Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

07 mai 2014

Mon ami Dahmer, Derf Backderf

Mon ami DahmerMon ami Dahmer est un album documentaire qui a occupé vingt ans son auteur, Derf Backderf, avant de voir le jour. Vainqueur ex-æquo du Fauve d'Or au Festival d'Angoulême cette année, il est paru en février 2013 aux éditions Ça et là.

Jeffrey Dahmer, enfant solitaire puis adolescent marginal, est devenu un des plus célèbres serial killer américain. Derf Backderf, l'auteur de cet album, a été son camarade au collège et au lycée, dans les années 1970. A la lumière des évènements, il tente de se souvenir de celui qu'il a cotôyé. En interrogeant d'anciens camarades et en plongeant dans ses souvenirs, il cherche à comprendre.

Glaçant au possible, Mon ami Dahmer est un album dont on ne sort pas indemne. Jamais violent ni sanglant malgré son sujet, il fouille  l'enfance et l'adolescence de Jeffrey Dahmer et amène le lecteur aux portes du moment où tout a basculé. Le jour où Dahmer a succombé à ses pulsions. De ces dernières, nous ne saurons rien, tout du moins en images. La postface explique tout en pudeur les troubles de Dahmer - nécrophilie, cannibalisme, démembrement de ses victimes - et tente d'éclairer, grâce à ses propos et son histoire personnelle, ses agissements.
Derf Backderf tente de retranscrire ses souvenirs et c'est un étrange récit que cet album. Les dessins tout en rondeurs et en plis offrent une esthétique particulière au récit. On se croirait dans un comics américain un peu léger. Il n'en est rien. Dès la première page, on est happé. Hypnotisé par le personnage de Dahmer, tel que se le rappellent ceux qui l'ont côtoyé avant. Avant l'horreur. Et cet adolescent un peu à part, extrême, qui adorait jouer au fou, est tour à tour pathétique et glaçant. On essaie de comprendre avec l'auteur. On frémit de voir le nombre de gens qui l'ont connu sans jamais déceler ses troubles. On referme l'album avec un sentiment étrange. Mal à l'aise, apeuré peut-être. En tout cas profondément marqué, c'est sûr. Comme si on avait nous aussi côtoyé Dahmer... Merci C. pour cette lecture que je ne suis pas prêt d'oublier.

D'autres avis : CanelChoco, Jérôme,  Joëlle, Mo', Oliv, Theoma, Yaneck, Yvan, etc.

Voici ma 64e participation à la   organisée par Mango et ma 53e au Top BD des blogueurs de Yaneck.

Top BD

Une chronique de soukee rangée dans BD et romans graphiques - Vos commentaires [16] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , ,


16 avril 2014

Léonard & Salaï T.1, Benjamin Lacombe et Paul Echegoyen

Léonard & Salaï, Benjamin Lacombe et Paul EchegoyenLéonard & Salaï est un album réalisé à quatre mains paru en mars 2014 dans la collection Noctambule chez Soleil. Benjamin Lacombe en signe le scénario, les dessins des personnages et le storyboard, aidé dans cette tâche par Paul Echegoyen qui signe de son côté les décors de l'album.

De Léonard de Vinci, tout le monde connaît ses oeuvres picturales emblématiques, son génie architectural et ses créations ingéniériques. Mais derrière ce mythe se cache un homme au quotidien agité par les troubles de son pays, détesté par ses pairs, profondément humaniste et végétarien avant l'heure, intensément marqué par l'histoire d'amour qu'il vécut pendant trente ans avec celui qu'il surnomme Salaï, son petit diable.
C'est le quotidien de cet homme au génie inégalé que cet album propose de découvrir. Entre amour et création, menaces et succès, Léonard de Vinci sous un autre angle. 

