Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

27 janvier 2013

Rien n'est trop beau, Rona Jaffe

Rien n'est trop beau

Rien n'est trop beau est un roman paru en 1958 aux Etats-Unis et adapté au cinéma par Jean Negulesco en 1959. Son auteure, Rona Jaffe, ayant travaillé quatre ans dans une maison d'édition new-yorkaise, décida de raconter le quotidien des jeunes femmes qui, comme elles, concilient vie active et vie sentimentale, dans le New York des années 1950. Mi-étude sociologique, mi-roman, ce livre rencontra dès sa parution un vif succès.

New York, 1952. Caroline, Mary Agnes, April, Gregg et Barbara travaillent toutes les cinq aux éditions Fabian. Fraîchement diplômées, les cinq jeunes filles occupent des postes subalternes dans cette vaste entreprise dirigée par des hommes. Armées de leurs rêves et de leurs désirs, chacune cherche avidement à faire un beau mariage. Mais en attendant de rencontrer leur futur mari, elles profitent de New York et de ses distractions et subissent la dure loi du monde du travail.

J'aime beaucoup la question de l'émancipation de la femme et de la condition féminine traitée en littérature. Les années 1950 sont une époque charnière où, aux États-Unis, l'indépendance financière des femmes pointait son nez... avant de disparaître majoritairement au profit d'un mariage confortable. J'ai donc dévoré les 670 pages de ce roman avec grand plaisir.
Le lecteur goûte, à travers le parcours de ces cinq personnages, au quotidien des jeunes provinciales tout juste débarquées à New York. Si les paillettes et les plaisirs sont au rendez-vous, leur nouvelle vie de citadine leur réserve malheureusement bien des déconvenues : harcèlement sexuel au travail, tromperie, mensonges, etc. Tout n'est pas doré sous les lumières new-yorkaises, et c'est avec un sérieux courage que Caroline et ses amies vont affronter leurs déceptions.
Ode à l'indépendance et conseil aux nouvelles arrivées, Rien n'est trop beau est un roman protéiforme, à la fois analyse sociologique et initiation à la vie de femme indépendante, professionnellement et sexuellement. Le lecteur d'aujourd'hui regardera avec bienveillance les personnages errer et se chercher, car ces errances ne sont finalement pas loin de ce que l'on peut vivre aujourd'hui. Les aventures sentimentales des cinq jeunes femmes et leur naïveté attachante résonnent de façon universelle, même si la note de fraîcheur et de nouveauté liée à leur époque a disparu. 
Rona Jaffe nous permet de nous immerger dans le New-York des années 1950 et décrit la ville et son ambiance avec soin. On parcourt les lignes du roman et on se retrouve plongé dans cette folle ambiance de la ville qui ne dort jamais.
J'ai été émue par cette lecture, happée par ces histoires singulières pour lesquelles Rona Jaffe a interrogé cinquante new-yorkaises. On frôle le document d'époque, on oscille entre le roman et le documentaire tant l'auteure maîtrise son sujet et relate ce qu'elle a connu. On pense à Mad Men et Sept ans de réflexion. On savoure cette lecture, sans hésiter.

Les avis de Cynthia, Enigma, Iluze,  MangoManu et Fleurfleur.

 

Voici ma cinquième participation

au Challenge La littérature fait son cinéma 2 organisé par Will

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19 novembre 2012

Une place à prendre, J.K Rowling

Une place à prendre, JUne place à prendre est le premier roman écrit par l'anglaise J.K Rowling, mondialement connue pour sa série Harry Potter, paru en septembre 2012 chez Grasset pour l'édition française.

Pagford, petite paroisse du Sud-Ouest de l'Angleterre. Barry Fairbrother succombe à une crise cardiaque. Son décès laisse de nombreuses personnes éplorées : sa femme et ses enfants, bien entendu, mais aussi les filles de l'équipe d'aviron du lycée dont il était l'entraîneur, ses acolytes politiques, etc. Mais certains se réjouissent de cette mort prématurée. Car Pagford, tranquille en apparence, regorge de malaises sociaux et politiques contre lesquels Barry menait une lutte sans merci. La menace source et l'équilibre de la petite ville est très vite menacée par les intérêts de chacun.

