Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

24 mai 2017

La maison, Paco Roca

La maison, Paco RocaLa maison  est un album du dessinateur espagnol Paco Roca paru en mai 2016 chez Delcourt, dans la collection Mirages.

Un vieil homme meurt, seul. Ses trois enfants se réunissent pour vider la maison de famille dans laquelle Antonio, c'est son nom, a passé ses derniers jours. Une maison secondaire, qui a vu les années défiler. Une maison dans laquelle les objets se sont entassés au fil du temps. A l'occasion du rangement et du nettoyage de la maison et de son jardin, ses enfants se souviennent.

Joli album en format à l'italienne, La maison est une plongée dans l'histoire d'Antonio et de sa famille. Paco Roca aborde avec beaucoup de sensibilité et de pudeur un thème un peu lourd - celui de vider une maison de famille. Les couleurs dans les tons sepia et le découpage en petites vignettes donnent l'impression de naviguer dans un album photos, écumant les souvenirs d'une famille.

La portée du propos est universelle et permet de se glisser en silence entre ces frères et soeur, et d'y trouver une résonnance certaine. Un album poétique, fin et dont il émane une sorte de nostalgie. Une belle lecture.

Planche 1 Planche 2

Planche 3 Planche 4

BD de la semaine saumon 

Aujourd'hui chez Mo'!

 

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19 mai 2017

Mon midi, mon minuit, Anna McPartlin

 Mon midi, mon minuitMon midi, mon minuit est le septième roman de l'irlandaise Anna McPartlin et le second publié en France. Il est paru en avril aux éditions du Cherche Midi.

Emma et John sont ensemble depuis leur adolescence. Dans la vingtaine, ils filent un amour sans nuage, abordant la vie main dans la main. Mais tout s'effondre le soir où John est fauché par une voiture. Emma est dévastée. Comment survivre à la perte de l'être aimé ? Comment continuer ? Heureusement, ses amis sont là. Sean, le meilleur ami de John, Clo, son amie carriériste qui enchaîne les histoires d'amour et Anne et Richard, le couple solide comme un roc. Entourée d'amour et d'attention, Emma va reprendre goût à la vie.

Non, je n'ai pas une passion pour les livres qui débutent par le décès d'un conjoint (cf. Les gens heureux lisent et boivent du café), oui entre l'Irlande et moi c'est une grande histoire d'amour et j'étais curieuse de découvrir ce roman dont j'ai eu beaucoup d'échos positifs.

Anna McPartlin plonge son lecteur au milieu d'un groupe d'amis, dans l'Irlande des 90's, touché par un drame. Si le propos est assez sombre au début, l'intrigue ne s'attarde pour autant pas sur la question du deuil et de la résilience (petit bémol du coup, l'auteure passant rapidement sur la douleur d'Emma pour se concentrer sur l'après). L'intrigue revêt assez rapidement un caractère positif parfois prévisible, en suivant le quotidien de ces jeunes irlandais à l'approche de la trentaine, leurs choix de vie, leurs doutes, leurs errances parfois.

La question du couple au sens large est finalement le centre de ce roman qui explore un large spectre de situations par  le biais de ses personnages. De ceux qui sont ensemble depuis le lycée à ceux qui ont un coup de foudre qui met à mal leurs certitudes, Anna McPartlin s'interroge. Le décès de John n'est finalement qu'un prétexte pour qu'Emma voit son bonheur imploser et réfléchisse à cette notion. La narration à la première personne permet d'explorer son intériorité et l'humour est là, malgré tout, dans cet âge des possibles. La bande d'amis fait penser à celle de Friends ou de Quatre mariages un enterrement, évidemment (notamment grâce au poème liminaire d'Auden). On rit, on sourit, on est émus parfois par les situations rencontrées.

Mais si j'ai passé un agréable moment dans ces pages (en réalité, le temps d'une après-midi, au soleil en maillot dans mon jardin !), je doute qu'elles me laissent un souvenir impérissable. J'ai été bien plus émue par la lecture d'Un jour de David Nicholls, qui aborde des thématiques similaires sur fond d'Angleterre de la même époque.

"Il était mon nord, mon sud, mon est, mon ouest,

Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,

Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson ;

Je croyais que l'amour jamais ne finirait : j'avais tort."

W.H. Auden, Funeral Blues (p.9)

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07 avril 2017

La Prophétie de Glendower T.2 Les Voleurs de rêves, Maggie Stiefvater

Les voleurs de rêvesLe voleur de Rêves est le deuxième tome de la quadrilogie La Prophétie de Glendower imaginée par Maggie Stiefvater. Il est paru en français en 2013 chez Hachette dans la collection Black Moon.

La ligne de ley a été réactivée et depuis, tout a changé pour Blue et ses trois amis. Si Gansey est toujours aussi déterminé à retrouver Glendower, Adam souffre de plus en plus de sa différence sociale avec ses amis et ceux de son école huppée. Quant à Ronan, depuis qu'il a compris qu'il pouvait ramener des objets de ses rêves, il s'évade de plus en plus dans ses songes parfois cauchemardesques.

Souvenez-vous : à Halloween dernier, j'avais découvert le premier tome de cette série chaudement recommandée par une de mes copines. Et j'avais été réellement séduite par son intrigue, le soin apporté à la psychologie adolescente et l'imaginaire très bien construit. Et pourtant... Et pourtant je partais avec un a priori négatif vis-à-vis de la collection dans laquelle ce texte était paru, ne me sentant absolument pas le coeur de cible du lectorat visé. 

Bref, après ce premier tome vraiment réussi, je n'avais qu'une envie : découvrir celui-ci ! Et si parfois les suites s'avèrent décevantes dans certaines séries, il n'en est rien avec Le Voleur de Rêves. J'ai retrouvé avec un très grand plaisir la petite ville d'Henrietta et ses personnages un peu étranges. L'auteure poursuit sa narration alternée qui permet de passer d'un personnage à l'autre et à l'ensemble de s'imbriquer naturellement.

L'intrigue est toujours bien construite, les péripéties apparues dans le premier tome permettent de la complexifier encore davantage. Les relations entre les personnages gagnent en profondeur et l'ensemble se lit très rapidement, porté par une plume souvent imagée et poétique. C'est inventif, beau, un brin mélancolique et torturé - comme peut l'être l'adolescence - et incroyablement réussi. Une série à côté de laquelle je serais passée si je m'étais arrêtée à sa couverture et sa collection. "C'eût été dommage", comme dirait celui qui se reconnaîtra. Un deuxième tome excellent, et un plaisir de lecture que j'adorerais prolonger avec la suite, mais qui n'est pour l'instant pas encore traduite...

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02 avril 2017

Frida, Benjamin Lacombe et Sébastien Pérez

Frida, Benjamin Lacombe

Frida est un album signé Benjamin Lacombe pour les dessins et Sébastien Pérez pour le texte, paru en novembre 2016 chez Albin Michel.

Frida Khalo. Ce nom évoque tout un univers de couleurs et une vie teintée de tragédies et d'amours complexes. A travers neuf thèmes  - l'accident, la médecine, la terre, la faune, l'amour, la mort, la maternité, la colonne brisée et la postérité - les deux auteurs ont choisi de rendre hommage à la femme peintre la plus célèbre de l'histoire.

Ouvrir Frida, c'est comme se glisser dans une toile de l'artiste mexicaine, c'est s'immerger dans son univers haut en couleurs magnifiquement rendu par les dessins de Benjamin Lacombe, c'est découvrir un bel hommage à une vie tant de fois racontée. Ouvrir Frida, c'est s'assurer une claque esthétique et visuelle.

L'objet en lui-même est un véritable bijou. La couverture en tissu rend à la perfection le flamboyant des tableaux de Frida, tandis que les découpes intérieures font naviguer le lecteur à l'intérieur de son oeuvre. Mise en abyme et plongée dans l'intériorité de l'artiste, le travail de découpage des doubles pages permet de s'approcher de la complexité de l'oeuvre de Frida.

Les textes de Sébastien Pérez portent en eux toute la poésie des propres textes de Frida et c'est un réel bonheur de les découvrir à chaque page en même temps que le travail esthétique de Benjamin Lacombe. Ce dernier soigne ses planches avec minutie, récupérant les éléments de certaines tableaux de l'artiste mexicaine pour mieux lui rendre hommage et la raconter, et joue avec la profondeur de plans que lui permet le travail de découpage des pages.

Un album lu sitôt acheté, savouré à chaque page. Un album lu mais que je relirai avec grand plaisir, que je feuilletterai souvent. Un album hommage à une femme que j'admire et dont la subtilité de l'art me fascine. Une grande découverte, c'est certain.

"L'écorce se fend et la sève ruisselle jusqu'à la terre. La vie n'est qu'un recommencement."

"J'ai suivi les mouvements de tes mains. J'ai voulu peindre mon image. Je me suis perdue."

"Dans un cri triomphant, les formes et les aplats que je peins me libèrent. Sincères, sans mensonge. Le voile se lève."

Plutôt que des images des planches, je vous laisse avec la bande-annonce officielle de l'album, réalisée par Albin Michel.

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18 janvier 2017

Siddhartha, Herman Hesse

Siddhartha, Herman HesseSiddhartha est un roman philosophique de l'écrivain, peintre et essayiste allemand Herman Hesse -Prix Nobel de littérature en 1946 - paru en 1922 en langue allemande avant d'être traduit en 1975 en français.

Siddhartha, fils de brahmane, suit l'enseignement propre à sa caste. Mais un jour, cela ne lui suffit plus. Il quitte donc sa famille et son village pour poursuivre son chemin spirituel. Celui-ci débutera en compagnie de Samanas - moines errants vivant dans l'ascèse - avant de se poursuivre seul, à travers l'Inde. En chemin, Siddhartha croisera le Bouddha Gautama, et sa discussion avec celui-ci lui permettra de poursuivre sa route vers l'Eveil. Et c'est en se détachant de ses désirs et en expérimentant lui-même la sagesse que Siddhartha, loin des enseignements d'une quelconque doctrine, réalisera sa quête spirituelle.

Ce court roman m'a été prêté il y a quelques années et - honte à moi - je ne l'avais pas encore lu. Dans ma grande résolution de rendre les livres empruntés, je me suis plongée dedans cette semaine et c'est avec un plaisir certain que j'ai suivi le personnage de Siddhartha dans son chemin spirituel.

Construit comme un conte, l'intrigue se déroule en Inde, à l'époque du premier Bouddha - Siddhārtha Gautama dit Shakyamuni - et si le héros en porte le prénom, il n'est qu'un personnage fictif qui avance seul sur le chemin de l'Eveil, à l'écart de toute doctrine religieuse. A travers ses différentes expériences -la luxure, l'orgueil, la cupidité, l'envie, etc. - Siddhartha progresse peu à peu dans sa quête initiatique et c'est en méditant et contemplant le monde qu'il parvient à une meilleure connaissance de lui-même.

Très beau texte accessible et poétique, Siddhartha est un moyen intéressant de se pencher sur quelques notions de bouddhisme ou tout simplement réfléchir au monde qui nous entoure. Merci beaucoup Vanessa pour ce prêt de quatre ans. Tu avais raison en pensant que ce texte allait me plaire...

"Je consens volontiers que la Sagesse d'un homme ait toujours aux yeux de certains autres un petit air de folie." (p. 153)

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29 décembre 2016

Au fil de l'eau, Juan Diaz Canales

Au fil de l'eau CanalesAu fil de l'eau est un album signé par le madrilène Juan Diaz Canales (le scénariste de Blacksad et plus récemment de Corto Maltese) paru en septembre aux éditions Rue de Sèvres.

Madrid, de nos jours. Le pays est marqué par la crise économique et le quotidien difficile. Niceto et ses amis nonagénaires arrondissent leurs fins de mois à coup de petits trafics. Parce qu'ils sont âgés et qu'ils ont du bagou, même les flics les laissent tranquilles. Mais cet équilibre précaire est rompu quand un à un les amis de Nicetto décèdent dans d'étranges et violentes circonstances. Lorsque Niceto disparaît à son tour, son fils et son petit-fils, redoutant le pire, se lancent sur ses traces.

C'est avec son excellente série Blacksad que Juan Diaz Canales s'est fait connaître du grand public et j'avais moi-même été soufflée par son talent de scénariste. Avec cet album, c'est son talent de dessinateur qui est mis en valeur, porté par un scénario à la fois grave et sombre. Sur fond de crise économique, Juan Diaz Canales aborde la question de la vieillesse et de la fin de la vie, mais aussi la précarité de l'Espagne d'aujourd'hui, le tout dans un style fluide très agréable. Le sujet est lourd, prend aux tripes, et l'intrigue se met en place progressivement avant d'accélérer lors de la disparition de Niceto. Porté par un noir et blanc majestueux et un dessin précis et soigné, l'album possède un petit quelque chose de polar qui rappelle sans conteste Blacksad. Le dénouement incroyable teinte l'ensemble d'une mélancolie sans pareille. Un très bel album à découvrir. Merci à Coline et aux Éditions Rue de Sèvres pour cet envoi.

Les avis de ClarabelJacques, Mo, Jérôme, Noukette et Stephie.

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07 novembre 2016

L'ultime secret de Frida K., Gregorio León

L'ultime secret de Frida KL'ultime secret de Frida K. est un roman du journaliste et écrivain espagnol  Gregorio León paru en 2012 aux éditions Les Escales.

Un autoportrait de Frida Kahlo vient d'être dérobé dans une galerie d'art de Mexico et son propriétaire sauvagement assassiné. Dépêchée sur les lieux, Daniela, une jeune enquêtrice espagnole, découvre une histoire complexe qui mêle narcotrafiquants et corruption. Le portrait aurait été peint par Frida pour son amant, Trotski, alors en exil au Mexique. Quand des strip-teaseuses sont assassinées une à une et que des autels dédiés à Santa Muerte sont vandalisés, l'enquête se complique pour Daniela.

Une collègue m'a prêté ce roman, suite à une discussion que nous avons eue sur la peintre mexicaine un midi au boulot (comme quoi, en salle des profs on ne parle pas que des élèves...) Je l'ai dévoré en trois jours, happée par cette intrigue brillamment orchestrée qui alterne passé et présent. Entre conditions actuelles au Mexique - avec notamment les troubles politiques, les trafics de drogue, la corruption et le culte de la lugubre Santa Muerte - et récit de l'exil de Trotski chez Frida et Diego en 1940 et la relation amoureuse que la célèbre peintre entretint avec le révolutionnaire russe, le roman file à un rythme effréné.

Gregorio León entremêle faits historiques et inventions fictionnelles pour mieux faire revivre cet épisode de la vie de Frida, sa relation tumultueuse avec celui qu'elle aimât malgré ses infidélités - Diego Rivera - et sa passade clandestine avec Trotski. Le Mexico actuel est une toile de fond très bien dépeinte, et si les trafics en tous genres pullulent, c'est pour mieux servir l'intrigue de ce roman noir rudement bien ficelé.

J'ai adoré me plonger une nouvelle fois dans la vie de Frida (découverte il y a quelques années par la lecture de Diego et Frida de Le Clézio) et suivre cette enquête fascinante sur la disparition de ce tableau politiquement dangereux. Une très belle découverte. Je vais de ce pas remercier ma collègue pour ce prêt !

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22 octobre 2016

Miss Peregrine et les enfants particuliers, Ransom Riggs

Miss Peregrine et les enfants particulier, Ransom RiggsMiss Peregrine et les enfants particuliers est le premier roman du blogueur et écrivain voyageur américain Ransom Riggs paru en 2012 chez Bayard. Il fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Tim Burton sortie le 5 octobre. 

Jacob, seize ans, est effondré à la mort brutale de son grand-père. Ce dernier, qui semblait fantasque aux yeux de sa famille, n'a cessé de raconter à Jacob des récits fabuleux sur son enfance. Juif Polonais émigré sur une petite île du Pays de Galles, Abe -c'est son nom - y a vécu des jours heureux dans un orphelinat un peu singulier. Ce dernier, dirigé par Miss Peregrine Faucon, accueillait des enfants particuliers. Des enfants dotés de dons. Alors que Jacob a toujours pensé que son grand-père affabulait, sa mort dans des circonstances étranges le font douter. Et si finalement Abe n'avait rien inventé ? Et si cet orphelinat existait réellement ? Qu'en est-il de ces enfants qui y vivaient cloîtrés ? Pour en avoir le coeur net, Jacob supplie ses parents de partir mener l'enquête sur  l'île. Et ce qu'il va y trouver va changer sa vie à jamais...

Vous connaissez ma propension à découvrir les romans à l'origine des films. Et si j'étais passée à côté de cette publication lors de sa sortie française, j'ai vite remédié à ce problème en la dévorant en deux jours avant d'aller voir comment Tim Burton l'a traitée.

Ransom Riggs a imaginé dans ce roman un univers très sombre, mêlant cauchemars peuplés de monstres et atrocités liées à la Seconde Guerre mondiale. Jacob évolue dans ce présent sombre, hanté par le souvenir de son grand-père et de ses histoires extraordinaires. L'enfance est omniprésente dans cette intrigue peuplée d'enfants et d'adolescents coincés dans une boucle temporelle les empêchant de vieillir. Le personnage de Jacob - narrateur de l'intrigue - possède une psychologie vraisemblable et bien esquissée, tandis que gravitent autour de lui une galerie de personnages secondaires intéressante mais qui mériterait davantage d'attention. Peut-être que le deuxième tome s'attardera plus sur ces enfants particuliers et leur offrira une psychologie plus individualisée...

Conte poétique, ode à l'enfance, Miss Peregrine et les enfants particuliers est aussi une réflexion intéressante sur la notion de mal, entre monstres imaginaires et horreurs de la guerre. L'intrigue aborde des thématiques variées avec une grande finesse - les premiers émois, la question de la différence et de la tolérance, le devoir de mémoire, les relations intergénérationnelles, la peur, etc.- et l'ensemble se met en place de façon rythmée. Pas de temps mort dans ce premier tome qui augure une suite des plus intéressantes.

Vous aurez compris, j'ai passé un très bon moment dans ces pages, parfaites à découvrir en ce début d'automne. Le deuxième tome m'attend sagement dans mon Kindle et je ne vais pas tarder à le découvrir ! Une fois refermé ce roman, le parallèle avec le film Big Fish, précédemment réalisé par Tim Burton, m'a sauté aux yeux. Dans les deux cas, l'intrigue se centre sur un échange inter-générationnel autour des fabuleux souvenirs d'enfance d'un vieil homme. Le scepticisme du jeune (fils ou petit-fils) laisse progressivement la place à  la compréhension de son aïeul et celui qui semblait un peu fou récupère uneimage légitimité aux yeux de sa famille. Les thématiques sont donc assez proches. J'attends de voir comment Tim Burton a traité ce roman, mais la bande-annonce (que je vous mets ci-dessous pour ceux qui étaient passés au travers) semble définitivement beaucoup plus sombre et effrayante que le doux Big Fish aux couleurs surannées.  Voici ma troisième participation au Challenge Halloween organisé par Hilde et Lou !

 

20 octobre 2016

La prophétie de Glendower T.1, Maggie Stiefvater

La prophétie de GlendowerLa Prophétie de Glendower est le premier tome d'une quadrilogie imaginée par la romancière et illustratrice américaine  Maggie Stiefvater, paru en 2013 chez Blackmoon.

Blue, seize ans, vit entourée de mediums. Toutes les femmes de sa famille possèdent un don pour l'art divinatoire. Toutes sauf Blue, qui exacerbe par sa présence le don des autres, sans n'en posséder aucun elle-même. Depuis qu'elle est petite, toutes ces voyantes se sont accordées sur un point : si Blue embrasse l'amour de sa vie, il mourra. Cette prophétie bien ancrée en elle, Blue renonce donc à tomber amoureuse. Jusqu'au jour où elle rencontre un groupe de garçons d'une prestigieuse école. Quatre garçons mus par le même objectif : trouver la dépouille du prince gallois Glendower. A la tête de ce groupe, Gansey, dont Blue a vu apparaître le fantôme lors d'une cérémonie la veille de la Saint-Marc. La jeune fille est troublée car un esprit se manifeste dans deux situations précises : soit il est l'amour de sa vie, soit elle est la cause de sa mort. Horrifiée par cette signification, Blue se greffe à  la quête des garçons pour découvrir les lignes de ley et le tombeau de Glendower et éviter que la prédiction ne se réalise.

Si vous me connaissez un tant soit peu, vous savez que ce livre n'avait aucune chance de croiser ma route. Et quand je dis aucune, je pèse mes mots. Je lis peu de young adult (je le fais essentiellement pour mon travail), la première de couverture laisse entendre une romance un peu mièvre et éculée et la maison d'édition fait partie de celles vers lesquelles je ne vais pas spontanément. Je n'ai rien contre Black Moon, cela va sans dire, mais leur ligne éditoriale ne me correspond pas du tout et le fait que ce texte soit publié chez eux m'aurait fait passer à côté. Heureusement, une collègue du club lecture du lycée (merci Amélie !) a fait l'apologie de ce texte qu'elle lisait l'année dernière en anglais, et j'avais été intriguée par son enthousiasme. Elle avait ajouté que l'édition française pouvait faire passer inaperçu ce roman, le noyant parmi des bluettes de bit-lit et des romances adolescentes et que ça serait fort dommage. Ce n'était bien entendu pas tombé dans l'oreille d'une sourde. Sitôt que j'en ai eu l'occasion, j'ai acheté ce roman pour le CDI de mon lycée, et en bonne documentaliste que je suis, je me suis octroyé la primeur de sa lecture. Et j'ai rudement bien fait ! Effectivement, passez outre la couverture très Twilight, le sous-titre "Si elle embrasse l'amour de sa vie, il mourra" et partez à la découverte de ce texte extrêmement bien construit et à l'intrigue des plus prometteuses !

Maggie Stiefvater soigne le début de sa quadralogie en plantant un décor solide à l'ambiance léchée et en prenant le temps d'y installer ses personnages. Ces derniers sont bien loin d'être des caricatures de personnages adolescents et possèdent une psychologie fine que l'auteure dépeint avec attention. La narration à la troisième personne change de point de vue et permet de passer d'un personnage à l'autre, balayant ainsi le spectre de leurs préoccupations. C'est subtil, intelligent et tout se tient. L'apport historique lié au personnage de Glendower est d'autant plus intéressant et offre à la quête des quatre Corbeaux - Gansey et ses amis, surnommés ainsi car le corbeau est l'emblème de leur école - une visée culturelle intéressante.

