Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.




11 octobre 2019

Les Fleurs du Nord, Valérie Harvey

Les Fleurs du Nord, Valérie HarveyLes Fleurs du Nord est un roman young adult écrit par la québecoise Valérie Harvey et paru une première fois en octobre 2016 aux éditions Québec Amérique avant d'être réédité en 2019.

Sur une île qui ressemble fortement au Japon à l'époque médiévale, installée dans les monts  Sounkyô qu'elle gouverne de génération en génération, vit la famille Kagi, porteuse du pouvoir du feu. Le dernier héritier de ce pouvoir, Tatsuké, maintient la paix sur son territoire tout en protégeant la ville de Fuki. S'entraînant chaque jour dans son camp avec les hommes sous son commandement, le jeune homme n'use de son pouvoir que dans des cas extrêmes.     
Mais le jour où l'un de ses ennemis malmène une jeune femme, Tatsuké intervient et la protège, mettant à mal le fragile équilibre de paix que le royaume tente de préserver. Décidant de placer Midori, c'est son nom, sous sa protection le temps que la menace soit écartée, Tatsuké ne se doute pas qu'il va tomber amoureux de la jeune femme guérisseuse.

Quelle pépite ce roman ! C'est bien simple, je l'ai dévoré en une journée, incapable de le reposer, tant l'intrigue m'a envoûtée et les personnages, passionnée  
Scindé en trois chroniques, l'intrigue épouse la saga familiale des Kagi et entraîne le lecteur au coeur de son quotidien porté par des figures féminines fortes et déterminées et les hommes de leurs vies, le tout sous couvert des pouvoirs des quatre éléments.     
Avec
une plume poétique et précise et une écriture cinématographique, le roman alterne l'exploration du sentiment amoureux et l'art de la guerre, l'ensemble étant toujours très juste. Les descriptions sont soignées et permettent au lecteur de s'imaginer parfaitement les lieux tandis que la psychologie des personnages, très fine, évite les écueils habituels.    
Valérie Harvey imagine un Japon imaginaire où la magie règne et maîtrise son sujet à la perfection. Ayant elle-même vécu à Kyoto durant un an et demi, elle propose à son lecteur une réelle immersion dans ce pays cher à son coeur, glissant même des calligraphies au fil des pages.
Pour les néophytes sur le sujet, un lexique en début de livre permet de se familiariser avec certains termes japonais, tandis que l'auteure complète son récit par un avant-propos expliquant le contexte historique dont elle s'inspire, une carte et une liste des personnages. Et pour aller plus loin, Valérie Harvey a composé deux chansons en japonais disponibles en écoute sur son site.    
Bref, un petit coup de coeur par ici - qui n'a pas été sans me rappeler la saga Le Clan des Otori, lue il y a une éternité (avant la création de ce blog, ça vous donne une idée^^) - et que je ne saurais que conseiller. Ados passionnés par le Japon ou adultes curieux, foncez les yeux fermés, vous ne le regretterez pas !

Et voilà ma première participation au Challenge Halloween de Lou et Hilde

Challenge Halloween 2019, logo

Un grand merci aux éditions Québec Amérique pour la découverte de cette petite pépite !

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28 août 2019

La vie hantée d'Anya, Vera Brosgol

La vie hantée d'AnyaLa vie hantée d'Anya est la première bande dessinée de la jeune auteure américaine Vera Brosgol. Parue en 2011 aux États-Unis et lauréate du Eisner Award et parue une première fois en France chez Altercomics en 2013, elle sort aujourd'hui aux éditions Rue de Sèvres.

Fille d'émigrés russes, Anya est une ado mal dans sa peau, ballottée entre culture et traditions familiales et intégration dans son pays d'adoption, les Etats-Unis. Élevée par sa mère avec son petit frère, la jeune fille tente de passer inaperçue au lycée mais son nom à rallonge et sa pointe d'accent russe ne l'aident pas.
Après une nouvelle brouille avec sa seule amie, Anya s'nefuit dans un parc et tombe dans un puits. Apeurée, l'adolescente se rend rapidement compte qu'elle n'y est pas seule : le fantôme d'Emily,
une jeune fille décédée dans ce puits vient la visiter. Son squelette est toujours là, quatre-vingt dix ans après son assassinat. Comme Emily l'aide à sortir du puits, Anya décide de l'aider à retrouver qui l'a tuée. En attendant, Emily aide Anya au quotidien au lycée et cette dernière est ravie. Mais Emily est-elle vraiment qui elle prétend être ?

