Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

29 avril 2017

Un traître idéal, John Le Carré

Un traître idéal, John Le CarréUn traître idéal - paru initialement sous le titre français Un traître à notre goût - est un roman d'espionnage écrit par le britannique John Le Carré publié en 2011 aux éditions du Seuil. Il est l'objet d'une adaptation cinématographique réalisée par Susanna White en 2016.

En vacances dans les Caraïbes, Gail et Perry, jeune couple britannique, fait la connaissance d'une famille russe atypique. Séduit par leur droiture et leurs valeurs, Dima, le patriarche, les invite à une réception au cours de laquelle il leur demande leur aide : spécialisé dans le blanchiment d'argent sale que la mafia russe investit en Europe, il souhaite entrer en contact avec les services secrets britanniques pour passer un accord avec eux. En échange de renseignements, il souhaite obtenir le droit d'asile sur le sol britannique pour sa famille et lui, échappant à une réorganisation de la mafia qui le condamne à une mort certaine. Gail et Perry se retrouvent alors à jouer les intermédiaires entre la mafia et les services secrets.

Plus habituée aux films d'espionnage qu'aux romans d'espionnage, j'ai voulu me familiariser avec le genre en piochant un titre d'un grand nom, mondialement connu pour L'Espion qui venait du froid et La Constance du jardinier. 

Construction narrative savamment orchestrée - divisée en quatre lieux, autant d'étapes de l'opération secrète -, personnages à la psychologie soignée, dialogues savoureux, suspense brillamment distillé, John Le Carré mérite largement ses lettres de noblesse ! Dénonçant dans son intrigue la corruption des élites et les manoeuvres financières des grands qui font peu cas des conséquences, il plonge le lecteur au coeur d'un scandale financier de grande envergure impliquant des politiciens et des avocats renommés. L'intrigue avance à bon pas, enferrant son lecteur dans les méandres des subtilités des services secrets et les personnages se révèlent dans toute leur complexité. L'ensemble se dévore d'une traite, pour connaître au plus vite son dénouement. 

Mais si Un traître idéal est un roman d'espionnage réussi et très efficace, il ne m'a pourtant pas séduite autant que je l'expérais. Une fois la dernière page tournée, j'ai compris que je préfère largement ce type d'histoire sur grand écran plutôt qu'en papier... 

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23 mai 2014

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson

Dans les forêts de SibérieDans les forêts de Sibérie est un essai de l'écrivain et voyageur Sylvain Tesson paru en 2011 chez Gallimard et couronné du Prix Médicis la même année. 

Six mois seul dans une isba au bord du lac Baïkal. Coupé du monde, seul face à lui-même et dans l'immensité sibérienne. Voilà le défi que s'est lancé Sylvain Tesson en 2010. Pour regarder la vie différemment. Pour réapprendre la simplicité et se réapproprier la notion de liberté. Dans les forêts de Sibérie est son journal de bord.

Éloge de la lenteur et de la contemplation, cet essai est à la fois une expérience humaine intense et une lecture fascinante. Le choix de Sylvain Tesson de se retirer du monde pour mieux l'analyser est sage, certes, mais sa manière de le faire dénote d'une force de caractère inouïe qui frôle parfois l'inconscience.  
De cette quête tournée vers soi et vers le monde naît une réflexion des plus intéressantes. Sylvain Tesson s'interroge. Sur le monde, certes, mais aussi sur la notion de liberté, de bonheur, de temps. Et le lecteur, au fil des pages, entre dans la solitude de l'auteur pour mieux la contempler, à ses côtés. 
Chaque jour amène son lot de nouveautés, de réflexion. De doutes, aussi. Surtout. Car Sylvain Tesson entreprend un réel travail introspectif qui remet tout en cause. Quitte à y perdre beaucoup. Comme l'amour de la femme qu'il aime. Et c'est tout en pudeur qu'il évoque ces moments-là, sans jamais se départir de son projet fou. C'est émouvant, extrême aussi - à la hauteur du nombre incalculable de litres de vodka qu'il ingurgite ! - et pourtant, chaque phrase suinte une authenticité remarquable. Pour ce voyageur intrépide, la solitude et l'inaction sont contre-nature. Mais c'est dans cette expérience qu'il parvient à trouver une certaine forme de sérénité. 
Je me suis glissée dans l'isba, doucement, à ses côtés. J'ai regardé la neige tomber avec lui. Tremblé quand un ours s'approchait de la cabane. Souffert par empathie des longues marches dans la neige pour atteindre la première habitation. Patienté dans ce temps qui s'étire et cette lenteur qui prend le pas sur tout. Été émue, enfin, par tant de beauté.   
Conquise, c'est certain. Emphatique, je pourrais l'être, sans fin, sur cet essai très poétique. Mais je préfère vous livrer un florilège de citations qui m'ont chamboulée au fil des pages. Comme si j'avais, le temps de cette lecture, remis moi aussi le temps et la solitude à leur juste place.

