Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

07 avril 2017

La Prophétie de Glendower T.2 Les Voleurs de rêves, Maggie Stiefvater

Les voleurs de rêvesLe voleur de Rêves est le deuxième tome de la quadrilogie La Prophétie de Glendower imaginée par Maggie Stiefvater. Il est paru en français en 2013 chez Hachette dans la collection Black Moon.

La ligne de ley a été réactivée et depuis, tout a changé pour Blue et ses trois amis. Si Gansey est toujours aussi déterminé à retrouver Glendower, Adam souffre de plus en plus de sa différence sociale avec ses amis et ceux de son école huppée. Quant à Ronan, depuis qu'il a compris qu'il pouvait ramener des objets de ses rêves, il s'évade de plus en plus dans ses songes parfois cauchemardesques.

Souvenez-vous : à Halloween dernier, j'avais découvert le premier tome de cette série chaudement recommandée par une de mes copines. Et j'avais été réellement séduite par son intrigue, le soin apporté à la psychologie adolescente et l'imaginaire très bien construit. Et pourtant... Et pourtant je partais avec un a priori négatif vis-à-vis de la collection dans laquelle ce texte était paru, ne me sentant absolument pas le coeur de cible du lectorat visé. 

Bref, après ce premier tome vraiment réussi, je n'avais qu'une envie : découvrir celui-ci ! Et si parfois les suites s'avèrent décevantes dans certaines séries, il n'en est rien avec Le Voleur de Rêves. J'ai retrouvé avec un très grand plaisir la petite ville d'Henrietta et ses personnages un peu étranges. L'auteure poursuit sa narration alternée qui permet de passer d'un personnage à l'autre et à l'ensemble de s'imbriquer naturellement.

L'intrigue est toujours bien construite, les péripéties apparues dans le premier tome permettent de la complexifier encore davantage. Les relations entre les personnages gagnent en profondeur et l'ensemble se lit très rapidement, porté par une plume souvent imagée et poétique. C'est inventif, beau, un brin mélancolique et torturé - comme peut l'être l'adolescence - et incroyablement réussi. Une série à côté de laquelle je serais passée si je m'étais arrêtée à sa couverture et sa collection. "C'eût été dommage", comme dirait celui qui se reconnaîtra. Un deuxième tome excellent, et un plaisir de lecture que j'adorerais prolonger avec la suite, mais qui n'est pour l'instant pas encore traduite...

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05 mars 2017

D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds, Jón Kalman Stefánsson

D'ailleurs les poissons n'ont pas de pied, Jón Kalman StefánssonD'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds est un roman de l'islandais Jón Kalman Stefánsson paru en août 2015 chez Gallimard.

Ari revient au pays. Pour cet éditeur de poésie islandais émigré à Copenhague, l'Islande regorge de souvenirs. De son enfance à Keflavik, mais aussi celle de sa famille de pêcheurs à Norðfjörður, dans l'est du pays. Trois générations d'hommes qui partent affronter la mer tandis que leurs femmes les attendent, sur la terre ferme. Dans cette Islande sombre aux champs de lave qui accueillent celui qui atterrit, les souvenirs affluent.

Je suis profondément marquée par le voyage que j'ai fait en Islande il y a huit ans (quinze jours à quatre en sac à dos, une expérience mémorable !) et j'aime à y retourner grâce à la littérature de temps à autre.

Ce roman m'a emportée dans une Islande que je ne connais pas, l'Islande des pêcheurs et de leurs familles au début du siècle dernier, l'Islande envahie par les Américains durant la Seconde Guerre mondiale, l'Islande froide, noire, sombre, l'Islande des souvenirs et des regrets. Beaucoup de noirceur émane de ce roman, c'est indéniable, mais une incroyable poésie aussi. De ces générations entremêlées et de ces liens tissés au fil du temps surgissent des fulgurances d'une poésie rare et des questionnements intéressants. La vie, le couple, le sexe, la mort, l'amitié, tout y passe. C'est intelligent, parfois dérangeant, toujours constructif.

