Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

28 août 2017

Le blog fait sa rentrée ! [Bilan de lecture juillet/août 2017]

Après presque deux mois de silence radio, me revoilà à Bouquinbourg, prête à vous parler de ces lectures qui m'ont accompagnée cet été. Un été très rempli, comme vous le savez si vous me suivez ici ou sur Insta - entre Paris, Metz, Toulouse, Bordeaux, l'Angleterre et la Crète - , un été synonyme d'un nouveau déménagement et d'un nouveau départ, mais un été qui a aussi apporté son lot de sombres nouvelles. La perte d'un être cher est venue endeuiller ces journées ensoleillées, déposant un manteau de souffrance et de douleur sur le mois d'août. Je n'en dirai pas plus si ce n'est qu'A. m'était cher et qu'il était un fidèle de Bouquinbourg depuis ses premières heures. Il ne commentait jamais, mais m'envoyait régulièrement des messages privés pour me parler de mes billets, de ses lectures, m'en conseiller certaines, me demander mon avis sur d'autres. Nos discussions littéraires se prolongeaient avec grand plaisir à chaque fois que nous nous voyions et il faisait partie de ces lecteurs dont j'aimais à connaître les impressions de lecture. Il m'avait ainsi largement encouragée à découvrir Le roman du mariage, me disant qu'il avait souvent pensé à moi durant sa lecture et qu'il était certain que je l'apprécierais. Il avait raison... Très récemment, c'est avec Les deux vies de Baudouin que nos lectures se sont croisées et nos impressions recoupées sur cet album poignant et ô combien positif. Bref, c'est avec le coeur lourd que je reviens ici. Mais je reviens car la littérature est justement une des choses qui nous reliait et qu'il aimait. Il n'en demeure pas moins que ces échanges informels, imprévus et précieux autour de la lecture vont me manquer, entre autres...

Cet été a donc été singulier mais la lecture y a trouvé sa place, comme d'ordinaire. Étant beaucoup en vadrouille, c'est mon Kindle que j'ai glissé dans mon sac à dos et qui a été mon complice livresque estival la plupart du temps. Je reviens tout juste chez moi et mon appartement n'est pas encore aménagé mais mes livres ont d'ores et déjà été sortis des cartons pour trouver une place - provisoire - sur mes étagères. En revanche, je suis complètement déconnectée de la rentrée littéraire pour le moment mais je me sens très à l'aise avec cette idée. Je laisse la frénésie éditoriale passer et je viendrai plus tard picorer les pépites qui émergeront, piochées chez les lecteurs qui ont des goûts communs avec moi. 

Mon nouveau chez moi

Bon, parlons peu, parlons bien : qu'ai-je lu cet été, et quelles sont les chroniques qui vont fleurir ici dans les prochains jours ? Petit tour d'horizon de mes lectures estivales qui fera office de bilan de lecture juillet/août. 

Mes lectures de l'été (chroniques à venir rapidement)

** Romans **

 

Romans été

 

** BD **

BD été 1

BD été 2

 ** Bilan **

Vu comme ça, on a l'impression que j'ai lu beaucoup de BD et peu de romans. C'est pas faux (Perceval, sors de ce corps !). Mais en réalité, ma grosse lecture estivale a été le troisième tome d'Outlander, dans lequel je suis toujours plongée du reste (1020 pages tout de même !). J'adore m'immerger dans l'Ecosse du 18e, comme à chaque fois, et j'ai entrecoupé mon immersion par la lecture de la série des Agatha Raisin de M.C. Beaton, des romans rapides grignotés ça et là qui m'ont fait voyager dans les Cotswolds quand j'y étais en chantier.