Ouvrir cet album, c'est plonger tel l'oiseau de la première page dans l'Italie du 16e siècle et s'immerger dans l'atelier du grand artiste de la Renaissance. Dominée par des teintes sépia et violines inspirées des travaux de l'artiste tels qu'on les connaît aujourd'hui, chaque double page est un enchantement qui permet une immersion certaine dans cette époque. 
Dans l'intimité de Léonard et Salaï, le lecteur découvre le quotidien de l'artiste, ses doutes et ses réflexions, et c'est avec brio que les deux auteurs de l'album s'approprient la vie de ce génie pour mieux nous la retransmettre.
Benjamin Lacombe excelle dans la reproduction des tableaux du maître, tout en y incorporant son style, tandis que Paul Echegoyen offre au lecteur l'opportunité de laisser de côté le XXIe siècle pour se plonger à corps perdu dans l'Italie de la Renaissance. Quelle émotion, pour moi qui reviens tout juste de Florence, de découvrir cette dernière sous la main habile de Paul Echegoyen !
L'album alterne les épisodes romancés de la vie de Léonard et reproductions des oeuvres sur lesquelles il travaille.
Oeuvre à quatre mains, certes, presque à  six mains même, tant Léonard hante ces pages et le travail autour de son œuvre est impressionnant.
Ouvrez cet album, oubliez notre époque. Glissez-vous sans bruit aux côtés du maître pour mieux le voir évoluer. Sentez l'odeur des huiles qu'il utilise. Émerveillez-vous de son talent. Écoutez-le disserter. Laissez chacun de vos sens s'imprégner de ces moments rares à ses côtés. Et une fois la dernière page tournée, accordez-vous un temps pour mieux savourer cette lecture. Un petit bijou.
A noter : à la fin de l'album, une interview des deux auteurs permet d'en savoir davantage sur leur collaboration. S'y ajoutent des visuels des différentes étapes de réalisation du projet et des repères historiques.

 

Planche 1

 

Planche 3

Planche 4

Un grand merci à Bénédicte et aux Éditions   pour cet album. Vivement le second tome de ce diptyque !

Voici ma 63e participation à la   organisée par Mango et ma 52e au Top BD des blogueurs de Yaneck.

Top BD

Une chronique de soukee rangée dans BD et romans graphiques - Vos commentaires [16] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , , , , ,

25 octobre 2013

Coco Chanel, Elisabeth Weissman

Coco Chanel, Elisabeth Weissman

Coco Chanel est une biographie consacrée à la créatrice éponyme, écrite par la journaliste et essayiste française Elisabeth Weissman.

Beaucoup ont essayé de dresser le portrait de la grande dame qui aimait se faire appeler Mademoiselle. Mais si les biographies sont nombreuses, nombreuses sont également les zones d'ombre qui subsistent autour de la vie de Gabrielle Chanel. 
Elisabeth Weissman prend le parti de se distancier par rapport à ce qui a déjà été écrit sur Gabrielle Chanel et propose une lecture placée sous le signe de l'analyse sociale et féministe. Son propos ? Essayer de comprendre et donner à voir à son lecteur comment cette enfant abandonnée et d'une pauvreté extrême, a réussi à devenir une créatrice de génie et une femme à la fortune colossale, à l'heure où les femmes n'avaient aucune existence sociale et vivaient sous la coupe de leur mari.

Le pari d'Elisabeth Weissman était risqué. 94 pages seulement pour parcourir la vie de Gabrielle Chanel, là où Edmonde Charles-Roux, entre autres, lui consacre 662 pages avec son Irrégulière.
Mais Elisabeth Weissman réussit avec brio ce projet de courte biographie placée sous l'angle féministe et celui de la condition sociale de son objet d'étude. De l'enfance pauvre, ballotée entre orphelinat et institutions religieuses de Gabrielle, à ses débuts de chanteuse de cabaret qui lui valent le surnom de Coco, à ses balbutiements dans la mode lorsqu'elle commence en tant que commise dans un commerce de Moulins avec sa jeune tante, Elisabeth Weissman revient sur ces éléments marquants de la vie de la créatrice et éclaire son parcours à la lumière des humiliations vécues et des frustrations refoulées. Ce sont justement ces blessures qui ont permis à Gabrielle, par un perfectionnisme rare et un goût acharné pour le travail, d'ériger l'empire économique que l'on connaît et de prendre une revanche face à une vie difficile.
De ses amours malheureuses, Gabrielle Chanel retire une indépendance rare et un goût extrême pour le travail, son ultime raison de vivre. Amoureuse à plusieurs reprises, elle essuie des échecs successifs et perd brutalement deux de ses amours, décès qui seront dévastateurs pour son équilibre émotionnel. Là encore, Elisabeth Weissman éclaire la vie de Chanel à la lumière de ces expériences et analyse leurs conséquences. Alors qu'elle rêvait d'une vie maritale aisée, Gabrielle finit sa vie seule, délaissée, ne trouvant que dans le travail une raison de vivre et s'y plongeant à corps perdu, jusqu'à ses derniers jours.
Je ressors enchantée de cette lecture. La pertinence de l'analyse d'Elisabeth Weissman m'a permis de découvrir la vie de fashionChanel sous un angle inhabituel et diablement intéressant. Première incursion dans la liste des biographies consacrée à Mademoiselle, Coco Chanel ne sera pas la dernière, c'est certain.

Voici une nouvelle participation
au défi Read me, I'm Fashion de L'Irrégulière.

Un grand merci à Babelio et aux éditions  pour l'envoi de cette biographie dans le cadre de l'Opération Masse Critique.

