle loue une maison en Toscane, laissant son mari résigné à Paris.
Là, sous la chaleur écrasante de l'été italien, isolée de tout, elle se plonge dans l'écriture. Mais l'arrivée du jeune Luca dans sa vie bouleverse cette solitude et réveille ses sens. L'accident de voiture de son mari à Paris la ramène bien vite à la réalité et la confronte à son couple et à ses failles.

Roman sur la solitude nécessaire à l'acte d'écriture, De là, on voit la mer nous entraîne dans le sillage de Louise et de ses réflexions.
Son activité d'écrivain contraint l'héroïne à fuir son quotidien, Paris et son mari pour trouver en elle les mots. Mais si cette solitude est justifiée par l'écriture, elle n'en demeure pas moins floue et blessante pour celui qui partage sa vie, François, et qui subit au fil des ans ce caractère imprévisible et indépendant.

L'accident de ce dernier contraint la romancière à ôter son masque et cesser son jeu cruel. Les questions fusent, les réponses aussi. La vérité jaillit. Mais est-ce bien elle ? Quand des choix doivent être faits, que reste-t-il des détours et des esquives ordinaires ?
Philippe Besson nous livre ici une ode à la liberté, portée par une plume poétique à souhait. Louise, son héroïne, est un personnage singulier, à la psychologie finement dépeinte. L'heure des aveux arrive pour elle et les doutes ne sont plus permis.

Ce roman dévore son lecteur et le laisse en proie à des questions bien plus universelles que son intrigue le laisserait penser de prime abord. Il fait chaud, il fait très chaud sous le soleil toscan et l'on aimerait, un temps, embrasser le parcours de Louise et être à ses côtés, dans cette villa italienne au calme apaisant. Mais cela ne dure qu'un temps. Quand le drame se produit et que la belle Louise doit assumer, le lecteur se détache irrémédiablement d'elle.
J'ai aimé me plonger dans cette intrigue et me laisser emporter dans son tourbillon de questions, non sans une pensée pour
Le Soleil de Scorta de Laurent Gaudé. La moiteur et la touffeur de ces villages italiens se ressemblent, c'est indéniable.

"Donc elle écrit dans la chaleur épouvantable d'un été toscan qui ne veut pas mourir." (p.19)

Je tiens à remercier  Babelio et les Editions  Capture pour l'envoi de ce roman à l'occasion de l'opération Masse Critique.

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