L'intrigue se met en place doucement, chaque élément s'emboîtant patiemment jusqu'à ce que le tout s'accélère brusquement, vous empêchant de reposer le livre. C'est simple : moi qui peine à poursuivre les séries (je préfère de loin les titres isolés à quinze tomes d'une série qui n'en finit pas), une fois reposé ce roman, je n'ai eu d'autre choix que d'emprunter la suite (que j'avais heureusement achetée pour le CDI). Donc en gros, oui on dirait une romance de fantasy, oui la maison d'édition laisse sous-entendre ça mais que nenni : foncez ! Vous allez découvrir un texte étonnant, mêlant histoire et problématiques adolescentes et sociales, loin des poncifs du genre et vous n'aurez plus envie de le lâcher.

 Voici ma deuxième participation au Challenge Halloween organisé par Hilde et Lou !

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11 octobre 2016

Les Nécrophiles anonymes T.2 L'étrange cas du docteur Ravna et de Monsieur Gray, Cécile Duquenne

Les Necrophiles anonymes T L'étrange cas du docteur Ravna et de Monsieur Gray est le deuxième tome de la série Les Nécrophiles anonymes imaginée par Cécile Duquenne, paru en avril 2014 chez Bragelonne. Le premier tome, Quadruple assassinat dans la rue de la Morgue, m'avait ravie l'an dernier au moment d'Halloween et j'ai eu envie d'en découvrir la suite.

Bob le vampire et Népomucène le préposé à la morgue poursuivent leur chemin ensemble, dans cette amitié amoureuse platonique à laquelle ils sont condamnés par leurs conditions. Bob, qui ne s'est jamais autant lié à un autre être depuis qu'il est devenu un vampire, décide de faire lire à Népomucène les carnets qu'il tient depuis sa renaissance vampirique. Des carnets dans lesquels Népomucène découvre qu'être un vampire n'est pas aisé et que le dédoublement de personnalité est monnaie courante. Mais lorsque Bob décide de présenter Népomucène à ses amis vampires, les retrouvailles prennent une tournure inquiétante pour le tandem. Bob est en effet hypnotisé pas un vampire qui se fait appeler Dorian Gray et Népomucène assiste impuissant à la transformation de son ami.

J'avais découvert le premier tome de cette série par hasard l'an dernier, en cherchant des lectures halloweenesques et j'avais passé un agréable moment en compagnie de Bob et Népomucène. L'humour était prégnant et les références littéraires et cinématographiques au mythe du vampire nombreuses.

Malheureusement pour ce deuxième opus, la magie n'a pas du tout opéré. Si les références sont toujours présentes par l'intermédiaire d'Oscar Wilde et Bram Stocker et leurs personnages de Dorian Gray et Van Helsing, elles semblent être là pour apporter une sorte de crédit à une intrigue plate et sans saveur. L'ensemble manque cruellement de rythme et de cohérence et la brièveté du texte laisse le lecteur sur sa faim, tandis que de nombreuses questions restent en suspens à la fin du roman. Si la relation entre Bob et Népomucène avance à petit pas et laisse suggérer une approche intéressante, il n'en demeure pas moins que l'intrigue reste bancale dans son ensemble. Les lieux sont trop brièvement décrits pour permettre à l'imagination d'éclore, tandis que les personnages restent superficiels et leurs psychologie trop rapidement traitée. L'humour, omniprésent dans le premier tome, est quasi absent de celui-ci, ce qui est fort dommage. Bref, une rencontre ratée avec ce roman et une grosse déception. J'avais pris tellement de plaisir à découvrir le ton décalé et drôle de Cécile Duquenne dans le premier volet des aventures de Bob et Népomucène que je pensais me régaler d'avance avec celui-ci, mais il n'en est rien. Je me laisserai peut-être tenter par le troisième titre de la série, désireuse de retrouver le mordant du premier tome, mais rien n'est moins sûr...

 Voici ma première participation au Challenge Halloween organisé par Hilde et Lou !

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