Bon, il ne faut pas se leurrer, je lis toujours beaucoup moins en été qu'en automne/hiver. Et cet été n'a pas dérogé à la règle. Entre le déménagement, les soirées en tous genres, le catamaran, la planche à voile, le paddle, le kayak, construire un mur en pierres sèches, visiter Oxford et Christ Church, palmer dans la mer Égée, randonner en Crète, jouer au ballon dans la piscine (ah non, soeurette n'a pas voulu...), boire des smoothies sur le roof top, emménager, aller voir des concerts, des feux d'artifice, buller dans un lagon merveilleux, aller manger chez Cyril Lignac, bref, parfois, entre tout ça, j'ai trouvé le temps de lire. Mais pas tout le temps...

Mais la rentrée revient, l'automne aussi et je sais que je vais retrouver mon rythme de lecture habituel. En attendant, j'ai du pain sur la planche avec ces chroniques à rédiger (les brouillons sont déjà faits, ne vous inquiétez pas !). Heureusement que je me suis offert un nouveau joujou ultra rapide pour que bloguer reste un plaisir (ces derniers temps, je méritais une médaille pour ma patience). Le voilà avec mes réceptions en services de presse et les derniers cadeaux de fin d'année reçus lors de mon départ. 

Mes prochaines lectures

Deux mois sans bloguer, et voilà le résultat : un billet fleuve... Vous avez bien du courage si vous l'avez lu jusqu'au bout ! Bon mois de septembre à tous et belles lectures !

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23 janvier 2016

La logique de l'amanite, Catherine Dousteyssier-Khoze,

La logique de l'amanite

Une drôle de lecture que cette Logique de l'amanite de Catherine Dousteyssier-Khoze, publiée en août 2015 chez Grasset et que j'ai eu l'occasion de découvrir grâce aux Matchs de la Rentrée littéraire de Priceminister.

Nikonor est un vieil aristo acariâtre retranché seul dans le château familial en Corrèze. Féru de mycologie, il décide d'écrire ses mémoires avant un face-à-face funeste avec sa soeur jumelle, annoncé dès les premières pages. Alors Nikonor raconte sa vie, se raconte, au fil des pages. De son enfance dans le château familial à ses études de droit à Paris en passant par cette Étrange passion pour la cuisine et les champignons, le vieil homme amer crache son passé avec un humour féroce et un fiel indéniable. Très vite, des disparitions émaillent le récit de cette vie singulière. Le lecteur, pris en otage de cette narration à la première personne, est enrôlé par la parole du vieil homme et entraîné dans ses souvenirs dans un compte à rebours angoissant. Et le doute de s'insinuer...

La logique de l'amanite est un excellent premier roman qui prend littéralement en otage son lecteur. Porté par la voix d'un personnage acariâtre et antipathique à souhait, il dresse un univers silencieux et solitaire dont seul Nikonor rompt le silence. La langue est fine, très fine, l'humour sombre à souhait, Nikonor désagréable au possible, mais le charme opère et le piège se referme peu à peu. J'ai adoré écouter la voix de cet amateur de champignons et de littérature me raconter son histoire.

 

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15 octobre 2015

Magique aujourd'hui, Isabelle Jarry

51DXRzlgBhLMagique aujourd'hui est le dernier ouvrage de la romancière et essayiste française Isabelle Jarry paru en août chez Gallimard.

2050, ou à peu près. Tim est un jeune chercheur qui s'intéresse aux conséquences de la catastrophe de Fukishima sur l'être humain et au cas d'un homme qui a continué à vivre dans la zone contaminée. Mais alors que Tim s'intéresse à l'humain pour son étude, il délaisse la compagnie de ceux-ci au détriment de celle de Today, l'androïde qu'il a acheté à l'origine pour être son assistant. A force de bricolage et de débridage, Tim a transformé Today en machine douée de pensée avec laquelle il adore disserter et s'interroger sur le monde qui l'entoure. Cette relation, jugée trop fusionnelle par les autorités, conduit Tim en cure de déconnexion : une semaine dans une maison de campagne isolée sans réseau ni moyen de communication. Tim va alors s'ouvrir au monde qui l'entoure et le redécouvrir, tandis que Today, livré à lui-même, développe progressivement une forme de personnalité et d'indépendance.

