Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

29 novembre 2017

L'adoption T.2 La Garua, Zidrou et Monin

L'adoption T La Garua est le second tome de L'adoption, dyptique imaginé par Zidrou et mis en dessin par Monin. Il est paru en mai 2017 aux éditions Bamboo. 

A la fin du premier tome, la belle histoire d'adoption de la petite péruvienne Qinaya, volait en éclat, laissant en souffrance sa famille d'adoption française, et notamment Gabriel, ce retraité aigri que les sourires de la petite avaient longtemps laissé de marbre. Ce second tome se déroule dix-huit mois plus tard, alors que Gabriel décide de partir en Amérique du Sud retrouver celle qu'il considère désormais comme sa petite-fille. Mais les retrouvailles ne vont pas se dérouler comme il s'y attendait.

J'avais adoré le premier tome et je me suis plongée dans ce second pour connaître le dénouement de cette histoire attendrissante et émouvante à souhait. L'intrigue nous entraîne au Pérou, le pays prenant vie avec les dessins toujours parfaits de Monin, à la fois ronds et colorés.
Mais cette conclusion entraîne le lecteur là où il ne s'attendait pas. Zidrou évite toute facilité en prévenant son lecteur de façon liminaire. Ici, pas de happy end. Parce que dans  la vie, les histoires qui se terminent bien sont rares. Traduction : lecteur, si tu ouvres ces pages, attends-toi à ne pas être ménagé. Un dyptique que je vous conseille très fortement. A bon entendeur...

Les chroniques de Caro, Jerome, Noukette  et  Un amour de BD.

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BD de la semaine saumon

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31 mai 2017

Triangle rose, Michel Dufranne, Milorad Vicanovic-Maza

Triangle roseTriangle rose est un album écrit par Michel Dufranne et mis en dessins par Milorad Vicanovic-Maza paru en septembre 2011 dans la collection Quadrants chez Soleil.

Pour un devoir qu'il a à rendre, un lycéen rend visite à son grand-père, un homme taciturne et peu amène. Celui-ci lui révèle qu'il était allemand, et qu'il a été déporté à cause de son homosexualité. S'ensuit le récit de ces années de guerre et de souffrances.

Je lis à intervalles réguliers des textes sur cette période, et je n'en avais jusqu'alors jamais lu s'intéressant à la question de la déportation des homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale. Cet album m'a permis de réparer cet impair.

Si le dessin est de facture classique, il n'en demeure pas moins efficace. Les couleurs sombres du passé - le présent est en couleurs - semblent faire écho aux heures noires de l'Histoire. Le texte est cru, les scènes parfois violentes, les insultes choquantes, mais l'ensemble permet de rendre compte de la cruauté et la violence qui sévissaient à l'encontre des homosexuels en Allemagne à cette époque, au nom du paragraphe 175 du Code Pénal (paragraphe aboli seulement en 1994 !).

J'ai découvert une partie de l'histoire que je ne connaissais pas (l'album se fondant sur des faits, sous un vernis de fiction) et certains détails me sont apparus avec horreur : les déportés n'avaient droit à aucune indemnisation après la guerre s'ils l'avaient été au nom du paragraphe 175 - ils étaient alors considérés comme des criminels de droit commun -, la difficile reconnaissance de ces déportations par les nations (la France ne le reconnaîtra qu'en 2005 avec un discours de Jacques Chirac), etc. Bref, une lecture qui fait froid dans le dos, une lecture qui remet les idées en place, une lecture nécessaire. Un devoir de mémoire, un droit à l'oubli, aussi, pour ceux qui ont vécu ces atrocités. Pour ne pas oublier. Pour que cela ne recommence pas. A lire, sans hésiter.

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BD de la semaine saumon 

Aujourd'hui chez Stephie !

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24 mai 2017

La maison, Paco Roca

La maison, Paco RocaLa maison  est un album du dessinateur espagnol Paco Roca paru en mai 2016 chez Delcourt, dans la collection Mirages.

Un vieil homme meurt, seul. Ses trois enfants se réunissent pour vider la maison de famille dans laquelle Antonio, c'est son nom, a passé ses derniers jours. Une maison secondaire, qui a vu les années défiler. Une maison dans laquelle les objets se sont entassés au fil du temps. A l'occasion du rangement et du nettoyage de la maison et de son jardin, ses enfants se souviennent.

