Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.




27 avril 2019

La vérité sur Dix petits nègres, Pierre Bayard

La vérité sur dix petits nègresLa vérité sur Dix petits nègres est le dernier essai de critique policière de l'universitaire et psychanalyste Pierre Bayard. Il est paru en janvier aux éditions de Minuit. 

Tout le monde connaît le célèbre roman d'Agatha Christie, Les dix petits nègres. Dix personnages, sur une île en pleine tempête, sont tués chacun leur tour, tandis qu'une comptine macabre hante les murs et que des statuettes disparaissent au fur et à mesure des meurtres. Et si le meurtrier n'était pas celui que la Reine du crime a désigné comme tel ? Et si, malgré tous les indices, les lecteurs du monde entier s'étaient fourvoyés depuis quatre-vingts ans en n'identifiant pas le bon coupable ? Pierre Bayard donne la parole au meurtrier pour qu'il explique ce qui s'est réellement passé sur l'île. 

Entre Pierre Bayard et moi, c'est une histoire qui dure depuis longtemps. Je l'avais découvert avec sa première critique policière Qui a tué Roger Ackroyd ? il y a dix ans, et, conquise, j'avais poursuivi avec L'affaire du Chien des Baskerville, Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? et enfin Et si les oeuvres changeaient d'auteur ?  
A chaque fois séduite par son style et sa déconstruction des grands classiques de la littérature, j'ai succombé à l'appel de son dernier essai, après être allée l'écouter en parler à la Librairie Autour du Monde près de chez moi.   
Encore une fois, il nous entraîne dans une relecture d'un classique du genre et cherche les invraisemblances du texte pour en proposer une solution alternative élégante, plausible et logique.  
L'exercice de style n'est pas évident mais Pierre Bayard s'en sort avec brio, comme toujours, empruntant aux illusions d'optique, à la psychologie, à la prestidigitation ou encore aux fantasmes liés à l'île pour expliquer son raisonnement.  
Nul besoin d'avoir parfaitement l'oeuvre de Christie en tête, le début de l'essai étant consacré à un résumé des personnages, des faits et de leur chronologie dans l'oeuvre originelle. S'ensuit une deuxième partie consacrée aux invraisemblances et impossibilités de la solution proposée par la romancière. Une troisième partie s'attarde sur ce qui permet de fausser le jugement du lecteur, grâce à une série d'aveuglements multiples, avant une dernière partie consacrée à la solution proposée par Pierre Bayard, à travers son personnage meurtrier.  
L'ensemble, pointu et teinté d'ironie, se lit avec délectation, tout en restant très largement accessible. C'est bien simple, pour ma part j'ai dévoré une grosse moitié dans l'avion qui m'amenait à Londres, avant de le terminer au calme sur ma terrasse. Encore une fois Pierre Bayard réussit le pari de déconstruire une oeuvre littéraire avec élégance. A découvrir sans tarder ! De mon côté, je vais aller fouiner du côté d'Intercripol, association de recherches universitaires pour traquer les personnages criminels. 

"Aborder une île ou en rêver, c'est laisser revenir en soi des récits de l'enfance et se vivre en héros de roman à la découverte de secrets enfouis." (p.127)

"Aussi terrifiante soit-elle, toute histoire nous aide à mettre de l'ordre dans le désordre des faits, le plus souvent aléatoires, qui constituent nos existences." (p.128)

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03 avril 2019

Brigade Verhoeven T.2 Irène, Bertho et Corboz

Brigade Verhoeven 2Irène est le deuxième tome de la série Brigade Verhoeven. Cette adaptation en BD du roman de Pierre Lemaître signée Bertho et Corboz est parue le 13 mars dernier aux éditions Rue de Sèvres.

Camille Verhoeven, commandant de la police criminelle parisienne, est obligé d'écourter ses vacances pour enquêter sur un nouveau meurtre. Deux femmes atrocement mutilées sont retrouvées dans un loft à Courbevoie. Les enquêteurs découvrent rapidement que ce double meurtre est à mettre en relation avec un crime plus ancien, survenu à Tremblay. Le meurtrier semble s'inspirer de romans pour mettre en scène ses meurtres. L'enquête patine et Camille s'impatiente : Irène, sa femme, va bientôt accoucher et il aimerait être à ses côtés. 