Délicat roman d'anticipation, Magique aujourd'hui s'interroge tout en poésie sur le devenir de l'être humain et de son rapport aux objets connectés. Le personnage de Tim, doux rêveur porté vers le passé qui s'interroge sur l'humanité, cristallise en lui les errances qui sont déjà les nôtres, dans un monde où la communication passe en majorité par l'intermédiaire d'un objet. La dépendance de Tim à Today, son robot, si elle ne nous concerne pas (encore) directement, nous permet de nous interroger sur notre propre rapport aux technologies et ouvre un champ des possibles des plus intéressants.
Fable douce amère dans laquelle le héros doit sa survie métaphorique à une retraite forcée en pleine nature, Magique aujourd'hui est un roman drôle et incisif à la fois qui soulève bien des questions. Et c'est tant mieux !

"L'homme était un enfant qui modelait le réel à l'aune de ses rêves."

"La voix du rossignol s'éloigne
La lumière s'éteint
Magique aujourd'hui.
"
 

4/6 pour le Challenge 1% de la rentrée littéraire organisé par Herisson

et une nouvelle participation au Reading Challenge

35. Un livre qui se déroule dans le futur

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28 septembre 2015

Quand le diable sortit de la salle de bains, Sophie Divry

imageQuand le diable sortit de la salle de bains est le quatrième roman de Sophie Divry paru en août aux éditions Noir sur Blanc.

Lyon. Sophie, trente ans, est chômeuse en fin de droits. Pour cette écrivaine contrainte de demander une aide sociale, la précarité est une épreuve, la faim son quotidien. Alors que la jeune femme peine à boucler son mois avec dix-sept euros et trompe la faim en déambulant dans les rues lyonnaises, elle écrit, dépassée par son imagination et libérée de toute contrainte. Mais entre Hector, son ami fauché obsédé par sa voisine, Lorchus, son démon personnel un tantinet pervers, sa mère légèrement intrusive, voire ses appareils électro-ménager, Sophie peine à garder le contrôle sur son texte...

Je vous l'annonce tout de suite : petit ovni littéraire en vue ! Alors que Sophie Divry m'avait passablement ennuyée avec  La condition pavillonnaire - après m'avoir littéralement charmée avec La cote 400 - j'ai retrouvé avec plaisir sa plume féroce et son humour ravageur. Car point de misérabilisme dans ce roman au sujet pourtant grave et très actuel. Sophie Divry se penche sur la question de la précarité pour mieux se centrer sur l'acte d'écriture et donner à voir une héroïne créatrice qui joue avec les mots et s'affranchit de toute contrainte.

Sophie - l'héroine et non pas l'auteur, quoique les similitudes soient grandes entre elles - se transforme en dompteuse-écrivaine et fait de son quotidien un exercice de style. La faim, comme l'attente de son allocation, sont autant d'occasions de jouer sur les mots, leurs sonorités et de rythmer son récit : "Car la dèche a pour premier effet de vous enfermer en vous-même, de vous détenir dans vos misérables dilemmes, de vous enclore dans vos carencées méditations, vous contenir dans vos stressées spéculations, vous limiter dans conscience affamée, vous emmurer dans votre moral pressurisé..."  

L'ensemble est un petit bijou littéraire, syntaxique et stylistique mais pas que. Une réelle bouffée d'air frais hors des sentiers battus. Un roman d'une drôlerie sans nom (je vous laisse imaginer, lorsque Lorchus, le démon pervers de Sophie, s'empare de la narration, ce qui sort de sa bouche et quelle forme prend le texte...  au sens propre !) Un roman qui permet à Sophie Divry de laisser éclater tout son talent à travers la plume de son personnage. Il serait bien dommage de passer à côté de ce texte en cette rentrée littéraire et de ne pas continuer à suivre de (très) près cette jeune auteure...