J'ai grandi avec la série Harry Potter. J'avais adoré, gamine, cet univers si singulier et le côté rassurant de ces romans et j'attendais la sortie de chaque nouveau tome avec impatience. Depuis, j'ai grandi... (Enfin, je viens juste d'aller aux Studios Harry Potter et je dois vous en faire le compte-rendu avec photos et tout le toutim, mais passons.)
Les matchs de la rentrée littéraire de Priceminister ont été l'occasion de découvrir ce premier roman pour adultes dont la sortie faisait déjà tant d'émules. Je l'ai ouvert sans a priori, sans attente. Juste tentée par la quatrième énigmatique et elliptique à souhait.  
Et je dois dire que je n'ai pas été déçue, loin de là. J'ai retrouvé dès les premières pages le style de Rowling, sa manière de faire monter le suspense et de gérer le rythme de son récit, dans un univers faussement rassurant aux perfidies multiples. J'ai grignoté chacune de ces 700 pages, découvrant les ramifications si nombreuses à l'intrigue principale.   
Les personnages se succèdent, et avec eux autant de psychologies finement étudiées et jamais archétypales. Chacun porte en lui son histoire et ses tourments et l'auteure parvient à leur donner vie à travers sa plume. C'est à peine si l'on a l'impression de lire un roman tant J.K. Rowling nous dresse des portraits complexes et nous offre des personnages d'une vraisemblance troublante. Car sous des abords caricaturaux - la junkie qui a du mal à décrocher, l'adolescente infecte avec ses profs qui tente de faire face à une situation personnelle des plus sordides, la jeune fille bouc émissaire qui s'auto-mutile, etc. - chacun des personnages nés sous la plume de J.K. Rowling recèle une complexité bien loin des archétypes du genre.    
La bourgade de Pagford lui permet de recréer un microcosme à l'image du monde et de ses travers. Les thèmes abordés sont nombreux (le racisme, la pédophilie, le viol, le harcèlement moral, les déterminismes sociaux, etc.) et la mort de Barry Fairbrother n'est qu'un détail autour duquel tout gravite. La petite paroisse condense tout ce que l'humanité peut avoir de moche et de mesquin et cela fait froid dans le dos.   
Un petit bémol, néanmoins, à noter : à trop vouloir se pencher sur la misère et les injustices de ce monde, J.K. Rowling nous livre ici un roman qui est loin d'être une partie de plaisir en terme de lecture. Certains passages m'ont mise mal à l'aise, d'autres sont réellement plombants. La misère sociale de certains personnages est désolante mais pourtant ô combien vraisemblable. Et c'est justement cette vraisemblance qui fait la force de ce roman. Pagford est une représentation de tous les travers de notre société et fait douloureusement écho à ce que nous vivons, à ce que nous côtoyons. C'est dur, parfois lourd à lire, mais tellement bien écrit et amené que l'envie d'en savoir plus est plus forte.   
Certains ont adoré ces 700 pages, d'autres l'ont détesté. Pour ma part, sans être un coup de coeur, j'ai été bluffé par le talent de J.K. Rowling. Une place à prendre est un roman très bien ficelé qui lui ouvre grand la porte de la littérature adulte.

D'autres avis sur ce roman : Argali, Cla S, Herisson, ManuCatherine, Noukette, Syl, Stephie, Mélo, Mango, Belledenuit, LystigCryssildaL'Irrégulière...   
Un grand merci à Oliver et à
Priceminister pour la découverte de ce roman.

 

Les matchs de la rentrée littéraire 2012 sur PriceministerNote : 17/20

 

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12 septembre 2011

Tout, tout de suite, Morgan Sportès

5953_1384599Morgan Sportès est un écrivain français dont le livre-enquête, L'Appât, publié il y a vingt ans et adapté au cinéma par Bertrand Tavernier en 1995, reçut l'Ours d'or à Berlin. Tout, tout de suite est son dernier roman, sorti en août chez Fayard et en lice pour le Goncourt 2011.

L'horreur du crime a fait couler beaucoup d'encre. En 2006, un jeune juif d'origine modeste est enlevé, séquestré et torturé pendant plus de vingt jours par une bande de jeunes, avant d'être assassiné. Morgan Sportès revient sur cet acte de barbarie. Il explore, dans ce roman inspiré de ces faits réels, les raisons qui ont poussé ces jeunes - parfois désoeuvrés, parfois parents, parfois mineurs - à torturer un autre être humain. Sans jugement, il reconstitue les faits, analyse notre société, les désillusions qu'elle créé, jusqu'à permettre l'irréparable. L'inénarrable.  L'indicible.

Lecture dure au sens propre, Tout, tout de suite est un roman assez étrange. Tout d'abord parce qu'il s'inspire de faits réels, certes, mais aussi parce qu'il décortique  notre société et ses dérives au travers de ce crime au caractère insoutenable. Le choix de Morgan Sportès d'écrire un roman et non pas un documentaire permet d'établir une distance, une distance avec ce crime, mais aussi une distance avec notre société gangrenée qui se détériore peu à peu. Une société qui permet à cette violence d'éclore. Et cette distance est salvatrice pour le lecteur. Sans elle, cette lecture serait d'autant plus dérangeante.
Tout, tout de suite n'est pas un roman que je souhaitais lire, appréhendant les mots de Morgan Sportès pour mieux me cacher derrière un voile protecteur.
Je l'ai néanmoins lu.
De ce roman terrible, je retiendrais un sentiment de malaise, qui ne m'a pas lâchée. Malaise du à à cette histoire, c'est évident, mais dû aussi à notre monde actuel. Une sorte de fatalisme en somme. C'est dur d'ouvrir les yeux. Dur de regarder la violence en face. De la voir éclore. De parler d'acte inhumain quand ce sont bien des Hommes qui l'ont commis.

Une lecture éprouvante s'il en est. Une étude sociétale inquiétante et pourtant bien réelle réalisée par un auteur qui analyse un monde qui va mal.
Une lecture dérangeante, tout sauf reposante, mais ô combien essentielle.
Je remercie libfly et   pour ce livre de la rentrée littéraire reçu en avant-première. L'avis de Stephie sur ce roman.

  Capture

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