Et parce qu’Élisabeth Weissman l'indique en bibliographie et que le document est disponible grâce à l'INA, je vous propose de découvrir un numéro spécial de l'émission Cinq colonnes à la une, datant de 1959, dans lequel Pierre Dumayet interviewe la grande dame.

 

Une chronique de soukee rangée dans Biographies et écritures du moi - Vos commentaires [16] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , , , ,

22 juin 2013

Pour l'amour du chocolat, José Carlos Carmona

Pour l'amour du chocolatPour l'amour du chocolat est le premier roman de José Carlos Carmona, professeur de musique à l'université de Séville. Sorti en 2010 chez Grasset, il est paru en poche chez J'ai lu en février 2013.

Automne 1963. Eleanor Trap atterit en Suisse et rencontre son oncle, Adrian Troadec. Ce dernier, submergé par la nostalgie, lui raconte comment, en 1922, il tomba éperdument amoureux d'Alma, une jeune violoncelliste. Pour attirer son attention et la séduire, il décida d'ouvrir une boutique de chocolats dans leur ville, Lausanne. Le Petit Chocolat Troadec vit ainsi le jour, et tandis qu'Adrian se perdait d'amour pour Alma, cette dernière s'envolait aux Etats-Unis au bras d'un capitaine de l'aviation américaine.

Voilà un roman qui a su me chavirer comme Soie l'avait fait en son temps. En 165 pages, José Carlos Carmona nous entraîne dans le sillage d'une famille, de 1922 à 2001, de la Suisse à l'Italie, en passant par la France et les Etats-Unis. Plusieurs générations se succèdent, avec comme point d'ancrage Le Petit Chocolat Troadec, la chocolaterie fondée par Adrian.
Les personnages s'aiment, se déchirent, se séparent pour mieux se retrouver, hésitent, se trompent, se pardonnent. Personne ne s'épargne, et la vie n'épargnera pas les nombreux personnages croisés au fil des pages.
José Carlos Carmona possède une plume très poétique qui m'a fortement rappelé celle de Maxence Fermine et d'Alessandro Barrico. Ses phrases sont cadencées, rythmées et musicales et les images se succèdent au fil des pages.
Et le plus poignant avec ce court roman, c'est que  l'auteur relate l'histoire vraie d'un jeune homme dont la vie s'arrêta brutalement le 21 juillet 2001, lors de la tristement célèbre fusillade à Gènes.

Vous l'aurez compris, Pour l'amour du chocolat fait partie des rares textes qui ont résonné en moi d'une façon particulière. Ils sont trois à m'avoir fait cet effet, depuis l'ouverture de ce blog. J'avais dit que c'était fini, qu'il n'y aurait plus de coup de coeur ici car cela dépendait de trop de critères pour être légitime parfois quelques mois après, mais je ne pouvais pas laisser ce texte comme ça sur mon blog, sans le démarquer des autres. Alors c'est officiel, Pour l'amour du chocolat mérite grandement de voir apparaître un petit logo sur sa chronique. Histoire de vous prouver davantage encore, s'il en était besoin, que j'ai été bouleversée par ce roman. Histoire de vous inciter à le découvrir. Histoire de partager avec vous cette pépite. Et tant pis si c'est la seule lecture à avoir un macaron Coup de coeur 2013 ! L'avenir nous le dira...
Marilyne avait été conquise aussi.

« On était en 1963. Automne 1963. Martin Luther King venait de proclamer au monde : "J'ai fait un rêve". Elle avait vingt-trois ans  ». (p.13)

challenge Des notes et des mots 4Première participation au nouveau Challenge Des notes et des mots d'Anne.

hez Anne

 

 challenge-Des-notes-et-des-mots-4

Quid ? Challenge Des notes et des mots chez Anne

- See more at: http://bouquinbourg.canalblog.com/archives/2011/09/24/22063208.html#sthash.LofZPksK.dpuf

Une chronique de soukee rangée dans Littérature espagnole - Vos commentaires [42] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , ,

19 juin 2013

En cuisine avec Alain Passard, Christophe Blain

En cuisine avec Alain Passard, Christophe BlainEn cuisine avec Alain Passard est une BD documentaire parue en mai 2011 chez Gallimard.

Christophe Blain, auteur de BD, nous entraîne dans les cuisines d'Alain Passard, chef cuisinier propriétaire du restaurant parisien trois étoiles L'Arpège. L'occasion d'une belle leçon de cuisine !

