Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

01 octobre 2012

Créature de la nuit, Kate Thompson

Créature de la Nuit, Kate ThompsonCréature de la nuit est un roman de l'écrivain britannique Kate Thompson publié en 2008 au Royaume-Uni puis en 2010 en France aux éditions J'ai Lu. Gagné sur le forum Livraddict, cela faisait 2 ans que ce livre traînait dans ma PAL. L'approche d'Halloween a été une bonne occasion pour l'en sortir !

Pour protéger son fils de ses mauvaises fréquentations et lui offrir un cadre de vie plus sain, une jeune mère célibataire emmène ses deux enfants vivre dans un petit village perdue au fin fond de l'Irlande.  
Mais dans la vieille maison dans laquelle ils logent tous les trois, des bruits se font entendre. Et ce ne sont pas les racontars des voisins qui vont les rassurer. Quant à Robert, quatorze ans, la vie au grand air ne lui convient pas et l'adolescent fait tout pour rentrer sur Dublin et retrouver son ancienne bande.

Ce livre est resté très longtemps dans ma PAL car je craignais une intrigue simpliste et archétypale. Une vieille maison, des bruits la nuit, la disparition mystérieuse de l'ancien locataire... Tout ça flairait bon le thriller bon marché archi vu.  
Mais halte là ! Cessons toute insinuation. Si la quatrième laisse pressentir un ouvrage comme celui-ci, il n'en est en réalité rien. Kate Thompson réussit le tour de force de traiter de l'adolescence et de ses problèmes via une intrigue teintée de fantastique. Une couverture et un résumé qui ne collent donc absolument pas au contenu de ce livre...
Robert, le narrateur de ce roman, est un personnage torturé, engoncé dans un âge difficile où tout sentiment de limite est perçu comme un affront. Élevé par une très jeune mère célibataire qui peine à lui tenir tête, il s'égare dans la violence et la délinquance. Sa découverte de la campagne irlandaise, si elle lui déplaît de prime abord, va lui apporter un sentiment d'appaisement et de réconfort. L'auteure parvient à traiter ce sujet avec justesse, en évitant bien des écueils et se sert du fantastique pour y parvenir. Que ceux qui espèrent frissonner avec cette histoire de vieille bicoque et de bruits la nuit passent leur chemin !
Créature de la nuit est finalement la chronique d'une adolescence sacrifiée sur fond de malaise social, qui oscille entre le roman d'apprentissage et le conte fantastique. Un très bon moment de lecture, intelligent et juste.

Ils l'ont lu aussi : MyaRosa, Mr Zombi, Clara, Neph, etc.

Halloween 2012, Halloween, challenge de lecturePremière participation au Challenge Halloween organisé par Hilde et Lou !

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15 septembre 2012

Susine et le Dorméveil T.1 Dans le Monde d'Avant, Bruno Enna et Clément Lefèvre

Susine et le Dorméveil TSusine et le Dorméveil est une série d'albums prévue en trois tomes dont le premier, Dans le Monde d'Avant, est sorti en août 2012 aux éditions Soleil dans la collection Métamorphose.

Susine est une petite fille solitaire, délaissée par ses parents. Heureusement que sa grand-mère est là pour lui raconter des histoires et nourrir son imaginaire fertile ! Mais le jour où celle-ci disparaît, la petite Susine est au plus mal. Elle bascule alors dans un monde merveilleux, le Dorméveil...