J'avais découvert Camille Verhoeven avec l'excellent premier tome, Rosie, et j'avais passé un très bon moment dans les locaux de la police criminelle. Autant vous dire que j'étais impatiente de découvrir la suite !   
Ce deuxième volet est tout autant réussi et capte l'attention du lecteur en quelques planches. Celles-ci sont toujours aussi dynamiques et leur découpage - audacieux - participe de cette ambiance sombre et du suspense grandissantL'ensemble est toujours cinématographique et très vivant.
Si le dénouement est un tantinet prévisible, l'intrigue est néanmoins bien menée et respecte les codes du genre. Les personnages aux trognes bien soignées possèdent toujours ce petit quelque chose de suranné qui m'avait tant plu dans le premier tome.
Un deuxième titre sanglant et prenant à souhait. Amateurs de polars contemporains, laissez-vous tenter, l'ensemble vaut largement le détour. 

Planche 1 Planche 2

Planche 3 Planche 4

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cet album.

La BD de la semaine

Cette semaine, c'est Noukette qui accueille le rendez-vous des amoureux des bulles !

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11 mai 2018

La disparition de Stéphanie Mailer, Joël Dicker

joel dicker disparition de stephanie mailer

La disparition de Stéphanie Mailer est le dernier roman de Joël Dicker paru en mars aux éditions de Fallois.

Orphea, petite ville des Hamptons, 30 juillet 1994. Alors que la ville entière s'apprête à assister à l'inaguration de la première édition de son festival de théâtre, le maire et sa famille son sauvagement assassinés dans leur maison, toute comme une joggueuse qui se trouvait dans les environs. La ville est en émoi. La police trouve rapidement le coupable et la tension s'apaise. Mais lorsque vingt ans plus tard une jeune journaliste du nom de Stéphanie Mailer décide de remettre son nez dans le dossier, elle se rend rapidement compte que quelque chose cloche. Elle décide d'en parler à Jesse Rosenberg, chargé de l'enquête à l'époque, mais celui-ci n'a pas le temps de la rencontrer que Stéphanie disparaît. 

J'avais passé trois jours à dévorer La vérité sur l'affaire Harry Québert, il y a quelques temps, puis j'avais enchaîné avec la découverte du Livre des Baltimore, qui m'avait conquise aussi. J'attendais ce quatrième roman de Joël Dicker avec un mélange d'impatience et de curiosité. Merci Hélène de m'avoir permis de le découvrir si rapidement ! 

Encore une fois, la magie a opéré : j'ai dévoré ce livre en quelques jours, incapable de le lâcher, échafaudant dans ma tête mille théories pour comprendre où Joël Dicker voulait emmener son lecteur. Et je n'y suis bien entendu pas parvenue... Joël Dicker excelle dans la construction d'intrigues alambiquées alternant plusieurs époques et mêlant de nombreux personnages. Pour autant, l'ensemble s'apparente presque à un huis-clos, l'enquête ayant cette fois encore comme toile de fond Orphea, petite ville américaine en apparence tranquille. Un passé dérangeant ressurgit, cette fois soulevé par la jeune journaliste Stéphanie Mailer. Personne n'est lisse, rien n'est parfait, à Orphea, et Joël Dicker joue avec les apparences pour mieux les faire voler en éclat une à une. Un excellent page-turner, un policier contemporain qui évite l'écueil de la violence et du gore. Un excellent moment de lecture, une nouvelle fois. Merci Hélène de me connaître si bien ! 

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25 mai 2017

Le coma des mortels, Maxime Chattam

Le coma des mortels Maxime ChattamLe coma des mortels est le dernier roman de l'écrivain français Maxime Chattam paru en juin 2016 aux éditions Albin Michel.

Pierre. Le narrateur de cette histoire. Un homme qui a laissé sa vie derrière lui pour en recommencer une autre. Une vie toute neuve. Avant, il s'appelait Simon. Désormais, ça sera Pierre. Employé au zoo de Vincennes pour nettoyer les cages des animaux, Pierre a un cercle très restreint de connaissances. Mais étrangement, les morts se succèdent autour de lui. Mais qui est finalement Pierre ?

Cela faisait des années que je me disais qu'il fallait que je découvre l'oeuvre de ce romancier (j'avais même désespéré Nelfe à ne pas avoir lu un de ses romans) et voilà qui est chose faite avec ce titre, acheté lors de notre sortie en librairie le mois dernier par une élève qui souhaitait que je le lise pour en discuter ensemble.