Joli album en format à l'italienne, La maison est une plongée dans l'histoire d'Antonio et de sa famille. Paco Roca aborde avec beaucoup de sensibilité et de pudeur un thème un peu lourd - celui de vider une maison de famille. Les couleurs dans les tons sepia et le découpage en petites vignettes donnent l'impression de naviguer dans un album photos, écumant les souvenirs d'une famille.

La portée du propos est universelle et permet de se glisser en silence entre ces frères et soeur, et d'y trouver une résonnance certaine. Un album poétique, fin et dont il émane une sorte de nostalgie. Une belle lecture.

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BD de la semaine saumon 

Aujourd'hui chez Mo'!

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17 mai 2017

L'adoption T.1 Qinaya, Zidrou et Monin

L'adoption, Zidrou - MoninQinaya est le premier tome du diptyque L'adoption paru en mai 2016 chez Bamboo dans la collection Grand Angle. Zidrou en signe le scénario et Arno Monin les dessins.

Un tremblement de terre au Pérou. Qinaya, petite orpheline de quatre ans, est recueillie par Alain et Lynette, un couple français. Pour la famille de ceux-ci, l'arrivée de la petite fille est source de joie. Mais pas pour Gabriel, pour qui devenir grand-père ne coule pas de source, alors qu'il n'a jamais pris le temps d'être un père présent pour ses enfants.

Il y a eu tant d'éloges sur cet album, qu'il était difficile de passer à côté. Et effectivement, je n'ai pas fait confiance les yeux fermés à mes acolytes de la BD de la semaine pour rien...

Ce premier tome est un petit bijou visuel, tout en rondeur et en douceurs, qui  plonge son lecteur dans une histoire familiale touchante. Si le scénario semble simple de prime abord, l'histoire est traitée avec beaucoup de délicatesse et de justesse. De la difficulté d'être grand-père à celle d'être père, en passant par les affres de la soixantaine et les relations intergénérationnelles, Zidrou aborde tous ces thèmes au fil de ces pages qui se dévorent.

Le rythme est lent, à l'image du temps qu'il faut à Gabriel et Qinaya pour s'apprivoiser. Et si derrière ce retraité revêche se cache un homme empêtré dans un rôle qu'il ne connaît pas, derrière la petite bouille de Qinaya et ses grands yeux se cache une fillette rigolote et vive d'esprit.

Je n'aurais qu'un mot : succombez-vous aussi à ce premier tome et faites comme moi, attendez la suite qui sort à la fin du mois avec impatience ! Les avis de Jérôme, Noukette, Jacques, etc.

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Aujourd'hui chez Stephie !

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24 novembre 2016

Nos adorables belles-filles, Aurélie Valognes

Nos_adorables_belles_filles_Aur_lie_ValognesNos adorables belles-filles est le second roman d'Aurélie Valognes paru en mai 2016 chez Michel Lafon.

La belle-famille, tout un poème... Pour Jacques et Martine, qui ont eu trois fils, la question des belles-filles est épineuse. Entre Stéphanie, très maternante et angoissée, Laura, végétarienne militante et Jeanne, la petite nouvelle, un peu brute de décoffrage, le couple de sexagénaire peine à maintenir l'harmonie familiale. Ce serait sans compter leurs propres fils et leurs caractères et Antoinette, la doyenne de la famille qui ajoute son grain de sel à tout. Sans oublier le penchant despotique de Jacques et le craquage imminent de Martine, après quarante ans de soumission. Alors quand tout ce petit monde se réunit dans la maison familiale en Bretagne, l'ambiance est rapidement électrique...

Parfait vaudeville feel good, Nos adorables belles-filles est une promesse de détente et de rire. Aurélie Valognes décrit avec beaucoup d'humour des situations familiales dans lesquelles chacun peut se reconnaître et qui en feront sourire plus d'un. Les personnages - parfois un brin caricaturaux, il faut bien l'avouer - n'en demeurent pas moins attachants et d'une vraisemblance très actuelle.

Si le début de ma lecture m'a fait redouter un roman facile et à la psychologie bâclée, finalement, il n'en est rien. Le rythme est rapide, les dialogues fusent et l'ensemble est très agréable à lire. J'ai souvent ri face aux situations qui sentent si réalistes et qui permettent une identification certaine (si je vous dis que je me reconnais dans la belle-fille végétarienne qui stresse tout le monde à ne pas manger comme les autres convives, je vous étonne ?) J'ai imaginé, au fur et à mesure de ma lecture, sa mise en scène et je dois avouer que la transposition théâtrale serait intéressante... En bref, une comédie de moeurs qui promet un beau moment de détente et de rire.

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Un grand merci aux éditions Michel Lafon pour la découverte de ce roman.

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22 octobre 2016

Miss Peregrine et les enfants particuliers, Ransom Riggs

Miss Peregrine et les enfants particulier, Ransom RiggsMiss Peregrine et les enfants particuliers est le premier roman du blogueur et écrivain voyageur américain Ransom Riggs paru en 2012 chez Bayard. Il fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Tim Burton sortie le 5 octobre. 

Jacob, seize ans, est effondré à la mort brutale de son grand-père. Ce dernier, qui semblait fantasque aux yeux de sa famille, n'a cessé de raconter à Jacob des récits fabuleux sur son enfance. Juif Polonais émigré sur une petite île du Pays de Galles, Abe -c'est son nom - y a vécu des jours heureux dans un orphelinat un peu singulier. Ce dernier, dirigé par Miss Peregrine Faucon, accueillait des enfants particuliers. Des enfants dotés de dons. Alors que Jacob a toujours pensé que son grand-père affabulait, sa mort dans des circonstances étranges le font douter. Et si finalement Abe n'avait rien inventé ? Et si cet orphelinat existait réellement ? Qu'en est-il de ces enfants qui y vivaient cloîtrés ? Pour en avoir le coeur net, Jacob supplie ses parents de partir mener l'enquête sur  l'île. Et ce qu'il va y trouver va changer sa vie à jamais...

Vous connaissez ma propension à découvrir les romans à l'origine des films. Et si j'étais passée à côté de cette publication lors de sa sortie française, j'ai vite remédié à ce problème en la dévorant en deux jours avant d'aller voir comment Tim Burton l'a traitée.

Ransom Riggs a imaginé dans ce roman un univers très sombre, mêlant cauchemars peuplés de monstres et atrocités liées à la Seconde Guerre mondiale. Jacob évolue dans ce présent sombre, hanté par le souvenir de son grand-père et de ses histoires extraordinaires. L'enfance est omniprésente dans cette intrigue peuplée d'enfants et d'adolescents coincés dans une boucle temporelle les empêchant de vieillir. Le personnage de Jacob - narrateur de l'intrigue - possède une psychologie vraisemblable et bien esquissée, tandis que gravitent autour de lui une galerie de personnages secondaires intéressante mais qui mériterait davantage d'attention. Peut-être que le deuxième tome s'attardera plus sur ces enfants particuliers et leur offrira une psychologie plus individualisée...

Conte poétique, ode à l'enfance, Miss Peregrine et les enfants particuliers est aussi une réflexion intéressante sur la notion de mal, entre monstres imaginaires et horreurs de la guerre. L'intrigue aborde des thématiques variées avec une grande finesse - les premiers émois, la question de la différence et de la tolérance, le devoir de mémoire, les relations intergénérationnelles, la peur, etc.- et l'ensemble se met en place de façon rythmée. Pas de temps mort dans ce premier tome qui augure une suite des plus intéressantes.

Vous aurez compris, j'ai passé un très bon moment dans ces pages, parfaites à découvrir en ce début d'automne. Le deuxième tome m'attend sagement dans mon Kindle et je ne vais pas tarder à le découvrir ! Une fois refermé ce roman, le parallèle avec le film Big Fish, précédemment réalisé par Tim Burton, m'a sauté aux yeux. Dans les deux cas, l'intrigue se centre sur un échange inter-générationnel autour des fabuleux souvenirs d'enfance d'un vieil homme. Le scepticisme du jeune (fils ou petit-fils) laisse progressivement la place à  la compréhension de son aïeul et celui qui semblait un peu fou récupère uneimage légitimité aux yeux de sa famille. Les thématiques sont donc assez proches. J'attends de voir comment Tim Burton a traité ce roman, mais la bande-annonce (que je vous mets ci-dessous pour ceux qui étaient passés au travers) semble définitivement beaucoup plus sombre et effrayante que le doux Big Fish aux couleurs surannées.  Voici ma troisième participation au Challenge Halloween organisé par Hilde et Lou !

 

15 juin 2016

Tu comprendras quand tu seras plus grande, Virginie Grimaldi

Tu comprendras quand tu seras grandeAprès Le premier jour du reste de ma vie, Tu comprendras quand tu seras plus grande est le second roman de Virginie Grimaldi paru en mai 2016 chez Fayard.

Après une rupture douloureuse, Julia quitte Paris pour le Pays basque, où elle va effectuer un remplacement en qualité de psychologue dans une maison de retraite. Pour cette trentenaire parisienne, ce poste est une fuite, une échappatoire à son quotidien devenu déprimant depuis sa rupture. Mais une fois sur place, les doutes s'installent. Elle qui n'a jamais vraiment été à l'aise avec les personnes âgées, la voilà immergée dans le quotidien des pensionnaires des Tamaris. Heureusement, une équipe jeune et dynamique l'attend et très vite, Julia prend goût à l'air de la côte et aux Tamaris. Elle qui a été embauchée pour être à l'écoute des pensionnaires et alléger leur mélancolie se rend vite compte qu'elle apprend beaucoup à leurs côtés et que si les époques sont différentes, les problématiques sont universelles. Et la fuite de Julia va se révéler être une très bonne façon de reprendre goût à la vie...

J'ai ouvert ce roman en ayant envie de soleil, de détente, de feel good (vous savez à quel point j'aime ponctuer mes lectures de romans feel good !) et je n'ai absolument pas été déçue ! Je ne connaissais Virginie Grimaldi que de nom, n'ayant pas lu son premier roman, et j'étais très curieuse de découvrir la plume de cette jeune passionnée d'écriture. Bien m'en a pris car j'ai passé un très bon moment aux Tamaris en compagnie de Julia et de ses pensionnaires !

L'intrigue nous emmène dans un lieu qui de prime abord ne fait absolument pas rêver : une maison de retraite. Pour éviter que son lecteur ne ressente tout sentiment négatif, Virginie Grimaldi le fait immédiatement éprouver par son héroïne, pour mieux le déconstruire ensuite. Et c'est rudement bien joué ! Car qui imaginerait trouver une bouffée de positif et de vie dans un endroit qui accompagne ceux qui sont en train de la quitter ? Certainement pas Julia, qui éprouve cette réticence dès son arrivée dans les lieux. Mais celle-ci est très vite chassée par l'énergie qui émane des pensionnaires et de l'équipe qui les encadre. Quel meilleur moyen de prendre du recul sur sa vie que d'écouter les autres raconter leurs souvenirs ? L'auteure met l'accent sur la richesse des relations inter-générationnelles et inverse les rôles : venue écouter et délivrer sa bienveillance, Julia se retrouve prise en charge et cocoonnée par ceux qui sont au crépuscule de leurs vies.  Et la beauté qui émerge de ces échanges est belle et authentique. 

Les personnages secondaires sont bien étudiés, et si certains sont parfois un brin caricaturaux, ce sentiment est vite effacé par la chaleur des rapports humains aux Tamaris. L'intrigue se déroule avec lenteur, au rythme de ce quotidien bien réglé à la maison de retraite et le retournement de situation final ne lui en offre que plus de saveur.

Petit bémol, néanmoins : si j'ai trouvé le personnage de Julia consistant et bien étudié, j'ai trouvé que son aspect professionnel était moins réussi. Pour une psychologue, Julia manque parfois cruellement de recul et cela amoindrit la vraisemblance de son métier. C'est un détail, certes, mais je me suis fait souvent la réflexion au cours de la lecture.

Virginie Grimaldi réussit là un roman à la fois léger et grave, porté par des personnages hauts en couleurs que l'on aimerait croiser dans notre vie. Et on ressort de ces pages avec le sourire aux lèvres et l'envie furieuse de vivre intensément...  Un grand merci à Marie et aux éditions Fayard pour la découverte de ce roman et de cette auteure !

 Voilà une nouvelle participation au Challenge Feel Good que j'organise

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20 mai 2016

Les délices de Tokyo, Durian Sukegawa

Les délices de TokyoLes délices de Tokyo est le premier roman traduit en français du touche-à-tout Durian Sukegawa (vous en connaissez beaucoup des personnes diplômées de philosophie, de l'Ecole de pâtisserie du Japon, romancières, essayistes, poètes, clowns, scénaristes, animateurs radio ? Moi non...). Il est paru en février cette année chez Albin Michel et a donné lieu à une adaptation ciné par Naomi Kawase en 2015.

Sentarô est gérant d'une minuscule pâtisserie tokyoïte spécialisée en dorayaki, ces douceurs japonaises composées de deux pancakes réunis par une pâte de haricots rouges, le an. Le commerce vivote et Sentarô prend peu de plaisir à son activité. Un jour, une vieille dame lui demande du travail. Sentarô accepte à contre-coeur que Tokue, c'est son nom, travaille à ses côtés. La septuagénaire souffre de malformations au niveau des mains et Sentarô craint que cela ne fasse fuir la clientèle. Mais très vite, il se rend compte que Tokue maîtrise à la perfection l'art des doroyaki, préparant une pâte de haricots rouges succulente. A ses côtés, Sentarô reprend goût à la vie et découvre un univers simple et apaisant. Mais Tokue reste très discrète sur sa vie et cache un lourd secret que Sentarô ne tarde pas à découvrir.

Je n'ai jamais besoin qu'on me tente pour avoir envie de manger japonais, c'est une chose communément admise. Mais je ne connaissais pas les dorayakis... Sacrilège pour certains, catastrophe pour d'autres - comme mon porte-monnaie - car ce roman est une véritable ode à cette pâtisserie ! Les description de son élaboration sont minutieuses et je défie quiconque  qui ouvrira ces pages de ne pas se laisser gagner par la faim !

Les délices de Tokyo est un roman tout en douceur et en poésie, qui entraîne son lecteur dans cette minuscule pâtisserie, aux côtés de Sentarô. Le temps s'écoule lentement, au rythme du cerisier planté devant la boutique, et les personnages évoluent doucement. Les liens qui les unissent sont discrets, pudiques, mais bien là et c'est tout en douceur que chacun des personnages change au fil des pages. La traduction du japonais offre une langue fluide, imagée, très poétique. Il est difficile d'en dire plus, sans trop en dévoiler.

Une parenthèse très touchante, une belle plongée dans le Japon d'aujourd'hui et d'autrefois. Un roman qui se déguste du bout des doigts, comme les dorayaki préparés avec amour par Tokue. Une très belle découverte que je suis heureuse de partager avec vous aujourd'hui. (maintenant, il ne me reste qu'à foncer dans une boutique japonaise pour découvrir ces petites merveilles !)

Je vous laisse avec la bande-annonce du film :

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10 janvier 2016

La malle aux trésors, Marie-José Ségura

La malle aux trésorsLa malle aux trésors est le quatrième roman de Marie-José Ségura, paru en octobre 2015 aux éditions La Bourdonnaye.

Louise a dix ans et passe pour la première fois un weekend toute seule chez sa grand-mère. Par un après-midi pluvieux, la petite fille aide sa grand-mère à ranger le grenier lorsqu'elle tombe sur une vieille malle remplie d'objets du passé. Alors qu'elle s'empare d'un livre, Louise est aspirée dans celui-ci et se retrouve sur un navire espagnol en partance vers les Antilles, en 1656. Louise se retrouve en plein milieu d'une aventure où pirates et flibustiers règnent. Comment va-t-elle s'en sortir et revenir chez elle ?

J'aime les romans qui évoquent l'idée une frontière poreuse entre la réalité et les livres, comme Coeur d'Encre de Cornelia Funke ou L'affaire Jane Eyre de Jasper Fforde. J'ai donc plongé avec plaisir aux côtés de Louise dans ce mystérieux roman et ai atterri avec elle aux belles heures de la piraterie au 17e siècle.

L'intrigue avance à bon rythme et le lecteur suit avec plaisir la petite fille dans ses aventures aux Antilles. L'auteure délivre ce qu'il faut comme explications sur l'époque historique qu'elle développe pour permettre à de jeunes lecteurs de s'en emparer. Un lexique et une petite postface complètent ce court roman de 90 pages.

Ode à la lecture - Louise déteste lire au début de l'intrigue - La malle aux trésors est un roman divertissant et très agréable à lire qui plaira aux petits lecteurs, et aux pourquoi pas aux non lecteurs ! Je tiens à remercier les éditions La Bourdonnaye pour ce roman reçu en service de presse.

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21 janvier 2015

Les vieux fourneaux T.1 et 2, Lupano et Cauuet

Les vieux fourneaux est une série de BD dont les deux premiers tomes sont parus respectivement en avril et en octobre 2014 chez Dargaud. Wilfrid Lupano en signe le scénario et Paul Cauuet les dessins.

Les vieux fourneaux T Les vieux fourneaux T

Tome 1 Ceux qui restent

Pierrot, Mimile et Antoine. Trois amis d'enfance, septuagénaires, anars, unis par les mêmes idées et un passé commun. Mais aujourd'hui, on enterre Lucette, l'épouse d'Antoine. Alors malgré leur verve et leur humour, les trois amis n'ont pas le coeur à la fête.
Mais avec une lettre posthume dans laquelle elle avoue un adultère commis quelques décennies plus tôt, Lucette jette un pavé dans la mare. Sus à ses soixante-dix printemps ! Antoine part en trombe, armé d'un fusil, direction la Toscane, où coule des jours paisibles l'objet de cet adultère, son ancien patron. Pierrot et Mimile n'ont d'autre choix que de suivre leur ami pour éviter le pire. C'est parti pour un road-movie haut en couleurs !

Tome 2 Bonny and Pierrot

Revoilà nos trois amis, toujours unis par leur envie de ne pas laisser le monde actuel tourner aussi mal et enrayer le système à coup d'attentats gériatriques au nom des générations futures. Mais lorsqu'un étrange paquet arrive par la poste pour Pierrot signé Bonny, sa comparse d'avant, son amour de jeunesse, celui-ci s'effondre. Il la pensait morte depuis quarante ans. Il ne faut pas longtemps au fringant septuagénaire pour se lancer sur les traces de sa belle !

***

Coup de coeurAttention, coup de coeur... (oui je sais, deux en quelques jours, mais que voulez-vous, 2015 commence bien en terme de lecture, alors j'en profite et n'hésite pas à apposer mon logo aux livres qui le méritent !)
Ouvrir Les vieux fourneaux, c'est se garantir une parenthèse de rire assuré, un bon moment de franche rigolade et ce, grâce à des dialogues truculents, intelligents et des personnages savoureux à la répartie brillante, tout en réflechissant en parallèle au monde d'aujourd'hui. C'est bien simple : cette série devrait être remboursée par la Sécu ! Voilà, c'est dit. Et je pense que je ne suis pas loin de la vérité tant ces deux albums sont bourrés d'humour et portés par une intrigue émouvante et des personnages attachants qui offrent un regard critique sur notre société qui va mal.

C'est hilarant, caustique, jamais méchant. Certaines références sur le côté soixante-huitard doivent me manquer, c'est certain, mais cela ne m'a pas empêchée de me régaler avec ces deux albums et de rire à gorge déployée aux dialogues des ces trois loustics si attachants.
Chaque album, s'il suit un fil rouge pour la série, possède néanmoins une intrigue qui lui est propre, qui se termine à la fin du tome. Le premier tome se centre sur la vengeance d'Antoine en Toscane, tandis que le deuxième opère un focus sur Pierrot et sa jeunesse avec Bonny. Un troisième tome consacré à Mimile, peut-être ?

Les dessins de Cauuet s'attachent à rendre compte de l'âge des personnages et de toutes ces petites choses qui apparaissent en même temps que le temps passe : rides, tremblements, hésitations, mémoire qui flanche et incontinence. Mais ce sans aucun pathos ni méchanceté mais avec humour et tendresse. Comme un hommage à cette génération qui semble déconnectée de ce vingt-et-unième siècle ultra-connecté qui va trop vite et sur lequel elle porte un regard critique qui fait du bien, sans nier pour autant sa responsabilité dans le monde d'aujourd'hui.
Les vieux fourneaux est une parenthèse, une lecture à part, une bulle de réflexion sur les maux de notre époque - crise, solitude, vieillesse, lutte des classes et choc des générations -, un concentré d'humour, à coup de répliques jubilatoires, de jeux de mots et d'expressions. Bref un vrai régal à mettre entre toutes les mains ou à laisser traîner pour tenter les autres... La preuve ? Ma grand-mère de 89 ans, en voyant ces albums sur la table à Noël, en a ouvert un et s'est plongée dedans, tournant les pages sans rien dire à personne. Pour quelqu'un qui n'aime pas trop les BD...
Pour ma part, je ris encore toute seule en pensant au concept d'attentat gériatrique et à la mamie hackeuse qui pirate le site de Nadine Morano...

Voici ma 57e participation au Top BD des blogueurs de Yaneck (17/20 et 18/20)

 Top BD

 

Planche 2Planche 1

Planche 3

Ils sont nombreux à avoir parlé du tome 1 Aifelle, Canel, JacquesMoka, Noukette, JéromeSandrine, StephieViolette, Yaneck et Yvan et du tome 2 : Canel, JacquesJérome, Mo', Noukette, etc.

 

L'interview des deux auteurs à propos de leur projet par Jacques

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