Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.




21 novembre 2018

La tresse, Laetitia Colombani

La tresse, Laetitia ColombaniLa tresse est le premier roman de l'écrivaine et scénariste française Laetitia Colombani. Il est paru chez Grasset en mai 2017 et a connu, dès sa sortie, un succès fulgurant en France et à l'international.

Trois femmes, trois destins. Smita, qui fait partie de la caste des Intouchables, vit à Badlapur, en Inde et subit une vie de labeur ingrat qu'elle souhaite éviter à sa fille. Giulia, de son côté, vit à Palerme, en Sicile, et travaille avec son père dans l'usine familiale. Sarah, enfin, occupe une place importante dans un cabinet d'avocats à Montréal et a placé sa carrière au centre de ses préoccupations. Trois destins qui vont basculer, sur trois continents différents, pour une vie meilleure.

Un premier roman encensé de toutes parts, et j'ai compris pourquoi dès les premières pages.       
Laetitia Colombani emporte son lecteur dans ces trois histoires brèves et intenses à la fois, interrogeant la place de la femme dans la société et la notion de liberté. Ces trois destins, en apparence si différents, se rejoignent et se confondent, offrant au texte un aspect universel.       
Le texte est bref, très fragmenté - les chapitres concernant les trois personnages se succèdent - et très fluide. L'auteure ne s'encombre pas de personnages secondaires inutiles, de dialogues ou de descriptions secondaires, et va à l'essentiel, sans se départir de cette émotion qui empreint ces trois histoires dès les premières lignes.  
Un court roman aussi bref que bouleversant. A lire sans hésiter !

 

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07 juin 2018

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

En attendant Bojangles, Olivier BourdeautEn attendant Bojangles est le premier roman de l'écrivain français Olivier Bourdeaut paru en janvier 2016 aux éditions Finitude. Plusieurs fois primé, il a remporté un grand succès dès sa sortie.

Ils s'aiment d'un amour fou. Lui, George, ancien homme de loi reconverti en ouvreur de garages, elle, au prénom inconnu puisque son mari la nomme chaque jour différemment, amoureuse de la vie fantasque qu'elle s'invente. Tous les deux dansent, chaque jour, sur Mr Bojangles chanté par Nina Simone, devant les yeux ébahis de leur fils. La vie du trio n'est qu'un tourbillon de fantaisie et de drôlerie : les invités se succèdent, l'alcool coule à flot, les disques tournent en boucle tandis que Mme Superfétatoire, la grue domestiquée par la famille, amuse la galerie. Tout n'est qu'amusement et loufoquerie. Mais  l'équilibre de cette douce folie se rompt le jour où un percepteur d'impôt vient sonner à la porte. 

Deuxième roman que je découvre en livre audio, En attendant Bojangles m'a complètement charmée. Je l'avais dans ma PAL depuis longtemps en version papier (depuis sa sortie !) mais je n'avais pas pris le temps de le découvrir. Un trajet ce week-end m'a permis de me plonger dans la version audio empruntée à la médiathèque.  
La voix de Louis Arène, de la Comédie-Française, donne vie à ces personnages fantasques et corps à cette intrigue ubuesque, tandis que les intermèdes musicaux de Nina Simone scandent l'intrigue. La narration alterne entre les souvenirs du narrateur enfant devenu adulte et le journal de son père. Les réminiscences divergent de l'un à l'autre, l'enfant et son oeil naïf ne voyant dans la fantaisie de sa mère qu'une fraîcheur innocente, quand son père, dès le début, sait que la folie se tapit dans un recoin, et qu'elle peut à tout instant faire voler en éclat l'équilibre mental de sa chère et tendre. 
La plume d'Olivier Bourdeaut est d'une musicalité sans borne (et en livre audio le résultat est d'autant plus fort !), l'auteur jouant sur les mots, leurs sonorités et les figures de style pour créer un non-sense absolument délicieux. 
C'est bien simple : je n'ai pas vu passer les 3h d'écoute, moi qui avais eu beaucoup de mal avec mon premier livre audio. Je me suis immergée dans cette intrigue drôle et émouvante, ode à un amour fou si romanesque. Je ne vous en dirai pas plus... Un coup de coeur indéniable à côté duquel je vous déconseille de passer ! 
Les avis de BlandineEnnaFolavril, Helene, ItzamnaJerome, LeiloonaMadameNatiora, Noukette, etc. 