Jón Kalman Stefánsson brille dans sa construction narrative, baladant son lecteur entre les époques, lui faisant traverser le 20e siècle au travers de personnages vulnérables, faillibles, qui ont parfois sombré un peu dans la folie. C'est beau, éminemment émouvant, et l'intrigue se dénoue au fil des pages et des incursions dans les souvenirs d'Ari. Un roman bouleversant. Sombre, mais bouleversant.

"Nous prenons des calmants, des excitants, des tranquillisants pour supporter le quotidien. Les années passent, le but de la vie demeure vague, nous ne comprenons presque rien, nous prenons du poids, nos nerfs s'usent puis se rompent et nous sommes constamment affligés par l'insatisfaction et les désirs inassouvis. Nous rêvons d'une solution, aspirons à l'azur et à l'éther, mais n'ayant ni le temps, ni la sérénité, ni l'endurance qu'il faut pour les atteindre, nous avalons, reconnaissants, les solutions hâtives, les plats préparés, le sexe à la va-vite, tout ce qui nous procure une solution d'urgence, nous vivons à l'époque de l'instantané."

"A la fois excuse et justification de notre existence, à la fois provocation, accusation et cri, en dépit des paradoxes irréconciliables qui habitent chaque être humain, l'art est ce qui nous permet de vivre sans sombrer dans la folie, sans exploser, sans nous transformer en blessure, en malheur, en fusil. Il est ce qui permet malgré tout à l'homme de se pardonner les imperfections de sa condition humaine."

"Celui qui ne ressent aucune souffrance et n'est pas bouleversé face à la vie a le coeur froid et n'a jamais vécu - voilà pourquoi vous devez être reconnaissant de verser ces larmes."

"Nous avons tous, à un moment ou l'autre de notre vie, et parfois terriblement, besoin que quelqu'un nous prenne dans ses bras, besoin d'une étreinte à même de nous consoler, de libérer nos larmes ou de nous procurer un refuge quand quelque chose s'est brisé. Nous désirons qu'on nous étreigne simplement car nous sommes des hommes et parce que le coeur est un muscle fragile."

"Comment traverser la vie sans trop de dommage alors que tout passe, que les fulgurances s'affadissent, que les baisers refroidissent et que si peu de choses nous accompagnent sur la route qui est nôtre ? Pourquoi vivons-nous dans cet univers imparfait où les couples se déchirent car l'amour, première, deuxième et troisième merveille du monde, s'est changé en un mardi maussade, une sécurité stérile, une simple habitude ?"

"Puis vient la nuit. Avec sa besace emplie de ténèbres de janvier et d'étoiles qui scintillent comme autant de souvenirs lointains du ciel, elle vient avec les rêves qu'elle distribue en toute justice et en toute injustice. Vient la nuit de janvier, si lourde et si profonde que celui qui s'éveille en son sein et jette un regard au-dehors est persuadé que plus jamais le soleil ne poindra dans cet univers de ténèbres et d'étoiles."

"Pleurons-nous parce que le langage est imparfait et qu'il échoue à sonder le tréfonds de la vie, qu'il n'entre qu'à mi-chemin dans les failles les plus profondes, les larmes ne viennent-elles que lorsque les mots s'interrompent, sont-elles des messages sortis de l'abîme, de l'abîme insondable et pur ?"

"La musique a le pouvoir de dissiper les ténèbres, de nous arracher à notre tristesse, à nos angoisses, à notre pessimisme et de nous insuffler la joie de vivre, le bonheur d'exister, d'être ici et maintenant : sans elle, le coeur de l'homme serait une planète sans vie."