Intriguée par l'histoire de ce one shot, j'ai découvert avec plaisir le trait rond et un brin enfantin de Vera Brosgol qui n'est pas sans rappeler celui de Bryan Lee O'Malley, le papa de Scott Pilgrim. Le dessin est vivant et les tons bleu semblent déposer sur cette histoire un voile vaporeux propice à l'émergence du fantastique en la personne d'Emily.
L'intrigue se met en place doucement, l'auteure prenant soin d'installer le décor et les personnages de son histoire. Son héroïne, partagée entre son héritage russe et sa volonté de s'insérer au lycée, souffre d'un mal-être adolescent classique mais jamais anodin. Incompréhension avec sa mère, complexes physiques, problèmes relationnels, la vie d'Anya n'est pas simple et l'auteure aborde avec sensibilité ces problématiques adolescentes. La part autobiographique est là, derrière les lignes évoquant la question de l'intégration, l'auteure étant elle-même née à Moscou avant d'émigrer à cinq ans aux États-Unis avec sa famille.
Un joli one shot, qui est là où on ne l'attend pas, une lecture touchante, qui sous couvert d'histoires de fantômes, évoque subtilement la question du mal-être adolescent.

Planche 1 Planche 2

Planche 3 Planche 4

Merci aux éditions Rue de Sèvres de m'avoir permis de découvrir cet album.

La BD de la semaine

Pour la rentrée des bulles, c'est Moka qui nous accueille chez elle
et rassemble les billets des participants aux mercredis BD !

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08 août 2019

Broadway Limited T.2 Un shim sham avec Fred Astair, Malika Ferdjoukh

Broadway Limited 2Un shim sham avec Fred Astair est le deuxième tome de la série Broadway Limited écrite par Malika Ferdjoukh. Il est paru en novembre dernier dans la collection Medium + de L'Ecole des Loisirs.

Le froid est mordant en ce mois de janvier 1949 à New York, et à la pension des Giboulées, tenue par les soeurs Celeste et Artemisia, la vie suit son cours. Les six jeunes pensionnaires poursuivent assidûment leur rêve de gloire et de reconnaissance. Il y a la danseuse Manhattan, engagée comme habilleuse auprès de Uli Styner, star de Broadway poursuivi par la Commission des Activités Anti-Américaines, qui ignore qu'elle est la fille qu'il a abandonnée. Et puis il y a Hadley, qui, de son côté, élève comme son neveu son fils de trois ans Odgen, fruit d'une nuit d'amour avec Arlan, un beau soldat perdu de vue à cause d'une serviette en papier et d'une averse. Chic, quant à elle, adore le faste et les paillettes et poursuit sa carrière de comédienne jusqu'à ce qu'elle rencontre un certain Whitey. Et puis il y a aussi Page, Etchika et Ursula, mais aussi Dido, la jeune voisine très impliquée politiquement, dont est éperdument amoureux Jocelyn, le jeune pianiste français qui loge au sous-sol de la pension. Ça en fait du monde et des aventures !

J'avais adoré ouvrir le premier tome de Broadway Limited, en novembre dernier, et c'est avec le même plaisir que j'ai dévoré celui-ci.
Malika Ferdjoukh poursuit avec finesse l'exploration de ses personnages et des différentes intrigues qu'elle imagine. New York, et plus généralement l'Histoire américaine, prennent une place de plus en plus importante à mesure que la période d'après-guerre se durcit et qu'avec elle apparaissent les chasses aux sorcières. L'auteure mêle avec brio ses personnages aux anecdotes historiques en les faisant rencontrer des grands noms de cette époque - Fred Astair, Grace Kelly, Billie Holliday, Marlon Brando, Elia Kazan, Paul Newman, Lee Strasberg, etc. - et participer à l'effervescence du début des 50's. Les cabarets et autres théâtres ont le vent en poupe, tout comme les danseurs et les chanteurs, et la petite troupe de la pension des Giboulées tente de percer chacun dans son domaine.
C'est avec regret que j'ai refermé ce deuxième tome, diablement bien rythmé. L'intrigue générale gagne en épaisseur, tout comme les personnages en psychologie, et Malika Ferdjoukh est en train d'imaginer une sorte de Vie mode d'emploi un brin plus romancé, où l'intrigue déborde des murs de la pension pour mieux donner à voir la vie de ces jeunes adultes à New York. Destiné à un lectorat adolescent, la série est à la fois accessible notamment historiquement et politiquement à ce public, mais aussi largement délicieuse à découvrir à l'âge adulte. Les turpitudes des sentiments adolescents sont là, mais évitent l'écueil du sentimentalisme pour mieux donner à voir des vies plus matures, plus engagées. A l'image des vingtenaires de cette époque.
Une réussite, donc, que je ne peux que vous encourager vivement à découvrir au plus vite. De mon côté, j'attends le prochain tome avec impatience. Un grand merci
 à L'Ecole des Loisirs de me permettre de découvrir cette série que j'aurais adorée plus jeune, même si je ne boude pas mon plaisir à trente ans et des poussières.

Ma chronique du premier tome :

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25 juillet 2019

Le coeur et l'esprit : vivre le travail autrement, Leah Weiss

Le coeur et l'espritLe coeur et l'esprit est un essai de la chercheuse et professeure américaine Leah Weiss paru en janvier aux éditions Harper Collins.

Comment donner du sens à son activité professionnelle ? Être davantage  bienveillant avec ses collègues ? Plus à l'écoute ? En pratiquant la pleine conscience. Introduire cette pratique méditative dans la sphère professionnelle permet de développer des qualités d'écoute et de présence qui changent sa façon d'être au monde.

Lea Weiss reprend dans cet ouvrage les grandes lignes du cours qu'elle donne sur la pleine conscience et la compassion à l'Université de Stanford.
Scindé en trois parties, Le coeur et l'esprit permet une approche théorique très étayée sur le sujet alliée à des exercices concrets pour mettre en pratique ce que les études démontrent.
1/ Donner un sens au travail, c'est possible : dans cette première partie, et après une introduction des plus complètes, l'auteure revient sur la notion d'environnement professionnel toxique, explique les bienfaits concrets de la pleine conscience et développe l'idée d'embodiment, la pleine conscience du corps.

2/ Apporter tout ce que nous sommes au bureau : la deuxième partie de l'essai permet de réfléchir concrètement à sa présence professionnelle et en donner le meilleur, en cultivant notamment la compassion, en prenant soin de soi mais aussi en étant à l'écoute de ses émotions et en évitant de les réprimer.

3/ Échec et réflexion : les marques du succès : dans cette troisième et dernière partie, Leah Weiss revient sur la notion d'échec pour mieux avancer avant de s'intéresser à la question de la résilience et du futur des entreprises, plus concernées par le bien-être de leurs employés.

Une lecture extrêmement riche et dense sur la question de la pleine conscience au travail, pourvue d'une bibliographie conséquente. L'alternance d'apports théorique - notamment par le biais d'études - et d'exercices pratiques permet d'alléger le propos. Ce dernier souffre parfois de quelques lourdeurs, dues au fait que l'essai découle d'un cours universitaire, mais la lecture n'en demeure pas moins des plus instructives pour qui veut se pencher sur sa sphère professionnelle et trouver une certaine forme d'apaisement et de sérénité. Un grand merci aux éditions Harper Collins pour la découverte de ce livre.

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10 juillet 2019

Eloge du vivant, Isabelle Célestin-Lhopiteau

Eloge du vivantEloge du vivant, est un ouvrage de la psychologue Isabelle Célestin-Lhopiteau paru en mai aux éditions Harper Collins.

Isabelle Célestin-Lhopiteau nous offre ici une parfaite présentation de la médecine intégrative, cette façon d'envisager la santé qui allie médecine allopathique et approches thérapeutiques complémentaires telles l'hypnose, le qi gong, la sophrologie, le yoga, la méditation, l'acuponcture, l'auriculothérapie, l'ostéopathie, la musicologie ou encore la phytothérapie. A travers son parcours, ses observations et son travail autour de cette notion, l'auteure nous permet une approche complète du concept.

L'ouvrage se scinde en trois parties :

1/ Des chamans à l'hypnose : vers la médecine intégrative. L'auteure nous présente son parcours à travers le monde pour comprendre les médecines traditionnelles et les pratiques psychocorporelles qu'elles recouvrent.

2/ Quelles pratiques complémentaires choisir ? Face à l'explosion des maladies chroniques dans notre monde actuel, la médecine moderne atteint ses limites. Les médecines complémentaires sont ici détaillées et leurs effets expliqués par des schémas, des illustrations et des tableaux.