  En bonus un entretien d'Olivier Bourdeaut

 

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23 mai 2018

Ce n'est pas toi que j'attendais, Fabien Toulmé

Ce n'est pas toi que j'attendaisCe n'est pas toi que j'attendais est le premier album de Fabien Toulmé paru en octobre 2014 aux éditions Delcourt.

Fabien et sa femme Patricia attendent un heureux événement. Après leur petite Louise qui a quatre ans, le couple est heureux d'accueillir une nouvelle petite fille. Mais quel n'est pas leur choc en découvrant à l'accouchement que celle-ci est trisomique. Fabien Toulmé raconte, dans un vibrant témoignage, son acceptation de la différence de Julia.

De Fabien Toulmé, j'avais adoré Les deux vies de Baudouin, son deuxième album. Et si ce premier album a été vanté un peu partout sur la blogosphère, je m'en suis tenue éloignée un temps, redoutant une lecture trop dure pour moi. Mais j'ai fini par succomber à l'appel, curieuse de découvrir ce témoignage au titre ô combien évocateur. Car ce n'est effectivement pas une enfant trisomique que Fabien et sa femme, Patricia, attendaient. Mais c'est tout en pudeur et en humilité que l'auteur analyse ses émotions et ses ressentis, sa douleur et son désarroi. Dans ce vibrant récit centré sur lui, Fabien Toulmé raconte son parcours pour devenir père de Julia, ces longs mois d'indifférence, de colère, de tristesse, de déception... Jusqu'au jour où il accepte enfin sa fille dans sa différence et l'aime d'un amour inconditionnel.

Le trait est simple, comme toujours, et l'album parcourt les émotions de Fabien au gré de couleurs froides qui gagnent progressivement en chaleur.

Un album qui m'a émue aux larmes (mais sans me faire pleurer comme une madeleine non plus, comme je pensais), d'une pudeur et paradoxalement d'une authenticité sans borne. Le témoignage d'un papa désemparé qui n'est pas sans me faire penser aux Petites victoires d'Yvon Roy qui relate le parcours d'un père et de son fils autiste. A lire, sans hésiter une seconde.

Les avis de Jerome, Noukette, Mo, MadameVal, Enna, Galéa, Syl, etc.

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La BD de la semaine

Cette semaine chez Mo' !   

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28 mars 2018

La différence invisible, Julie Dachez et Mademoiselle Caroline

La différence invisibleLa différence invisible est un album de Julie Dachez illustré par Mademoiselle Caroline. Il est paru en août 2016 chez Delcourt dans la collection Mirages. 

Marguerite a vingt-sept ans et si en apparence sa vie est équilibrée - elle travaille, est en couple, a des amis - Marguerite souffre et se sent différente. Ses manies sont nombreuses et son environnement doit être un cocon protecteur dans lequel elle doit pouvoir se ressourcer. Lassée de ce mal-être, Marguerite va consulter divers spécialistes jusqu'à ce que l'un d'eux mette un nom dessus : Marguerite est autiste Asperger. Dès l'annonce du diagnostic, elle se sent soulagée et comprise. Sa différence s'explique et porte un nom. Marguerite amorce alors sa renaissance. 

Album autobiographique de Julie Dachez, La différence invisible est un titre percutant sur l'autisme. Son point fort réside dans le fait que le syndrome est décrit de l'intérieur, par Julie elle-même autiste Asperger, contrairement aux Petites victoires, qui évoquait cette question du point de vue du père d'un jeune enfant autiste. Le trait de Mademoiselle Caroline, tout en simplicité, rend hommage aux questionnements intérieurs du personnage. La couleur est utilisée avec parcimonie, notamment pour évoquer les agressions sonores dont est victime Marguerite, hypersensible aux bruits ou le sentiment de libération une fois qu'elle se sent comprise. Un cahier pédagogique en fin d'album complète l'explication du syndrome par des chiffres, des précisions sur ses formes et une bibliographie fournie.

Un album extrêmement instructif, qui souffre parfois de quelques longueurs dues à la volonté d'être informatif, mais que j'ai pris plaisir à découvrir après l'avoir tant vu passer sur les blogs. L'avis de Petite Noisette, Mo' et Stephie et le blog de Julie Dachez.

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 BD de la semaine saumon

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28 février 2018

Le Pays des cerisiers, Fumiyo Kouno

Le pays des cerisiersLe Pays des cerisiers est un one shot signé Fumiyo Kouno paru en 2006 chez Kana. C'est le premier manga de cette auteure née à Hiroshima publié en France.

