Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

22 mars 2017

HHhH, Laurent Binet

HHhH Laurent BinetHHhH est le premier roman de Laurent Binet paru en 2010 chez Grasset et lauréat la même année du Goncourt du premier roman.

Prague, 1942. L'opération Anthropoïde est lancée. Depuis Londres, la résistance organise l'assassinat d'Heydrich, chef de la Gestapo nazie, planificateur de la Solution finale, celui que l'on surnomme le Boucher de Prague ou encore la Bête blonde. Deux parachutistes tchèque et slovaque sont chargés de mener à bien cette mission de haut risque.

Curieux nom pour un roman - HHhH étant l'acronyme de Himmlers Hirn heißt Heydrich, le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich - qui a fait grand bruit lors de sa sortie. Et s'il trottait dans ma tête depuis bien longtemps, c'est mon voyage à Prague qui m'a décidée à l'ouvrir. Et quelle claque !

Littérairement parlant, Laurent Binet réussit un tour de force brillant. S'interrogeant constamment sur la place de la fiction romanesque dans la perspective historique, il tente de relater les faits tels qu'ils se sont déroulés, en s'éloignant le moins possible de la réalité. Mais en tant que romancier, il se fait parfois emporter par sa verve et son envie de romanesque dans une histoire qui, il faut bien l'avouer, l'est intrinsèquement. Alors il hésite, en tant que narrateur, en tant qu'auteur, il aimerait pouvoir broder certaines scènes, rajouter du larmoyant à certains moments, de l'héroïque à d'autres, mais il recentre constamment son propos en assénant que la documentation qu'il a glanée pour préparer ce texte ne lui permet pas de savoir ce genre de détail.

Le résultat est un roman - oui, HHhH est bien un roman - troublant, fondé sur des faits historiques, extrêmement bien documenté, mais dans lequel Laurent Binet ne cesse de mettre en perspective l'articulation entre la fiction romanesque et la vérité historique. Il dément parfois ce qu'il a écrit quelques pages avant, s'excusant de ne pas avoir la documentation nécessaire ou les témoins pour être sûr de ce qu'il affirme. Ce n'est pas dans ces pages que le lecteur lira des adieux déchirants ou des dialogues aux envolées lyriques car Laurent Binet s'y refuse. En revanche, le lecteur découvrira un passage primordial de l'Histoire, raconté sous l'angle de la fiction, mais qui tend à être le plus fidèle possible aux faits. Un bijou littéraire qui m'a ravie, me permettant de compléter mon voyage à Prague par cet épisode historique fondateur.

"Cette scène est parfaitement crédible et totalement fictive, comme la précédente. Quelle impudence de marionettiser un homme mort depuis longtemps, incapable de se défendre ! De lui faire boire du thé alors que si ça se trouve, il n'aimait que le café. De lui faire enfiler deux manteaux alors qu'il n'en avait peut-être qu'un seul à se mettre. De lui faire prendre le bus alors qu'il a pu prendre le train. De décider qu'il est parti un soir, et non un matin. J'ai honte." (p.144)

Une chronique de soukee rangée dans Littérature française - Vos commentaires [8] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , ,


12 mars 2017

Fragments, Marilyn Monroe

Fragments, Marilyn MonroeFragments est une compilation des écrits de la blonde la plus célèbre du cinéma américain, parue en grand format en 2010 chez Seuil, puis en poche en 2012.

De Marilyn, on ne retient généralement qu'une présence radieuse et une beauté insolente portées par une blondeur candide. Une femme-enfant séductrice qui irradiait à l'écran.

Durant sa brève existence, pourtant, la belle n'a eu de cesse de lire, d'écrire et de s'interroger. Sur le monde, sur les relations humaines, sur son enfance, sur son art. Poèmes, lettres, écrits intimes, listes, journal, Marilyn a couvert de son écriture ronde et survoltée des dizaines de feuilles éparses et de carnets.

