Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.




08 août 2019

Broadway Limited T.2 Un shim sham avec Fred Astair, Malika Ferdjoukh

Broadway Limited 2Un shim sham avec Fred Astair est le deuxième tome de la série Broadway Limited écrite par Malika Ferdjoukh. Il est paru en novembre dernier dans la collection Medium + de L'Ecole des Loisirs.

Le froid est mordant en ce mois de janvier 1949 à New York, et à la pension des Giboulées, tenue par les soeurs Celeste et Artemisia, la vie suit son cours. Les six jeunes pensionnaires poursuivent assidûment leur rêve de gloire et de reconnaissance. Il y a la danseuse Manhattan, engagée comme habilleuse auprès de Uli Styner, star de Broadway poursuivi par la Commission des Activités Anti-Américaines, qui ignore qu'elle est la fille qu'il a abandonnée. Et puis il y a Hadley, qui, de son côté, élève comme son neveu son fils de trois ans Odgen, fruit d'une nuit d'amour avec Arlan, un beau soldat perdu de vue à cause d'une serviette en papier et d'une averse. Chic, quant à elle, adore le faste et les paillettes et poursuit sa carrière de comédienne jusqu'à ce qu'elle rencontre un certain Whitey. Et puis il y a aussi Page, Etchika et Ursula, mais aussi Dido, la jeune voisine très impliquée politiquement, dont est éperdument amoureux Jocelyn, le jeune pianiste français qui loge au sous-sol de la pension. Ça en fait du monde et des aventures !

J'avais adoré ouvrir le premier tome de Broadway Limited, en novembre dernier, et c'est avec le même plaisir que j'ai dévoré celui-ci.
Malika Ferdjoukh poursuit avec finesse l'exploration de ses personnages et des différentes intrigues qu'elle imagine. New York, et plus généralement l'Histoire américaine, prennent une place de plus en plus importante à mesure que la période d'après-guerre se durcit et qu'avec elle apparaissent les chasses aux sorcières. L'auteure mêle avec brio ses personnages aux anecdotes historiques en les faisant rencontrer des grands noms de cette époque - Fred Astair, Grace Kelly, Billie Holliday, Marlon Brando, Elia Kazan, Paul Newman, Lee Strasberg, etc. - et participer à l'effervescence du début des 50's. Les cabarets et autres théâtres ont le vent en poupe, tout comme les danseurs et les chanteurs, et la petite troupe de la pension des Giboulées tente de percer chacun dans son domaine.
C'est avec regret que j'ai refermé ce deuxième tome, diablement bien rythmé. L'intrigue générale gagne en épaisseur, tout comme les personnages en psychologie, et Malika Ferdjoukh est en train d'imaginer une sorte de Vie mode d'emploi un brin plus romancé, où l'intrigue déborde des murs de la pension pour mieux donner à voir la vie de ces jeunes adultes à New York. Destiné à un lectorat adolescent, la série est à la fois accessible notamment historiquement et politiquement à ce public, mais aussi largement délicieuse à découvrir à l'âge adulte. Les turpitudes des sentiments adolescents sont là, mais évitent l'écueil du sentimentalisme pour mieux donner à voir des vies plus matures, plus engagées. A l'image des vingtenaires de cette époque.
Une réussite, donc, que je ne peux que vous encourager vivement à découvrir au plus vite. De mon côté, j'attends le prochain tome avec impatience. Un grand merci
 à L'Ecole des Loisirs de me permettre de découvrir cette série que j'aurais adorée plus jeune, même si je ne boude pas mon plaisir à trente ans et des poussières.

Ma chronique du premier tome :

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28 juillet 2019

Les chroniques de San Francisco T.5 D'un bord à l'autre, Armistead Maupin

Les chroniques de San Francisco 5D'un bord à l'autre est le cinquième tome du feuilleton littéraire Les Chroniques de San Francisco imaginé par l'américain Armistead Maupin. Il est paru en 1987 aux États-Unis avant d'être traduit en français par les éditions Passage du Marais en 1997.

Tout s'est apaisé, au 28, Barbary Lane. Alors que Mary Ann et Brian étaient au bord du divorce, l'adoption inopinée de Shawna sauve leur couple. Pour s'adapter au nouveau statut de vedette de la télé de Mary Ann, les tourtereaux ont déménagé au 23e étage d'une haute tour qui domine la ville. Michael, quant à lui, gère l'arrivée d'un neveu vierge et un brin désagréable que Mme Madrigal autorise à loger dans l'ancien appartement de Mary Ann et Brian. Ce dernier, alors qu'il tombe inopinément sur une ancienne maîtresse, apprend que celle-ci est séropositive et décide de faire un test sans en parler à Mary Ann. Pour noyer son angoisse, il file en weekend avec Michael. Dede et D'or, de leur côté, décident de partir camper avec les jumeaux au Wimminwood, un festival de musique et d'arts dédié aux lesbiennes. Mais tout ne se passe pas comme prévu sur place...

