Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

12 novembre 2016

Juliette, Camille Jourdy

Juliette, Camille JourdyJuliette est le nouvel album de Camille Jourdy - mise en lumière récemment grâce à l'adpatation ciné de sa géniale trilogie Rosalie Blum - paru en février chez Actes Sud.

Juliette revient chez son père. On ne sait pas trop pourquoi, ni pour combien de temps. La jeune femme est un peu perdue dans sa vie, dans ses pensées. Entre sa soeur adultère, son père qui oublie tout et sa mère fantasque, Juliette navigue dans ses sombres pensées, sans but aucun. Jusqu'au jour où son chemin croise celui de Georges, un peu paumé aussi...

J'avais adoré la poésie de Rosalie Blum, ses personnages attachants et ce petit rien qui donne le sourire, une fois la dernière page tournée. J'avais donc hâte de découvrir ce nouvel album, de découvrir la plume et le dessin de Camille Jourdy dans une autre intrigue. Et si cette rencontre fut belle, elle n'en demeure pas moins teintée d'une grosse mélancolie.

Difficile de ne pas comparer ces deux albums. Car tous deux portent le nom d'un personnage féminin et mettent en scène le quotidiens de personnages banals. Des personnages lambda, insignifiants mais justement exceptionnels par leur banalité. La force de Camille Jourdy c'est justement cette vraisemblance qui offre à ces comédies humaines leur touche singulière. Mais si Rosalie Blum donnait le sourire, Juliette ne peut se targuer d'avoir le même effet sur son lecteur. L'intrigue met en scène le même type de personnages un peu dépressifs, un peu paumés, qui semblent impuissants voire démissionnaires face à leur vie - à l'encontre même de l'idéal prôné par les valeurs de notre société. Juliette porte en elle des secrets que le lecteur ne découvre pas au fil des pages, et l'ensemble offre un sentiment de mélancolie sans réelle raison. J'ai refermé l'album avec un goût d'inachevé, avec l'envie d'en savoir plus sur ces personnages auxquels je me suis attachée au fil des pages. Une belle lecture sensible et réaliste, sans aucun doute, mais qui me laisse sur ma faim. Merci Sébastien pour cet album.

Planche 1 Planche 2

Planche 3

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04 janvier 2016

Mange, prie, aime d'Elizabeth Gilbert

Mange prie aimeMange, prie, aime est l'histoire vraie de l'américaine Elizabeth Gilbert parue en 2006 aux Etats-Unis et traduite en 2008 chez Calmann-Lévy.

Elizabeth a tout pour être heureuse : un mari aimant, une belle maison, un travail passionnant. Mais elle ne l'est pas. Un sentiment de vide l'habite, des doutes l'envahissent, une angoisse sourd au plus profond d'elle. Pour s'en débarasser, Elizabeth décide de tout quitter. Mari, travail, famille, pays. Elle part un an en voyage, à la rencontre des autres, à la recherche d'elle-même. En Italie, tout d'abord, pour se délecter de la dolce vita et reprendre goût à la vie ; en Inde, ensuite, pour se nourrir spirituellement et goûter aux bienfaits de la méditation ; à Bali, enfin, pour trouver la sérénité et la paix intérieures. C'est cette année de solitude et de recherche qu'elle raconte dans ce livre.

J'avais vu il y a quelques années l'adaptation ciné de ce livre avec Julia Roberts dans le rôle-titre. Et si j'avais été divertie par l'ensemble, il ne m'avait laissé qu'un vague souvenir de beaux paysages (l'Inde et l'Indonésie étant deux endroits que je rêve de visiter...) Et parce que je l'ai conseillé à une collègue et qu'elle a été bouleversée par cette lecture, j'ai eu moi aussi envie de découvrir ce livre.

Je ne regrette absolument pas ce choix. Parce que je me retrouve beaucoup dans Elizabeth, ses doutes, ses questionnements, ses errances. Parce que, comme elle, je suis dans une quête introspective qui m'interroge beaucoup. Je me suis retrouvée de nombreuses fois dans ses réflexions et j'ai adoré vivre par procuration son changement de vie. J'adore les voyages, l'Asie m'attire irrésistiblement depuis toujours, et j'ai eu l'impression de voyager avec Elizabeth et de participer à son cheminement intérieur.

Je conviens qu'un tel livre puisse dérouter. Par sa forme, tout d'abord, proche du journal de bord (le livre est scindé en trois parties, chacune étant consacrée à un pays), mais aussi par son contenu. Disons que ses 500 pages peuvent rebuter qui n'est pas un tant soit peu intéressé par la quête de soi. Personnellement, je les ai dévorées avec plaisir, prenant le temps de méditer, parfois, entre deux chapitres, de boire un thé, de regarder par la fenêtre. J'ai pleinement accompagné Elizabeth Gilbert dans son voyage intérieur et j'ai médité à ses côtés. Et j'ai refermé le livre le sourire aux lèvres, des envies plein la tête. Une lecture marquante et inspirante à plusieurs niveaux, c'est indéniable.