Quelle régal cet album ! Facile, mais je n'ai pas pu m'en empêcher... Ouvrir cette BD, c'est plonger à corps perdu dans les cuisines d'un restaurant étoilé, aux côtés d'un chef exigeant et perfectionniste. Alain Passard adore les légumes et décline ses recettes avec des produits frais, de saison, et, la plupart du temps, qu'il fait venir des trois potagers qu'il possède.
Envie d'épater vos invités ? Pourquoi ne pas tenter une Emotion "pourpre" au miel d'acacia, un Coeur de chou nouveau "à cru" au parmesan ou encore une Dragée de pigeonneau à l'hydromel ? Car non seulement  Christophe Blain nous entraîne dans la cuisine d'Alain Passard, mais ce dernier nous donne des leçons de cuisine illustrées ! Et quelles recettes... Une fois tournée la dernière page, vous n'aurez d'autre choix que d'en tenter une ! Jamais plus vous ne regarderez une betterave comme avant...

D'autres avis : ChiffonnetteMo, Yaneck, Yvan, etc. Et pour rêver un peu, le site de L'Arpège, le restaurant trois étoiles d'Alain Passard.

Et voici une nouvelle participation au Challenge Les Livres Gourmands de Syl.

Et ma 43e au Top BD des blogueurs de Yaneck
(note 13/20)- See more at: http://bouquinbourg.canalblog.com/archives/bd_et_romans_graphiques/index.html#sthash.ywiF9qOw.dpuf

Et ma 43e au Top BD des blogueurs de Yaneck
(note 13/20) - See more at: http://bouquinbourg.canalblog.com/archives/bd_et_romans_graphiques/index.html#sthash.ywiF9qOw.dpuf

 

Voici ma 55e participation
 à la BD du mercredi de Mango

Et ma 44e participation au Top BD des blogueurs de Yaneck
(note 18/20)Top BD

    Et ma 43e au Top BD des blogueurs de
t ma 43e au Top BD des blog

Planche 2 EnCuisineAvecAlainPassard


    Et ma 43e au Top BD des blogueurs de

Planche 3

Une chronique de soukee rangée dans BD et romans graphiques - Vos commentaires [26] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , ,


22 mars 2013

Jayne Mansfield 1967, Simon Liberati

Jayne Mansfield 1967, Simon LiberatiJayne Mansfield 1967 est un court roman de Simon Liberati paru chez Grasset en 2011 qui obtint le prix Femina la même année.

Dans la nuit du 29 juin 1967, sur la route US 90 qui relie Biloxi à La Nouvelle-Orléans, une Buick Electra 225 bleu métallisé percute violemment un camion. Les secours interviennent rapidement et dégagent trois enfants de la carcasse de la voiture. Leur stupeur est grande lorsqu'ils se rendent compte que leur mère n'est autre que la célèbre actrice Jayne Mansfield, et que cette dernière se trouvait à l'avant du véhicule.

Voici un billet qui sonne comme le glas. Un billet d'une rencontre qui n'eut pas lieu. Un billet d'une lecture qui laisse en bouche un goût amer de déception. Ma tête résonne de phrases commençant par comment : Comment un tel livre peut-il être publié ainsi ? Comment un tel livre peut-il être primé (bon ça encore, les magouilles et autres arrangements des prix littéraires m'ont toujours laissée de marbre) ? Comment un tel livre peut-il recevoir des critiques élogieuses ? Comment... C'est sans fin, ou presque, tant mon désarroi face à une telle oeuvre est grand.
Le genre de ce livre pose problème dès la première page. Le doute est semé par le sous-titre liminaire "Roman" et persiste tout au long du livre. Roman ? Biographie ? Mélange étrange de faits tristement réels et glauques ? Je n'ai pas su arrêter mon choix, mais le terme de roman m'a profondément gênée. Où se trouve le romanesque dans ce livre ? Je cherche encore.
En revanche, Simon Liberati nous livre ici le fruit de ses recherches sur la fin de vie de l'actrice. Avec un voyeurisme dérangeant et écoeurant, il s'attarde sur l'épave de la voiture, les restes humains retrouvés, la question du corps sans vie et ses aspects platement physiologiques. Les détails scabreux se succèdent, comme si l'auteur se délectait de nous indiquer que Jayne Mansfield a tâché la belle Buick bleue de sa cervelle. La langue est plate, le style journalistique. Aucune poésie dans ces lignes, mais des descriptions informatives souvent malsaines et sordides. Pourquoi donc ? Je serais curieuse de le savoir.
Loin de se contenter de cette épisode dramatique, Simon Liberati se propose de revenir sur l'année 1967 de Jayne Mansfield, et égraine à une vitesse fulgurante les derniers mois de la jeune femme. En guise d'hommage, un portrait décadent et vulgaire, où l'actrice apparaît dépassée et perdant pied. 
Pour ma part, je ne connaissais Jayne Mansfield que de nom. Je ne connaissais ni ses succès, ni ses frasques, ni sa triste fin. J'ai eu l'audace de croire que ce livre, encensé par la critique littéraire, me permettrait d'en savoir plus sur celle qui termina strip-teaseuse dans un cabaret glauque et isolé. Je suis bien naïve, me répondrez-vous, de penser qu'en un peu plus de 150 pages, l'auteur allait satisfaire à mon besoin. En effet, il n'a rien satisfait du tout, au contraire.
J'ai refermé ce livre sans finalement avoir compris la visée de l'auteur. Un hommage, comme indiqué en quatrième, alors que l'actrice est dépeinte sous son plus mauvais jour, en fin de carrière, droguée et alcoolique, nymphomane et désabusée ? Une tranche de vie - la fameuse année 1967 - où finalement rien n'advint de bien positif dans la carrière de celle qui fut longtemps un sex-symbol ? Un roman inspirée de faits réels ?
Un rendez-vous complètement manqué, comme annoncé en préambule. Je n'ai pas été conquise une seconde. Je n'ai été au bout que parce que ce livre ne fait que 157 pages. Pour ma part, je demeure perplexe quant aux critiques élogieuses et au prix décerné. Et cette lecture renforce ma position quant à la qualité des textes primés.