Voilà un tome que j'ai littéralement dévoré et qui m'a complètement conquise ! Et c'est peu de le dire.
A
rmistead Maupin poursuit son études de moeurs des années 80 en emmenant son lecteur tour à tour dans un festival lesbien, un camp pour hommes, le monde pailleté de la télévision et en faisant vivre mille aventures à ses personnages. Entre le Sida - toujours présent et qui plane comme une menace plus seulement réservée aux homosexuels -, la possible destruction des marches de Barbary Lane contre laquelle Mme Madrigal milite, l'adultère de Brian, les questions de couple de Dede et D'or, le conservatisme reaganien ambiant, les intrigues sont nombreuses et croisées et rythment avec enthousiasme ce cinquième tome.
Aucun temps mort, donc, dans D'un bord à l'autre, mais une intrigue farouchement engagée tout en étant exquisement drôle. Un bon conseil : si vous cherchez une série furieusement 70's-80's qui décortique cette époque extravagante, bourrée de joie de vivre et d'humanité, sur fond de bienveillance et d'humour, ne cherchez plus et dépoussiérez ce classique de la littérature populaire américaine qui n'a pas pris une ride. Pour ma part, j'ai hâte de découvrir le sixième tome, commandé chez ma libraire préférée ! 

Mes billets des quatre premiers tomes :

      

 

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26 juin 2019

Blacksad, Diaz Canales et Juanjo Guarnido

BlacksadIl y a huit ans quasi jours pour jours, je découvrais le premier tome de Blacksad. Et après... plus rien. Grand mystère de mon parcours de lectrice, je n'avais pas poursuivi la série, alors même que j'étais tombée sous le charme de Quelque part entre les ombres. Erreur réparée en dévorant d'une traite l'intégrale signée Canales et Guardino. Et autant vous le dire tout de suite : je me demande pourquoi j'ai mis tant de temps à dévorer les cinq tomes de cette série incontournable, dont on attend le sixième avec impatience.

Tout commence à New York, dans les années 50. Le privé Blacksad est appelé sur une scène de crime pour reconnaître la victime. Ce dernier s'étrangle en reconnaissant Natalia Wilford, son ancienne maîtresse, actrice de son état. Alors que la police lui intime de se taire, Blacksad décide de faire la lumière sur cette histoire.

Voilà comment s'ouvre le premier tome de cette série monumentale. Portée par des scénarios sombres à souhait qui explorent la noirceur de l'âme humaine, la série se dévore d'une traite, sans reprendre son souffle.
Je ne vais pas trop m'étendre sur le pourquoi de la qualité de Blacksad, d'autres l'ont fait, et avec bien plus de talent que moi, mais je vais plutôt vous dire pourquoi vous auriez tort de passer à côté.
Tout d'abord parce que l
'ambiance polar des années 50 est rendue à la perfection, bercée par les monologues de ce chat désabusé par ce que la vie lui montre. Les dessins sont maîtrisés à la perfection, tant les ambiances que les scènes de mouvement, qui apparaissent avec fluidité sous l'oeil du lecteur. Les personnages sont tout aussi soignés, Guarnido poussant le vice à étudier les espèces représentées et jouer sur la physiognomonie.
Ensuite parce que de New York à la Nouvelle-Orléans, du milieu du cinéma à l'apogée du jazz, du fascisme au monde de l'art et ses ripoux, le duo d'auteurs balaye les ambiances et les problématiques avec un brio certain. En une planche, le lecteur est transporté dans cette amérique qui a mal, où les paillettes n'éclipsent ni les corruptions, ni les trafics de drogues ni les meurtres. Et Blacksad de naviguer dans ces univers, blessé par une vie qui ne l'épargne pas.
Enfin parce que s'il ne devait en rester qu'une, c'est cette série que je garderais, sans hésiter une seconde. Cette lecture m'a laissée tellement sur ma faim que j'attends avec impatience Blacksad : under the skin, l'adaptation en jeu vidéo qui va sortir en septembre.

