Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

19 mai 2017

Mon midi, mon minuit, Anna McPartlin

 Mon midi, mon minuitMon midi, mon minuit est le septième roman de l'irlandaise Anna McPartlin et le second publié en France. Il est paru en avril aux éditions du Cherche Midi.

Emma et John sont ensemble depuis leur adolescence. Dans la vingtaine, ils filent un amour sans nuage, abordant la vie main dans la main. Mais tout s'effondre le soir où John est fauché par une voiture. Emma est dévastée. Comment survivre à la perte de l'être aimé ? Comment continuer ? Heureusement, ses amis sont là. Sean, le meilleur ami de John, Clo, son amie carriériste qui enchaîne les histoires d'amour et Anne et Richard, le couple solide comme un roc. Entourée d'amour et d'attention, Emma va reprendre goût à la vie.

Non, je n'ai pas une passion pour les livres qui débutent par le décès d'un conjoint (cf. Les gens heureux lisent et boivent du café), oui entre l'Irlande et moi c'est une grande histoire d'amour et j'étais curieuse de découvrir ce roman dont j'ai eu beaucoup d'échos positifs.

Anna McPartlin plonge son lecteur au milieu d'un groupe d'amis, dans l'Irlande des 90's, touché par un drame. Si le propos est assez sombre au début, l'intrigue ne s'attarde pour autant pas sur la question du deuil et de la résilience (petit bémol du coup, l'auteure passant rapidement sur la douleur d'Emma pour se concentrer sur l'après). L'intrigue revêt assez rapidement un caractère positif parfois prévisible, en suivant le quotidien de ces jeunes irlandais à l'approche de la trentaine, leurs choix de vie, leurs doutes, leurs errances parfois.

La question du couple au sens large est finalement le centre de ce roman qui explore un large spectre de situations par  le biais de ses personnages. De ceux qui sont ensemble depuis le lycée à ceux qui ont un coup de foudre qui met à mal leurs certitudes, Anna McPartlin s'interroge. Le décès de John n'est finalement qu'un prétexte pour qu'Emma voit son bonheur imploser et réfléchisse à cette notion. La narration à la première personne permet d'explorer son intériorité et l'humour est là, malgré tout, dans cet âge des possibles. La bande d'amis fait penser à celle de Friends ou de Quatre mariages un enterrement, évidemment (notamment grâce au poème liminaire d'Auden). On rit, on sourit, on est émus parfois par les situations rencontrées.

Mais si j'ai passé un agréable moment dans ces pages (en réalité, le temps d'une après-midi, au soleil en maillot dans mon jardin !), je doute qu'elles me laissent un souvenir impérissable. J'ai été bien plus émue par la lecture d'Un jour de David Nicholls, qui aborde des thématiques similaires sur fond d'Angleterre de la même époque.

"Il était mon nord, mon sud, mon est, mon ouest,

Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,

Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson ;

Je croyais que l'amour jamais ne finirait : j'avais tort."

W.H. Auden, Funeral Blues (p.9)

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09 janvier 2017

Le restaurant de l'amour retrouvé, Ito Ogawa

Le restaurant de l'amour retrouvéLe restaurant de l'amour retrouvé est le premier roman de la japonaise Ito Ogawa paru en 2013 aux éditions Philippe Piquier.

Rinco rentre un jour chez elle et trouve son appartement vide. Son petit ami est parti, emportant toutes leurs affaires. La discrète jeune femme, devenue muette suite à ce traumatisme, retourne vivre chez sa mère - personnage fantasque s'il en est - dans le petit village de son enfance. Là, elle y ouvre un tout petit restaurant, qu'elle gère seule et qui propose un service unique : préparer un repas spécial pour chaque client, un repas réfléchi et pensé selon les envies et les besoins du convive. Par sa patience et son amour de la cuisine, Rinco réussit à rendre les gens heureux. Et c'est en s'occupant des autres qu'elle parvient peu à peu à panser ses blessures.

Cela faisait bien longtemps que je tournais autour de ce roman au titre alléchant et au sujet ô combien tentateur. Et j'ai bien fait de succomber (deux titres du catalogue Piquier en quelques jours, je reviens décidément à mes premières amours !).

Le restaurant de l'amour retrouvé est un petit bijou autour de la notion du partage et du don, au rythme lent et aux phrases poétiques. L'intrigue est centrée sur le personnage de Rinco, la narratrice de l'histoire, et embrasse son tempérament serein et méditatif. La cuisine comme résilience pour Rinco prend une toute autre dimension. Chaque repas est appréhendé telle une offrande et la jeune héroïne prend tout son temps pour servir les mets les plus adaptés à ses hôtes. De la soupe légère pour deux futurs amoureux au repas pour enfant pour un vieil homme sénile en passant par un tour du monde gastronomique, chaque page rend hommage à la cuisine et ses saveurs, suivant le rythme lent des saisons et de leurs produits.

La nature est très présente, comme souvent dans la littérature japonaise, et offre de très beaux moments contemplatifs. Les saisons passent, Rinco adapte ses repas aux productions locales. La vie est simple, rythmée par le restaurant et le cochon de sa mère dont elle doit s'occuper. Et Rinco se répare petit à petit. Un magnifique roman à savourer sans hésiter un instant et qu'on referme à regret.

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