D'autres avis sur ce livre : Argali, Arieste, Asphodèle, Sharon, etc.

 

Une chronique de soukee rangée dans Littérature française - Vos commentaires [20] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , ,

21 février 2013

Agatha Christie, la romance du crime, François Rivière

Agatha Christie, la romance du crimeAgatha Christie la romance du crime est un livre paru en octobre 2012 chez la Martinière. Son auteur, François Rivière, a écrit plusieurs biographies - Enid Blyton, J.M. Barrie, etc.- avant de s'attaquer à cette grande dame qu'est Agatha Christie.

Tout le monde connaît, à travers ses oeuvres, celle que l'on surnommait la Reine du crime. Mais connaissez-vous réellement celle qui préférait qu'on l'appelle la Duchesse de la Mort ? Cette petit fille seule, qui grandit dans le Devon et souffre du décès de son père alors qu'elle n'a que onze ans ; qui passa une partie de sa jeunesse à Paris, espérant devenir chanteuse, avant de revenir en Angleterre, supporter l'effort de guerre en étant infirmière et en maniant des poisons à longueur de journée ? Cette jeune épouse, tout juste mariée à Archibald Christie, qui voit son mariage voler en éclat à cause d'un adultère, qui divorce et se plonge dans l'écriture avant de rencontrer l'archéologue Max Mallowan, qui deviendra son second mari ? Enfin, cette romancière talentueuse, qui sut s'imposer face aux critiques et devint mondialement célèbre avec Hercule Poirot ?

Ce très beau livre, trouvé miraculeusement sous le sapin de Noël, est une petite merveille, tant sur le fond que pour la forme. C'est avant tout un très bel objet : un grand livre imprimé sur un épais papier mat qui permet un beau rendu des photos et illustrations qui s'égrènent au fil des pages. Un beau livre à manipuler avec attention et qui réserve bien des surprises à son lecteur : photos inédites de la romancière, couvertures originelles de ses romans, photos de ses maisons, de l'île qui lui inspira l'île des Dix petits Nègres... et même des cartes postales, à la fin !
Mais c'est également une biographie très complète de la célèbre romancière, qui présente non seulement son statut de romancière mais également les aléas de sa vie privée. Le décès de son père, qui a marqué son enfance, mais aussi ses mariages malheureux, son manque d'affection pour sa fille ainsi que sa passion pour l'écriture qui, petit à petit, a grignoté sur sa vie privée. On suit la vie de cette femme d'exception, capable d'écrire un roman en trois jours et de suivre son époux sur des chantiers de fouilles archéologiques et de servir d'assistante. François Rivière maîtrise son sujet (il n'en est pas à sa première biographie sur la grande dame) et nous brosse ici le portrait de cette femme incroyable que tout le monde connaît... sans vraiment la connaître !

Dévoré en trois jours, ce livre fait partie de ces lectures qui vous hantent une fois terminé. Comme si le fantôme d'Agatha Christie se tenait à côté de moi, pendant que je tape sur mon clavier...

P1050963 P1050966 P1050965

Une chronique de soukee rangée dans Beaux Livres - Vos commentaires [22] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , ,

26 septembre 2012

La dernière image, Gani Jakupi + entretien avec l'auteur

La dernière imageLa dernière image est un album du touche-à-tout Gani Jakupi paru en mai 2012 aux éditions Soleil, dans la collection Noctambule.