Bref, vous l'aurez compris, ne passez sous aucun prétexte devant cette série. Beaucoup l'ont déjà lue, je le sais. Pour les autres, vous savez ce qu'il vous reste à faire. De mon côté, je prends mon mal en patience en attendant le sixième tome en préparation...

 

Planche 1 Planche 2

 

Planche 3 Planche 4

La BD de la semaine

Cette semaine, c'est Noukette qui accueille le rendez-vous des amoureux des bulles !

 

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12 mai 2019

Blanc Mortel, Robert Galbraith

Blanc Mortel Robert GalbraithBlanc Mortel est le quatrième tome de la série Cormoran Strike, série imaginée par J.K. Rowling sous le pseudonyme de Robert Galbraith. Il est paru le mois dernier aux éditions Grasset. 

Le jour où un jeune homme en apparence déséquilibré sonne à l'agence de détectives de Cormoran Strike, ce dernier a tout lieu de penser que celui-ci affabule. Billy, c'est son nom, dit avoir été témoin du meurtre d'une enfant lorsqu'il était jeune et veut que la vérité soit faite sur cette sombre histoire. Mais avant que Strike ne puisse l'interroger, Billy s'enfuit. Tiraillé, l'enquêteur ne sait quel crédit accorder à ses dires mais par acquit de conscience, commence à effectuer quelques recherches. En parallèle, il se lance avec son associée, Robin, dans l'espionnage politique, alors qu'un Ministre victime de chantage, leur demande de trouver des charges contre son ennemi en infiltrant le Parlement. Les deux enquêtes sont sinueuses et piétinent, d'autant plus que Cormoran souffre désormais d'une certaine notoriété l'empêchant d'agir sur le terrain sans être découvert.

Souvenez-vous : depuis deux mois, je suis plongée dans cette série de mon auteure favorite. Début mars, je découvrais L'appel du coucou, et si le rythme un peu lent me déroutait un peu, je persévérais néanmoins en enchaînant directement avec le deuxième tome, Le Ver à soie, que je dévorais en moins de quinze jours, avant de me plonger littéralement dans le troisième, La Carrière du Mal, dont je sortais haletante, perdue dans l'attente de la sortie de ce quatrième tome en français.  
Autant vous dire que j'attendais ce dernier avec une impatience rare et que sitôt en ma possession, je me suis lancée dans sa lecture avec délectation.  
J.K. Rowling signe ici un tome foncièrement différent des trois premiers. Si la trame demeure la même - une enquête de terrain pourvue de multiples rebondissements - le rythme du roman est plus lent, plus centré également sur ses deux héros, Cormoran et Robin. Le roman avance progressivement au fil des 700 pages, à la fois sur l'intrigue du chantage politique, à la fois sur l'histoire du meurtre de l'enfant mais aussi sur les relations personnelles de Cormoran et de Robin. Cette dernière tente de sauver son mariage, alors que celui-ci n'a qu'un an, tandis que Cormoran s'enlise dans une relation sans lendemain avec une dénommée Lorelei, qui attend beaucoup plus de l'ancien soldat unijambiste.  
R
este que, malgré une intrigue riche et fouillée, des personnages qui gagnent en densité psychologique, j'ai eu plus de mal à apprécier ce tome, me perdant un peu dans ses méandres labyrinthiques. J'ai mis près d'un mois à le lire, m'endormant souvent dessus (ce qui est rare !), captivée pourtant par les circonvolutions de l'enquête et de la vie des deux personnages principaux. Mais il a manqué une petite étincelle, je crois. Le dénouement est encore une fois inattendu et bien pensé, non dénué d'intensité dramatique, et offre à l'ensemble une portée intéressante. Mais j'ai nettement ressenti un intérêt en baisse au milieu de l'intrigue, avant que celle-ci ne s'accélère à nouveau.  
U
n tome que je referme donc avec plaisir, certes, mais pas autant que les trois premiers. J'attendrai quand même avec plaisir la sortie du prochain, que je lirai peut-être en anglais, pour éviter d'avoir à attendre la sortie française. Une série qui reste ma série coup de coeur de l'année, malgré cette petite déception.

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25 avril 2019

L'amour, le Japon, les sushis et moi, N.M. Zimmerman

9782226329387-jL'amour, le Japon, les sushis et moi est un roman de Naïma Murail Zimmermann, nièce de Marie-Aude Murail et Moka, paru en octobre 2016 chez Albin Michel Jeunesse. 