Véritables témoins de cet esprit aiguisé, poétiques, introspectifs, souvent torturés, parfois drôles, loin de la présence magnétique mais superficielle qu'elle incarnait à l'écran, ces écrits offrent une autre vision de Norma Jeane, son vrai nom. Ils replacent Marilyn à sa juste place, celle d'une artiste et d'une intellectuelle qui n'a eu de cesse de travailler pour pallier son manque d'éducation. Une perfectionniste passionnée par les mots et la littérature, qui a côtoyé Truman Capote, Karen Blixen ou encore Carson McCullers, sans oublier Arthur Miller, son troisième époux. 

Le livre en lui-même est un très bel objet (et encore, je n'ai que la version de poche) et met en face à face les photos des écrits de Marilyn et une traduction la plus fidèle possible de ces derniers.

Seule actrice de cette époque à être régulièrement photographiée un livre à la main, Marilyn a longtemps été réduite au rang de blonde écervelé dans laquelle certains de ses rôles l'ont cantonnée. Fragments permet de mettre en lumière son monde intérieur et sa présence poétique. Un incontournable.

 

Une chronique de soukee rangée dans Essais - Vos commentaires [0] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , ,

15 janvier 2017

La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier Giesbert

La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier GiesbertLa cuisinière d'Himmler est un roman du journaliste et écrivain franco-américain Franz-Olivier Giesbert paru en 2013 chez Gallimard.

Rose est née en juillet 1907, au bord de la mer Noire. Parce que sa famille est arménienne, elle est massacrée par les Jeunes-Turcs au nom de la turquification de l'Anatolie. Rose s'enfuit et commence pour elle un drôle de périple, une vie de fuite dans ce siècle meurtrier. Après le génocide arménien, la petite fille est vendue comme esclave sexuelle avant de s'enfuir en France. Mais la Seconde Guerre mondiale sourd. Entre amours désabusées et vengeance qui la ronge, Rose vit avec une détermination farouche et se lance dans la seule chose qui anime sa vie : la cuisine.

Roman étonnant et détonnant s'il en est, La cuisinière d'Himmler vous déroute et vous malmène dès les premières pages. L'intrigue débute alors que Rose a cent-quatre ans, une vie des plus remplies, et des souvenirs en pagaille. Quand une lettre lui parvient d'Allemagne, elle se décide à écrire ses mémoires, le récit de sa vie de bohème, "un livre pour célébrer l'amour et pour prévenir l'humanité des dangers qu'elle court. Pour qu'elle ne revive jamais ce que j'ai vécu." Dès lors, les chapitres alternent entre Marseille, en 2012 - où Rose tient son restaurant La petite Provence - et sa jeunesse sur les routes.

Car Rose a traversé le XXe siècle et toutes ses horreurs : du génocide arménien aux atrocités nazies et à l'horreur maoïste. De la France à l'Allemagne en passant par la Chine et les États-Unis, Rose fuit la violence et tente à chaque fois de se construire une vie stable et heureuse, aimant hommes et femme, célébrant la vie par le sexe.

Au crépuscule de sa vie, avec une détermination et un humour féroces, la vieille dame raconte sa vie. Et c'est drôlement prenant. Franz-Olivier Giesbert dresse le portrait d'une Tatie Danielle impertinente, vulgaire et un brin teigne, qui par ses blessures s'est construit une force de caractère et une vie des plus remplies. Extrêmement documenté sur le siècle, son récit est poignant et ne s'embarasse ni de jolies tournures ni de descriptions longues. Rose - la narratrice - est directe, parfois crue. Mais c'est son journal, sa vie, ses morts et ses amours, et personne ne peut l'empêcher de se raconter comme elle le souhaite, avec l'impertinence que son âge excuse. Un roman solidement construit à l'humour grinçant et ô combien intéressant. Une bien belle lecture qui rafraîchit la mémoire sur le siècle dernier et ses sombres heures.