Le triptyque Susine et le Dorméveil débute par ce premier tome qui est un vrai régal. Bruno Enna signe ici une histoire riche dans laquelle une enfant incomprise fantasme une réalité bien plus colorée et rassurante que son quotidien. 
Chaque page tournée est un émerveillement. Clément Lefèvre nous offre ici des ambiances chatoyantes, à la fois cosy et fantasques, et un univers singulier très onirique. Alice au Pays des Merveilles n'est pas loin, ni Miyazaki, et c'est avec délice que le lecteur suit le parcours initiatique de cette petite Susine. Le chemin est long pour la jeune héroïne isolée au milieu d'adultes qui ne l'écoutent pas, enfermée dans un quotidien qui l'étouffe plus qu'il ne lui permet de grandir. L'évasion par cet imaginaire fantasmé permet à la fillette d'accomplir son travail de deuil et de se construire et les personnages rencontrées à Dorméveil l'aident dans cette quête.
Un magnifique album, d'une richesse incroyable tant dans son texte et ses trouvailles que dans ses illustrations. A lire sans hésiter et à offrir aux plus jeunes ! Pour ma part, j'attends le deuxième tome avec impatience.

Je tiens à remercier Claire et les Éditions  de m'avoir envoyé cet album magnifique.

Planche 2 Susine et le Dorméveil Planche 3 Susine et le Dorméveil

Planche Susine et le Dorméveil

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06 septembre 2012

Le Silence des Cris, Stéphanie de Mecquenem

Le silence des crisLe Silence des Cris est le second roman de Stéphanie de Mecquenem, publié chez Edilivre en mars 2012.

Les corps mutilés de jeunes Amérindiennes sont retrouvés sans vie le long d'une nationale isolée du Grand Nord Canadien. La peur ronge les populations et l'enquête piétine jusqu'à ce que Tiphaine Dumont, jeune coroner, soit chargée de cette enquête. Accompagnée de Sir James Jeffrey, épigraphiste britannique retraité, la jeune femme part affronter courageusement la rigueur du climat et tenter de résoudre ce mystère.

En s'inspirant d'un fait réel, Stéphanie de Mecquenem nous plonge dès les premières lignes dans une intrigue bien ficelée d'autant plus poignante. Portée par un duo de détectives attachant, sorte de couple Sherlock Holmes/Watson revisité, l'histoire se déroule à bon rythme. Pour autant, pas de cadence effrénée dans ces lignes, mais plutôt le déroulement progressif d'une intrigue riche qui semble aligner son pas à celui de l'hiver endormi.
Stéphanie de Mecquenem a vécu au Québec et nous livre, tout au long de son roman, ses précieuses connaissances sur cette région et sur ses coutumes. Les indiens Cris, et leurs traditions, mais aussi la gastronomie (la poutine !), l'histoire, etc. Et tout en évitant les lourdeurs, elle glisse dans ses dialogues des expressions et mots québécois, permettant à son lecteur de s'immerger davantage...
J'ai donc découvert avec plaisir ce roman policier et surtout son duo d'enquêteurs haut en couleurs. Déjà apparus dans le premier roman de Stéphanie de Mecquenem, Mauvais Sang, Tiphaine et Sir James Jeffrey sont des personnages attachants et singuliers. Un grand merci donc, Stéphanie de Mecquenem, de m'avoir permis de découvrir votre roman.
Il fait froid, il fait très froid à la lecture du Silence des Cris, et l'on entend presque crisser les pas dans la blanche neige canadienne.

Une lecture que j'inscris dans le cadre du Challenge Québec en septembre de Karine:)

Mon Québec en septembre

 

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28 juin 2012

Vous prendrez bien une tasse de thé ? Claude Keller

Vous prendez bien une tasse de théVous prendrez bien une tasse de thé ? est le premier roman du psychothérapeute Claude Keller paru en mai 2012 chez Plon.

Lyon, l'hiver. Dora, quinze ans, est une lycéenne brillante. Fille d'un psychanalyste et d'une soprano, la jeune fille est destinée à un brillant avenir. Mais le jour où elle rencontre Benjamin, vingt-deux ans, enfant de la Ddass et voyou à ses heures, sa vie bascule. Dora décide de fuguer pour le rejoindre. Mais elle n'est pas au bout de ses surprises. Car la vieille dame qu'ils rencontrent dans la rue les emmène dans un immeuble bourgeois où tout va basculer. Les vies ordinaires vont voler en éclat et les masques tomber. Et Dora et Ben sont loin d'être les seuls concernés : tout l'immeuble le sera.