"J'ai connu l'hiver et le printemps, le bonheur, le désespoir et, finalement, la paix." (p.9)

"Se lever de son lit demande une énergie formidable. Surtout pour changer de vie. Cette envie de faire demi-tour lorsqu'on est au bord de saisir ce que l'on désire. Certains hommes font volte-face au moment crucial. J'ai peur d'appartenir à cette espèce." (p.23)

"J'admire les gens mutiques, je m'imagine leurs pensées." (p.23)

"Quand on se méfie de la pauvreté de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres : on pourra toujours remplir son propre vide." (p.32)

"Il suffisait de demander à l'immobilité ce que le voyage ne m'apportait plus :  la paix." (p.41)

"Un jour, on est las de parler de "décroissance" et d'amour de la nature. L'envie nous prend d'aligner nos actes et nos idées. Il est temps de quitter la ville et de tirer sur les discours le rideau des forêts." (p. 43)

"Marcher sur la neige, c'est ne pas supporter la virginité du monde." (p.45)

"La cabane est un laboratoire. Une paillasse où précipiter ses désirs de liberté, de silence et de solitude. Un champ expérimental où s'inventer une vie ralentie." (p.49)

"Au réveil, mes journées se dressent, vierges, désireuses, offertes en pages blanches. Et j'en ai par dizaines en réserve dans mon magasin. Chaque seconde d'entre elles m'appartient. Je suis libre d'en disposer comme je l'entends, d'en faire des chapitres de lumière, de sommeil ou de mélancolie. Personne ne peut altérer le cours de pareille existence. Ces jours sont des êtres d'argile à modeler. Je suis le maître d'une ménagerie abstraite." (p.51)

"Une fois ankylosé dans la graisse du conformisme et enkysté dans le saindoux du confort, on est mûr pour l'appel de la forêt." (p.159)

"Penser qu'il faudrait le prendre en photo est le meilleur moyen de tuer l'intensité d'un moment." (p.194)

"Il est bon de savoir que dans une forêt du monde, là-bas, il est une cabane où quelque chose est possible, situé pas trop loin du bonheur de vivre." (p.288)

"Ici, j'ai demandé au génie d'un lieu de faire la paix avec le temps." (p.289)

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18 avril 2013

Le canapé rouge, Michèle Lesbre

Le canapé rouge, Michèle LesbreLe canapé rouge est le dixième livre de la romancière française Michèle Lesbre paru aux Éditions Sabine Wespieser en 2007 et en poche chez Folio en 2009.

Anne file à Irkoutsk retrouver un homme qu'elle a aimé. Dans le transsibérien qui la conduit en Russie, la jeune femme ne peut empêcher ses pensées de vagabonder vers Clémence, sa voisine âgée et isolée à qui elle fait la lecture de biographies de grandes dames. Entre son voyage vers son amour perdu et cette amitié fragile avec cette femme fascinante, Anne se perd un peu pour mieux se trouver.

Voilà un roman que L'Or des Chambres avait encensé et auquel je n'ai pas su résister bien longtemps.
Michèle Lesbre nous transporte aux côtés de son personnage dans une quête à la fois personnelle et tournée vers l'autre. La nature défile derrière les vitres du train et avec elle les souvenirs de l'heroïne. Son enfance, ses amours, puis les souvenirs de son amitié avec Clémence et son attachement à la vieille dame bousculent les pensées d'Anne et semblent l'éloigner du but premier de son voyage : retrouver cet homme qu'elle a tant aimé.
La plume de Michèle Lesbre nous transporte en douceur dans ce voyage intérieur. En 138 pages seulement, la romancière parvient avec brio à insuffler à son roman une atmosphère singulière et attachante.
Un roman à lire d'une traite, d'un souffle. Pour voyager au diapason de l'héroïne. Merci L'Or de ce conseil de lecture, j'ai été conquise !

"De longues traînées de brume s'enroulaient autour des troncs d'arbres et les bois semblaient émerger d'un rêve. Par endroits, une lumière fragile ourlait l'horizon, points de suspension lumineux qui couraient avec le train et traçaient les limites au-delà desquelles plus rien n'existait." (p.55)

"Penser à elle dans mon hôtel de transit me ravissait, j'avais très envie de la revoir, vite, de lui conter mon étrange voyage, sans doute le plus étrange de tous mes voyages, parce que plus que tous les autres il m'avait sans cesse ramenée à ma vie, à la simple vérité de ma vie." (p.82)

 

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29 novembre 2010

Clara Militch, Ivan Tourguéniev

claraVoici une nouvelle qui m'a attiré l'œil par sa couverture très accrocheuse (c'est  pourtant rare que je succombe à cet argument !) et qui m'a permis de découvrir Tourguéniev. Parfait !

Jacques Atarov, un jeune homme de vingt-cinq ans timide et peu sociable, rencontre un soir dans une soirée mondaine une jeune actrice du nom de Clara Militch. Lorsque celle-ci tente de lui parler en tête-à-tête, le jeune homme maladroit la repousse.
Malgré sa culpabilité, il oublie peu à peu la jeune femme, jusqu'au jour où il apprend le suicide de Clara, que certains mettent sur le compte d'un chagrin amoureux. Le jeune
homme, fou de douleur,  va alors tenter de comprendre cette femme et les raisons qui l'ont poussée à se donner la mort.

Courte nouvelle très agréable à lire, Clara Militch est l'histoire d'un amour impossible par-delà la mort. Tourguéniev entraîne son lecteur dans cette intrigue à la fois simple et bien menée. Les personnages ont la naïveté et la fraîcheur de la jeunesse qui rend leur histoire à la fois tragique et empathique.
Une très bonne lecture, encore une fois avec cette collection, qui me permet de découvrir un auteur que je n'avais jamais lu et ajouter certains de ces livres à mes lectures futures !

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Une lecture de plus pour le Challenge 2 euros de Cynthia et pour le Défi "Une année en Russie" de Pimpi.

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10 mars 2010

La Princesse Ligovskoï, Michel Lermontov

9782070398676FSUne lecture de plus dans le Défi Une Année en Russie, organisé par Pimpi. Elle n'était pas prévue au programme (j'ai Crime et Châtiment sur le feu...) mais je suis tombée sur ce folio 2 euros par hasard, et j'ai été attirée par la couverture....

Saint-Pétersbourg, 1833. Georges et Vièrotchka se sont aimés puis perdus de vue dans d'obscures circonstances... Devenue la Princesse Ligovskoï suite à son mariage, Vièrotchka accompagne son mari à Saint-Pétersbourg où son ancien amant et fiancé, devenu un jeune officier de la Garde, demeure. Leurs retrouvailles ne les laissent pas indemnes...