La bande-annonce de l'adaptation ciné avec Julia Roberts

(j'ai largement préféré le livre, je le dis tout de suite !)



Et voici ma troisième participation au Challenge Feel Good que j'organise !

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10 septembre 2014

Rosalie Blum T.1-2-3, Camille Jourdy

Rosalie Blum est une série de BD composée de trois albums écrits et dessinés par Camille Jourdy, parus entre 2007 et 2009 chez Actes Sud.
Il est rare que je chronique plusieurs tomes dans un même billet, mais ayant lu cette série d'une traite, j'ai décidé de la présenter dans son intégralité pour vous permettre de mieux l'appréhender.
Petit conseil : si vous décidez d'ouvrir le premier tome, assurez-vous d'avoir la suite sous la main... Vous risquerez de le regretter dans le cas contraire !

Rosalie Blum

T.1 Une impression de déjà-vu

Vincent a trente ans, et une vie un brin triste. Coiffeur dans une petite ville de province, il habite au-dessus de chez sa mère et voit sa vie défiler devant ses yeux sans en profiter. Engoncé dans une relation castratrice avec sa mère, le jeune homme subit l'intrusivité de cette dernière dans sa vie personnelle et un chantage affectif insidieux.  Un jour, tenu d'aller faire une course pour elle, il sort de son quartier et découvre une petite épicerie. Le visage de l'épicière ne lui est pas inconnu et l'intrigue. Un peu par hasard, mais par curiosité surtout, Vincent se met à la suivre pour découvrir sa vie et tromper sa solitude. Mais un jour, au salon de coiffure, un coup de fil retentit. C'est Rosalie, l'épicière, qui veut prendre rendez-vous !

T.2 Haut les mains, peau de lapin !

S'étant rendu compte du manège de Vincent, Rosalie l'a fait suivre à son tour par sa nièce, Aude. Cette dernière, un peu désoeuvrée, se prête au jeu, accompagnée de Cécile et Bernadette, ses deux meilleures amies. Les trois femmes découvrent peu à peu le quotidien de Vincent et sont intriguées par son manège avec Rosalie. Et s'il était un dangereux pervers ? Rosalie, confiante, décide, contre l'avis de ses trois espionnes, de bouleverser ses habitudes et d'aller au devant de ce jeune homme intriguant. Un rendez-vous dans son salon de coiffure s'impose. De quoi chambouler les habitudes de Vincent !

T.3 Au hasard Balthazar !

Vincent et Rosalie se rencontrent enfin, officiellement, dans le salon de coiffure ! Lors de cette rencontre, aucune parole ne sera échangée. Mais Vincent est troublé, car il ne cesse de rencontrer l'épicière sur son passage. Cette dernière, intriguée par le jeune homme, a en effet décidé de se trouver sur son chemin aussi souvent que possible. Pour le confronter, enfin, et discuter autour d'une table de ce manège intriguant. 

***      

Quelle lecture ! J'ai été littéralement happée par cette série, transportée par les dessins ronds de Camille Jourdy et son trait parfois minimal, subjugée par cette histoire qui paraît simple, si simple. Et pourtant...
Les personnages imaginés par la jeune auteure sont empreints d'un réalisme rare et portent en eux un spleen très contemporain, une nonchalance teintée d'ennui. Chacun solitaire à sa façon, enfermé dans des doutes et des peurs qui le paralysent, se cherche au détour des pages, confronté à des face-à-face intimes douloureux et constructeurs. 
L'ennui et la curiosité, à l'origine de ce drôle de manège d'espionnage, amèneront les personnages à sortir de leur quotidien pour partir à la rencontre de l'autre, dans une sorte de ballet lent et introspectif.
Le triptyque s'articule de façon tout à fait originale puisque les deux premiers tomes racontent le même moment de l'intrigue mais en adoptant deux points de vue différents : celui de Vincent, dans le premier tome, puis d'Aude et Rosalie dans le second. Et si on regarde bien le premier tome, on voit Aude hanter les pages et épier Vincent, fière de relever cette mission pour sa tante. Le troisième et dernier tome fait converger les deux premiers et se rencontrer les personnages. Quelle belle idée !
Rosalie Blum est une chronique sociale des plus émouvantes où le quotidien et la lenteur ont la part belle. Chacun des personnages rôde à la recherche de lui-même, en se confrontant aux autres. 

D'autres avis sur cette série :

T.1 : Canel, CelsmoonEsmeraldaeKikineL'OgresseMango, Manu, Mo'...
T.2 : Canel, EnnaMango, Manu, Mo'...
T.3 : CanelEnnaMango, Manu, Mo'...
Trilogie : NouketteSofynet, Stephie...