Lucrèce a quinze ans lorsque sa mère, chercheuse en sciences, décide d'emmener sa famille vivre à Nagoya, au Japon. Depuis la disparition de leur père dans l'Himalaya, Lucrèce et Maximilien, son frère essaient de trouver un équilibre précaire avec leur mère un peu fantasque. Leur nouvelle vie japonaise est l'occasion pour eux d'avancer. Si Maximilien se régale à jouer avec Trobeau, leur chien, et remporte un franc succès à l'école primaire, Lucrèce, pour sa part, peine à s'intégrer au lycée. Obligée de choisir un club pour compléter son cursus, elle rejoint le Club des amateurs de sushis. Mais elle se rend rapidement compte que ce dernier n'est qu'une vitrine pour quatre lycéens qui n'ont pas envie de faire partie d'un club. Rapidement, Lucrèce perçoit des tensions entre Oda et Ryu, les deux garçons du groupe. Elle décide de s'en mêler et d'oeuvrer pour leur réconciliation. Pourquoi ne pas organiser un projet autour du club de sushis ? 

Je dois avouer que je n'espérais pas grand chose en ouvrant ce roman ado. Peut-être un contexte culturel détaillé, quelques traditions ça et là et un soupçon de Japon d'aujourd'hui, comme Ueno Park qui m'a littéralement conquise. Et à ce niveau-là, je dois avouer que j'ai été servie.  
L'intrigue prend corps dans un Japon étudié juste ce qu'il faut, où traditions bouddhistes, légendes, gastronomie et mentalités sont rendues accessibles pour le lectorat visé.  
Pour le reste, l'intrigue reste très classique et hautement prévisible. Lucrèce se donne comme mission de réconcilier les deux garçons du groupe et de faire reprendre le violoncelle à Ryu, tout en s'ouvrant doucement au sentiment amoureux et l'intrigue se déroule lentement vers un dénouement attendu. Aucune surprise ni folie dans cette histoire adolescente si ce n'est la rapide question du deuil du père, évoquée alors la mère de Lucrèce a fait croire à son petit frère que ce dernier était resté vivre dans l'Himalaya avec le yéti.  
Un roman ado qui ne me laissera pas grand souvenir mais qui possède le mérite d'apporter une touche culturelle à son lectorat. 

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Un Mois au Japon organisé par Lou et Hilde

 

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07 avril 2019

La carrière du Mal, Robert Galbraith

La carrière du malLa carrière du Mal est le troisième tome de la série Les Enquêtes de Cormoran Strike écrit par Robert Galbraith, alias J.K. Rowling. Il est paru en 2016 chez Grasset.

L'agence de détective de Cormoran Strike est de plus en plus prospère, grâce aux enquêtes qu'il a menées avec succès avec Robin Ellacot, son assistante devenue progressivement son associée. Mais lorsqu'un matin celle-ci reçoit un colis contenant une jambe de femme accompagnée de paroles de chanson du groupe de rock Blue Öyster Cult, Cormoran prend peur. La chanson fait référence à un  tatouage que sa mère avait, ce qui met Cormoran sur la trace de trois de ses anciennes connaissances qui pourraient lui en vouloir. L'ancien soldat devenu enquêteur se met immédiatement au travail.  De son côté, Robin, ébranlée par cette découverte, perd peu à peu pied dans son couple avec Matthew, tandis que leur mariage arrive à grands pas. 

C'est bien simple, il ne m'aura fallu qu'un gros mois pour dévorer les trois premiers tomes de cette série et leurs 2200 pages (le quatrième arrive dans quelques jours !). Et autant vous le dire tout de suite : mon enthousiasme n'a pas faibli au fil des tomes, bien au contraire ! 
J. K. Rowling réussit à étonner son lecteur avec une nouvelle intrigue foncièrement différente des deux premières. Dans ce tome, le lecteur plonge dans le passé de Cormoran Strike et ses sombres années. Il en apprend bien plus sur son passé de soldat et son enfance dans des squats avec sa mère et sa jeune soeur. La question de l'amputation est évidemment abordée avec ce membre sectionné reçu au courrier et Cormoran de revenir sur ce qu'il ressent à ce sujet. 
L'intrigue alterne une focalisation sur le meurtrier, dont on sait le minimum, et une focalisation sur Cormoran ou Robin. Les chapitres se succèdent et le lecteur, impuissant, voit la folie meurtrière s'emparer de celui qui ne trouve sa jouissance que dans le fait de découper des femmes et les mettre à sa merci. L'étau se resserre, tandis que Robin, insouciante, se lance à corps perdu dans les filatures que lui confie Cormoran.  
Un troisième tome haletant, à la construction bien différente des deux premiers, un dénouement ingénieux autant qu'inattendu, un duo d'enquêteurs dont la psychologie s'étoffe. Bref, on en redemande !