Je suis tombée sous le charme du style de Maxime Chattam, enferrée dans cette intrigue sombre et épineuse où le narrateur fait naître des doutes dès les premiers instants. Bon, vous me connaissez : quand une narration est à la première personne, je suis distante, je me méfie, même, de ce personnage qui prend en charge l'intrigue et qui nous livre sa version des faits. Sa vérité. C'est exactement l'attitude que j'ai adoptée en me plongeant dans ces pages, hypnotisée malgré moi par cette histoire racontée à rebours par le personnage principal. Et quelque part, j'ai bien fait, même si je ne vous dirai rien de plus.

Tout est mystérieux - à commencer par Pierre, bien entendu - et Maxime Chattam emprisonne son lecteur dans ce roman noir un peu dérangeant, où le sexe côtoie la mort et où l'amour semble perdu. Portrait grinçant d'une humanité qui dérange, un brin barré à l'image du narrateur, Le coma des mortels a su me séduire malgré un dénouement un peu simple qui m'a laissée sur ma faim. Un romancier que je découvre avec ce titre et dont je vais explorer l'oeuvre (bon, pas de façon trop rapprochée non plus parce que ça reste relativement un thriller et que je suis petite nature...) L'avis de Nelfe, très déçue par ce titre.

"La comédie c'est un peu comme l'écriture : une forme d'art dangereuse pour la santé mentale qui consiste à développer une schizophrénie contrôlée et à jouer avec en testant la plasticité, la résistance et l'étendue." (p.41)

"Elle a une beauté progressive. Il y a des beautés myopes - belles de loin -, des beautés presbytes - à tomber par terre mais insupportable à vivre de près -, des beautés astigmates - en clair moches. Constance, elle, est une beauté progressive. Plus on l'observe, plus on découvre de petits détails qui font son charme." (p.328-329)

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15 janvier 2017

La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier Giesbert

La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier GiesbertLa cuisinière d'Himmler est un roman du journaliste et écrivain franco-américain Franz-Olivier Giesbert paru en 2013 chez Gallimard.

Rose est née en juillet 1907, au bord de la mer Noire. Parce que sa famille est arménienne, elle est massacrée par les Jeunes-Turcs au nom de la turquification de l'Anatolie. Rose s'enfuit et commence pour elle un drôle de périple, une vie de fuite dans ce siècle meurtrier. Après le génocide arménien, la petite fille est vendue comme esclave sexuelle avant de s'enfuir en France. Mais la Seconde Guerre mondiale sourd. Entre amours désabusées et vengeance qui la ronge, Rose vit avec une détermination farouche et se lance dans la seule chose qui anime sa vie : la cuisine.

Roman étonnant et détonnant s'il en est, La cuisinière d'Himmler vous déroute et vous malmène dès les premières pages. L'intrigue débute alors que Rose a cent-quatre ans, une vie des plus remplies, et des souvenirs en pagaille. Quand une lettre lui parvient d'Allemagne, elle se décide à écrire ses mémoires, le récit de sa vie de bohème, "un livre pour célébrer l'amour et pour prévenir l'humanité des dangers qu'elle court. Pour qu'elle ne revive jamais ce que j'ai vécu." Dès lors, les chapitres alternent entre Marseille, en 2012 - où Rose tient son restaurant La petite Provence - et sa jeunesse sur les routes.

Car Rose a traversé le XXe siècle et toutes ses horreurs : du génocide arménien aux atrocités nazies et à l'horreur maoïste. De la France à l'Allemagne en passant par la Chine et les États-Unis, Rose fuit la violence et tente à chaque fois de se construire une vie stable et heureuse, aimant hommes et femme, célébrant la vie par le sexe.

Au crépuscule de sa vie, avec une détermination et un humour féroces, la vieille dame raconte sa vie. Et c'est drôlement prenant. Franz-Olivier Giesbert dresse le portrait d'une Tatie Danielle impertinente, vulgaire et un brin teigne, qui par ses blessures s'est construit une force de caractère et une vie des plus remplies. Extrêmement documenté sur le siècle, son récit est poignant et ne s'embarasse ni de jolies tournures ni de descriptions longues. Rose - la narratrice - est directe, parfois crue. Mais c'est son journal, sa vie, ses morts et ses amours, et personne ne peut l'empêcher de se raconter comme elle le souhaite, avec l'impertinence que son âge excuse. Un roman solidement construit à l'humour grinçant et ô combien intéressant. Une bien belle lecture qui rafraîchit la mémoire sur le siècle dernier et ses sombres heures.