A la manière d'un Perec, Claude Keller nous propose, dans son roman, de se focaliser sur un immeuble et ses habitants à un instant t.
Un engrenage se met en place, et tous les personnages vont se rencontrer, alors même que rien de les y destinait. Certains avec leurs blessures, d'autres avec leurs vices ou encore leur violence, et la jeune héroïne se retrouve bien vite au milieu d'un théâtre de violence et d'excès complètement étranger à son univers confortable.
Le suspense ne cesse d'augmenter et l'étau de se resserrer autour de ce couple de jeunes un peu paumés. A la façon d'une pièce de théâtre, Claude Keller fait minutieusement converger tous ses personnages au 7 rue d'Auvergne et le compte à rebours se met en marche.
Mais si l'idée de départ est bonne, malheureusement, le tout s'essouffle rapidement. La psychologie des personnages est légère et sombre souvent dans la caricature. Le schéma jeune fille de bonne famille / jeune garçon paumé de la Ddass est trop éculé pour réellement fonctionner. L'auteur affuble ses personnages de personnalités et de caractères ô combien faciles : le gamin de la Ddass à qui rien ne sourit, la jeune bourgeoise qui a sauté une classe et aux parents CSP+, la jeune punk avec épingle à nourrice dans ses oreilles en rupture avec sa famille, la veuve riche et un peu gaga, etc. La galerie de personnages ressemble à n'importe quel saga de l'été ou feuilleton télévisé... C'est ennuyeux et ça manque de saveur.
C'est bien dommage, car l'alternance de points de vue offre à l'intrigue un dynamisme bienvenu et permet au lecteur de s'immerger complètement dans ce vaudeville contemporain qui aurait pu être drôle, émouvant, poétique même (comme le promettait la quatrième). Mais rien de tout cela pour moi. Je n'ai pas réussi à prendre en sympathie les personnages ni m'intéresser vraiment à leurs sorts. Malgré une construction narrative intéressante et un suspense indéniable, j'ai refermé ce roman un peu déçue.
Je tiens à remercier   logo2   et les éditions Plon  pour ce livre reçu dans le cadre de l'Opération Masse Critique.

 

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13 juin 2012

Mortelle Adèle T.1 et 2, Tan et Miss Prickly

Mortelle Adèle est une série de BD pour enfants de petit format (12x15 cm) dont les deux premiers tomes, Tout ça finira mal et L'enfer, c'est les autres, sont parus en février 2012 chez Tourbillon. Ses créateurs ? Deux jeunes français, Antoine Dole, alias Tan, au scénario, et Isabelle Mandrou, alias Miss Prickly, pour les illustrations. Le troisième tome des aventures d'Adèle sortira le 28 juin en librairie.

                                                      Mortelle Adèle T  Mortelle Adèle T

Adèle est tout sauf un ange : elle déteste tout le monde, adore martyriser son amoureux, traumatiser ses parents avec ses expériences scientifiques et railler ses petits camarades. Précoce, la petite fille n'hésite pas une seconde à faire chanter le Père Noël, essayer d'envoyer son chat sur la lune ou encore tenter de se faire payer par sa maîtresse pour chaque devoir rendu...