Court texte de Michel Lermontov, La Princesse Ligovskoï est un roman inachevé. Assez frustrant donc de ne pas savoir ce qu'il advient des deux héros, mais un pari que l'on prend en ouvrant ce livre. Difficile donc d'en dire beaucoup sans trop dévoiler l'intrigue.
La plume est très fluide et se lit avec aisance. Les phrases, longues, très ponctuées et souvent très imagées, invitent à la rêverie. Le narrateur nous entraîne avec malice dans cette histoire.
Une plongée dans la société pétersbourgeoise des années 1830 très agréable, portée par l'étiquette et les conventions de l'époque. Une intrigue bien menée, prélude à un roman qui aurait pu être très prometteur...
Un très bon moment de lecture, très rapide.

"Il savait qu'il est facile de faire parler de soi, mais il savait aussi que le monde ne s'intéresse pas deux fois de suite à la même personne ; il lui faut sans cesse de nouvelles idoles, de nouvelles modes, de nouveaux romans..." (p.24)

"La pauvrette, pressentant que c'est là son dernier adorateur, s'efforce sans amour, uniquement par amour-propre, de garder le plus longtemps possible le mauvais sujet à ses pieds... en vain : elle s'englue de plus en plus - et finalement... hélas... après cette période il ne reste que les rêves d'un mari, de n'importe quel mari... rien que des rêves." (p.44)

"Oh ! Les dames étaient le véritable ornement de ce bal, comme de tous les bals possibles !... Que d'yeux étincelants et d'étincelants brillants, que de lèvres roses et de roses rubans... merveilles de la nature et merveilles du magasin de modes... ravissants petits pieds et souliers merveilleusement petits, épaules marmoréennes et fards français de première qualité, phrases sonores empruntées  au roman à la mode, bijoux de location..." (p.116)


46357548_pEt je fais encore une fois d'une pierre deux coups (ça va devenir une habitude !) en inscrivant cette 47287655lecture non seulement dans le Défi Une année en Russie de Pimpi, mais aussi dans le Challenge 2euros de Cynthia !



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10 janvier 2010

La femme d'un autre et le mari sous le lit, Fédor Dostoïevski

9782070356942Inscrite à plusieurs challenges en ce moment (cf. ci-contre), j'ai fait ce matin d'une pierre deux coups en lisant cette nouvelle de Dostoïevski : non seulement elle me permet de commencer mon  Défi "Une année en Russie", organisé par Pimpi, mais en plus je continue mon Challenge 2 euros, initié par Cynthia.

                        russie          2_euros

Dans cette très courte nouvelle - une petite centaine de pages - Ivan Andréiévitch soupçonne sa femme d'adultère et tient à tout prix à la démasquer.
Engoncé dans sa jalousie maladive, il en oublie toute cohérence lorsqu'il rencontre d'autres personnages et en devient incompréhensible.
S'en suit une série de quiproquos qui vont finalement inverser la situation...

D'une lecture très agréable, cette nouvelle est composée essentiellement de dialogues. Ceux-ci s'entremêlent jusqu'à l'inextricable, conduisant le lecteur à une certaine confusion, celle-ci faisant écho à la confusion d'
Ivan Andréiévitch. On ne sait plus qui parle, qui est l'amant et qui est le mari.
Le mari trompé est très comique et toute la nouvelle est finalement très théâtrale.
Les dialogues s'enchaînent, les rôles s'inversent, la méprise règne pour le plus grand plaisir du lecteur.
En revanche, la Russie n'est que le cadre de cette nouvelle et ne donne lieu à aucune description. Aucune indication temporelle ou spatiale n'éclaire le lecteur.
Dostoïevski est concis et va à l'essentiel, et c'est en cela que réside, selon moi, l'intérêt de ce texte.

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14 novembre 2009

Défi "Une année en Russie"

russieEt voilà, à peine arrivée sur la blogosphère, je m'emballe et suis très enthousiaste à l'idée de partager mes lectures avec des accros aux livres comme moi.

Donc en flânant sur le blog Marque ta page
, je me suis inscrite au défi "Une année en Russie".
Je vais très certainement me plonger dans Crime et Châtiment... Et puis je laisse mes envies me guider pour ce défi !!

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