Engagé par un journal espagnol pour revenir au Kosovo, son pays d'origine, Gani Jakupi est confronté à l'horreur de la guerre qui oppose les Serbes aux Albanais. Accompagné d'un photographe, il traverse alors le pays détruit par les conflits et va à la rencontre des journalistes de guerre. Douze ans plus tard, il nous livre, en BD, son expérience.

Gani Jakupi donne à voir, dans cet album, un Kosovo meurtri par la guerre civile. Pas de fiction, ici, mais une BD documentaire, qui se lit comme un reportage. La violence est là, dans les traits des personnages, dans les dessins de bâtiments en ruines. Gani Jakupi nous offre des planches bouleversantes, et  poignantes de réalisme qui n'ont rien à envier à des photos. Mais pas de sensationnalisme ici, l'auteur conserve une certaine pudeur dans son texte etDerniereImage-p171 ses images. Et bien qu'il raconte une partie de son histoire et de celle de sa famille, il évite de sombrer dans le pathos et conserve une distance sur ce voyage et ce qu'il a pu voir.       
La dernière image est un album qui chamboule. Sa lecture offre un autre éclairage sur le conflit du Kosovo, en se penchant sur la question de l'information et la manière dont elle est transmise. Gani Jakupi nous entraîne dans une réflexion sur le métier de reporter et sur les dérives liées au sensationnalisme. Une lecture dont on ne ressort pas indemne.

Un grand merci à Clotilde Vu ainsi qu'à Claire Ughes de chez Soleil pour cette très belle découverte.

Et voici ma 45e participation à la BD du mercredi de Mango  et ma 36e au Top BD des blogueurs de Yaneck (note 17/20)

                             Top BD

        Gani

 Suite à ma lecture, Gani Jakupi a accepté gentiment de répondre à mes questions.

1/ L'idée d'une BD documentaire sur un reportage au Kosovo est particulièrement intéressante. Comment avez-vous choisi les moments que vous alliez relater dans cet album ? Et ceux que vous alliez dessiner ?

L’expérience a été si dense que le travail de sélection portait surtout sur ce qu’il y avait à omettre. Le premier critère a été la relation de ce que je racontais avec le journalisme, avec les médias. Ensuite, il fallait construire une ligne narrative, une carcasse qui donnerait une forme cohérente à ce qui, autrement, n’aurait été qu’un recueil d’anecdotes. Et, the last but not the least, ou plutôt – le plus important, c’était l’évaluation de chaque épisode ; ce qu’il était susceptible d’apporter, de générer comme réflexion, ou vers quelle conclusion pouvait-il mener. Une inconnue imprévisible devant laquelle on n’a pas de garde-fou, c’est la subjectivité du lecteur. Il aura souvent tendance à interpréter ce qu’il lit selon ses propres convictions. Tout ce qu’on peut, c’est faire le maximum pour maintenir la clarté des propos.

2/ Votre réflexion sur le métier de reporter de guerre vous amène à vous interroger sur la question des faits et de leur interprétation, consciente ou non. Vous posez, dans votre album, la question de l'ambiguïté de l'information. Comment avez-vous dépassé ce sentiment lorsque vous vous êtes lancé dans le projet de La dernière image, projet inévitablement personnel et qui donne à voir votre regard sur une situation donnée ?

Tout documentaire intéressant et passionnant l’est parce qu’il implique la subjectivité de son réalisateur. Autrement, ça se réduit à une simple information. Cela n’exempte pas ; il serait facile de dire « l’objectivité stricto sensu n’existant pas, j’ai carte blanche pour faire dire au matériel présenté ce que je souhaite ». Bien au contraire, cette prise de conscience génère une responsabilité. Il faut assumer la subjectivité et se mettre soi-même en balance, en quelque sorte être son propre superviseur et censeur. Un bon journaliste est responsable non seulement de ce qu’il rapporte, mais aussi de ce qu’il omet, ou de ce qu’il laisse entendre.

3/N'avez-vous pas éprouvé une tentation de fictionnaliser ce que vous avez vécu, lorsque vous avez décidé de le transmettre par le biais d'une BD ?

Surtout pas !!! J’ai perdu une dizaine de membres de ma famille dans cette guerre. Même sous la forme de documentaire, il faut un énorme travail sur soi-même pour ne pas laisser l’émotion voiler le témoignage. C’est pourquoi j’ai si tenacement tenu à l’angle d’approche principal de cet ouvrage : parler des médias m’aidait à prendre une distance avec les événements, me placer en observateur. Observateur des autres, mais, intégrité oblige, aussi de moi-même.  
Dans une œuvre de fiction j’aurais inévitablement mis l’émotion en avant. D’ailleurs, j’ai horreur des œuvres de fiction qui prétendent ménager la chèvre et le chou. Si un documentaire qui manque d’objectivité est malhonnête, une fiction « décaféinée » est une œuvre ratée. Je ne veux pas donner de noms, mais il y a eu des cas qui exemplifient mon affirmation, en relation avec la guerre de Bosnie, l’évènement le plus tragique en Europe depuis la Deuxième Guerre Mondiale. Le succès a été au rendez-vous, car le public préfère qu’on lui raconte l’histoire en marche de manière la moins dérangeante possible. J’exprime mon respect envers le lecteur par le sérieux de mon travail, pas en lui offrant ce qui lui sera plus commode à consommer.   
La BD fut un choix naturel, c’est ma profession première. Mais aussi parce que c’est un promontoire idéal pour traiter de l’information : après tout, on se sert du discours écrit et de l’image. Vous aurez remarqué que je n’utilise pas de bulles dans ce livre, pour rester le plus possible du langage journalistique.

4/Vos dessins offrent une dimension particulière à votre histoire, et plus particulièrement les couleurs que vous utilisez. Ce choix de couleurs s'est-il imposé d'emblée pour vous ? Correspondait-il aux tonalités que vous avez perçues lorsque vous étiez sur le terrain ou est-ce le fruit d'une réflexion de votre part pour rendre compte de ce que vous avez vu ?

Le Kosovo du début de l’été 1999 était ensoleillé et verdoyant ; les pluies de ce printemps-là avait été abondantes. Le choix des couleurs répond à un objectif purement narratif. Il correspond à la fin de votre question : c’était évidemment une manière de rendre compte de la vision personnelle des évènements. Un traitement « expressionniste », en quelque sorte.

5/Enfin, travaillez-vous sur un nouveau projet dont vous pourriez nous dire quelques mots ?

Comme auteur complet, je suis en plein sur une contre-histoire de la révolution cubaine, un double volume pour la collection Aire Libre. Il est bien possible que cet ouvrage fasse des mécontents, car il apporte des détails jusqu’à l’heure ignorés et qui ne seront pas du goût de tout le monde. Il y aura aussi un livre de mémoires de l’après-guerre kosovare, cette fois-ci hors du contexte journalistique, mais il sera dessiné par Jorge González, l’auteur de Chère Patagonie (qui vient juste de sortir). Vous constaterai que là, j’ai renoncé au dessin ; j’avais besoin d’être accompagné ! Le premier tome d’un triptyque qui explore la ferveur religieuse et les conflits raciaux au Brésil de la fin du XIX siècle, en collaboration avec Marc N’Guessan au dessin, pour Dargaud, devrait paraître en printemps 2013. D’autres projets sont en gestation, mais je crois qu’il serait tôt pour en parler. Studio

Gani Jakupi à sa table de travail 

Une chronique de soukee rangée dans BD et romans graphiques - Vos commentaires [14] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : ,

19 juin 2012

Ce jour-là, Willy Ronis

Ce jour-làCe jour-là est un livre du photographe français Willy Ronis publié en 2006 au Mercure de France dans la collection Traits et Portraits et disponible en poche chez Folio depuis 2008.

Autoportrait, 1947

Willy Ronis présente, dans ce livre, 52 photos qu'il a prises au cours de sa carrière. Qu'elles soient personnelles ou non (son épouse est souvent le sujet de sa photo), prises sur le vif ou posées, chacune est présentée dans ce livre, accompagné d'un texte de Willy Ronis. Chaque photo commence par : "Ce jour-là"...

J'ai commencé à lire ce court livre un peu par hasard, entre deux romans, et bien m'en a pris ! J'ai été complètement happée par ce que Willy Ronis relate. Ce dernier a la capacité, en quelques phrases, d'embarquer son lecteur dans son sillage et de lui donner à voir un aperçu de son regard singulier sur le monde. Chaque nouvelle photo est l'occasion d'apprendre à regarder différemment, de réfléchir, de penser au talent de l'auteur, aussi.
Je ne vous mentirai pas : j'ai très souvent été bluffée par le résultat de chaque photo, sans apprécier pourtant le potentiel du plan de prime abord.
Si Willy Ronis ne possède pas une plume mémorable, il parvient néanmoins à transmettre sa passion dans chacun des textes qui accompagne ses photos. Et, pour ma part, j'ai été conquise... Merci Tosty pour ce conseil de lecture !

Laissez-vous conter la photographie par Willy Ronis !

"Le moment où je choisis de prendre une photo est très difficile à définir. C'est très complexe. Parfois, les choses me sont offertes, avec grâce. C'est ce que j'appelle le moment juste." (p.10)

"Juste avant, il n'y avait rien, et juste après, il n'y a plus rien. Alors, il faut toujours être prêt." (p.98)

"J'ai la mémoire de toutes mes photos, elles forment le tissu de ma vie et parfois, bien sûr, elles se font des signes par-delà les années. Elles se répondent, elles conversent, elles tissent des secrets." (p.149)

Willy Ronis  willy-ronis-1-2,M26963

willy-ronis-2-2M26966

Une chronique de soukee rangée dans Documentaires - Vos commentaires [20] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : ,

15 mai 2012

Julie & Julia, Julie Powell

Julie & JuliaJulie & Julia est un best-seller autobiographique américain, tiré du blog culinaire de son auteure, Julie Powell. Paru en 2005 aux États-Unis, il est sorti en 2008 aux Éditions du Seuil. En guise de résumé, le billet posté par Julie sur son blog pour annoncer au monde son projet...

"Le livre 
L'art de la cuisine française. Première édition, 1961. Louissette Bertholle. Simone Beck. Et, bien sûr, Julia Child, la femme qui a appris à l'Amérique à faire la cuisine et à manger. Nous croyons aujourd'hui vivre dans le monde créé par Alice Waters, mais à l'origine de tout il y a Julia Child, et personne ne peut l'égaler.

La candidate 
Fonctionnaire peu motivée le jour, gastronome amateur le soir. Trop vieille pour le théâtre, trop jeune pour avoir des enfants et trop aigrie pour tout le reste, Julie Powell se cherchait un défi. Elle le trouva dans le projet Julie/Julia. Risquant sa vie de couple, son emploi et le bien-être e ses chats, elle a signé pour un contrat insensé. 365 jours. 524 recettes. Une fille dans une minable cuisine de banlieue. Jusqu'où ira-t-elle, nul ne peut le dire..."(p.34-35)

J'avais aimé le film du même nom, avec Meryl Streep parfaite dans le rôle de Julia Child. J'ai eu envie de découvrir le livre à l'origine, ainsi que le projet de Julie Powell. Et FondantOchocolat, à l'occasion du Swap Chocolat et Cinéma m'a fait le plaisir de me l'offrir ! Merci beaucoup ! Julie Powell
Qu'une américaine se lance dans le défi de la cuisine française, c'est vrai que c'est audacieux ! Raconter en détails les différentes façons de tuer un homard, de retourner tout son quartier pour trouver un os à moelle, etc.... Cela peut nous paraître dérisoire, mais l'écard culturel entre nos deux pays et nos gastronomies permet à l'humour d'être très présent. Pour un américain moyen, déguster de aspics ou des oeufs pochés au vin rouge, c'est assez conceptuel ! Suivre Julie dans ses tentatives pour tenir bon son défi et réaliser l'intégralité des recettes du livre de Julia Child est un plaisir.
Je n'ai pas pu m'empêcher d'établir un parallèle assez évident sur la condition de  blogueur. Julie décrit son rapport à la blogosphère avec justesse et met en lumière ce que nous pouvons vivre au quotidien, nous blogueurs. Notre addiction à notre blog, à ceux de nos amis-blogueurs, et l'incompréhension de la plupart de nos proches quant à notre rapport à notre écran... J'ai souri, bien entendu. Et je me suis dit que depuis 2004 - année du défi de Julie - cela n'avait fait que s'accroître. 
Lectures communesJ'ai passé un très bon moment de lecture. Si j'ai craint, au début de ma lecture, un roman un peu mièvre, frôlant la chick-litt (le sous-titre Sexe, blog et boeuf bourguignon et très peu engageant...), mes craintes se sont vite évanouies grâce à un récit biographique authentique et bourré d'humour.        

 J'ai lu ce roman dans le cadre d'une lecture commune avec CottageMyrtille. Je file voir de ce pas ce qu'elle en a pensé !

Et voilà ma première participation au Challenge La littérature fait son Cinéma que Will reconduit pour la deuxième année consécutive et ma troisième participation au Challenge  Biographie organisé par Alinéa.

                                              Challenge Biographie

 Edit du 23 mai : Syl. a eu raison de moi : je m'inscris à son Challenge Les Livres Gourmands,
catégorie Tutti Frutti et je commence illico avec ce roman !

Les livres gourmands de Syl

Comme d'habitude, je ne résiste pas à l'envie de vous glisser la bande-annonce du film
réalisé en 2009 par Nora Ephron.

 

Une chronique de soukee rangée dans Biographies et écritures du moi - Vos commentaires [34] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , ,