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10 avril 2011

Il ne vous reste qu'une photo à prendre, Laurent Graff

9782290008942Je ne pouvais pas partir en vacances sans vous présenter ce roman de l'écrivain et archiviste français Laurent Graff, lu durant le Read-A-Thon hier...

Alain Neigel a la cinquantaine. Le jour où sa compagne M. meurt, il décide de ne plus jamais prendre de photos. Mais en voyage à Rome, un homme étrange lui propose une sorte de jeu dont la règle se résume à cette phrase : "Il ne vous reste qu'une photo à prendre"...

Derrière ce résumé parcellaire se cache un roman de grande envergure. En 118 pages seulement, Laurent Graff nous transporte dans une intrigue beaucoup plus riche qu'elle n'en a l'air.
A la fois réflexion sur la photo et sur la mort, l'intrigue bascule sans crier gare dans une dimension que je me garderai bien de vous révéler ici. C'est fort ! Très fort même ! On est totalement envoûté, sous le joug de ces axiomes qui nous concernent inéluctablement... A lire, sans attendre, sans respirer, sans s'arrêter... A lire !

coup_de_coeur_2011

Ce roman rejoint le cercle élitiste des livres que je considère comme des coups de coeur. C'est le quatrième de cette douce année 2011... Encore une très belle découverte ! Merci Tosty !

Petit florilège de mes extraits préférés (ils sont nombreux...)

"Les photos n'ont plus ce caractère crucial et définitif qu'elles avaient du temps de la photographie argentique. Bonne ou mauvaise, une photo était irrévocable et était décomptée de la pellicule. Le développement du film révélait de manière implacable, dans l'ordre chronologique, images réussies et images ratées ; impossible d'échapper à la sentence et aux statistiques." (p.7-8)

"[L]a réalité, comme un animal ne se laissant pas approcher, refusait d'être photographiée par certaines personnes et se dérobait". (p.19)

"A vouloir immortaliser des instants de vie, à vouloir arrêter le temps, j'en avais oublié notre vulnérabilité." (p.21)

"Derrière chaque photo, par-delà le plaisir et la joie, il y a la peur, peur du temps qui passe, de sa fugacité, peur de voir puis de ne plus voir, vivre puis ne plus vivre, avoir vécu et n'en avoir nulle trace démonstrative, nul souvenir tangible ; derrière chaque photo, il y a la peur de mourir, et la preuve de notre mort." (p.24)

"Chaque photo était une tentative pour la retenir, mais aussi un acte éminemment mortifère, qui la précipitait vers la mort. Je la voyais déjà d'un point de vue post mortem, de l'oeil du survivant qui fait sa provision d'images souvenir pour ses soirées d'hiver." (p.36-37)

"Je me rappelai le temps où, moi aussi, je m'abritais derrière un appareil photo, préférant à la réalité immédiate, la mise en image de cette réalité, comme une mise à distance, une prise de recul. [...] Derrière chaque photographe, il y a, en fin de compte, un grand timide qui a peur d'être au monde nu et désarmé.[...] Les photos sont des actes manqués, des paroles sous silence, des baisers refoulés, des sourires figés, des yeux qui se ferment." (p.77)

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02 avril 2011

Doubles-jeux # 2 Le rituel d'anniversaire (Livre II), Sophie Calle

419BPTJZVPLDeuxième rendez-vous du samedi de mon cycle consacré à Sophie Calle et son projet Doubles-jeux, voici le deuxième livre du coffret (coffret que je vous avais présenté dans ce billet), Le rituel d'anniversaire.

Petit rappel du projet artistique :

Paul Auster, dans Leviathan, s'est inspiré de la vie de Sophie Calle pour créer le personnage de Maria. Sophie Calle, séduite, a décidé de transformer cette inspiration en jeu artistique et de mêler, à son tour, réalité et fiction en jouant avec le roman de Paul Auster en déclinant son projet artistique en 7 livres (accompagnant à l'époque une exposition au Centre National de la Photographie).

Alors que dans le premier livre Sophie Calle avait épousé les manies du personnage de Maria (un régime chromatique et des journées placées sous le signe de certaines lettres de l'alphabet), dans ce deuxième livre (et jusqu'au livre VI), elle nous présente les moments de sa vie qui ont influencé Paul Auster dans la création de Maria.
sophie_calle_rituelAinsi, Le rituel d'anniversaire
donne à voir la façon dont Sophie Calle a abordé ses anniversaires de 1980 à 1993. Soucieuse que ses proches ne l'oublient pas ce jour-là, elle avait institué, dès 1980, un rituel, une sorte de règle du jeu : inviter autant de convives que son âge, (avec un convive inconnu choisi par un de ses invités) et ne jamais utiliser les cadeaux reçus à ces occasions. Malgré quelques entorses (avouées comme il se doit), Sophie Calle se tient à ce projet étrange et nous présente ici en photo les cadeaux reçus de vingt-sept à quarante ans, disposés dans une armoire.

Lecture drôle s'il en est, ce deuxième livre est vraiment un régal non seulement par ses photos, mais aussi par ses textes. Les mises en scènes des objets et les explicatifs les accompagnant permettent de pénétrer cette intimité propre aux fêtes d'anniversaire.
D'une lecture très rapide, Le rituel d'anniversaire est une illustration du fait que Sophie Calle transforme sa vie et son quotidien en projet artistique, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

 IMG_0827_copie

  Coffret doubles-jeux, composé de 7 livres,
publié chez Actes Sud.

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26 mars 2011

Doubles-jeux # 1 De l'obéissance (Livre I), Sophie Calle

calleVous savez sans doute à quel point j'aime le travail de Sophie Calle et j'admire cette femme. Je vous avais déjà présenté Prenez soin de vous, ou comment elle avait transformé une odieuse rupture  par mail en projet artistique, accompagnée par 107 femmes.

Aujourd'hui, j'ouvre un cycle de billets dédié à son projet intitulé Doubles-jeux.
Le principe ? Paul Auster, dans Leviathan, s'est inspiré de la vie de Sophie Calle pour créer le personnage de Maria. Sophie Calle, séduite, a décidé de transformer cette inspiration en jeu artistique et de mêler, à son tour, réalité et fiction en jouant avec le roman de Paul Auster. Elle s'inspire ainsi de ce double littéraire et fictif imaginé par Paul Auster et décline ce jeu en sept livres, réunis dans un joli coffret carton, accompagnant une exposition au Centre National de la Photographie (en 1998, lors de la parution du coffret).

Aujourd'hui, je vous présente le premier livre, De l'obéissance, ou comment Sophie Calle a décidé de se prêter au jeu des manies du personnage de Maria. Paul Auster lui za imaginé deux rituels : des semaines où elle suit un régime chromatique, et des journées entières basées sur certaines lettres de l'alphabet.
Le résultat ? Le menu chromatique de Sophie Calle, et des textes qui commencent par la lettre B, C ou W.

J'ai dévoré ce premier livre comme il se doit hier soir, charmée par l'imagination incroyable de cette artiste étonnante. Perfectionniste dans ce projet, elle avait même proposé à Paul Auster de diriger sa vie pendant une année entière, obéissant à ce qu'il décidait pour elle. Ce dernier a refusé, ne souhaitant pas assumer la responsabilité des conséquences de cette année entre réalité et fiction.
coup_de_coeur_2011Pour moi, ce projet dans son entièreté m'a séduite de bout en bout. J'aime être surprise par des idées aussi loufoques que géniales. Bien entendu, c'est un gros coup de coeur pour moi, le troisième en 2011. Je ne peux que vous encourager très vivement à découvrir ce coffret et ces sept livres. Et je remercie comme il se doit celui qui m'a offert cette perle à l'occasion du premier anniversaire de mon blog...

IMG_0827_copie

Coffret doubles-jeux, composé de 7 livres,
publié chez Actes Sud.

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