Vous l'aurez compris, Adèle est une gamine qu'on préfère découvrir en album qu'avoir à ses côtés ! Son intelligence lui permet dePlanche 1 Mortelle Adèle regarder le monde à travers le prisme de l'enfance teinté de réflexions d'une maturité déconcertante. Pas d'intrigue suivie, dans ces deux albums, mais une série de gags et des tranches de vie humoristiques d'Adèle et de ses proches.
L'humour est noir et grinçant, et j'ai souvent ri aux péripéties de cette petite teigne d'Adèle. Les auteurs réussissent à créer des gags en deux ou trois cases. C'est simple, rapide et efficace. 
L'ironie est maniée avec finesse et le jeune Adèle s'en donne à coeur joie. Pas sûr que les plus jeunes en perçoivent toute la subtilité, mais pour un public adulte ou en mesure de la comprendre, c'est parfait !
Au fond, malgré toutes les méchancetés qu'elle fait subir à son chat ou ses proches, la petite Adèle a un côté attendrissant : le lecteur ne peut que remarquer que son anti-conformisme est dû à sa différence. Trop mature pour les enfants de son âge, Adèle les méprise et se joue de sa candeur enfantine pour désarmer les adultes.
Petit bémol, en revanche, pour le dessin. Le trait, trop minimaliste, manque de singularité. Il colle de façon diamétralement opposée à l'héroïne et oppose à son cynisme un univers enfantin, mais il lui manque un petit quelque chose pour sortir du lot et rester en mémoire. C'est dommage, mais l
'essentiel est ailleurs.
Bref, c'est cynique, très cynique. J'adore ! Allergiques à l'humour noir et grinçant, passez votre chemin et ne croisez pas Adèle !
Merci à Inès et aux Editions siteon0_130x51 pour cette découverte.

Jérôme aussi a découvert cette petite peste...

Et voici ma 43e participation
à la BD du mercredi de
Mango

 

 Et ma 34e au Top BD des blogueurs de Yaneck
(note 15/20)

 Top BD

 

Envie d'en savoir plus ? Rendez-vous sur le site consacré à Adèle !

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03 juin 2012

Les disparus de Shangri-La, Mitchell Zuckoff [Concours inside]

Les disparus de Shangri-LaLes disparus de Shangri-La est un livre de l'écrivain et professeur de journalisme américain Mitchell Zuckoff paru en avril chez Flammarion.

L'auteur nous livre ici une histoire vraie. Celle de militaires survivants d'un avion américain qui s'est écrasé, en mai 1945, en plein milieu de la Nouvelle-Guinée. Le terrain est escarpé, entouré de montagnes, la végétation luxuriante, et les peuplades qui y vivent, réputées cannibales. Sur les vingt-quatre passagers, trois survivent au crash. Commence pour eux un combat contre la mort.

Les disparus de Shangri-La est un livre passionnant, et ce à plusieurs niveaux. Passionnant, tout d'abord, par l'histoire racontée. Celle véridique, d'hommes et de femmes partis voir une partie inexplorée de la Nouvelle-Guinée en avion, et pour qui ce moment de détente se transforme en horreur. Brûlés, blessés et sans ravitaillement, les survivants vont aller au-delà de leur souffrance et de leur faiblesse pour tenter de survivre. Mus par l'énergie du désespoir et un instinct de survie sans borne, ils vont combattre la faim, la soif et la maladie qui les ronge pour tenter d'être secoururs. Acculés, ils vont aller au devant des indigènes tant redoutés. Et seront bien étonnés de leur découverte... 
Passionnant, ensuite, par la finesse des recherches de l'auteur. Mitchell Zuckoff nous livre ici un récit très documenté, étayé de nombreuses archives. Photos, extraits de journal de bord et citations complètent ainsi le récit. Une bibliographie et des notes conséquentes permettent, en fin d'ouvrage, de prolonger cette lecture. Ces recherches minutieuses permettent à l'auteur de dresser un portrait précis des acteurs de ces événements et d'en offrir une dimension singulière. 
Passionnant, enfin, par son aspect anthropologique. Mitchell Zuckoff n'hésite pas, en effet, à retranscrire les préjugés de ceux dont il raconte l'histoire. Sans jugement, sans rectification politiquement correcte, il met en lumière ce qu'ils pensaient, en cette fin de Seconde Guerre mondiale, sur les peuplades qui vivaient en autarcie. Et là où cela devient extrêmement intéressant, c'est que son étude anthropologique ne s'attarde pas uniquement sur le point de vue des américains sur eux, mais permet également de savoir ce que les indigènes ont pensé au moment de leur rencontre avec ces hommes blancs. Et la dimension qui nous est offerte grâce à ces divergences culturelles et sociétales est absolument fascinant. La question de la pudeur, de l'art, de l'ornement ou encore de la symbolique est ainsi évoquée et les points de vue confrontés.Coup de coeur 2012 
C'est bien simple : j'ai dévoré ce livre dans la journée. J'ai tremblé avec les passagers, été horrifiée par le crash de l'avion et les conditions sanitaires des rescapés, j'ai souri des rencontres entre indigènes et militaires, ri parfois. J'ai réfléchi en même temps que les occidentaux à notre système de valeurs et à ses failles. Bref, en un mot, j'ai adoré. Vous ne sortirez pas indemne de ce récit véridique poignant, je vous le garantis ! Voici, sans aucun conteste, mon cinquième coup de coeur  de l'année 2012.