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13 décembre 2018

Ça raconte Sarah, Pauline Delabroy-Allard

Ça raconte Sarah, Pauline Delabroy-AllardÇa raconte Sarah est le premier roman de la documentaliste et blogueuse Pauline Delabroy-Allard. Il est paru en septembre aux éditions de Minuit.  

La narratrice mène une vie tranquille. Mère célibataire, enseignante, elle traverse la vie sans folie, entretenant une tiède relation avec un homme. Un jour, lors d'un repas, elle rencontre une violoniste, Sarah. Sarah et sa fougue, son exubérance, sa soif de vivre, sa vulgarité et son intensité aussi. Les deux femmes entament une relation amoureuse qui se transforme en passion dévorante. Mais si les débuts sont gorgés de légèreté, le tableau s'assombrit rapidement, le caractère tempétueux et imprévisible de Sarah épuisant la patience de son amante. 

On m'a offert ce roman (et je remercie grandement celle qui l'a fait, si elle passe par là), parce que les similitudes avec l'auteure étaient trop grandes pour que je passe à côté. Je l'ai ouvert et lu d'une traite, happée par ce texte, son intrigue, ses héroïnes et sa plume poétique.

Pour un premier roman, Pauline Delabroy-Allard signe une petite pépite, tant dans la forme que dans le fond. L'intrigue est en apparence simple - une passion entre deux femmes - mais entraîne le lecteur au sein de cette idylle dévorante et destructrice, ne lui laissant aucune chance de s'en sortir. Le roman s'ouvre sur une scène de mort - l'auteure se cachant bien de dévoiler laquelle des deux femmes a succombé - pour mieux revenir en arrière et donner à voir la naissance de cet amour fou. L'économie est faite sur les personnages dont on n'apprend que le strict minimum, l'accent étant mis sur le ressenti de la narratrice et l'évolution du sentiment amoureux. La plume est précise, imagée, poétique aussi, et s'emporte au rythme des fluctuations de cette histoire, offrant au texte une dimension particulière. 

Roman de l'amour et de ses douleurs, de la passion et des extrêmes, Ça raconte Sarah décortique l'âme humaine, donne à voir une tranche de vie, dans sa beauté comme dans sa laideur, dans la vie comme dans la mort. Magistral. 

"Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole : S." 

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05 décembre 2018

Broadway Limited T.1 Un dîner avec Cary Grant, Malika Ferdjoukh

Broadway LimitedUn dîner avec Cary Grant est le premier tome de la série Broadway Limited imaginée par la romancière et scénariste algérienne Malika Ferdjoukh. Il est paru en mars 2015 à L'Ecole des Loisirs puis en avril 2018 en poche.

New York, automne 1948. Jocelyn a dix-sept ans et vient d'arriver dans la ville tentaculaire. Répondant à une annonce, il atterrit à la pension Giboulées, un établissement pour jeunes filles gérée par deux soeurs fantasques. Comme Jocelyn est français et pianiste, les soeurs Merle l'acceptent. Commence alors pour Jocelyn un tourbillon de vie et de musique, entouré des jeunes filles de cette drôle de pension. Le jeune français timide et réservé va découvrir le New York vibrant du swing et du jazz au côté des pensionnaires artistes en herbe. 

Quel tourbillon de vie, quel rythme, quelle musicalité ! Ce roman nous entraîne tout droit dans le New York de la fin des années 40, alors que Broadway est le centre de la création artistique. Comédiens en herbe, chanteurs, danseurs, tout ce petit monde gravite autour des clubs et des théâtres, dans une effervescence incontrôlée. Ode à la jeunesse, à la vie, à l'amour aussi, ce premier tome campe le décor et les personnages (nombreux !) de la pension des Giboulées. Le New York de l'époque est très bien représenté tout en évitant l'éccueil de descriptions trop importantes qui alourdissent le texte. L'ensemble reste léger et se lit avec fluidité. 

L'automne se termine, l'hiver et Noël arrivent à grand pas, et Jocelyn de s'émerveiller de la vie qu'il mène, entre clubs de jazz et sorties au théâtre, et de raconter le tout, par lettres, à sa soeur jumelle restée en France. Les intrigues amoureuses et les amitiés se croisent, s'entremêlent, se tissent doucement. Un premier tome qui se lit comme une douceur, à l'image de sa couverture rosée, pour mieux poursuivre les aventures de la pension Giboulées avec le second tome. Un grand merci à L'Ecole des Loisirs pour la découverte de ce roman. La suite m'attend dans ma PAL et ne va pas y rester longtemps !