Trois courtes histoires composent ce manga. La première, La ville de Yunagi, se déroule à Hiroshima en 1955. Dix ans après, la bombe A hante toujours la ville et ses habitants et des commémorations sont prévues pour éviter qu'une telle tragédie ne se reproduise.  Minami, qui travaille dans un atelier de confection, a perdu sa famille dans le bombardement. Seule sa mère s'en est sortie. La jeune femme, traumatisée, n'arrive pas à se reconstruire, hantée par les images de ce jour et ceux qui tombent malades jour après jour, suite à l'irradiation.  
Le Pays des cerisiers, la seconde histoire, se déroule en deux parties. La première, trente ans après le bombardement, se concentre sur Nanami, une jeune joueuse de base-ball qui découvre l'histoire de sa famille en suivant son père à Hiroshima. La dernière partie, enfin, se déroule de nos jours, et se centre sur les descendants des victimes de la bombe.

Je ne suis pas une grande lectrice de mangas, vous le savez. Mais ma curiosité a été piquée par le sujet de celui-ci et la manière dont il serait traité. Manga polémique au Japon (la postface est assez éclairante), Le Pays des cerisiers est un manga commandé par l'éditeur de Fumiyo Kouno pour dénoncer ce qui reste encore tabou aujourd'hui : les conséquences du bombardement et la reconstruction du pays. L'auteure n'est pas une hibakusha (littéralement victime de la bombe atomique), mais s'est largement documentée sur la question pour aborder avec une finesse et une poésie sans nom ce pan de l'histoire japonaise. Les dessins tout en rondeur et en simplicité servent le propos et les trois histoires balayent les cinquante ans qui suivent le bombardement. Comment se reconstruire ? Comment recommencer à vivre après cet épisode de l'Histoire qui a coûté la vie à tant de gens et qui demeure aujourd'hui encore tabou ? C'est ce que se demande l'auteure, qui aborde l'indicible et l'horreur par le prisme des survivants et leurs familles. Un manga très émouvant, à lire et à relire. Un incontournable pour aborder la question du bombardement d'Hiroshima et ses conséquences tant physiques que psychologiques. 

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17 janvier 2018

Les petites victoires, Yvon Roy

les petites victoires yvon royLes petites victoires est un album autobiographique de l'auteur et illustrateur canadien Yvon Roy. Il est paru en mai 2017 aux éditions Rue de Sèvres.

Olivier a dix-huit mois quand le diagnostic de son autisme tombe. Ses parents, anéantis par la nouvelle, se séparent, chacun cherchant à surmonter cette épreuve comme il peut. Marc, son père, refuse qu'Olivier grandisse enfermé en lui-même. Il va construire sa propre méthode pour qu'Olivier s'épanouisse et évolue, méthode opposée aux conseils prodigués par le corps médical qui encadre l'enfant mais approuvée par ce dernier. Au fil des jours et des répétitions, Marc gagne petit à petit de nombreuses petites victoires sur la maladie.

Album touchant s'il en est, Les petites victoires est le récit incroyable de ce père qui, durant des années, met sa vie entre parenthèses pour se battre aux côtés de son fils. Avec une détermination sans borne, espoir et abnégation, il va persévérer et tout faire pour que son fils ait une vie des plus normales, malgré un diagnostic lourd. Aidé des équipes médicales et de sa femme, il permet progressivement à Olivier de vaincre ses peurs et d'entrer en interaction avec le monde.

Le dessin en noir et blanc est simple, efficace, et complète à merveille le récit de ces années de combat. Yvon Roy, en explication liminaire, expose ses doutes quant à l'écriture de cet album intime, récit d'une époque douloureuse. Mais l'ensemble reste lumineux, gorgé d'espoir et de petites victoires à l'image du titre (comme la première, lorsqu'Olivier vainc sa terreur face à une poussière dans son bain).

Une très belle découverte, un album qui force le respect et l'admiration. Un moment de lecture très fort et dont j'ai largement parlé autour de moi. Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres de m'avoir permis de découvrir cet album.

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Aujourd'hui chez Stephie !

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02 septembre 2017

New York Odyssée, Kristopher Jansma

new york odyssée kristopher jansmaNew York Odyssée est le deuxième roman de l'américain Kristopher Jansma paru en janvier aux éditions Rue Fromentin.

Jacob, William, George, Sara et Irène, cinq amis liés depuis l'université et que l'entrée dans la vie active a poussés à s'installer à New York. New York, la ville qui ne dort jamais, synonyme d'effervescence, de fêtes, d'excès. Brûler la vie par les deux bouts et ne pas s'en soucier, tel était le désir de ces jeunes adultes. Mais un événement brutal va les ramener à la raison et les obliger à donner une autre direction à leur vie.

J'ai pris le parti - comme la quatrième de l'éditeur - de ne pas vous spoiler sur ledit événement, au risque de ne pas suffisamment vous allécher, peut-être. Mais sa révélation participe de l'ambiance de son intrigue et je ne veux pas gâcher cette découverte à ceux qui ouvriront ces pages.

New York Odyssée m'a été offert par mes libraires, lorsqu'en sortie scolaire avec mes pioupious du club lecture (oui, je parle de mes lycéens comme des pioupious et j'assume !) je leur ai annoncé que j'avais eu ma mutation et que je quittais la région. Nous avions passé deux heures à échanger autour des livres et avant de partir, elles m'ont collé celui-ci dans les mains, certaines qu'il me plairait. Et elles ne se sont pas trompées !

Véritable plongée dans le New York effervescent et du quotidien effréné des jeunes cadres d'aujourd'hui qui s'offrent le luxe d'un mode de vie malsain avant d'en payer chèrement les pots cassés, New York Odyssée est également une magnifique histoire d'amitié. De ces histoires qui ont pour toile de fond un Manhattan désenchanté, où le vernis se fissure rapidement pour laisser voir la partie sombre de chacun. Les paillettes et la vie trépidante se craquellent et donnent à voir le drame intime et les fêlures de chacun. Le lecteur s'attache à ces personnages si vraisemblables, se prend d'empathie pour leurs blessures, leurs errements, s'identifie, parfois, à leurs interrogations. C'est beau, c'est triste, c'est vibrant. Bref, un roman à découvrir sans hésiter. Elizabeth et Céline, si vous passez par Bouquinbourg, merci beaucoup de ce très beau roman qui a accompagné mon départ d'Ile-de-France.

"Ces soirs-là, nous savions pourquoi nous étions venus en ville. Quitte à vivre vraiment, alors nous voulions ressentir ces fêlures dans la voix, ce tremblement de toutes les extrémités. Et si nos appartements étaient des cercueils, et nos bureaux des pierres tombales, et nos rêves du poison - si tous nous allions lentement vers la mort - au moins nous nous relevions ensemble de ces épreuves grandioses et terribles." (p.16)

"Que les sceptiques doutent. Que l'avenir soit incertain. Dans une ville de huit millions d'âmes, ils seraient toujours deux, ensemble, du début à la fin." (p.61)

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21 juin 2017

Les deux vies de Baudouin, Fabien Toulmé

Les deux vies de BaudouinLes deux vies de Baudouin est un album de Fabien Toulmé paru en février 2017 chez Delcourt, dans la collection Mirages.

Baudouin, la trentaine, a une vie des plus mornes. Juriste dans un grande boîte à la Défense, il passe son temps au boulot ou dans les transports. Une fois le soir venu, c'est Morrison, son chat, qu'il retrouve en guise de compagnon. Baudouin déprime dans sa vie routinière, enfermé dans un travail qui l'accapare sans le passionner. Mais sa vie bascule lorsqu'il apprend qu'il a une tumeur et qu'il ne lui reste que quelques mois à vivre. Il décide alors avec Luc, son frère, de dresser une liste de toutes les choses qu'il souhaite vivre avant de mourir. Accompagné de ce dernier, médecin humanitaire épicurien et optimiste, Baudouin part en Afrique et commence à vivre comme jamais il ne l'avait fait jusqu'alors.

Quel album ! Quelle claque ! Je ne m'attendais à rien en l'ouvrant, je l'ai refermé en larmes, avec l'envie de le faire découvrir à plein de gens de mon entourage... Si le propos de départ m'a rendue prudente - je craignais un énième livre sur un personnage condamné qui découvre à quel point la vie est belle quand on lui annonce sienne est quasi finie - cet a priori s'est envolé au fil des pages de ce gros album (plus de 250 pages !). Fabien Toulmé - qui a fait beaucoup parler de lui avec la parution de Ce n'est pas toi que j'attendais - traite le sujet avec intelligence et ne sombre dans aucun écueil.

Oser changer de vie, vivre ses rêves, voilà qui est audacieux dans une société en crise où l'argent semble être l'unique bouée de sauvetage. C'est ce que Baudouin décide de faire quand il est acculé, quand il comprend que gagner tant d'argent, en étant rongé par le stress au boulot et incapable d'entretenir une relation amoureuse stable, est inutile. Alors Baudouin plaque tout, son appart, ses meubles, colle Morrison chez ses parents et part trois semaines en Afrique. Trois semaines pour écouler ce qu'il y a sur sa liste. Trois semaines pour s'autoriser à refaire de la musique, lui le musicos passionné mais brimé dans son choix professionnel par des injonctions parentales raisonnables. Trois semaines pour choisir le bonheur et l'insouciance plutôt que la raison et la morosité. Trois semaines pour vivre, enfin. Et c'est libérateur, pour le lecteur aussi, de voir cette vie assumée, cette vie choisie et non plus subie. Le propos est clair, mais en rien caricatural. On est loin de l'album bien-pensant et moralisateur qui prône une jolie vie. Et Fabien Toulmé est là où on ne l'attend pas...

Baudouin ressemble à plein de jeunes cadres qui, rongés par une injonction sociale écrasante, en oublient de construire leur vie personnelle au profit d'un quotidien triste et solitaire. Le personnage est émouvant, dans ses errances et ses peurs, et jamais caricatural. Son frère Luc, trublion téméraire, apparaît comme un sauveur de ces derniers mois de vie, leur donnant une saveur que Baudouin ne se serait jamais autorisé à connaître. La relation qu'entretiennent les deux frères est vibrante d'authenticité - la narration alternant présent et enfance des deux personnages - et Fabien Toulmé soigne cet aspect sans tomber dans le larmoyant. La maladie est brièvement évoquée, mais laisse rapidement la place à cette furieuse envie de vivre qui anime Baudouin.

Le trait assez minimaliste, qui ne m'a pas vraiment séduite de prime abord, accompagne finalement bien le propos. Bref, un album que j'ai dévoré d'une traite et dont je suis ressortie bouleversée. A lire, sans hésitation. Sans aucune hésitation même.

Les avis de Jerome, Mo et Noukette.

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20 avril 2017

La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi, Rachel Joyce

La lettre qui allait changer le destin d'Harry Fry arriva un mardi, Rachel JoyceLa lettre qui allait changer le destin d'Harry Fry arriva le mardi... est le premier roman de la britannique Rachel Joyce paru en 2012 aux éditions XO. C'était à l'origine une pièce radiophonique pour la BBC que l'auteure avait écrite alors que son père était en phase terminale d'un cancer.

Harold Fry reçoit un jour une lettre d'une ancienne collègue. Queenie, c'est son nom, lui annonce qu'elle est en train de mourir d'un cancer. Ému, Harold rédige une réponse qu'il décide de poster sur le champ. Laissant sa femme Maureen affairée à faire du ménage, le sexagénaire sort pour rejoindre la prochaine boîte aux lettres. En chemin, il change d'avis : il ne va pas poster sa réponse mais il va aller rendre visite à Queenie dans son centre de soin palliatif. Du sud de l'Angleterre, il décide de rejoindre la frontière écossaise sans aucune préparation, sans sac à dos, avec ses chaussures bateau, lui qui n'a jamais fait réellement de sport dans sa vie. Harold promet à Queenie qu'il va arriver, mais qu'elle doit l'attendre. Il marche donc, pour qu'elle vive.

Ce roman a fait grand bruit lors de sa parution il y a quelques années mais jusque là, je n'avais pas eu la curiosité de comprendre pourquoi. Je n'avais pas été conquise par Deux secondes de trop, le second roman de Rachel Joyce mais comme j'ai eu l'occasion d'avoir celui-ci entre les mains, j'ai commencé à lire la première page... pour ne plus le lâcher !

Vous savez comme les histoires de marche méditative m'inspirent (à la même époque l'an dernier je dévorais Wild de Cheryl Strayed) et celle-ci n'a pas fait exception. Même si l'histoire d'Harold est fictive, elle a su me toucher dès les premières pages. J'ai été émue par cet homme à la retraite qui décide sur un coup de tête de tout plaquer et de marcher pour lutter contre la mort de son amie. Sa marche prend des allures de rédemption et d'introspection. Les kilomètres faisant, Harold se dépouille de ses certitudes pour mieux analyser son parcours de vie et comprendre pourquoi il en arrive là. C'est émouvant, jamais larmoyant malgré le sujet grave, et si l'ensemble est un tantinet improbable (parcourir 1000 km en 87 jours sans aucune préparation me semble compliqué), l'ensemble fonctionne bien. 

