Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

20 avril 2017

La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi, Rachel Joyce

La lettre qui allait changer le destin d'Harry Fry arriva un mardi, Rachel JoyceLa lettre qui allait changer le destin d'Harry Fry arriva le mardi... est le premier roman de la britannique Rachel Joyce paru en 2012 aux éditions XO. C'était à l'origine une pièce radiophonique pour la BBC que l'auteure avait écrite alors que son père était en phase terminale d'un cancer.

Harold Fry reçoit un jour une lettre d'une ancienne collègue. Queenie, c'est son nom, lui annonce qu'elle est en train de mourir d'un cancer. Ému, Harold rédige une réponse qu'il décide de poster sur le champ. Laissant sa femme Maureen affairée à faire du ménage, le sexagénaire sort pour rejoindre la prochaine boîte aux lettres. En chemin, il change d'avis : il ne va pas poster sa réponse mais il va aller rendre visite à Queenie dans son centre de soin palliatif. Du sud de l'Angleterre, il décide de rejoindre la frontière écossaise sans aucune préparation, sans sac à dos, avec ses chaussures bateau, lui qui n'a jamais fait réellement de sport dans sa vie. Harold promet à Queenie qu'il va arriver, mais qu'elle doit l'attendre. Il marche donc, pour qu'elle vive.

Ce roman a fait grand bruit lors de sa parution il y a quelques années mais jusque là, je n'avais pas eu la curiosité de comprendre pourquoi. Je n'avais pas été conquise par Deux secondes de trop, le second roman de Rachel Joyce mais comme j'ai eu l'occasion d'avoir celui-ci entre les mains, j'ai commencé à lire la première page... pour ne plus le lâcher !

Vous savez comme les histoires de marche méditative m'inspirent (à la même époque l'an dernier je dévorais Wild de Cheryl Strayed) et celle-ci n'a pas fait exception. Même si l'histoire d'Harold est fictive, elle a su me toucher dès les premières pages. J'ai été émue par cet homme à la retraite qui décide sur un coup de tête de tout plaquer et de marcher pour lutter contre la mort de son amie. Sa marche prend des allures de rédemption et d'introspection. Les kilomètres faisant, Harold se dépouille de ses certitudes pour mieux analyser son parcours de vie et comprendre pourquoi il en arrive là. C'est émouvant, jamais larmoyant malgré le sujet grave, et si l'ensemble est un tantinet improbable (parcourir 1000 km en 87 jours sans aucune préparation me semble compliqué), l'ensemble fonctionne bien. 

J'ai aimé accompagner Harold dans sa marche pour retrouver Queenie, réfléchir à ses côtés à sa vie, ses choix, ses erreurs comme ses bons moments. J'ai aimé moi aussi laisser de côté toute certitude sur ce chemin. Et je me dis de plus en plus que je vais entreprendre un tel périple moi aussi un de ces quatre !

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04 mai 2016

Wild, Cheryl Strayed

Wild Cheryl StrayedWild est le second livre de la romancière et essayiste américaine Cheryl Strayed publié en 2012 et adapté deux ans plus tard en film par Jean-Marc Vallée avec Reese Witherspoon dans le rôle-titre. 

Le Pacific Crest Trail - PCT pour les initiés - est un sentier de randonnée de 4240 km qui relie la frontière mexicaine à la frontière canadienne. Alors que sa vie s'effondre à la mort brutale de sa mère, Cheryl Strayed, fraîchement divorcée, se lance un défi : parcourir seule 1700 km de ce sentier. Sans préparation, sans connaissance ni condition physique particulières, elle s'élance vaillemment, sac sur le dos, maigres économies en poche. Souffrance, épuisement et découragement feront partie de son quotidien, mais dans cette expérience Cheryl parviendra à surmonter le chagrin dû à la disparation de sa mère et apprendra beaucoup sur elle.

Dévoré durant mon escale de 9h en Chine alors que je revenais de mon trip solo au Vietnam, Wild m'a fait l'effet d'une décharge électrique. Quelle expérience, quel parcours, quel courage surtout ! Cheryl Strayed s'est dépouillée de tout, durant sa randonnée sur le PCT - brûlant au fur et à mesure les chapitres des livres qu'elle lisait pour alléger le poids de son sac - mais a conservé un petit carnet dans lequel elle a consigné ses impressions. Et quel témoignage ! J'ai été littéralement happée par ces pages et j'ai eu l'impression de parcourir à ses côtés cette célèbre randonnée (à la différence près que j'ai gardé mes ongles de pied, moi, contrairement à elle...)

Arrivée à un point de rupture dans sa vie - sans lien avec sa famille, tout juste divorcée, sous l'emprise de drogues et de relations toxiques sans lendemain - Cheryl Strayed effectue un virage des plus audacieux en décidant de randonner seule. Cette expérience lui permet un retour aux sources salvateur et libérateur. Dépouillée de considérations matérielles, en perpétuel face-à-face avec elle, c'est sur le PCT qu'elle va se trouver et faire du tri dans sa vie. 

Je peine à trouver les mots pour vous exprimer l'émotion qui m'a saisie à la lecture de ce texte. J'ai eu l'impression de rentrer dans l'intimité de cette personne incroyable qui a réussi à vaincre ses démons à force de persévérance. Il y a tant de belles leçons de vie dans ce livre que je ne fais que le conseiller autour de moi depuis ma lecture. A bon entendeur...  Un gros coup de coeur, c'est évident...

"Le silence était incommensurable. Le vide écrasant. C'est ce que j'étais venue chercher, ai-je pensé. C'est ce que je voulais."

"Même dans mes heures les plus sombres - que je vivais précisément à cette époque -, j'avais toujours cru au pouvoir de l'obscurité. Oui, je m'étais perdue et je l'étais encore, mais, grâce à ces errances, j'avais appris des choses qui me seraient restées inconnues dans d'autres circonstances."

"Pour moi, la solitude avait toujours été un lieu plus qu'un sentiment, une petite pièce dans laquelle je pouvais me réfugier pour être moi-même. L'absence totale d'êtres humains sur le PCT avait altéré cette sensation. La solitude s'était étendue à l'univers tout entier, que j'occupais d'une façon toute nouvelle pour moi."

"J'étais juste venue, je commençais à le comprendre, pour surpasser ma peur et tout le reste - tout ce que je m'étais infligé, tout ce qu'on m'avait fait subir."

"Peut-être qu'en effet j'étais la personne la plus seule au monde. Mais peut-être que c'était bien."

"On ne peut jamais savoir pourquoi certains événements arrivent et d'autres non, ce qui provoque quoi, ce qui détruit quoi. Quelles choses permettent à d'autres de naître, de mourir ou de changer de cours."

"Les larmes que j'avais senti monter près du pont se sont enfin mises à couler. "Merci, ai-je pensé. Merci." Pas seulement pour cette longue marche, mais pour tout ce que je sentais enfin fusionner en moi ; tout ce que le chemin m'avait appris et tout ce que je ne savais pas encore, mais qui était déjà là, quelque part."

"Tout ce qui comptait, c'était l'authenticité de ce que je venais d'accomplir. Et le fait que j'en comprenne le sens même si je n'étais pas encore capable de le formuler."

 

 Pour terminer, la bande-annonce du film

(que je n'ai toujours pas vu...)

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