"Ils songèrent à Horizons perdus, le film de Frank Capra inspiré du roman de James Hilton. Il y est question d'un pays utopique, mystérieux et pacifique, isolé d'un monde déchiré par la guerre : un pays dénommé Shangri-La." (p.36)

L'avis de Jérôme sur ce livre.

Les disparus de Shangri-La CONCOURS Les disparus de Shangri-La

En partenariat avec les Éditions Flammarion,
je vous propose de gagner un exemplaire de ce livre, par tirage au sort.

Comment participer ? En postant un commentaire sur ce billet m'indiquant précisant que vous souhaitez participer.

Règlement :

  • Ce concours est ouvert du 3 au 10 juin minuit, à toute personne résidant en France métropolitaine et en Europe ayant posté au moins un commentaire sur ce blog.
  • Le gagnant sera tiré au sort.
  • L'annonce des résultats se fera le 11 juin après-midi sur mon blog.

Edit du 4 juin : Devant le très grand nombre de participants que je ne connais pas et qui semblent venir sur mon blog appâtés par la perspective d'un livre gratuit, je prends la décision de ne pas publier ces commentaires.

Je le dis donc et je le répète : ce concours est réservé aux personnes que je connais ou qui ont déjà laissé un commentaire ici. 

Bonne chance à tous !

 

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30 mai 2012

Jack L'Eventreur T.1 Les liens du sang, François Debois et Jean-Charles Poupart

Jack L'Eventreur TJack L'Éventreur n'en finit pas d'inspirer la littérature. Ce premier tome qui lui est consacré, intitulé Les liens du Sang, est paru le 16 mai 2012 chez Soleil.

Londres, 1888. Les prostituées du quartier de Whitechapel sont victimes d'un tueur sanguinaire qui les dépèce et les éviscère méthodiquement. Frederick Abberline, chargé de l'enquête, peine à la mener à bien. Son supérieur hiérarchique attend des résultats, tandis que son assistant est chargé de le tenir à l'oeil. Car le passé de Frederick le hante et l'oblige à garder pour lui certains éléments de l'enquête.