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 Challenge Christmas Time chez MyaRosa et Il était six fois Noël chez Chickypoo et Samarian 

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12 septembre 2018

Une histoire d'hommes, Zep

Une histoire d'hommes ZepUne histoire d'hommes est un album de Zep paru en 2013 aux éditions Rue de Sèvres.

Trois quadra embarquent à bord d'un vol vers le Devon. Ils vont passer quelques jours chez Sandro, le quatrième membre du groupe de rock qu'ils formaient ensemble, il y a vingt ans. S'ils ont tous cessé la musique et choisi une vie rangée, Sandro, de son côté, a continué, devenant en quelques années une star internationale. C'est l'heure des retrouvailles sur fond de souvenirs, de nostalgie, de présents, aussi, plus ou moins rangés. Les vannes fusent, l'amitié renaît mais aussi les rancoeurs et les incompréhensions. Et là, juste là, sous leur yeux, la vérité éclate au grand jour.   

J'avais découvert le papa de Titeuf en BD adulte il y a deux ans avec Un bruit étrange et beau, album que j'avais trouvé extrêmement poétique et esthétique. J'ai retrouvé cette poésie et cette esthétique soignée dès les premières pages d'Une histoire d'hommes.
L'amitié masculine est au centre de cet album aux univers chromatiques soignés, le passé et le présent s'entremêlant tandis que les personnages refont le film de leur histoire commune, chacun apportant avec son témoignage une bribe de compréhension. La mélancolie règne, tandis qu'ils évoquent leurs jeunes années de rockeurs insouciants, entre musique, drogues et filles. Les souvenirs se succèdent, le trait réaliste de Zep lui donnant vie dans des doubles pages bichromiques des plus intéressantes.  
Huis-clos lent et nostalgique, Une histoire d'hommes fait entrer le lecteur dans l'intimité de ses personnages, entre passé et présent, entre fantasmes et désillusions, jusqu'au coup de théâtre final. A lire, sans hésiter, pour découvrir Zep dans ce petit quelque chose de poétique et de mélancolique qui lui va si bien.

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La BD de la semaine

Cette semaine chez Stephie !

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21 mars 2018

La femme aux cartes postales, Jean-Paul Eid, Claude Paiement

La femme aux cartes postales, Jean-Paul Eid, Claude PaiementLa femme aux cartes postales est un album de Jean-Paul Eid et Claude Paiement publié en septembre 2016 aux éditions de la Pastèque. 

1957. Rose quitte son petit village de Gaspésie pour réaliser son rêver : chanter sur les scènes des cabarets de jazz de Montréal. Elle laisse sur son oreiller une carte postale expliquant son dessein et n'aura de cesse d'utiliser ce biais pour informer sa famille de sa nouvelle vie. A cette époque, le jazz fait fureur à Montréal et les plus grands musiciens de l'époque se bousculent pour monter sur scène. Mais la révolution rock'n roll est en marche...  
2002. Un jeune universitaire apprend avec stupeur par le CIA que ses cendres ont été retrouvées dans les décombres du World Trade Center. Il se lance alors dans une quête identitaire, qui l'amènera de Paris aux confins de la Gaspésie...

Bel objet à feuilleter, La femme aux cartes postales est un album dans les tons sépia qui n'est pas sans rappeler les anciens albums photos. La narration alterne deux époques et offre un très bel bel hommage aux 60's et au jazz avec des planches soignées à la lumière intéressante.
Rose, son héroïne, est un personnage naïf et attachant qui grandit en même temps que l'histoire du jazz. Elle écrit à intervalles réguliers à sa famille des cartes postales, d'où le titre de l'album, et celles-ci entrecoupent le récit pour en offrir une vision personnelle et intime. Le rendu de l'album est pluriel, et l'objet livre en est rendu singulier. L'ambiance des 60's est extrêmement bien rendue et l'illustrateur permet une réelle plongée dans l'époque, disséminant ça et là des allusions que le lecteur contemporain comprend (l'apparition d'Elvis, en qui personne ne croyait, etc.).  
Une belle lecture au son des trompettes de jazz, un album d'une maison d'édition québécoise aux engagements forts. Une très belle découverte ! 

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BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Stephie !

 

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