  Voici ma 66e participation  à la  de Mango
et ma 54e au Top BD des blogueurs de Yaneck (16/20)

 Top BD-

 

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23 mai 2014

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson

Dans les forêts de SibérieDans les forêts de Sibérie est un essai de l'écrivain et voyageur Sylvain Tesson paru en 2011 chez Gallimard et couronné du Prix Médicis la même année. 

Six mois seul dans une isba au bord du lac Baïkal. Coupé du monde, seul face à lui-même et dans l'immensité sibérienne. Voilà le défi que s'est lancé Sylvain Tesson en 2010. Pour regarder la vie différemment. Pour réapprendre la simplicité et se réapproprier la notion de liberté. Dans les forêts de Sibérie est son journal de bord.

Éloge de la lenteur et de la contemplation, cet essai est à la fois une expérience humaine intense et une lecture fascinante. Le choix de Sylvain Tesson de se retirer du monde pour mieux l'analyser est sage, certes, mais sa manière de le faire dénote d'une force de caractère inouïe qui frôle parfois l'inconscience.  
De cette quête tournée vers soi et vers le monde naît une réflexion des plus intéressantes. Sylvain Tesson s'interroge. Sur le monde, certes, mais aussi sur la notion de liberté, de bonheur, de temps. Et le lecteur, au fil des pages, entre dans la solitude de l'auteur pour mieux la contempler, à ses côtés. 
Chaque jour amène son lot de nouveautés, de réflexion. De doutes, aussi. Surtout. Car Sylvain Tesson entreprend un réel travail introspectif qui remet tout en cause. Quitte à y perdre beaucoup. Comme l'amour de la femme qu'il aime. Et c'est tout en pudeur qu'il évoque ces moments-là, sans jamais se départir de son projet fou. C'est émouvant, extrême aussi - à la hauteur du nombre incalculable de litres de vodka qu'il ingurgite ! - et pourtant, chaque phrase suinte une authenticité remarquable. Pour ce voyageur intrépide, la solitude et l'inaction sont contre-nature. Mais c'est dans cette expérience qu'il parvient à trouver une certaine forme de sérénité. 
Je me suis glissée dans l'isba, doucement, à ses côtés. J'ai regardé la neige tomber avec lui. Tremblé quand un ours s'approchait de la cabane. Souffert par empathie des longues marches dans la neige pour atteindre la première habitation. Patienté dans ce temps qui s'étire et cette lenteur qui prend le pas sur tout. Été émue, enfin, par tant de beauté.   
Conquise, c'est certain. Emphatique, je pourrais l'être, sans fin, sur cet essai très poétique. Mais je préfère vous livrer un florilège de citations qui m'ont chamboulée au fil des pages. Comme si j'avais, le temps de cette lecture, remis moi aussi le temps et la solitude à leur juste place.

"J'ai connu l'hiver et le printemps, le bonheur, le désespoir et, finalement, la paix." (p.9)

"Se lever de son lit demande une énergie formidable. Surtout pour changer de vie. Cette envie de faire demi-tour lorsqu'on est au bord de saisir ce que l'on désire. Certains hommes font volte-face au moment crucial. J'ai peur d'appartenir à cette espèce." (p.23)

"J'admire les gens mutiques, je m'imagine leurs pensées." (p.23)

"Quand on se méfie de la pauvreté de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres : on pourra toujours remplir son propre vide." (p.32)

"Il suffisait de demander à l'immobilité ce que le voyage ne m'apportait plus :  la paix." (p.41)

"Un jour, on est las de parler de "décroissance" et d'amour de la nature. L'envie nous prend d'aligner nos actes et nos idées. Il est temps de quitter la ville et de tirer sur les discours le rideau des forêts." (p. 43)

"Marcher sur la neige, c'est ne pas supporter la virginité du monde." (p.45)

"La cabane est un laboratoire. Une paillasse où précipiter ses désirs de liberté, de silence et de solitude. Un champ expérimental où s'inventer une vie ralentie." (p.49)

"Au réveil, mes journées se dressent, vierges, désireuses, offertes en pages blanches. Et j'en ai par dizaines en réserve dans mon magasin. Chaque seconde d'entre elles m'appartient. Je suis libre d'en disposer comme je l'entends, d'en faire des chapitres de lumière, de sommeil ou de mélancolie. Personne ne peut altérer le cours de pareille existence. Ces jours sont des êtres d'argile à modeler. Je suis le maître d'une ménagerie abstraite." (p.51)

"Une fois ankylosé dans la graisse du conformisme et enkysté dans le saindoux du confort, on est mûr pour l'appel de la forêt." (p.159)

"Penser qu'il faudrait le prendre en photo est le meilleur moyen de tuer l'intensité d'un moment." (p.194)

"Il est bon de savoir que dans une forêt du monde, là-bas, il est une cabane où quelque chose est possible, situé pas trop loin du bonheur de vivre." (p.288)

"Ici, j'ai demandé au génie d'un lieu de faire la paix avec le temps." (p.289)

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