J'ai aimé accompagner Harold dans sa marche pour retrouver Queenie, réfléchir à ses côtés à sa vie, ses choix, ses erreurs comme ses bons moments. J'ai aimé moi aussi laisser de côté toute certitude sur ce chemin. Et je me dis de plus en plus que je vais entreprendre un tel périple moi aussi un de ces quatre !

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26 novembre 2016

Le roman du mariage, Jeffrey Eugenides

Le roman du mariage, Jeffrey EugenidesLe roman du mariage est le troisième roman de l'américain Jeffrey Eugenides paru aux éditions de L'Olivier en 2013. Son nom ne vous dit peut-être rien mais Jeffrey Eugenides, lauréat du Pulitzer catégorie fiction en 2003, est également l'auteur de Virgin Suicides, adapté à l'écran par Sofia Coppola en 1999.

Madeleine, Mitchell et Leonard. Trois étudiants américains qui se rencontrent à l'Université de Brown et explorent la sensation grisante de la liberté estudiantine. Entre soirées arrosées et cours de sémiologie, ils découvrent Barthes, et son Fragment d'un discours amoureux. A partir de ce moment-là, leurs vies dérapent. Mitchell tombe fou amoureux de Madeleine, qui n'a d'yeux que pour Leonard. Ce dernier, ténébreux et mystérieux, l'entraîne bien vite dans sa tourmente. Diagnostiqué maniaco-dépressif quelques années plus tôt, Leonard souffre d'instabilité chronique. Madeleine, éperdue d'amour pour lui, tente coûte que coûte de le sauver de ses démons. Mitchell, de son côté, part faire un voyage au long cours afin d'oublier Madeleine.

Jeffrey Eugenie signe ici un roman magistral, et je pèse mes mots. Difficile d'en parler, tant cette lecture est poignante et puissante... Portée par une construction narrative bluffante, l'intrigue suit un cours singulier où passé et présent s'entremêlent pour mieux raconter ces trois personnages. De ce triangle amoureux, personne ne sort indemne. Ni Leonard, brisé par une enfance désastreuse et une maladie qui le ronge ; ni Madeleine, soumise à ses sentiments pour Leonard et qui l'amènent à s'oublier ; ni Mitchell, qui reste dans l'ombre de Madeleine, attendant d'elle un regard, un sourire. 

Jeffrey Eugenides y décortique le sentiment amoureux pour mieux l'analyser et le donner à voir. C'est cru, parfois dérangeant, si souvent vraisemblable, malheureusement. Portrait d'une génération un rien brisée, cette comédie dramatique entraîne son lecteur dans l'intériorité de ses personnages, donnant à voir un spectre d'émotions finement dépeintes. Et le lecteur de s'interroger lui-même, à l'aune des réflexions des personnages, qu'elles soient sentimentales, professionnelles ou encore théologiques.

Bref, Le roman du mariage est une petite pépite dont vous auriez tort de vous priver. C'est grand, c'est addictif, c'est un indéniable coup de coeur ! Merci mon cher Alain pour ce conseil avisé qui n'a pas fini de me surprendre. Je sens que Madeleine, Mitchelle et Leonard n'ont pas fini de me hanter...

"Elle avait le sentiment que la plupart des sémiologues avaient dû être impopulaires dans leur enfance, tyrannisés, mis à l'écart, et qu'ils reportaient sur la littérature leur colère rentrée. Ils voulaient destituer l'auteur. Du livre, cet objet transcendantal, fruit de tant d'efforts, ils voulaient faire un texte, libre de toute attache, indeterminé, ouvert aux interprétations. Ils voulaient donner la vedette au lecteur. Parce qu'eux-mêmes étaient des lecteurs." (p.67)

"Après ton départ ce jour-là, je me suis allongé sur mon lit et je ne me suis plus levé de la semaine. Je suis resté là à ressasser comment j'avais foutu en l'air la meilleure occasion que j'aie jamais eue d'être heureux dans la vie. La meilleure occasion que j'aie jamais eue d'être avec une fille intelligente, belle et équilibrée. Une fille avec qui j'aurais pu former une équipe." (p.180)

"Il y avait des livres qui traversaient le tumulte de la vie pour vous prendre par le col et vous dire des choses essentielles." (p.285)

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