" Une tristesse propre et sèche m'accabla. A la radio, un homme politique disait vouloir réindustrialiser la France. Combien de temps encore à me débattre dans ce monde emmuré ? "

"Dans un souffle long comme le destin, (le vent) emporta les farfadets et les soirées crêpes ; les boiseries se fendirent, les cheminées disparurent, les miroirs s'effacèrent, les chevaux s'échappèrent du pré, les chênes et les pins chutèrent avec fracas ; la terre trembla plus fort, mes frères grandirent ; disparurent les chasses au trésor, les petites souris de la dent de lait, les pics épeiches et les choucas ; les baisers de ma mère ne parvinrent plus à guérir ma fièvre adolescente, sa beauté se fana, ma grand-mère mourut ; la nuit, les chouettes ne hululaient plus, à la place j'entendais le bruit de la circulation sur la route départementale. Quand la terre eut fini d'absorber la larme de mon père, les barrières du parc qui ceignaient mon enfance s'étaient effondrées."

"Et si je ne suis plus capable aujourd'hui de me mettre dans de tels états, car, la vie avançant, le coeur apprend à se mouvoir plus lentement vers ce qui le peine, je sais que la pauvreté vous rend plus sensible que l'aisance." 

"Je n'aime pas les hommes qui ne regardent pas par le hublot en avion ; je n'aime pas les hommes qui vous touchent uniquement quand ils veulent baiser ; je n'aime pas les hommes qui font de la photo, Tu fais quoi, toi ? Moi, je fais de la photo ; je n'aime pas les hommes qui allument la télévision dès le matin ; je n'aime pas ceux qui ont des petits rituels ; je n'aime pas les hommes tristes, je n'aime pas les illuminés ; je n'aime pas les lourdauds qui bavent sur vos seins ; je n'aime pas les hommes qui vous expliquent la genèse de leurs allergies ; je n'aime pas les hommes qui toussent tout l'hiver ;..."

Une vidéo de Sophie Divry qui présente son roman

3/6 pour le Challenge 1% de la rentrée littéraire organisé par Herisson

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14 septembre 2015

Le crime du Comte Neville, Amélie Nothomb

imageLe crime du comte Neville est le dernier roman d'Amélie Nothomb paru en août chez Albin Michel.

Le comte Neville est certes propriétaire du Pluvier, un château reçu en héritage, il n'en demeure pas moins qu'il est ruiné et incapable de continuer à l'entretenir. Mais dans le milieu qui est le sien - la noblesse - le paraître l'emporte sur le reste, et  la famille s'est longtemps privée, en vain, pour continuer à donner le change. Contraint de vendre son château, le comte décide de donner une dernière garden-party, fastueuse et inoubliable, pour le prestige de sa famille, et ce, même si la soirée implique bon nombre de sacrifices. Mais lorsqu'une voyante lui annonce qu'il tuera un invité lors de cette fête, le comte s'effondre. Un meurtre ? La pire infamie dans son milieu qui vaudra aux siens une exclusion irrévocable ? Le comte ne peut le supporter. Sa cadette Sérieuse lui propose alors un étrange marché...

Dix ans que je n'avais pas ouvert un Amélie Nothomb (je me suis arrêtée  à Acide Sulfurique), c'est dire. Mais en cette rentrée littéraire, attirée par le résumé, j'ai plongé dans les 144 pages de ce roman avec curiosité. 

L'impression qui en ressort est que la romancière belge semble décliner ses thèmes de prédilection au fil de ses romans, offrant à l'ensemble un air de déjà-vu, ou tout du moins de partie composant un tout. L'adolescence et ses problèmes, le mal-être, la laideur, le vice, sont autant de thèmes qui ressortaient déjà de ses romans il y a dix ans. Dire que je n'ai pas aimé cette lecture est un peu fort, mais disons que je l'ai prise comme un conte en hommage au Crime de lord Arthur Savile d'Oscar Wilde - auquel le comte Neville fait référence. Le roman se lit à une vitesse vertigineuse, l'intrigue se met en place en quelques lignes, et le lecteur d'attendre cette fameuse garden-party pour connaître le dénouement. Une lecture divertissante  avec un petit quelque chose de suranné propre au milieu social des personnages. Un roman d'Amélie Nothomb tous les dix ans, c'est peut-être ce rythme qui me permet de les apprécier.

2/6 pour le Challenge 1% de la rentrée littéraire organisé par Herisson

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13 septembre 2015

Les Eaux troubles du mojito et autres belles raisons d'habiter sur terre, Philippe Delerm

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Les Eaux troubles du mojito est le dernier recueil de nouvelles de l'écrivain français Philippe Delerm paru en août aux éditions du Seuil.

La saveur douceâtre de la pastèque, l'ambiance du jardin du Luxembourg, les cadenas du Pont des Arts ou encore le plaisir de déguster un mojito, Philippe Delerm invite son lecteur à profiter de ces petits plaisirs du quotidien qui colorent la vie, tout en soufflant un vent de nostalgie et de mélancolie sur ces moments à part...  

J'aime les textes de Delerm, leur poésie souvent, leur nostalgie, parfois, leur beauté constante. J'avais retrouvé mes racines dans Quiproquo, m'étais régalée à la lecture de Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables, et avais ri franchement avec Je vais passer pour un vieux con.

Et si j'ai ouvert ce nouveau recueil avec beaucoup de plaisir, j'avoue ne pas avoir trouvé ce que j'aime d'ordinaire chez Delerm. Une certaine poésie, une émotion qui se dégage des textes, des rires fréquents. J'ai lu d'une traite les quarante nouvelles très courtes qui composent ce recueil mais j'y suis restée insensible. La plume de Delerm est belle mais beaucoup moins poétique que dans ses autres textes. Peut-être que mes goûts ont changé et que je suis moins perméable aux histoires douces amères de Delerm ? Ou peut-être que la mécanique se rouille d'elle-même et use les lecteurs fidèles ? Allez savoir...

Une lecture en demi-teinte, sans conteste, mais qui me permets de débuter mon challenge Challenge 1% de la Rentrée littéraire qu'organise Herisson ! Le principe est simple : lire 1% des 589 romans parus entre mi-août et mi-octobre cette année, soit 6 romans, avant le 31 juillet 2016 

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12 mars 2015

La condition pavillonnaire, Sophie Divry

La condition pavillonnaire, Sophie DivryLa condition pavillonnaire est le dernier roman de Sophie Divry paru en août 2014 aux éditions Noir sur Blanc.

 M.-A. a une vie très conventionnelle. Mariée, mère de deux enfants, propriétaire de sa maison, elle a tout ce qu'elle souhaitait. Et pourtant... Et pourtant elle est malheureuse. Vide. Insatisfaite de cette existence sans vague dans laquelle elle semble se noyer. Alors M.-A. s'essaye dans différentes directions : humanitaire, adultère, yoga, mais aucun de ces loisirs ne remplit le vide de son existence.

Autant j'avais dévoré et adoré La cote 400 de cette même auteure, autant j'ai été déroutée par ce nouveau roman. J'ai eu beaucoup de mal à éprouver de l'empathie pour cette femme à qui la vie a donné tout ce qu'elle souhaitait. Cette femme que l'existence a épargnée.      
J'ai éprouvé une forme d'agacement à la lecture de son ennui chronique, de son insatisfaction métaphysique. Emma Bovary sourd derrière cette héroïne du 21e siècle, mais pour autant je n'ai pas été séduite par le récit de cette vie aux contours lisses et dans laquelle M.-A. s'enlise.     
Le lecteur suit ses différentes tentatives pour échapper à son ennui et se doute qu'aucune ne réussira à la sortir de son impasse.     
Difficile d'expliquer pourquoi je n'ai pas adhéré à ce roman pourtant bien écrit et à la construction intéressante. Peut-être parce que le sujet très actuel tend à m'agacer et que mon empathie légendaire s'est effilochée et qu'il ne m'en restait plus, lors de ma lecture ? En tout cas Sophie Divry réussit à dépeindre un personnage vraisemblable, victime de ce qui semble être le mal du siècle. Reste à savoir si vous avez assez de patience pour écouter le récit de son insatisfaction...

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19 janvier 2015

Mes lèvres sont mortes à minuit, Arièle Butaux

Mes lèvres sont mortes à minuit, Arièle ButauxMes lèvres sont mortes à minuit est le dernier roman de la pianiste et altiste de formation Arièle Butaux paru aux éditions Écriture en octobre 2014.

Malika est femme de ménage dans un appartement parisien dans lequel elle n'a strictement rien à faire. Chez Paul et Laura, tout est blanc, immaculé, impeccable, à l'image des monochromes que peint Paul et des vêtements de Laura.
Mal à l'aise face à tout ce blanc et cette propreté extrême, Malika s'interroge sur cette obsession. Mais le jour où une tâche de sang vient souiller la moquette du salon - et par là-même la pureté de cette vie bien rythmée - les apparences s'effritent et Malika voit l'équilibre du couple s'effondrer.

Sous le charme de ce titre très poétique et intriguée par la quatrième évoquant un huis clos des plus glaçants, je me suis plongée avec plaisir dans ce drame psychologique, pensant être happée par le suspense et tourner les pages de plus en plus vite pour en connaître le dénouement.
Mais si j'ai effectivement tourné très rapidement les pages, ce n'est pas tant grâce à la tension grandissante que pour vérifier que l'hypothèse que j'avais au quart de l'intrigue n'était pas la clé du mystère. Malheureusement si... Et pourtant je ne suis pas des plus perspicaces pour découvrir les détails retors des drames psychologiques. Quelle déception !
Porté par une plume insipide et sans saveur, Mes lèvres sont mortes à minuit est un texte qui s'oublie aussi vite qu'il se lit. C'est bien dommage. Il y avait tant à faire avec l'idée de départ...
Bref, une lecture à côté de laquelle je suis complètement passée et qui ne m'a pas donné envie de découvrir le texte qui suivait, intitulé Le choix du Roi.

Je tiens néanmoins à remercier Pauline de Langage&Projets et les éditions Écriture.

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14 janvier 2015

La nuit de Bombay, Michèle Fitoussi

La nuit de BombayLa nuit de Bombay est un essai de la journaliste Michèle Fitoussi paru en septembre 2014  aux éditions Fayard.

26 novembre 2008. Bombay est la proie d'une série d'attentats commandités par des terroristes islamistes. 165 personnes y perdent la vie. Parmi eux, Loumia Hiridjee, créatrice de la marque de lingerie Princesse tam.tam.
A Pondichéry à ce moment-là et en route pour la rencontrer, Michèle Fitoussi est sous le choc.
Après deux ans de recherches et de rencontres avec les proches de Loumia, elle livre ici un vibrant hommage à cette femme au parcours hors du commun et au destin tragique. 

Ouvrir La nuit de Bombay, c'est tout d'abord plonger dans la vie de Loumia et la success stroy de la marque de lingerie qu'elle a créée avec Shama, sa soeur. Michèle Fitoussi rend hommage à cette créatrice de génie, cette femme d'affaire que rien ne destinait à un tel succès et en dresse un portrait haut en couleurs. Loumia est vibrante, pétillante, sous la plume de celle qui l'a rencontrée quelques fois, et le lecteur a l'impression de la voir naître et s'émanciper des mots de Michèle Fitoussi pour exister sous ses yeux. C'est beau. C'est tragique aussi, vu le postulat de départ, mais en cela Michèle Fitoussi excelle dans son hommage à celle qu'elle aurait voulu connaître davantage.
Mais ouvrir La nuit de Bombay, c'est aussi s'immerger dans un flot d'émotions. Celles de l'auteure, tout d'abord, qui tente de comprendre la vie de Loumia. En allant à la rencontre de ses proches, de ses amis, en allant sur les terres de son enfance, elle mène un réel travail d'enquête qui vise à enrichir son propos et lui offre une légitimité certaine. 
Ce sont les émotions suscitées par cette lecture, ensuite. Malgré un ton qui évite tout pathos, le sujet est grave, lourd, et l'auteure impliquée émotionnellement.  Le lecteur avance pas à pas, en sa compagnie, vers l'innomable. Vers l'indicible. Il le sait d'avance, en ouvrant ce livre, mais la gradation du récit vers ce point de rupture qu'est la série d'attentats du 26 novembre 2008, entraîne un flot d'émotions difficile à maîtriser. Et l'auteure, malgré la distance qu'elle souhaite mettre avec l'événement pour en rendre compte, semble éprouver des difficultés à avancer elle aussi dans son récit.
Michèle Fitoussi signe ici un hommage très émouvant. On sent derrière tout ce travail une volonté de partir à la rencontre d'une autre, certes, mais aussi une tentative d'expliquer l'inexpliquable pour mieux le digérer.
Pour ma part, j'ai été très émue par cette lecture. Par le parcours incroyable de cette femme - et je pèse mes mots -, par sa complicité avec sa soeur et leur complémentarité, par sa disparition, évidemment. Il y a de l'identification de ma part, c'est certain, pour la complicité entre ces deux soeurs. Et c'est peut-être ce qui m'a le plus émue finalement.
J'ai refermé ce livre bouleversée. Avec l'étrange impression d'avoir rencontré Loumia, cette femme incroyable et protéiforme, qui vit encore grâce aux souvenirs que les gens ont d'elle.

"Certains m'ont fermé la porte. Je n'ai pas insisté. Nous avons tous nos douleurs, nos mystères, nos raisons de nous taire. L'amitié, l'affection, la fidélité l'ont emporté chez les autres, qui ont bien voulu me parler. Chacun avait sa Loumia en tête. Elle ne coïncidait pas toujours. Et puis, par petites touches, son portrait s'est dessiné, complexe et dense, lumineux et parfois sombre." (p.37)

"C'est sans doute parce que cette histoire raconte celle de deux soeurs, dont l'une ne sera plus jamais là pour l'autre, qu'elle me bouleverse à ce point." (p.79)

"Ce nom est un concentré de ce qu'elles sont et de ce qu'elles aspirent à devenir. Princesse tam.tam contient tout à la fois : l'Inde, l'Afrique, le métissage, l'exotisme, l'exil, l'identité, le décalage, l'ambition, la réussite, l'humour, la musique, la danse, le cinéma, la beauté. Et la féminité juvénile, entre contre de fées et bande dessinée." (p.113)

"Encore une fois, je ralentis mon récit. Je parle des autres, pour éviter de parler d'eux. J'ai trop peur de ce qui va suivre." (p.303)

L'avis de L'Irrégulière sur ce récit. Un grand merci à Dominique et aux éditions Fayard pour ce livre.

10906451_613545512106612_7981170696396259077_nVoici ma première participation au Reading Challenge 2015, et pour plusieurs points :

9 - Un livre écrit par une femme
13 - Un livre qui se passe dans un autre pays
14 - Un livre qui n'est pas une fiction
19 - Un livre qui se fonde sur une histoire vraie

***

Une chronique une semaine après l'horreur qui a frappé Charlie Hebdo.
J'aurais aimé participer à la BD du mercredi consacrée aux grands dessinateurs disparus lors de ce mercredi noir mais tous les exemplaires de leurs oeuvres étaient empruntés à ma bibliothèque. Alors je participe avec ce billet. Pour ne pas oublier les événements tragiques de Bombay le 26 novembre 2008, comme nous ne pourrons oublier le 7 janvier 2015. Les mots me manquent pour en parler davantage.


***

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30 décembre 2014

Retour à Little Wing, Nikolas Butler

Retour à Little WingRetour à Little Wing est le premier roman de l'américain Nikolas Butler publié en août 2014 aux éditions Autrement. 

Lee, Ronny, Kip et Hank. Quatre amis qui ont grandi ensemble à Little Wing, petite bourgade du Wisconsin. Certains en sont partis, d'autres sont restés. L'un est fermier, l'autre chanteur, le troisième ancien courtier, tandis que le quatrième, depuis un accident de rodéo, n'est plus tout à fait lui-même.   
Pour l'heure, les retrouvailles ont sonné à l'occasion du mariage de Kip. Mais malgré leur passé commun, les quatre hommes sont aujourd'hui bien différents dans leur façon d'appréhender leur vie et le monde. Et si l'amitié et les souvenirs restent leur point d'ancrage, la vie et ses surprises rendent parfois bien difficile la compréhension et la communication.

Quelle lecture... Ce roman est une petite merveille d'une fraîcheur inouïe. Et pourtant, ceux qui me connaissent bien savent que la littérature américaine n'est pas celle vers laquelle je me tourne d'ordinaire spontanément. Mais j'ai bien fait de passer outre et de sortir de ma zone de confort pour partir à la rencontre de ce petit bijou littéraire.   
Ode à la vie et à l'amitié, Retour à Little Wing entraîne son lecteur dans le microcosme de cette petite ville américaine perdue au fin fond du Wisconsin. Le temps semble s'y être arrêté. Les habitants comme condamnés à y rester.    
La narration à plusieurs voix - chacun des quatre personnages prend à tour de rôle en charge une partie de l'histoire - offre une dimension très intime et personnelle au récit. Chacun y va de son souvenir, de son anecdote. De ses blessures, aussi. De ses rancoeurs, parfois. Au lecteur d'accompagner tout ce petit monde qui gravite autour de cette ville imaginaire. Entre ceux qui sont restés et ceux qui reviennent, après des années, le fossé est là. Sauront-ils le combler ?    
L'émotion est au rendez-vous de ces souvenirs évoqués, de ces querelles du passé, de ces erreurs de chemin. Personne n'est épargné, ni Lee, le chanteur adulé, ni Hank, le paisible fermier, ni Ronny, ancienne star du rodéo aujourd'hui diminué, ni Kip, un peu trop calculateur. L'amitié est forte, entre ces quatre personnages, et il en faut une sacré dose pour surmonter des présents aux réalités multiples.    
Nikolas Butler signe ici un excellent premier roman au rythme parfait et 
dans lequel on plonge sans hésitation. Pour ma part, je suis encore hantée par les personnages et l'ambiance singulière de cette histoire, quelques semaines après ma lecture.

D'autres avis : Clara, Estellecalim, Jérôme, Jostein KathelMimipinsonSandrine, Tiphanie, etc.

"Nous étions unis par le sentiment d'être différents de notre milieu et aussi peut-être par un sentiment de supériorité par rapport à l'endroit qui nous avait formés. En même temps, nous étions épris. Épris d'être les rois d'une petite ville, perchés sur ces tours abandonnées, dominant notre avenir, en quête de quelque chose - du bonheur peut-être, de l'amour, ou de la gloire." (p.88)

"Chez nous, c'était un foyer. Un nid. Un endroit dans lequel ont et on aime. Il est parfois utile d'espionner la vie des autres. Pour moi, en tout cas, ça m'avait fait réaliser combien j'aimais ma vie." (p.125)

"Chantez comme si vous n'aviez aucun public, chantez comme si les critiques n'existaient pas, chantez votre ville natale, chantez le grand bal du lycée, chantez les cerfs, chantez les saisons, chantez votre mère, chantez les tronçonneuses, chantez le dégel, chantez les rivières, chantez les forêts, chantez les prairies." (p.232)

"Hank m'a alors serré dans ses bras et je me suis remis à pleurer, mais il m'a serré si fort - on aurait dit qu'il avait juré de me briser les côtes - que j'ai compris qu'il ne me lâcherait pas avant que j'arrête de pleurer. J'ai aussi compris quel type de père il était, quel type de mari et d'homme il était. J'ai compris qu'il était plus fort que moi, meilleur que moi." (p.245)

J'ai lu ce roman dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire de Priceminister. Merci Oliver et toute l'équipe pour l'organisation !

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