3/ Les six invariants du soin. Dans cette dernière partie, Isabelle Célestin-Lhopiteau aborde les analogies des médecines complémentaires : le travail sur le souffle, la modification de la conscience, les postures d'ouverture, le travail global sur l'alimentation et le sommeil, le pouvoir de la sociabilisation et le travail sur les émotions.

Un glossaire, une liste des exercices et une bibliographie complètent harmonieusement le propos.

A travers ce parcours de présentation de la médecine intégrative, Isabelle Célestin-Lhopiteau nous offre des outils solides pour appréhender sa santé autrement. Chaque pratique est expliquée et méritera une lecture complémentaire spécifique pour en cerner tous les aspects, mais ce livre a le mérite de les mettre en relation et d'offrir une vision globale des plus enrichissantes. 
Je me suis régalée, trouvant cette lecture fluide et facilitée par le découpage clair, la mise en page agréable et les schémas et autres illustrations qui complètent avec finesse le propos. J'ai pioché de nombreuses idées dedans et ai mis en pratique plusieurs exercices (notamment de qi gong) tout en réfléchissant intensément à ma future activité.
Un incontournable pour qui souhaite envisager sa santé de façon holistique et découvrir des pratiques complémentaires pour améliorer son corps et son mental au quotidien. Un immense merci aux éditions Harper Collins pour la découverte de ce livre que j'ai déjà prêté et conseillé largement autour de moi.

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13 juin 2019

La fille sans nom, Maëlle Fierpied

La fille sans nomLa fille sans nom est le dernier roman de la normande Maëlle Fierpied. Il est paru en mars chez L'Ecole des Loisirs.

Camille, quinze ans, fugue un soir de chez ses parents. Parce que communiquer avec eux est devenu impossible, l'adolescente s'enfuit, sur un coup de tête. Lorsqu'elle tombe sur une péniche dotée d'un écriteau recherchant un garçon à tout faire, la jeune fille n'hésite pas. Mais elle n'a pas idée de l'erreur qu'elle vient de faire.
Elle tombe entre les mains
de son propriétaire, Hélix, un mage sans scrupule qui lui vole sa mémoire en enfermant son prénom dans un bocal. La jeune fille devient son esclave, propulsée dans un univers où la magie règne. La vie sur la péniche est dure, mais bien vite elle gagne l'amitié de Safre et Margoule, deux frères mi-ogres mi-dragons. Tandis que la péniche avance vers le Tunnel runique, la jeune fille élabore un plan pour s'enfuir.

Quelle belle découverte que ce roman, et je pèse mes mots  ! Que c'est bon de lire une histoire qui fait autant la part belle à l'imagination. Maëlle Fierpied signe ici ce qui aurait pu être un premier tome très prometteur, mais a fait le choix d'en faire une histoire complète et non une série. Et pourtant, tous les ingrédients sont là, et j'aurais été la première à attendre avec impatience un second tome.
L'intrigue, tout d'abord, se met en place progressivement et suit le schéma assez classique du conte initiatique. L'héroïne tourne le dos à son quotidien pour entrer dans un monde parallèle aussi onirique qu'effrayant, où les runes, les mages, la sorcelleries et les créatures en tous genres règnent. Les péripéties se succèdent pour la jeune Camille qui va d'aventures en aventures.
La psychologie des personnages est bien étudiée et si l'héroïne est aussi hésitante et inconstante que peuvent l'être les adolescents d'aujourd'hui, elle n'en demeure pas moins attachante dans sa vulnérabilité. Les personnages secondaires qu'elles croisent sont dotés de ce qu'il faut de psychologie pour être intéressants et intriguants. L'écueil du manichéisme n'est pas évité, cependant, pour les méchants de ce monde, mais cela ne gâche en rien le plaisir de la lecture.
Le gros point fort de ce roman réside, selon moi,
dans toutes les trouvailles que l'auteure a imaginée pour son monde magique. Celui-ci est très bien construit, cohérent, et prend vie sous la plume imagée et presque cinématographique de Maëlle Fierpied. A l'image de la très belle couverture de ce roman, je me suis prise à m'imaginer les différents univers dépeints avec force détails. Et c'était très agréable.
Vous l'aurez compris, un sans-faute selon moi qui mérite bien des louanges. Merci  à L'Ecole des Loisirs de m'avoir permis de découvrir ce roman que j'aurais adoré découvrir plus jeune, tant l'univers m'a fascinée. A lire et à offrir aux lecteurs adolescents autour de vous, sans hésiter une seule seconde.

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12 juin 2019

La Venin T.1 Déluge de feu, Laurent Astier

La venin TLa Venin est la dernière série du dessinateur et scénariste de BD français Laurent Astier. Son premier tome, Déluge de feu, est paru en janvier dernier aux éditions Rues de Sèvres.

Silver Creek, Colorado, juillet 1900. La jeune Emily, fraîchement arrivée en train dans la petite ville minière, apprend le décès de son futur époux. La jeune femme éplorée n'a plus les moyens de repartir et se accepte d'être embauchée pour ses charmes dans le saloon de la ville. Mais Emily est-elle vraiment aussi naïve qu'elle le prétend ? Son enfance dans le saloon où travaillait sa mère lui a appris les rudiments de la ruse et du mensonge, et il se pourrait que la jeune femme s'en serve pour ses propres desseins...

Le Far West, ses petites villes minières et leur saloon, une héroïne forte et déterminée, comme le laisse présager la couverture, une intrigue qui alterne les époques, cet album avait tout pour me plaire. Et pourtant, il a manqué un petit quelque chose à cette lecture pour me séduire totalement.
Et p
our une fois, c'est difficile à exprimer. L'intrigue est savamment construite - l'album s'ouvre sur la jeunesse d'Emily à la Nouvelle-Orléans, pour se poursuivre, quinze ans plus tard, par l'arrivée de la jeune femme dans le Colorado - et avance à bon rythme, les dialogues ont juste ce qu'il faut de piquant pour titiller la curiosité du lecteur, et l'ambiance est pesée avec minutie.
Côté dessins, le style reste assez classique, tant dans le découpage des planches que dans leur composition. Les personnages comme les décors ont un petit quelque chose qui n'est pas sans rappeler Morris et son célèbre cow-boy. Les couleurs utilisées font la part belle aux teintes sables et orangées, à l'image du désert qui entoure la ville.
Reste que, malgré ces points forts et le plaisir que j'ai ressenti à cette lecture, je n'ai pas éprouvé la petite étincelle qui me donne furieusement envie de poursuivre la série. D'autres que moi ont été bien plus élogieux sur ce tome. De mon côté, et c'est certain, c'est un rendez-vous manqué.

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Merci aux éditions Rue de Sèvres de m'avoir permis de découvrir cet album.

La BD de la semaine

Cette semaine, c'est Stephie qui accueille le rendez-vous des amoureux des bulles !

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10 juin 2019

De la joie d'être paresseux, Jennifer McCartney Palmer

De la joie d'être paresseux, Jennifer McCartney PalmerDe la joie d'être paresseux est le dernier ouvrage de la journaliste canadienne Jennifer McCartney Palmer. Il est paru en mai chez Mazarine.

Dans une société tournée vers la réussite, le succès et la productivité, il est bon de se pencher sur les vertus de la paresse. Si celle-ci est perçue avant tout comme un défaut, elle n'en possède pas moins des avantages indéniables. Et c'est ce que Jennifer McCartney Palmer nous démontre dans ce livre. Les études prouveraient que les paresseux vivraient ainsi plus longtemps, seraient plus intelligents et plus efficaces au travail. Voilà une bonne raison de découvrir la méthode du Juste Assez (JA) pour une vie plus légère et plus heureuse !

Voilà un petit livre qui a été une réelle bouffée d'air frais, parfaite pour débuter ce mois de juin ! Avec un humour féroce, Jennifer McCartner Palmer - auteure également de De la joie d'être bordélique - nous démontre l'illusion de l'injonction au succès et vante les mérites de sa méthode, le JA, grâce à des conseils et des astuces bourrés de dérision
Ainsi, arrêtez d'apporter du fait maison lors des fêtes, sinon vous aurez à vie cette étiquette qui vous contraindra d'apporter quelque chose fait de vos mains à chaque fois. Idem, cessez de vouloir déplacer des montagnes au bureau : avoir l'air occupé suffit pour créer l'illusion du travail accompli. Côté ménage, laissez tomber le grand nettoyage, un petit coup de vinaigre blanc et ça suffit (du moment que vous ne léchez pas la cuvette de vos toilettes !)
Voilà en partie ce que vous trouverez en ouvrant ce livre : des conseils plein d'humour, certes, mais pas que. Parce que sous couvert d'une ironie féroce, l'auteure met en garde contre ces injonctions sociétales culpabilisantes, ce modèle économique qui oblige tout un chacun à donner le meilleur à chaque instant, quitte à se laisser submerger par la fatigue, le stress et la frustration. Être le meilleur dans son travail, dans son couple, avec ses amis, sa famille, dans ses loisirs, sur les réseaux sociaux. Ce qui est proprement intenable mais que la société nous présente comme un idéal à atteindre. Comme le rappelle très justement  Jennifer McCartney Palmer : 99% de la population mondiale est dans la moyenne. Donc cessons de culpabiliser et de tout donner à chaque instant.
Une lecture dévorée d'une traite et qui m'a fait le plus grand bien, moi la perfectionniste de haut niveau, intraitable avec elle-même, qui culpabilise à chaque instant de ne pas être à cette hauteur inatteignable définie par une société qui s'intéresse plus au profit qu'au bien-être individuel. J'ai beaucoup ri, certes, mais j'ai pris conscience aussi que la paresse a du bon et qu'il faut lâcher aussi, ce perfectionnisme qui nous colle à la peau. A lire donc, à offrir, aussi, si ce billet vous fait penser à quelqu'un de votre entourage. De mon côté, j'ai déjà quelques idées de proches à qui offrir ce livre...

Petit florilège des conseils les plus drôles, loufoques ou piquants :

"Faites bouillir de l'eau en cuisine en début de semaine et congelez-la en portions individuelles. Ainsi, vous en aurez sous la main pour la cuisine." (p.42)

"Nous vivons dans une société qui exige que notre maison soit propre. Lorsque vous y parvenez, vos amis se mettent à considérer ce fait comme acquis. Peu à peu, la pression monte et vous stresse.[...] Inévitablement, un événement survient qui vous empêche de vous surpasser constamment niveau propreté. Et voilà que vos proches se mettent à murmurer "Ouh là, il/elle se laisse vraiment aller, ça m'inquiète pour lui/elle." Ne nettoyez plus votre chambre et vos parents penseront que vous fumez de l'herbe et que vous volez des eye-liners au supermarché du coin." (p.49-50)

"Quand quelqu'un vous demande si une pomme a été lavée, répondez toujours oui. Vous lui rendrez service." (p.57)

"Le secret pour faire la fête alors qu'on avance en âge consiste à être là. Inutile d'en faire plus. Et oubliez ces tableaux sur Pinterest exposant les meilleurs cadeaux à offrir et le ruban idéal pour des confitures maison. Apportez ce genre de machins une fois et vous deviendrez la personne qui apporte des trucs faits maison. La pression sera immense. Vous serez totalement cuit ! Contentez-vous d'être présent. C'est le minimum, mais c'est aussi l'essentiel." (p.116)

Un grand merci aux éditions Mazarine pour la découverte de ce livre et les fous rires que j'ai eus grâce à lui !

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22 mai 2019

Aliénor Mandragore T.5 Le Val sans retour, Séverine Gauthier et Thomas Labourot

Aliénor Mandragore Le val sans retour

Le Val sans retour est le cinquième et dernier tome de la série Aliénor Mandragore imaginée par Séverine Gauthier et mise en dessins par Thomas Labourot. Il paraît aujourd'hui aux éditions Rue de Sèvres. 

Dans la forêt de Brocéliande, le coeur d'Aliénor oscille toujours : devenir druide, comme Merlin, son père, ou fée, comme ce que ses envies lui intiment ? Perdue, fâchée avec Lancelot à qui elle a fait pousser des cornes, la jeune fille rend visite à son ermite, censé l'aider et la guider. Mais ce dernier a perdu une partie de sa mémoire dans le Val sans retour et avec elle de précieuses informations concernant l'enfance de sa pupille. Malgré les nombreux dangers, Aliénor décide de s'y rendre sur le champ pour retrouver la mémoire perdue de son ermite, et ainsi, une partie de son passé.