En bonus de fin : les recettes de Rose (la Parmesane de Mamie Joe, le Plaki de la grand-mère de Rose ou encore le flan au caramel d'Emma Lempereur)

"Si l'Enfer c'est l'Histoire, le Paradis, c'est la vie." (p.382)

"Le bonheur ne nous est pas donné : il se fabrique, il s'invente." (p.382)

Une chronique de soukee rangée dans Littérature française - Vos commentaires [4] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , , , , , , , , , , , , ,

04 mai 2016

Wild, Cheryl Strayed

Wild Cheryl StrayedWild est le second livre de la romancière et essayiste américaine Cheryl Strayed publié en 2012 et adapté deux ans plus tard en film par Jean-Marc Vallée avec Reese Witherspoon dans le rôle-titre. 

Le Pacific Crest Trail - PCT pour les initiés - est un sentier de randonnée de 4240 km qui relie la frontière mexicaine à la frontière canadienne. Alors que sa vie s'effondre à la mort brutale de sa mère, Cheryl Strayed, fraîchement divorcée, se lance un défi : parcourir seule 1700 km de ce sentier. Sans préparation, sans connaissance ni condition physique particulières, elle s'élance vaillemment, sac sur le dos, maigres économies en poche. Souffrance, épuisement et découragement feront partie de son quotidien, mais dans cette expérience Cheryl parviendra à surmonter le chagrin dû à la disparation de sa mère et apprendra beaucoup sur elle.

Dévoré durant mon escale de 9h en Chine alors que je revenais de mon trip solo au Vietnam, Wild m'a fait l'effet d'une décharge électrique. Quelle expérience, quel parcours, quel courage surtout ! Cheryl Strayed s'est dépouillée de tout, durant sa randonnée sur le PCT - brûlant au fur et à mesure les chapitres des livres qu'elle lisait pour alléger le poids de son sac - mais a conservé un petit carnet dans lequel elle a consigné ses impressions. Et quel témoignage ! J'ai été littéralement happée par ces pages et j'ai eu l'impression de parcourir à ses côtés cette célèbre randonnée (à la différence près que j'ai gardé mes ongles de pied, moi, contrairement à elle...)

Arrivée à un point de rupture dans sa vie - sans lien avec sa famille, tout juste divorcée, sous l'emprise de drogues et de relations toxiques sans lendemain - Cheryl Strayed effectue un virage des plus audacieux en décidant de randonner seule. Cette expérience lui permet un retour aux sources salvateur et libérateur. Dépouillée de considérations matérielles, en perpétuel face-à-face avec elle, c'est sur le PCT qu'elle va se trouver et faire du tri dans sa vie. 

Je peine à trouver les mots pour vous exprimer l'émotion qui m'a saisie à la lecture de ce texte. J'ai eu l'impression de rentrer dans l'intimité de cette personne incroyable qui a réussi à vaincre ses démons à force de persévérance. Il y a tant de belles leçons de vie dans ce livre que je ne fais que le conseiller autour de moi depuis ma lecture. A bon entendeur...  Un gros coup de coeur, c'est évident...

"Le silence était incommensurable. Le vide écrasant. C'est ce que j'étais venue chercher, ai-je pensé. C'est ce que je voulais."

"Même dans mes heures les plus sombres - que je vivais précisément à cette époque -, j'avais toujours cru au pouvoir de l'obscurité. Oui, je m'étais perdue et je l'étais encore, mais, grâce à ces errances, j'avais appris des choses qui me seraient restées inconnues dans d'autres circonstances."

"Pour moi, la solitude avait toujours été un lieu plus qu'un sentiment, une petite pièce dans laquelle je pouvais me réfugier pour être moi-même. L'absence totale d'êtres humains sur le PCT avait altéré cette sensation. La solitude s'était étendue à l'univers tout entier, que j'occupais d'une façon toute nouvelle pour moi."