En bonus de fin : les recettes de Rose (la Parmesane de Mamie Joe, le Plaki de la grand-mère de Rose ou encore le flan au caramel d'Emma Lempereur)

"Si l'Enfer c'est l'Histoire, le Paradis, c'est la vie." (p.382)

"Le bonheur ne nous est pas donné : il se fabrique, il s'invente." (p.382)

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07 novembre 2016

L'ultime secret de Frida K., Gregorio León

L'ultime secret de Frida KL'ultime secret de Frida K. est un roman du journaliste et écrivain espagnol  Gregorio León paru en 2012 aux éditions Les Escales.

Un autoportrait de Frida Kahlo vient d'être dérobé dans une galerie d'art de Mexico et son propriétaire sauvagement assassiné. Dépêchée sur les lieux, Daniela, une jeune enquêtrice espagnole, découvre une histoire complexe qui mêle narcotrafiquants et corruption. Le portrait aurait été peint par Frida pour son amant, Trotski, alors en exil au Mexique. Quand des strip-teaseuses sont assassinées une à une et que des autels dédiés à Santa Muerte sont vandalisés, l'enquête se complique pour Daniela.

Une collègue m'a prêté ce roman, suite à une discussion que nous avons eue sur la peintre mexicaine un midi au boulot (comme quoi, en salle des profs on ne parle pas que des élèves...) Je l'ai dévoré en trois jours, happée par cette intrigue brillamment orchestrée qui alterne passé et présent. Entre conditions actuelles au Mexique - avec notamment les troubles politiques, les trafics de drogue, la corruption et le culte de la lugubre Santa Muerte - et récit de l'exil de Trotski chez Frida et Diego en 1940 et la relation amoureuse que la célèbre peintre entretint avec le révolutionnaire russe, le roman file à un rythme effréné.

Gregorio León entremêle faits historiques et inventions fictionnelles pour mieux faire revivre cet épisode de la vie de Frida, sa relation tumultueuse avec celui qu'elle aimât malgré ses infidélités - Diego Rivera - et sa passade clandestine avec Trotski. Le Mexico actuel est une toile de fond très bien dépeinte, et si les trafics en tous genres pullulent, c'est pour mieux servir l'intrigue de ce roman noir rudement bien ficelé.

J'ai adoré me plonger une nouvelle fois dans la vie de Frida (découverte il y a quelques années par la lecture de Diego et Frida de Le Clézio) et suivre cette enquête fascinante sur la disparition de ce tableau politiquement dangereux. Une très belle découverte. Je vais de ce pas remercier ma collègue pour ce prêt !

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14 avril 2016

Les filles oubliées, Sara Blaedel

Les filles oubliéesLes filles oubliées est un thriller de la danoise Sara Blaedel paru en novembre 2015 aux éditions Terra Nova.

Le corps sans vie d'une jeune femme est découvert dans une forêt au Danemark.  Malgré l'énorme cicatrice qui barre son visage, l'appel à témoins reste sans réponse et son identité demeure un mystère. Mais très vite, une vieille femme se souvient de la victime : enfant, elle était internée dans un hôpital psychiatrique, avec sa soeur jumelle, abandonnée par ses parents. Le plus étrange est qu'elles avaient été déclarées mortes... Pour Louise, chargée de l'enquête, les questions sans réponse sont nombreuses.

Cela faisait très longtemps que je n'avais pas lu de thriller et j'ai succombé à l'appel de ce dernier, appâtée par la localisation de l'intrigue (j'adore le Danemark !). Mais très rapidement, je me suis rendu compte que ce n'est pas un hasard si je délaisse ce genre de livre : loin de me détendre, ils me crispent au plus au point. Lire des descriptions de violences ne me permet pas réellement de m'éloigner de mon quotidien et de m'évader. Quand en plus les violences sont envers des femmes, l'identification est certaine et le malaise grandit.

J'ai été très mal à l'aise tout au long de ma lecture, horrifiée, parfois, par le mal et toutes les formes qu'il emprunte. Je ne remets en aucun cas en cause le travail d'écrivain de Sara Blaedel ni son intrigue - savamment construite - mais je pense que je ne suis plus du tout le lectorat visé par les thrillers.

Pour les amateurs du genre, sachez que Les filles oubliées est un très bon thriller qui vous fera frissonner juste ce qu'il faut (moi je ne compte pas, vous savez à quel point je suis petite nature !). L'enquête avance à bon pas, les rebondissements sont nombreux et le duo d'enquêteurs - quoiqu'un peu caricatural et prévisible - fonctionne bien. Le dénouement final est glauque à souhait et offre à l'intrigue une dimension intéressante. Pour ma part, j'ai été pressée de terminer ces pages mais d'autres les refermeront à regret, sans aucun doute...

Un grand merci à Camille de LP Langage&Projet et les éditions Terra Nova pour l'envoi de ce roman.

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19 janvier 2016

Tueuses mais pas trop, Stéphanie Mesnier

Tueuses mais pas trop, Stéphanie MesnierTueuses mais pas trop est un roman de l'écrivain et journaliste Stéphanie Mesnier paru en février 2015 chez Fayard.

Elles sont influentes, souvent riches, dotées d'un certain pouvoir mais ont dans l'intimité une ombre qui rôde autour d'elles. Mari, amant, belle-mère, chacune a une personne nocive dans son entourage proche. Et s'il était possible de faire disparaître ces malveillants sans que jamais le lien ne soit fait entre la victime et son meurtrier ? Et si ces femmes s'alliaient et se rendaient service ? C'est ce que propose un étrange club qui met en relation ces femmes, pour le meilleure et pour le pire !

Certes, je m'attendais à une comédie légère, comme l'annonçait la couverture girlie et la quatrième et j'étais ouverte à cette idée de détente. Mais je m'attendais quand même à une intrigue originale et bien traitée, de l'humour ou encore des personnages léchés. Malheureusement, il n'en est rien. Tueuses mais pas trop semble être un condensé de clichés et de caricatures. Il n'est pas un personnage qui rattrape l'autre, ni une situation qui apporte un semblant de piment à cette intrigue cousue de fil blanc, qui semble tout droit copiée sur un roman d'Agatha Christie. L'idée de départ était pourtant bonne malgré son côté sordide - un club de femmes qui s'entraident pour supprimer à chacune l'individu qui la gêne dans sa vie - mais l'intrigue tombe vite à plat. 
La plume de Stéphanie Mesnier est très contemporaine et porte les relents d'une écriture journalistique qui oublie de soigner son style et laisse la part belle à des dialogues parfois inutiles. 
La construction narrative inversée - le roman commence par une scène finale et redéroule le fil des événements ensuite - apporte certes une touche d'originalité mais ne permet pas au suspense d'éclore. J'ai lu d'une traite ce roman mais sans éprouver de réel plaisir. C'est vraiment dommage car l'idée originale est intéressante mais ne semble pas avoir été suffisamment exploitée.
Je tiens à remercier les éditions Fayard pour la découverte de ce roman, et s'il n'a pas réussi à  me séduire, j'espère qu'il trouvera néanmoins son public.

grand merci à Dominique et aux éditions Fayard pour ce livre. - See more at: http://bouquinbourg.canalblog.com/tag/Service%20de%20presse#sthash.TpJqAcRJ.dpuf

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10 septembre 2015

Millénium 4 Ce qui ne me tue pas, David Lagercrantz

imageCe qui ne me tue pas est le quatrième tome de la série Millénium, dont la paternité revient au regretté Stieg Larsson, disparu en 2004, et qui en écrivit les trois premiers chapitres. Ce quatrième volet de la saga, dont la sortie a tant échauffé les esprits, a été écrit par le journaliste suédois David Lagercrantz, qui a récupéré l'intrigue et les personnages de Larsson et a imaginé une nouvelle aventure de Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander. La sortie mondiale le 27 août - dix ans jour pour jour après la parution du premier opus - a enflammé le milieu littéraire, et c'est bien entendu dans la collection Actes Noirs de chez Actes Sud que les lecteurs français peuvent retrouver ce texte.

Mikael Blomkvist est fatigué. Considéré par beaucoup comme un journaliste de la vieille école, celui qui s'est donné corps et âme pour la revue Millenium, a perdu le goût de son métier, tandis que la revue, détraquée de toute part, peine à trouver des financeurs. Mais lorsque le professeur Frans Balder l'appelle au milieu de la nuit et lui demande de venir le voir dans l'instant, la curiosité de Mikael est titillée. Car Balder est bien connu pour ses recherches sur l'intelligence artificielle et prétend détenir des informations sensibles sur le service de renseignement américain grâce à une hakeuse qui ressemble étrangement à Lisbeth Salander. Mikael n'a pas le temps d'arriver que le professeur est assassiné, laissant comme témoin de son meurtre August, son fils autiste. 