Voilà une série que j'ai pris plaisir à découvrir de bout en bout ! Ouvrir un Aliénor Madragore, c'est être certain de passer un agréable moment dans une aventure loufoque, colorée et drôle. Le duo d'auteurs a revisité avec beaucoup de talent la légende arthurienne pour en livrer une version toute personnelle mais néanmoins bien documentée.
Ce dernier tome aborde la question laissée en filigrane tout au long de la série : Aliénor suivra-t-elle les traces de son père et deviendra-t-elle druide à son tour ou écoutera-t-elle son coeur qui penche vers le monde des fées ? Il faudra le lire pour le savoir ! 
La petite Aliénor a bien grandi et doit maintenant prendre ses responsabilités. Mais pour envisager son avenir, c'est son passé que la jeune fille doit découvrir. S'ensuit une quête identitaire à travers le Val qui va permettre à la jeune fille de découvrir qui est véritablement sa mère et comprendre enfin son présent.
Les dessins de Thomas Labourot ont gagné en intensité dans ce tome et offrent des paysages aussi fantasmagoriques que déjantés. Les couleurs douces, utilisées tout au long de la série, offrent ce qu'il faut de chaleur et de douceur à la quête d'Aliénor, et les planches se suivent et ne se ressemblent pas.
Une série que je referme avec regret mais avec la certitude aussi que je la relirai avec plaisir. Un seul conseil : si vous n'avez pas encore succombé à l'appel d'Aliénor et de cette réécriture du cycle arthurien, c'est le moment, la série est complète ! 

 Retrouvez toutes mes chroniques de la série :

    

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres de m'avoir permis de découvrir cet album et suivre cette série ! 

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Planche 3 Planche 4

La BD de la semaine

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20 mai 2019

Aux portes de la mémoire, Felicia Yap

Aux portes de la mémoireAux portes de la mémoire est le premier roman de la malaisienne Felicia Yap. Paru en 2017, il est sorti en France chez Harper Collins en février 2019.

Imaginez un monde où l'humanité est divisée en deux catégories : ceux qui ne se souviennent que de la veille, les monos, et ceux qui gardent en mémoire les dernières quarante-huit heures, les duos. Grâce à des tablettes, chacun consigne les jours qui passent pour transformer les souvenirs en faits et garder une traçabilité de sa vie.
Claire, une mono, est mariée à Mark, un duo. Alors que celui-ci jouit d'une carrière d'écrivain célèbre et brigue une place en politique, son épouse vit dans l'ombre, honteuse de ne souvenir que du jour précédent. Mais le jour où un policier vient sonner à leur porte pour interroger Mark à propos du décès d'une jeune femme dans la rivière près de chez eux, son monde bascule. Claire apprend que Mark la trompait et qu'il a peut-être tué cette femme. Mais dans un monde où chacun écrit ses souvenirs pour les transformer en faits, mener une enquête est une course contre la montre.

Je lis peu de thrillers, principalement parce que je suis une petite nature qui a très vite tendance à mal dormir à la moindre intrigue stressante. Mais j'ai été intriguée par ce premier roman et très enthousiaste à l'idée de le découvrir
Et j'ai rudement bien fait ! Felicia Yap entraîne son lecteur dans cette dystopie avec brio. La narration alternée permet au lecteur de suivre quatre personnages - le couple de Claire et Mark, mais aussi Sophia, la victime, et Hans Richardson, l'inspecteur en charge de l'enquête - et de progresser pas à pas avec ces personnages dans l'intrigue.  Celle-ci avance à bon pas, sans temps mort, au rythme de l'enquête que Hans - mono caché sous les traits d'un duo pour espérer une promotion - tente de boucler en une journée.
La psychologie des personnages est bien léchée et évite les caricatures ordinaires et l
'écriture cinématographique offre à l'ensemble un aspect visuel fort intéressant
Tout l'intérêt du roman réside dans cette question de mémoire à très court terme et ses conséquences. L'auteure maîtrise son sujet et a pensé à tous les aspects de sa dystopie. Comment les souvenirs sont consignés, comment les convoquer à nouveau, etc. Les clivages entre monos et duos sont là, dénonçant l'intolérance des seconds à l'égard des premiers, jugés inférieurs. La question de la tolérance et du vivre-ensemble est abordée en finesse et en cette époque troublée, arrive à point nommée.
C'est bien simple : je n'ai pas pu décrocher de ma lecture une fois commencée ! Le dénouement, inattendu et plein de rebondissements, clôt ce roman de façon parfaite. En bref, une petite réussite que j'ai déjà commencé à conseiller autour de moi ! Un grand merci aux éditions Harper Collins pour la découverte de ce thriller ô combien haletant.

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