"J'étais juste venue, je commençais à le comprendre, pour surpasser ma peur et tout le reste - tout ce que je m'étais infligé, tout ce qu'on m'avait fait subir."

"Peut-être qu'en effet j'étais la personne la plus seule au monde. Mais peut-être que c'était bien."

"On ne peut jamais savoir pourquoi certains événements arrivent et d'autres non, ce qui provoque quoi, ce qui détruit quoi. Quelles choses permettent à d'autres de naître, de mourir ou de changer de cours."

"Les larmes que j'avais senti monter près du pont se sont enfin mises à couler. "Merci, ai-je pensé. Merci." Pas seulement pour cette longue marche, mais pour tout ce que je sentais enfin fusionner en moi ; tout ce que le chemin m'avait appris et tout ce que je ne savais pas encore, mais qui était déjà là, quelque part."

"Tout ce qui comptait, c'était l'authenticité de ce que je venais d'accomplir. Et le fait que j'en comprenne le sens même si je n'étais pas encore capable de le formuler."

 

 Pour terminer, la bande-annonce du film

(que je n'ai toujours pas vu...)

Une chronique de soukee rangée dans Biographies et écritures du moi - Vos commentaires [18] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , , , , , ,

04 janvier 2016

Mange, prie, aime d'Elizabeth Gilbert

Mange prie aimeMange, prie, aime est l'histoire vraie de l'américaine Elizabeth Gilbert parue en 2006 aux Etats-Unis et traduite en 2008 chez Calmann-Lévy.

Elizabeth a tout pour être heureuse : un mari aimant, une belle maison, un travail passionnant. Mais elle ne l'est pas. Un sentiment de vide l'habite, des doutes l'envahissent, une angoisse sourd au plus profond d'elle. Pour s'en débarasser, Elizabeth décide de tout quitter. Mari, travail, famille, pays. Elle part un an en voyage, à la rencontre des autres, à la recherche d'elle-même. En Italie, tout d'abord, pour se délecter de la dolce vita et reprendre goût à la vie ; en Inde, ensuite, pour se nourrir spirituellement et goûter aux bienfaits de la méditation ; à Bali, enfin, pour trouver la sérénité et la paix intérieures. C'est cette année de solitude et de recherche qu'elle raconte dans ce livre.

J'avais vu il y a quelques années l'adaptation ciné de ce livre avec Julia Roberts dans le rôle-titre. Et si j'avais été divertie par l'ensemble, il ne m'avait laissé qu'un vague souvenir de beaux paysages (l'Inde et l'Indonésie étant deux endroits que je rêve de visiter...) Et parce que je l'ai conseillé à une collègue et qu'elle a été bouleversée par cette lecture, j'ai eu moi aussi envie de découvrir ce livre.

Je ne regrette absolument pas ce choix. Parce que je me retrouve beaucoup dans Elizabeth, ses doutes, ses questionnements, ses errances. Parce que, comme elle, je suis dans une quête introspective qui m'interroge beaucoup. Je me suis retrouvée de nombreuses fois dans ses réflexions et j'ai adoré vivre par procuration son changement de vie. J'adore les voyages, l'Asie m'attire irrésistiblement depuis toujours, et j'ai eu l'impression de voyager avec Elizabeth et de participer à son cheminement intérieur.

Je conviens qu'un tel livre puisse dérouter. Par sa forme, tout d'abord, proche du journal de bord (le livre est scindé en trois parties, chacune étant consacrée à un pays), mais aussi par son contenu. Disons que ses 500 pages peuvent rebuter qui n'est pas un tant soit peu intéressé par la quête de soi. Personnellement, je les ai dévorées avec plaisir, prenant le temps de méditer, parfois, entre deux chapitres, de boire un thé, de regarder par la fenêtre. J'ai pleinement accompagné Elizabeth Gilbert dans son voyage intérieur et j'ai médité à ses côtés. Et j'ai refermé le livre le sourire aux lèvres, des envies plein la tête. Une lecture marquante et inspirante à plusieurs niveaux, c'est indéniable.

La bande-annonce de l'adaptation ciné avec Julia Roberts

(j'ai largement préféré le livre, je le dis tout de suite !)



Et voici ma troisième participation au Challenge Feel Good que j'organise !

RSS 

Une chronique de soukee rangée dans Littérature américaine - Vos commentaires [24] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , , , , , , ,


23 septembre 2015

Elle s'appelait Tomoji, Taniguchi

image

Elle s'appelait Tomoji est le dernier album de Jiro Taniguchi paru en janvier cette année chez Rue de Sèvres.  

Tomoji Uchida grandit dans le Japon rural des années 1920 avant de devenir, des années après, la créatrice du temple bouddhidste Shôjushin. Taniguchi, aidé d'une scénariste, retrace le parcours de cette femme lumineuse et charismatique, de son enfance à son entrée dans l'âge adulte. 

Pour la deuxième mise en scène d'un personnage féminin dans un de ses albums, Taniguchi a choisi de raconter l'histoire de Tomoji Uchida, en se centrant plus particulièrement sur sa construction identitaire. Tout en délicatesse et en poésie, comme à son ordinaire, Taniguchi dépeint le quotidien de la jeune fille dans le Japon rural des années 20. Un soin tout particulier est apporté aux paysages et aux scènes de la vie quotidienne, faisant de certaines planches de véritables tableaux à contempler.

Malgré la beauté et la poésie qui se dégagent de cette tranche de vie, de ces petits riens qui font le quotidien et qui marquent le temps qui passe, c'est la première fois qu'un album de Taniguchi ne me transporte pas complètement. Je suis restée relativement de marbre face au récit de la vie Tomoji et ce dernier a suscité peu d'émotions de ma part. J'ai beaucoup de mal à expliquer pourquoi car tout est fait pour me plaire, mais la magie n'a pas opéré. Moi qui avais adoré Quartier lointain, L'homme qui marche, Le journal de mon père, Le Gourmet solitaireLes Gardiens du Louvre, j'ai refermé cet album déçue de cette rencontre en demi-teinte.

D'autres lecteurs de cet album : Noukette, Mo', JacquesMarion, etc.

image image

image image

C'était ma BD de la semaine, aujourd'hui chez Jacques

image

Et zou ! Une nouvelle participation au Reading Challenge 2015 ! 

40. Une BD / un roman graphique

image

Une chronique de soukee rangée dans BD et romans graphiques - Vos commentaires [26] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , , ,

08 avril 2015

Chroniques Birmanes, Guy Delisle

Chroniques Birmanes, Guy Delisle

Chroniques Birmanes est un album documentaire de Guy Delisle paru en 2007 chez Delcourt, dans la collection Shampooing.

Guy Delisle suit sa femme, médecin à MSF, en mission au Myanmar durant un an. Une année entière dans ce pays sous dictature, une année de découvertes, de rencontres, d'un quotidien censuré, une année aussi dans l'éducation de leur fils, Louis. Une année particulière pour le dessinateur dont cet album est le récit. 

Impossible d'ignorer Guy Delisle et ses albums autobiographiques. Cela faisait bien longtemps qu'ils me faisaient de l'oeil, mais le déclic s'est produit quand un de mes élèves m'a prêté celui-ci.
Ouvrir Chroniques Birmanes c'est plonger dans le quotidien de Guy Delisle durant un an et découvrir à ses côtés un pays refermé sur lui, victime de son régime.
Guy Delisle se présente sans fard, sans artifice, en conjoint un peu désoeuvré qui découvre seul ce pays tandis que sa femme va de dispensaires en dispensaires pour aider les malades du pays. Il aborde avec humour cette année un peu particulière, sans volonté de parler de ce pays autrement que par son prisme, sa subjectivité, ses expériences. 
C'est donc une expérience de l'intime qui vous attend quand vous ouvrez ces pages, servie par un dessin en noir et blanc aux traits anguleux. Et une fois la dernière page tournée, non seulement vous aurez l'impression de connaître Guy Delisle, mais vous aurez également certainement envie d'en savoir un peu plus sur ce que l'occident appelle la Birmanie. 
Je retiendrai de cet album une foule d'anecdotes drôles - on ne reconnaît jamais l'auteur  s'il n'est pas avec son fils, Louis, mascotte du quartier où ils habitent à Rangoon - ou moins drôles - certains des amis de l'auteur ont eu peur des représailles en étant assimilés à lui et son projet -. Ce qui est sûr, c'est que je ressors transformée par cette lecture qui ne fait que confirmer ce que j'éprouve : rien de tel que de vivre dans un pays pour le découvrir de l'intérieur. Et mon projet de cet été n'est qu'une petite goutte d'eau mais elle s'en rapproche un tantinet... 

D'autres lecteurs de cet album : Canel, EnnaEstellecalim, Mo’ Noukette, Saxaoul, Théoma, Yaneck, Yvan, etc.  

C'était ma BD de la semaine chez Stephie aujourd'hui et ma 65e participation auTop BD de Yaneck (16/20)

  Top BD

 Planche 1   Planche 2

Une chronique de soukee rangée dans BD et romans graphiques - Vos commentaires [16] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , , , ,

29 janvier 2015

Moi, Marilyn, Jean-Jacques Greif

Moi, MarilynMoi, Marilyn est un roman de Jean-Claude Greif paru en 1998 à L'Ecole des Loisirs. 

Moi, Marilyn se présente comme un texte à la première personne, sorte de journal de la blonde la plus célèbre d'Hollywood. De son enfance malheureuse à sa gloire au cinéma, en passant pas ses histoires d'amour, Marilyn semble raconter sa vie à son lecteur.

Je ne serai pas tendre avec cette lecture : ce fut une grosse déception. J'étais très curieuse de tomber sur un texte consacré à Marilyn en littérature de jeunesse, et d'autant plus intriguée par la façon dont un romancier pouvait intéresser la jeune génération à cette actrice, sans sombrer dans la biographie pure et dure.marilyn-monroe-les-hommes-preferent-les-blondes
La narration à la première personne est lourde et vraiment trop elliptique pour être compréhensible par un jeune lectorat. Des pans entiers de la vie de la belle sont éludés au profit d'instants parfois anecdotiques, et l'ensemble souffre de ces choix narratifs.
Le présent de narration accentue cette lourdeur et empêche au texte d'acquérir une quelconque dimension. C'est plat, sans aucune émotion et la vie de Marilyn se déroule comme une succession de faits.
Je me demande vraiment à qui s'adresse ce texte : incompréhensible pour des enfants, il est trop léger et enfantin pour un lectorat adulte. Et pour qui connaît un tant soit peu la vie de Marilyn, il en est même inintéressant. J'attendais peut-être trop de ce livre. J'ai été déçue et je n'ai pas perçu la visée de l'auteur.

Une lecture que j'inscris dans le cadre du Challenge Marilyn de George.

challenge-marilyn-monroe-c3a9crit

Une chronique de soukee rangée dans Romans jeunesse - Vos commentaires [10] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : ,

14 janvier 2015

La nuit de Bombay, Michèle Fitoussi

La nuit de BombayLa nuit de Bombay est un essai de la journaliste Michèle Fitoussi paru en septembre 2014  aux éditions Fayard.

26 novembre 2008. Bombay est la proie d'une série d'attentats commandités par des terroristes islamistes. 165 personnes y perdent la vie. Parmi eux, Loumia Hiridjee, créatrice de la marque de lingerie Princesse tam.tam.
A Pondichéry à ce moment-là et en route pour la rencontrer, Michèle Fitoussi est sous le choc.
Après deux ans de recherches et de rencontres avec les proches de Loumia, elle livre ici un vibrant hommage à cette femme au parcours hors du commun et au destin tragique. 

Ouvrir La nuit de Bombay, c'est tout d'abord plonger dans la vie de Loumia et la success stroy de la marque de lingerie qu'elle a créée avec Shama, sa soeur. Michèle Fitoussi rend hommage à cette créatrice de génie, cette femme d'affaire que rien ne destinait à un tel succès et en dresse un portrait haut en couleurs. Loumia est vibrante, pétillante, sous la plume de celle qui l'a rencontrée quelques fois, et le lecteur a l'impression de la voir naître et s'émanciper des mots de Michèle Fitoussi pour exister sous ses yeux. C'est beau. C'est tragique aussi, vu le postulat de départ, mais en cela Michèle Fitoussi excelle dans son hommage à celle qu'elle aurait voulu connaître davantage.
Mais ouvrir La nuit de Bombay, c'est aussi s'immerger dans un flot d'émotions. Celles de l'auteure, tout d'abord, qui tente de comprendre la vie de Loumia. En allant à la rencontre de ses proches, de ses amis, en allant sur les terres de son enfance, elle mène un réel travail d'enquête qui vise à enrichir son propos et lui offre une légitimité certaine. 
Ce sont les émotions suscitées par cette lecture, ensuite. Malgré un ton qui évite tout pathos, le sujet est grave, lourd, et l'auteure impliquée émotionnellement.  Le lecteur avance pas à pas, en sa compagnie, vers l'innomable. Vers l'indicible. Il le sait d'avance, en ouvrant ce livre, mais la gradation du récit vers ce point de rupture qu'est la série d'attentats du 26 novembre 2008, entraîne un flot d'émotions difficile à maîtriser. Et l'auteure, malgré la distance qu'elle souhaite mettre avec l'événement pour en rendre compte, semble éprouver des difficultés à avancer elle aussi dans son récit.
Michèle Fitoussi signe ici un hommage très émouvant. On sent derrière tout ce travail une volonté de partir à la rencontre d'une autre, certes, mais aussi une tentative d'expliquer l'inexpliquable pour mieux le digérer.
Pour ma part, j'ai été très émue par cette lecture. Par le parcours incroyable de cette femme - et je pèse mes mots -, par sa complicité avec sa soeur et leur complémentarité, par sa disparition, évidemment. Il y a de l'identification de ma part, c'est certain, pour la complicité entre ces deux soeurs. Et c'est peut-être ce qui m'a le plus émue finalement.
J'ai refermé ce livre bouleversée. Avec l'étrange impression d'avoir rencontré Loumia, cette femme incroyable et protéiforme, qui vit encore grâce aux souvenirs que les gens ont d'elle.

"Certains m'ont fermé la porte. Je n'ai pas insisté. Nous avons tous nos douleurs, nos mystères, nos raisons de nous taire. L'amitié, l'affection, la fidélité l'ont emporté chez les autres, qui ont bien voulu me parler. Chacun avait sa Loumia en tête. Elle ne coïncidait pas toujours. Et puis, par petites touches, son portrait s'est dessiné, complexe et dense, lumineux et parfois sombre." (p.37)

"C'est sans doute parce que cette histoire raconte celle de deux soeurs, dont l'une ne sera plus jamais là pour l'autre, qu'elle me bouleverse à ce point." (p.79)

"Ce nom est un concentré de ce qu'elles sont et de ce qu'elles aspirent à devenir. Princesse tam.tam contient tout à la fois : l'Inde, l'Afrique, le métissage, l'exotisme, l'exil, l'identité, le décalage, l'ambition, la réussite, l'humour, la musique, la danse, le cinéma, la beauté. Et la féminité juvénile, entre contre de fées et bande dessinée." (p.113)

"Encore une fois, je ralentis mon récit. Je parle des autres, pour éviter de parler d'eux. J'ai trop peur de ce qui va suivre." (p.303)

L'avis de L'Irrégulière sur ce récit. Un grand merci à Dominique et aux éditions Fayard pour ce livre.