Il n'est pas dans mon habitude de me ruer sur des textes qui font polémique lors de leur sortie pour participer à un soi-disant élan général. Je préfère de loin me tenir à l'écart de ce genre d'engouement et marcher sur mon propre chemin de lectrice, butinant çà et là au gré de mes découvertes. Mais cette fois-ci, ma curiosité a été piquée. Car entre Millénium et moi, c'est une histoire d'amour ancienne, qui date d'avant l'ouverture de ce blog (c'est dire...). Et quand j'ai appris la récupération des personnages de Larsson par un autre, j'ai été curieuse du résultat. Car voyez-vous, ma lecture de la trilogie originelle a commencé il y a dix ans, lorsque je découvrais par hasard le premier tome dans la bibliothèque toulousaine de mon quartier. S'ensuivirent trois jours de lecture intense, où j'ai plongé aux côtés de Mikael et Lisbeth dans cette Suède qui me fascinait tant et que je découvrais quatre ans plus tard. On était en 2006. J'étais alors une jeune étudiante en lettres qui ne buvait pas de café mais adorait les descriptions de Mikael, exilé dans ce petit bourg suédois pour mener son enquête, enchaînant cafés et sandwichs pour tenir le rythme.

Alors peut-être est-ce par nostalgie de cette époque que j'ai ouvert ce quatrième tome, curieuse de savoir si David Lagercrantz allait réussir là où Stieg Larsson avait excellé ? Par envie de frissons et d'addiction ? Allez savoir... Je ne m'attarderais pas ici sur les détails peu reluisants de la sortie de ce tome - opposant la veuve de Larsson et le père et le frère de ce dernier, chacun se battant pour l'héritage de celui qui a vendu 82 millions d'exemplaires de sa trilogie - mais plutôt sur mon ressenti de lecture. Contrairement à d'autres, les textes de Larsson sont assez loin dans mon parcours de lectrice puisque les ayant lus lors de leur sortie française, je n'y suis plus revenue depuis 2007. Mes souvenirs ne sont donc pas des plus frais, mais j'ai en mémoire néanmoins leur effet sur moi. Si le premier tome m'avait littéralement kidnappée dans un acte de lecture nécessaire et irrépressible, les tomes suivants m'avaient certes séduite mais déçue par leur tournure invraisemblable. J'avais néanmoins été au bout de ma lecture et avais apprécié les valeurs chères à Larsson et qu'il défendait dans ses romans : la lutte contre le racisme, la xénophobie et l'extrême-droite.

Venons-en maintenant à proprement parler à ce quatrième tome (ce n'est pas trop tôt, diront certains !). Si l'intrigue est intéressante et s'inscrit dans la droite lignée de ce qu'aurait pu défendre Stieg Larsson, il n'en demeure pas moins qu'il lui manque le punchy de Larsson, justement. Mikael Blomkvist est confronté à la question de l'intelligence articifielle et de l'espionnage industriel et s'érige en défenseur des libertés individuelles, aidée d'une Lisbeth aussi bougon et insaisissable que d'ordinaire, mais le rythme manque cruellement de régularité et de souffle. Je ne nie pas que David Lagercrantz parvienne à faire monter le suspense dans son intrigue, mais plutôt que celle-ci se révèle fade et déjà vue, bien loin des romans de Larsson. L'impression qui ressort est de lire un énième thriller vaguement haletant, qui se déroule en Suède, sur fond d'intrigue politique et de passé peu reluisant.

David Lagercrantz essaie d'injecter une once d'émotion dans cette intrigue - qui ressemble presque à celle d'un James Bond - grâce au personnage d'August, le fils autiste et surdoué du professeur Balder. Mais justement, c'est là que le bât blesse : d'émotion, il n'y en a pas dans ce roman. Aucune. Pas d'empathie pour les personnages, ni de peur qui surgit face au danger. Rien. La narration ne permet pas aux émotions d'émerger et l'auteur semble tenir son lecteur à distance. Et c'est un brin agaçant, cette impression d'être privé du plaisir de la lecture.