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18 février 2017

Rue des boutiques obscures, Patrick Modiano

Rue des boutiques obscures, Patrick ModianoRue des boutiques obscures est le sixième roman de l'écrivain français Patrick Modiano - dont l'oeuvre a été couronnée par le Prix Nobel de littérature en 2014 - paru en septembre 1978. 

Guy Roland est détective. Guy Roland est amnésique, aussi. Quand son patron part à la retraite, Guy décide de partir sur les traces de son identité oubliée. En remontant les maigres pistes parisiennes dont il dispose, il retrouve son nom, ses proches et recompose son passé.

Première incursion dans l'oeuvre de Modiano, ma lecture de Rue des boutiques obscures s'est faite dans l'avion qui m'amenait à Prague, il y a quelques jours. Je suis tombée sous le charme de cette intrigue tournée vers la quête identitaire et la reconstitution d'un passé oublié. Le narrateur, qui enquête sur sa vie avec la précision de son ancienne profession, est un personnage difficile à cerner, qui ne donne à voir que ce qu'il désire de lui. Personnage flou, à l'identité insaisissable, il erre à la recherche de fragments de son passé pour comprendre qui il a été tout en étant observateur des souvenirs que chacun lui relate. Le charme de ces rencontres opère à chaque page, et le lecteur de suivre avec intérêt la reconstruction de ce moi brisé.

Un roman très court, déroutant, captivant, à la limite de l'absurde. Une très belle rencontre avec l'oeuvre de Patrick Modiano.

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15 janvier 2017

La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier Giesbert

La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier GiesbertLa cuisinière d'Himmler est un roman du journaliste et écrivain franco-américain Franz-Olivier Giesbert paru en 2013 chez Gallimard.

Rose est née en juillet 1907, au bord de la mer Noire. Parce que sa famille est arménienne, elle est massacrée par les Jeunes-Turcs au nom de la turquification de l'Anatolie. Rose s'enfuit et commence pour elle un drôle de périple, une vie de fuite dans ce siècle meurtrier. Après le génocide arménien, la petite fille est vendue comme esclave sexuelle avant de s'enfuir en France. Mais la Seconde Guerre mondiale sourd. Entre amours désabusées et vengeance qui la ronge, Rose vit avec une détermination farouche et se lance dans la seule chose qui anime sa vie : la cuisine.

Roman étonnant et détonnant s'il en est, La cuisinière d'Himmler vous déroute et vous malmène dès les premières pages. L'intrigue débute alors que Rose a cent-quatre ans, une vie des plus remplies, et des souvenirs en pagaille. Quand une lettre lui parvient d'Allemagne, elle se décide à écrire ses mémoires, le récit de sa vie de bohème, "un livre pour célébrer l'amour et pour prévenir l'humanité des dangers qu'elle court. Pour qu'elle ne revive jamais ce que j'ai vécu." Dès lors, les chapitres alternent entre Marseille, en 2012 - où Rose tient son restaurant La petite Provence - et sa jeunesse sur les routes.

Car Rose a traversé le XXe siècle et toutes ses horreurs : du génocide arménien aux atrocités nazies et à l'horreur maoïste. De la France à l'Allemagne en passant par la Chine et les États-Unis, Rose fuit la violence et tente à chaque fois de se construire une vie stable et heureuse, aimant hommes et femme, célébrant la vie par le sexe.

Au crépuscule de sa vie, avec une détermination et un humour féroces, la vieille dame raconte sa vie. Et c'est drôlement prenant. Franz-Olivier Giesbert dresse le portrait d'une Tatie Danielle impertinente, vulgaire et un brin teigne, qui par ses blessures s'est construit une force de caractère et une vie des plus remplies. Extrêmement documenté sur le siècle, son récit est poignant et ne s'embarasse ni de jolies tournures ni de descriptions longues. Rose - la narratrice - est directe, parfois crue. Mais c'est son journal, sa vie, ses morts et ses amours, et personne ne peut l'empêcher de se raconter comme elle le souhaite, avec l'impertinence que son âge excuse. Un roman solidement construit à l'humour grinçant et ô combien intéressant. Une bien belle lecture qui rafraîchit la mémoire sur le siècle dernier et ses sombres heures.

En bonus de fin : les recettes de Rose (la Parmesane de Mamie Joe, le Plaki de la grand-mère de Rose ou encore le flan au caramel d'Emma Lempereur)

"Si l'Enfer c'est l'Histoire, le Paradis, c'est la vie." (p.382)

"Le bonheur ne nous est pas donné : il se fabrique, il s'invente." (p.382)

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11 janvier 2017

Sukkwan Island, Ugo Bienvenu (d'après le roman de David Vann)

Sukkwan Island, Ugo Bievenu (d'après le roman de David Vann)Sukkwan Island est un roman de l'américain ayant grandi en Alaska David Vann, paru en 2010 aux éditions Gallmeister et lauréat du prix Médicis cette même année. Son adaptation en album, signée Ugo Bienvenu, est parue quant à elle aux éditions Denoël en 2014.

Jim, la quarantaine, entraîne Roy son fils de treize ans dans une aventure un peu folle : une année tous les deux dans une cabane au confort spartiate d'une petite île déserte d'Alaska. Le défi ? Survivre en auto-suffisance durant les mois d'hiver par la chasse et la pêche. Si l'expérience est tentante, elle fait rapidement déchanter Roy. Car son père, brisé par la vie et ses échecs - notamment avec les femmes - est loin d'être un modèle. Très vite, Roy étouffe sur cette petite île, coincé entre son père et cette nature violente.

Je m'étais tenue à l'écart de ce roman depuis sa sortie, craignant sa gravité d'après les critiques que j'en avais lues ou entendues (petite nature, moi ?). Je me doutais que c'était un très beau texte, mais je ne me sentais pas forcément l'âme d'aller m'enfermer en compagnie de ces deux hommes sur une île alaskienne. Mais un collègue est arrivé ce matin en me tendant cet album, visiblement ébranlé par sa lecture, ne me laissant d'autre choix que de le découvrir immédiatement...

Toutes mes impressions étaient fondées : Sukkwan Island est une adaptation majestueuse d'un roman qui doit l'être tout autant, mais qui vous heurte tel un uppercut. Je n'ai pas pu le reposer avant d'en connaître le dénouement, sous le choc du drame qui prend forme à chaque page. La tension monte progressivement dans ce huis-clos angoissant où il faut tuer, dépecer et vider des animaux pour survivre. L'ambiance est magnifiquement rendue par le dessin tout en finesse d'Ugo Bienvenu. La figure paternelle chancelante et fragile, qui broie inconsciemment son fils par ses remarques acerbes, dérange autant qu'elle suscite une forme d'empathie. L'écart se creuse entre les deux personnages, l'un perdu dans sa solitude et ses regrets, l'autre s'ouvrant tel un bourgeon à son adolescence naissante. C'est dérangeant, sombre, violent, dur, mais si bien traité. Une lecture que je ne suis pas près d'oublier et un dessin qui va me hanter, c'est certain.

Les avis de Jerome, Enna, Moka, Stephie.

Planche 3 Planche 1

BD de la semaine saumon

 

C'est aujourd'hui chez Noukette

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21 décembre 2016

La vie est facile, ne t'inquiète pas, Agnès Martin-Lugand

La vie est facile, ne t'inquiète pas, Agnès Martin-LugandLa vie est facile, ne t'inquiète pas est le troisième roman de la psychologue de formation Agnès Martin-Lugand paru en 2015 chez Michel Lafon. Il est la suite [des] gens heureux lisent et boivent du café

Diane est revenue d'Irlande, où elle était partie quelque mois pour surmonter le décès de son mari et de sa fille. Rentrée à Paris, elle reprend les rênes de sa librairie café Les gens heureux lisent et boivent du café, aidée de Félix, son ami de toujours. Un beau matin, elle rencontre Olivier, un homme gentil et attentionné, doux et patient qui comprend que Diane ne voudra plus jamais être mère. Cette dernière y voit une manière d'oublier son histoire tumultueuse avec Edward, le photographe Irlandais dont elle s'était éprise à Mulranny et de se reconstruire. Mais l'Irlande se rappelle à son bon souvenir par un sombre coup de téléphone. Diane va vite devoir choisir entre sa vie parisienne calme et apaisée et le tumulte irlandais et ses sensations fortes.