S'attaquer à l'histoire de Jack L'Éventreur est à double tranchant. Sa simplicité apparente due à sa notoriété  se mue en effet rapidement en contrainte et cède la place à la difficulté. Comment être original, quand on décide de se pencher sur ce triste fait divers londonien ? Comment se départir de ce qui a déjà été écrit/filmé/dessiné ?
François Debois réussit ce pari en offrant à ce premier tome un scénario non seulement bien construit mais aussi original, qui demeure fidèle aux hypothèses de l'époque. Si la piste du médecin de la Reine est évoquée, évidemment, une autre se dessine au fur et à mesure des pages sans laisser au lecteur le temps de la comprendre. En effet, l'album s'ouvre sur un randonneur solitaire qui trouve refuge dans une cabane abandonnée et tombe sur le squelette de Frederick Abberline, tenant son journal intime. En guise de confession, ce dernier s'ouvre sur ces termes : "Moi, Frederick Abberline... Je suis Jack L'Éventreur." De ce postulat de départ, le lecteur ne sait quoi faire au fil de sa lecture. Le doute est semé, mais les preuves sont absentes. Hormis l'assistant de Frederick qui le soupçonne un temps, la place n'est pas laissée à cette possibilité... pour le moment ! Et le mystère s'épaissit avec les silences du personnage.
Jean-Charles Poupart signe dans ce premier tome des dessins soignés, qui, s'ils ne révolutionnent pas la BD du genre, lui offrent une ambiance singulière au service d'une mise en page saisissante. Le Londres de cette fin du 19e est réaliste et les couleurs sombres utilisées mettent en valeur la saleté et la misère de la ville. Les cadrages, toujours pertinents, offrent à l'intrigue une dimension cinématographique indéniable et un rythme percutant.
Un album alléchant, donc, dont il me tarde de découvrir la suite qui sort en juin. Je tiens à remercier les Éditions  de m'avoir envoyé cet album et permis de le découvrir dès sa sortie.

  Et voici ma 41e participation
à la BD du mercredi de
Mango

 

 Et ma 32e au Top BD des blogueurs de Yaneck
(note 16/20)

 Top BD

 

Planche 1 Jack L'EventreurPlanche 2 Jack L'Eventreur

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15 avril 2012

Wiggins et la nuit de l'éclipse, Béatrice Nicodème

Wiggins et la nuit de l'éclipseWiggins et la nuit de l'éclipse est un roman de Béatrice Nicodème paru en mars 2012 chez Gulf Stream Editeur. Passionnée d'histoires policières et particulièrement de Conan Doyle, Béatrice Nicodème a imaginé une série de romans mettant en scène Wiggins, le jeune garçon qui aide parfois Sherlock Holmes dans ses enquêtes. Ce roman est le huitième de la série débutée en 1992.

Angleterre, 1894. Wiggins ne s'est pas remis de la disparition de Sherlock Holmes dans les chutes de Reichenbach, trois ans plus tôt. Le jeune homme, désireux de suivre les traces de son idole disparu, est engagé dans un collège privé afin de protéger un des élèves. Son père, un célèbre juge londonien ayant reçu des lettres de menaces à l'encontre de son fils, craint pour la vie de celui-ci.
Pour le jeune homme, qui n'a pas eu la chance d'être scolarisé, l'école de Midhurst est une découverte. Et très vite, il se rend compte que derrière la vie codifiée et réglée de l'établissement se trament de drôles de choses...

Je ne connaissais Béatrice Nicodème que de nom et n'avais jamais lu un de ses livres. Ce roman jeunesse m'a attirée suite à la lecture de l'essai de Natacha Levet consacré à Sherlock Holmes dont je vous ai parlé il y a peu. Histoire de continuer dans ma lancée...
Et je n'ai absolument pas été déçue de cette découverte ! Béatrice Nicodème entraîne son lecteur dans une intrigue très bien ficelée qui rappelle avec finesse les enquêtes de Conan Doyle. Les rebondissements s'enchaînent au même rythme que les intrigues secondaires, le tout formant une harmonie très agréable à lire.
L'auteure soigne autant ses personnages que ses ambiances et nous offre avec Midhurst un bel exemple de public school à l'anglaise. Comme l'avait fait J.K. Rowling avec Poudlard dans Harry Potter, elle dresse ici la description d'un lieu aux codes stricts et aux traditions bien ancrées. Mais derrière la droiture et l'excellence, Béatrice Nicodème aborde, en parallèle de l'intrigue principale, la question très actuelle du harcèlement scolaire. L'idée est intéressante et offre une profondeur singulière à l'enquête que mène le jeune Wiggins.

Wiggins et la nuit de l'éclipse
est un roman à lire dès 9 ans pour se détendre en compagnie du digne héritier de Sherlock Holmes, mais également pour réfléchir à la question de la socialisation par l'école et de ses dérives.

Un grand merci à Vincent des Agents littéraires et à g pour la découverte de ce roman.

 

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26 mars 2012

Les Étrangers du temps : Destins obscurs, Corinne Gatel-Chol

P1030735Les Étrangers du temps est le premier roman de Corinne Gatel-Chol. Après des études d'histoire, cette stéphanoise d'origine évolue tour à tour dans le milieu journalistique, économique, publicitaire et dans la création de sites internet avant de se tourner vers l'écriture, revenant ainsi à ses premières amours.

Alors que sa famille emménage dans un ancien château en Haute-Loire, le jeune Hadrien étouffe dans son adolescence.
Écrasé par une pression familiale trop forte - entre une jumelle à qui tout réussit et un frère aîné qui prend trop de place - le jeune homme se referme peu à peu sur lui-même et sombre dans l'alcool et la drogue. Dans la vaste propriété de ses parents, il découvre une évasion en le journal de Colombe, jeune domestique de seize ans qui travailla en 1896 au château
. 
Hadrien se plonge dans la lecture de ces pages d'un autre temps qui lui permettent d'oublier son quotidien. Mais sa consommation de drogue et d'alcool effacent peu à peu les frontières temporelles et Hadrien chavire, sans s'en douter...

Les Étrangers du temps fait partie de ces romans qu'il est difficile de reposer une fois commencés. J'ai été curieuse de découvrir cette intrigue, qui, sous couvert d'esotérisme, aborde des problématiques bien plus complexes. 
Hadrien est en effet un personnage adolescent mal dans sa peau, comme beaucoup. Son échec au bac, ses conflits avec ses parents, sa difficulté à trouver sa place dans sa famille face à une soeur trop brillante, sont autant de thématiques finement observées. Hadrien est un personnage, certes, mais finalement bien proche du réel... Les Etrangers du temps
L'idée brillante de Corinne Gatel-Chol est de faire basculer son héros dans l'Histoire. Mais basculer non pas au sens littéral. Hadrien perd le contrôle à cause de sa consommation de drogue et d'alcool et confond son époque et celle de la jeune Colombe, espérant ainsi sauver la jeune fille d'un danger qu'il pressent. 
L'intrigue aurait pu s'arrêter là. Mais il n'en est rien. Car finalement, l'intérêt de ce roman réside dans le mal-être de cet adolescent et la réaction des membres de sa famille. Comment aider un frère, un fils, qui sombre ? Comment, sans le brusquer ni le materner, l'aider à remonter la pente et revenir parmi les siens ? L'auteure se penche sur cette question avec justesse, et offre à son roman une dimension bien singulière.
Bref, vous l'aurez compris, j'ai passé un très bon moment de lecture avec ce premier tome. Je me suis évadée dans la vaste propriété de Haute-Loire avec Hadrien, je me suis passionnée pour l'histoire de la jeune Colombe, en cette fin de 19e
siècle, j'ai tremblé avec les proches du jeune homme, à le voir sombrer dans ses hallucinations. Merci Corinne Gatel-Chol pour ce roman, au propre comme au figuré !

D'autres lecteurs Des Étrangers du temps : CottageMyrtille, Iluze, Marylin, Emeralda, Marmotte, Belledenuit, Stephy21.  
Lu sur mon KindleVoici ma cinquième lecture sur mon Kindle, et ma cinquième participation au Club des lecteurs numériques.

                    Lecteurs numériques    

 

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18 mars 2012

Enola game, Christel Diehl

Enola GmaChristel Diehl est professeur à l'Université de Nancy. Enola game est son premier roman, paru en février 2012 aux éditions Dialogues. Et pour un premier roman, il a fait couler beaucoup d'encre sur la blogosphère littéraire ! Mais j'ai su rester imperméable aux chroniques des autres blogueuses avant de me plonger dans ce livre... pour mieux l'appréhender !

Une mère et sa fille. Une catastrophe. La grande lumière, pour la petite. Enola game, pour sa mère, en référence à l'avion qui  largua la première Bombe A sur Hiroshima. Comment continuer à vivre quand on ne sait pas ce qui se passe dehors ? Quand les vivres s'amoidrissent au fil des jours ? Que le quotidien se désagrège dans l'attente ?  Que les souvenirs s'estompent ? Et que l'avenir est plus flou à mesure que le temps passe ?

Je n'irai pas par quatre chemins, comme à chaque fois que je suis conquise par une lecture : ce court roman de 118 pages est un texte magnifique, et ce à plusieurs niveaux.
Magnifique tout d'abord par la plume poétique de Christel Diehl. L'auteure choisit ses mots avec soin et chaque phrase possède une prosodie étonnante. Le rythme, la musicalité, les figures de style participent de la beauté de ce texte. Les réferences littéraires sont nombreuses et ponctuent le texte, comme une culture à laquelle s'accroche désespérément la mère.

Magnifique ensuite pour son intrigue qui, si elle se fonde sur une situation post-apocalyptique, possède une originalité déroutante. De cette catastrophe, nous n'en saurons rien, et là n'est pas le propos. Christel Dielh s'attache à la question de la survie dans une situation dramatique. Comment continuer à vivre dignement quand on ne peut plus se laver, quand la nourriture vient à manquer et la folie à poindre son nez ? On ne peut que penser au récit d'Anne Frank, aux opprimés obligés de se cacher, à notre passé. Les résonnances font froid dans le dos mais sont évidentes.
Magnifique, enfin, dans la relation entre les deux personnages, la mère et son enfant. Dans la volonté de la première de protéger la seconde de cet extérieur menaçant dont elle ignore tout. C'est beau, c'est très beau, et dans le même temps on se dit que sans ce personnage enfant, l'adulte n'aurait pas lutté aussi longtemps. C'est dans la protection de son enfant qu'elle trouve la force de continuer à imaginer un avenir, se nourrir de son passé tout en se moquant de la vacuité de certaines de ses réflexions antérieures. Pour continuer à avancer. Sa force, c'est cet enfant de quatre ans à peine, qui a si peu vécu et qui mérite encore que le soleil se lève, que le printemps réapparaisse et que la nature offre à ses yeux un émerveillement renouvelé. Cette histoire, c'est celle de cet espoir nécessaire à la survie.
Une très belle rencontre que ce roman. Pourtant... Pourtant j'ai eu du mal à me plonger dedans. Redoutant une claque. Redoutant une histoire forte que j'aurais du mal à supporter. Mais quand j'ai ouvert le livre etCoup de coeur 2012 que j'ai vu la citation liminaire de Maxence Fermine, (que j'avais notée
dans ma chronique), il y a eu un déclic. Et j'ai lu ce roman d'une traite. Je suis tombée sous le charme de la plume de Christel Diehl. Elle a su m'émouvoir avec ses mots et son intrigue qui a fait résonner des choses en moi au fil des pages. Bref, voici mon quatrième coup de coeur  de l'année 2012. A lire au plus vite ! 
Les avis de Canel, Manu, Clara et Noukette sur cette lecture, histoire de convaincre les indécis.

"Elle quitte toujours à regret le refuge illusoire de son sommeil aux mille cloisons mouvantes." (p.11)

"Les mots courent sur le papier comme une armée d'insectes couturiers, inlassablement occupés à tisser ses souvenirs, à tricoter l'intrigue et à filer les métaphores à la quenouille de ses rêves." (p.57)

Un grand merci à Laure-Anne et aux Editions dialogie pour la découverte de ce fantastique roman.

 

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