En revanche, l'invraisemblance est toujours là, comme chez Larsson et donne à l'ensemble un goût de film d'action un peu bâclé. Le timing est toujours parfait pour Mikael et Lisbeth qui se sortent de situations invraisemblables en un rien de temps, malgré de violentes blessures (Lisbeth se fait traverser par une balle mais continue sa mission malgré tout) et des assaillants de tous côtés. C'est ce que je déplorais chez Larsson. C'est dommage de le retrouver ici. 

En définitive, il est certes appréciable de retrouver les personnages de Mikael et Lisbeth, mais la nostalgie ne fait pas tout et l'ensemble demeure bancal. Comme si David Lagercrantz essayait de porter des chaussures qui ne lui vont pas. Ca ressemble à Stieg Larsson, mais ce n'est pas Stieg Larsson et ça se sent très nettement. David Lagercrantz qui s'est pourtant imprégné des personnages de Larsson pour se faire habiter par eux et mieux les faire revivre sous sa plume n'a pas réussi son challenge, un challenge de taille, il est vrai. Il n'en demeure pas moins que l'ensemble se lit rapidement, et si on passe outre des personnages secondaires caricaturaux, le rythme irrégulier et certaines scènes clairement bâclées - notamment les combats et autres affrontements -, l'expérience de lecture reste dans l'ensemble agréable, sans plus, mais laisse en bouche le goût d'opération commerciale (même si les bénéfices seront reversés à Expo, revue antiraciste créee en 1995 par Larsson). David Lagercrantz, qui dit avoir perdu le sommeil lors de l'écriture de ce roman, devrait à l'avenir imaginer ses propres personnages et retourner à ce qu'il sait faire de mieux, écrire des biographies comme celle de Zlatan Ibrahimovic.

Donc, cher lecteur, si tu n'as pas eu envie de lire en entier mon billet  (ce que je comprends dans ce monde où chaque seconde compte tant nos vies sont fascinantes et remplies...), je vais te faire un résumé en mode Twitter :  lis Millénium 4 si tu veux replonger en Suède aux côtés de Mikael et Lisbeth mais ne t'attends pas à retrouver Larsson à travers ces pages.

NB du 19/09 : Je l'avais oublié mais je le rajoute illico :

je rajoute ce roman à mon Reading Challenge 2015 !  

4. Un livre publié cette année

5. Un livre avec un chiffre dans le titre

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10 février 2014

Meurtre au Ritz, Michèle Barrière

Meurtre au Ritz, Michèle BarrièreMeurtre au Ritz est le septième tome de la saga consacrée à la famille Savoisy écrit par l'historienne de l'alimentation Michèle Barrière. Ce roman est paru en juin 2013 au Livre de Poche.

Paris, 1898. César Ritz fignole les travaux du célèbre palace parisien qui portera son nom. A la tête de ses cuisines, le non moins célèbre Auguste Escoffier. Mais la réputation du lieu est menacée lorsque le cadavre d'une jeune femme est retrouvé dans une des chambres froides. Heureusement, Quentin Savoisy, journaliste gastronomique en herbe, s'attèle à cette enquête, aidé de Diane sa fiancée, fervente partisane des droits des femmes.

Avec ce nouveau roman, Michèle Barrière nous entraîne dans le tourbillon du Paris de la fin du XIXe siècle. Mêlant Histoire - l'affaire Dreyfus, l'ouverture du Ritz, les mouvements féministes naissants - et fiction, la romancière réussit une nouvelle fois une intrigue très bien ficelée qui laisse la part belle à la gastronomie.
Meurtre au Ritz nous permet de pousser la porte du célèbre palace et de découvrir l'effervescence liée à son ouverture. Les cuisines y tiennent bien entendu un rôle primordial, comme toujours, et le meurtre qui ouvre le roman semble lié à celles-ci. 
M
ais l'intrigue permet également une plongée appréciable dans l'époque dépeinte. Paris est un personnage à part entière, comme toujours dans les romans de Michèle Barrière qui aime à soigner ses lieux et à conserver une cohérence historique globale. Le lecteur se promène, en compagnie de Quentin, le héros, dans les ruelles parisiennes et découvre la ville telle qu'elle était en cette année 1898.
Lire un roman de Michèle Barrière c'est perdre la notion du temps, se glisser dans une époque pour mieux en comprendre les enjeux et découvrir, au détour d'une intrigue policière, l'histoire de la gastronomie et ses subtilités. Un régal...

Intrigué par les romans noirs gastronomiques ?
Découvrez  mon interview de Michèle Barrière
ainsi que mes précédents billets sur ses romans.

 

sang-hermine

 

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