J'avais absolument dévoré Les gens heureux lisent et boivent du café et j'ai immédiatement enchaîné sur la découverte de ce second tome, mue par le désir de savoir ce qu'il allait advenir des personnages sous la plume d'Agnès Martin-Lugand. Et je n'ai pas été déçue par cette suite. S'il ne possède pas le charme du premier tome dû à la découverte du cadre - la librairie café comme le petit village irlandais sont absolument fabuleux à découvrir - ce second opus recèle bien des richesses. Il est davantage question de maternité que de deuil, de résilience et de reconstruction que de douleur. L'ensemble se déroule avec fluidité et simplicité et la lecture est encore une fois très agréable. Pas de coup de coeur cette fois, car le cadre est posé et l'auteure semble avoir voulu donner une conclusion à ses personnages mais un plaisir que je n'aurais boudé pour rien au monde et que je vous conseille fortement !

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14 décembre 2016

Un goût de cannelle et d'espoir, Sarah McCoy

Un goût de cannelle et d'espoirUn goût de cannelle et d'espoir est le deuxième roman de l'américaine Sarah McCoy paru en 2014 aux éditions Les Escales.

Pour les besoins d'un article qu'elle doit rédiger sur les traditions de Noël, Reba, une jeune journaliste installée à El Paso au Texas, contacte Elsie Meriwether, la propriétaire d'une boulangerie allemande de la ville. Cette dernière, loin de lui raconter le folklore des Noëls traditionnels, lui dévoile plutôt son enfance à Garmisch, en Allemagne, dans les années 1940. Comment sa famille a vécu la Seconde Guerre mondiale dans cette ville reculée à la frontière autrichienne, tentant de faire vivre sa boulangerie malgré les restrictions. Comment Elsie s'est construit une adolescence, entre une soeur partie dans un Lebensborn pour servir sa patrie en enfantant des nouveaux-nés répondant aux critères de la race aryenne, des parents contraints de collaborer avec la Gestapo pour être approvisionnés en matières premières, un prétendant officier SS qui l'emmène dans une soirée nazie et Tobias, un enfant juif qu'Elsie découvre le soir de Noël à sa porte et décide de cacher dans sa chambre.

Débuté durant mon Read-a-thon de Noël il y a dix jours, j'ai dévoré ce roman et me suis plongée avec un plaisir immense dans ses pages. La narration alterne entre le Texas, en 2008, avec Reba qui fait ses recherches pour son article, et l'Allemagne dans les années 1940 avec Elsie et sa famille. Les chapitres courts créent une réelle dynamique qui m'a rappelé Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg, un autre très beau roman à la construction similaire.

Sarah McCoy a pris le parti de raconter ce pan de l'histoire à travers les yeux d'une adolescente allemande. Et c'est justement ce qui en fait son intérêt. Bon nombre de romans traitent cette sombre période du point de vue des Alliés, tandis qu'Un goût de cannelle et d'espoir met l'accent sur le quotidien des Allemands à cette époque. Pas forcément nazis, ni même au fait de ce qui se passait, ils subissaient une guerre qui les dépassait et luttaient pour survivre, dans la peur de la délation. La déportation est brièvement évoquée, tout comme les camps, mais par le prisme d'Elsie et de sa famille, de condition modeste et qui n'avaient que peu de façons de s'informer de ce qui se passait. La peur est présente, à chaque page, et la famille vit au jour le jour dans un climat de suspicion et d'angoisse. Très documentée, l'intrigue intègre bon nombre de faits historiques qui offrent au roman une densité particulière. Petit bonus de fin : le carnet de recettes d'Elsie, boulangère émérite. A vous les Kreppel, Sonnenblumenkernbrot, Schwarzwälder Kirschtorte, Brötchen et autres Lebkuchen !

Un roman intense, difficile à lâcher, lumineux malgré le sujet, porté par des personnages féminins forts et charismatiques. Bref, une très belle lecture que j'ai partagée avec Nath. Deuxième participation au Challenge il était quatre fois Noël chez Chicky Poo et Samarian.

Il était quatre fois Noël

 

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08 décembre 2016

Un Noël sans fin, Kristen Rivers

Un Noël sans fin, Kristen RiversUn Noël sans fin est une romance de l'auteure francophone Kristen Rivers paru en auto-édition en novembre 2016.

Luka déteste Noël par dessus tout. Véritable trouble-fête, elle assène sa mauvaise humeur à ses collègues guillerets qui décorent avec entrain la médiathèque strasbourgeoise où elle travaille. Alors que la jeune femme fait tout pour oublier cette journée maudite, une distorsion du temps la contraint à rester bloquée la journée du 24 décembre... et la revivre sans cesse ! Luka va devoir comprendre pourquoi elle subit cette malédiction avant de pouvoir la briser...

Vous avez vu Un jour sans fin avec Bill Murray et Andie MacDowell ? Ce roman s'en inspire largement et en fait une sorte d'hommage - de l'émission de radio du radio-réveil aux péripéties qui égrènent la journée de Luka - pour le moins réussi. Je n'ai pas pour habitude de lire des publications auto-éditées (ma bibliothèque regorge de romans que je veux lire sans en trouver le temps !) mais j'ai eu envie de découvrir celui-ci au moment de la période de Noël. Et je ne regrette pas ce choix divertissant. 

Sur fond de période de Noël, dans un cadre enchanteur - les marchés de Noël alsaciens -l'intrigue se déroule simplement et donne à voir une héroïne un peu grincheuse et antipathique, qui s'ouvre au fil des pages et dévoile peu à peu les raisons de son aversion. Lu pendant  mon Read-a-thon de Noël le weekend dernier, ce roman est une comédie légère et bien menée autour de la distorsion temporelle. J'émettrai un petit bémol aux trop nombreuses références que l'auteure glisse à chaque page et qui alourdissent un peu l'ensemble. Au début cela prête à sourire, puis rapidement cela ralentit l'intrigue et agace un peu. Mais dans l'ensemble, j'ai passé un bon 24 décembre à répétition en compagnie de Luka à Strasbourg !

Il était quatre fois Noël

Première participation au Challenge il était quatre fois Noël chez Chicky Poo et Samarian

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07 décembre 2016

Les gens heureux lisent et boivent du café, Agnès Martin-Lugand

Les gens heureux lisent et boivent du caféLes gens heureux lisent et boivent du café est le premier roman de la psychologue de formation Agnès Martin-Lugan. Il est paru d'abord en auto-édition sur la plateforme Kindle d'Amazon en 2012 avant d'être repéré par Michel Lafon et publié par cette maison d'édition en 2013.

Diane a perdu Colin et Clara, son époux et sa fille, dans un accident de voiture un an plus tôt. La jeune femme est effondrée, en incapacité de gérer un deuil qui la dépasse. Epaulée par Felix son ami et collègue des Gens heureux lisent et boivent du café, le café littéraire dont elle est la propriétaire, Diane tente de surmonter cette épreuve. Acculée face à son chagrin, désespérée, elle décide de tout plaquer pour s'installer quelques mois en Irlande, une île que Colin souhaitait découvrir. Arrivée à Mulranny, dans le Nord-ouest de l'île, Diane loue un chalet en bord de mer à un couple de retraités accueillants. Dans la solitude et face aux éléments, elle tente de faire face à sa vie. Mais ça serait sans compter l'arrivée d'Edward, son voisin de chalet et neveu de ses propriétaires, un photographe au caractère froid et tempétueux.

Entre l'île d'émeraude et moi, c'est une grande histoire d'amour (mon road-trip en Irlande reste un de mes grands souvenirs de voyage !) et je n'ai pas pu résister longtemps à l'appel de ce titre que j'ai vu innonder les blogs il y a quelques temps, quand j'ai su que l'héroïne partait s'exiler sur ces terres que j'aime tant.

Entre PS. I love you et The Holidays, Les gens heureux lisent et boivent du café est un premier roman délicieux et positif malgré son sujet difficile. La question du deuil est omniprésente entre ces pages mais la narration, centrée sur le personnage de Diane, est une ode à la reconstruction personnelle et à la résilience. L'héroïne, écrasée par le chagrin d'avoir perdu sa fille et son mari, apprend à se reconstruire peu à peu et à survire à cette épreuve. C'est beau, jamais dégoulinant de bons sentiments, très fin psychologiquement et l'Irlande est un théâtre parfait pour ce déchaînement d'émotions. C'est simple, j'ai dévoré ce roman en un rien de temps : commencé un soir, terminé le lendemain matin. Je me suis plongée directement dans la suite, La vie est facile, ne t'inquiète pas et le dernier roman de l'auteure, Désolée je suis attendue, est dans ma PAL, mais pas pour longtemps ! Bref, vous l'aurez compris, une très belle lecture et un gros coup de coeur pour ce cadre - l'Irlande mais aussi le café librairie que je rêverais de tenir - et cette histoire de résilience.

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24 novembre 2016

Nos adorables belles-filles, Aurélie Valognes

Nos_adorables_belles_filles_Aur_lie_ValognesNos adorables belles-filles est le second roman d'Aurélie Valognes paru en mai 2016 chez Michel Lafon.

La belle-famille, tout un poème... Pour Jacques et Martine, qui ont eu trois fils, la question des belles-filles est épineuse. Entre Stéphanie, très maternante et angoissée, Laura, végétarienne militante et Jeanne, la petite nouvelle, un peu brute de décoffrage, le couple de sexagénaire peine à maintenir l'harmonie familiale. Ce serait sans compter leurs propres fils et leurs caractères et Antoinette, la doyenne de la famille qui ajoute son grain de sel à tout. Sans oublier le penchant despotique de Jacques et le craquage imminent de Martine, après quarante ans de soumission. Alors quand tout ce petit monde se réunit dans la maison familiale en Bretagne, l'ambiance est rapidement électrique...

Parfait vaudeville feel good, Nos adorables belles-filles est une promesse de détente et de rire. Aurélie Valognes décrit avec beaucoup d'humour des situations familiales dans lesquelles chacun peut se reconnaître et qui en feront sourire plus d'un. Les personnages - parfois un brin caricaturaux, il faut bien l'avouer - n'en demeurent pas moins attachants et d'une vraisemblance très actuelle.

Si le début de ma lecture m'a fait redouter un roman facile et à la psychologie bâclée, finalement, il n'en est rien. Le rythme est rapide, les dialogues fusent et l'ensemble est très agréable à lire. J'ai souvent ri face aux situations qui sentent si réalistes et qui permettent une identification certaine (si je vous dis que je me reconnais dans la belle-fille végétarienne qui stresse tout le monde à ne pas manger comme les autres convives, je vous étonne ?) J'ai imaginé, au fur et à mesure de ma lecture, sa mise en scène et je dois avouer que la transposition théâtrale serait intéressante... En bref, une comédie de moeurs qui promet un beau moment de détente et de rire.

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Un grand merci aux éditions Michel Lafon pour la découverte de ce roman.

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