10906451_613545512106612_7981170696396259077_nVoici ma première participation au Reading Challenge 2015, et pour plusieurs points :

9 - Un livre écrit par une femme
13 - Un livre qui se passe dans un autre pays
14 - Un livre qui n'est pas une fiction
19 - Un livre qui se fonde sur une histoire vraie

***

Une chronique une semaine après l'horreur qui a frappé Charlie Hebdo.
J'aurais aimé participer à la BD du mercredi consacrée aux grands dessinateurs disparus lors de ce mercredi noir mais tous les exemplaires de leurs oeuvres étaient empruntés à ma bibliothèque. Alors je participe avec ce billet. Pour ne pas oublier les événements tragiques de Bombay le 26 novembre 2008, comme nous ne pourrons oublier le 7 janvier 2015. Les mots me manquent pour en parler davantage.


***

Une chronique de soukee rangée dans Essais - Vos commentaires [10] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , ,

07 septembre 2014

Quand j'étais Jane Eyre, Sheila Kohler

Quand j'étais Jane EyreQuand j'étais Jane Eyre est le neuvième roman de l'écrivaine Sheila Kohler paru en 2012 aux Éditions de la Table Ronde.

Manchester, 1846. Au chevet de son père qui  se remet doucement d'une opération des yeux, Charlotte Brontë écrit, dans la pénombre d'une chambre. Son nouveau roman, Jane Eyre, prend racine dans le terreau de sa vie. Le décès de sa mère, mais aussi la froideur de son père, en admiration devant son fils anéanti par l'alcool, la difficulté pour se faire éditer ou encore la passion qu'elle connut pour un de ses professeurs, Charlotte glisse dans son roman des éléments de sa vie et la transfigure pour mieux s'en venger. Sous sa plume naît un chef d'oeuvre. Et aux côtés de ses deux soeurs, Charlotte Brontë se laisse guider par l'acte d'écriture et transporter par les mots.

Depuis sa sortie en 2012, ce roman m'attirait, tant par son titre que par son sujet. Sheila Kohler nous livre ici une histoire tout à fait étonnante et d'une finesse exquise. Aux côtés des soeurs Brontë, dont il suit le quotidien dans les grandes lignes, le lecteur assiste à la naissance de trois chefs-d'oeuvre de la littérature anglaise : Jane Eyre, de Charlotte, Les Hauts de Hurlevent, d'Emily et Agnes Grey, d'Anne.
L'auteure, qui maîtrise parfaitement son sujet et la biographie des trois femmes, interroge l'acte d'écriture et s'immisce dans la tête de Charlotte Brontë pour mieux analyser ce qui pousse un individu à passer à l'écriture. La narration à la troisième personne, qui se focalise sur le personnage de Charlotte, offre une dynamique des plus intéressantes à l'ensemble.
De la rivalité des trois soeurs, l'auteure esquisse quelques lignes - notamment quand Charlotte est la seule à ne pas réussir à faire publier son roman - pour mieux s'intéresser aux fils entrelacés entre fiction et réalité, une réalité teintée de mélancolie et entachée de drames.
De la difficulté à publier un écrit pour une femme au 19e, en revanche, il est davantage question. Peut-être pour mieux définir les contours de ce contexte éditorial et mettre davantage en lumière les trois soeurs et leur ténacité respective.
Porté par une plume claire au style à la fois limpide et rythmé, Quand j'étais Jane Eyre est un roman peu commun, bel hommage à ces trois femmes de lettres que sont les soeurs Brontë. 

D'autres avis : Cathulu, Clara, FondantoChocolat, L'Or, Melisende, Miss Alfie, Stemilou, Theoma,...

Sheila Kohler présente son roman

 

Une chronique de soukee rangée dans Littérature américaine - Vos commentaires [24] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , , ,