Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.




12 décembre 2018

Ar-Men, l'Enfer des enfers Emmanuel Lepage

Ar-Men

Ar-Men, l'Enfer des enfers  est un album d'Emmanuel Lepage paru en novembre 2017 chez Futuropolis. 

Au large de l'île de Sein, dans le Finistère, Ar-Men. Le phare le plus difficile d'accès de Bretagne. Germain en est le gardien, avec en alternance Pierrick et Louis, dans ce début des années 1960. Vingt jours en autarcie, seuls dans ce phare, à en garder le feu pour sécuriser les bateaux. Vingt jours dans le silence, les pensées, les souvenirs. Jusqu'à ce qu'une nuit de tempête mette au jour des inscriptions de précédents gardiens. Les naufrages, les nuits d'horreur. Germain découvre l'histoire de Moizez, le premier gardien d'Ar-Men, le premier à avoir choisi de délaisser la terre pour veiller sur la mer. Celui qui fit partie des courageux qui affrontèrent durant quinze ans les flots pour construire Ar-Men, au milieu des flots. 

Ouvrir un album d'Emmanuel Lepage, c'est accepter de prendre une claque, de perdre pied, de se faire happer par un dessin incroyable. Je l'avais déjà ressenti à la lecture d'Un printemps à Tchernobyl, il y a trois ans. Cet album confirme mon impression.

Emmanuel Lepage entraîne son lecteur dans le récit fascinant de la construction de ce phare et de son fonctionnement, lorsqu'il était encore géré par l'homme. La petite histoire et la grande se mêlent, l'aspect documentaire n'alourdissant en rien l'émotion suscitée par les personnages de papier. Le trait est net, les paysages bluffants de réalisme, et l'ensemble est visuellement grandiose. Les scènes de mer et de tempête permettent au talent de Lepage d'exploser et offrent un rendu terrifiant.

Amateur de phares ou non, de la mer ou non, ne passez pas à côté de cet album qui alterne les époques et les personnages pour mieux dresser l'histoire de ce monument classé, premier phare en mer depuis les années 1990. Je ne vais pas en dire plus, pour ne rien dévoiler de cette intrigue. A ceux qui sont passés à côté de Lepage, réparez au plus vite cet impair.  

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La BD de la semaine

Cette semaine, c'est Stephie qui accueille le rendez-vous des amoureux des bulles ! 

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11 novembre 2018

Sorcières : la puissance invaincue des femmes, Mona Chollet

Sorcières Mona CholletSorcières : la puissance invaincue des femmes est un essai de la journaliste franco-suisse Mona Chollet. Il est paru en septembre 2018 aux éditions Zones.

La sorcière, cette femme âgée, ridée, au nez crochu et aux cheveux fous, volant sur son balai, hante l'inconscient collectif. Persécutée en Europe durant la Renaissance, l'image de la sorcière est aujourd'hui récupérée par les féministes actuelles et étudiée dans cet essai par Mona Chollet  sous quatre angles d'approche : celui de la femme indépendante, de la femme sans enfant, de la femme âgée mais également à travers le prisme de la guerre faite aux femmes et à la nature et la vision du monde qui en a découlé.

Sujet éminemment sensible et intéressant, la place de la femme dans l'Histoire et plus particulièrement des femmes accusées de sorcellerie a retenu toute mon attention.      
Mona Chollet décortique dans cette essai le mythe de la sorcière en le reliant aux combats féministes d'hier et d'aujourd'hui. Elle n'épargne ni l'actuel aspect mercantile de la sorcellerie (aujourd'hui, il existe un réel marché de grigris, bougies, grimoires, cristaux, etc.), ni l'influence de l'industrie cosmétique censée éviter la vieillesse aux femmes, en passant par la question de la non maternité - toujours aussi peu comprise aujourd'hui - mais aussi le désapprobation de l'indépendance féminine, la contraception ou encore la disqualification des femmes  âgées sur le plan sexuel ou amoureux ou la question des écarts d'âge dans les couples.     
Ce qui m'a le plus marqué, c'est cette construction culturelle, dès l'enfance, de la beauté et de la jeunesse comme idéal. Même Walt Disney, en opposant jeunesse et vieillesse, beauté et laideur, participe de cet élan inconscient qui fera tendre les femmes vers un idéal de beauté (et une dépréciation lorsqu'elles s'en éloigne) et de jeunesse, à grands renforts de produits miraculeux. Les références se succèdent et ne se ressemblent pas, permettant d'ouvrir les yeux sur un regard sociétal biaisé et des injonctions diverses faites aux femmes.    
L'essai est dense, Mona Chollet adjoint à sa réflexion de nombreuses et pertinentes références bibliographiques, et amène à réfléchir. Loin d'être indigeste, l'ensemble se lit avec fluidité, interrogeant sans cesse les représentations de la femme à l'aune de l'image de la sorcière. A lire absolument !

"On peut présumer que si, aujourd’hui, les femmes sont réputées se flétrir avec le temps alors que les hommes se bonifient, si l’âge les pénalise sur le plan amoureux et conjugal, si la course à la jeunesse prend pour elles un tour aussi désespéré, c’est largement en raison de ces représentations qui continuent de hanter notre imaginaire, des sorcières de Goya à celles de Walt Disney. La vieillesse des femmes reste, d’une manière ou d’une autre, laide, honteuse, menaçante, diabolique."

"Le seul destin féminin concevable reste le don de soi."

"Un homme qui ne devient pas père déroge à une fonction sociale, tandis qu'une femme est censée jouer dans la maternité la réalisation de son identité profonde."

"Celles qui refusent la maternité sont aussi confrontées au préjugé selon lequel elles détestent les enfants, telles les sorcières dévorant à belles dents de petits corps rôtis durant le sabbat ou jetant un sort mortel au fils du voisin."

Si vous voulez en savoir plus, deux podcasts dans lesquels Mona Chollet est venue parler de son livre :

Sorcières#1 de La Poudre

 


 Du bûcher à #MeToo, la revanche des "sorcières" ? dans l'émission La Grande table idées sur France Culture

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17 octobre 2018

Edmond, Léonard Chemineau d'après la pièce d'Alexis Michalik

EdmondEdmond est un one-shot de Léonard Chemineau d'après la pièce éponyme d'Alexis Michalik. Il paraît aujourd'hui aux éditions Rue de Sèvres. 

Paris, décembre 1897. Edmond Rostand a vingt-neuf ans et à son actif des pièces d'un autre temps qui ne ravissent plus les foules. Presque ruiné, il essuie un nouvel échec avec La Princesse lointaine, dans laquelle Sarah Bernhardt tient le rôle-titre. Alors que ses dettes l'assaillent, Edmond tente le tout pour le tout : convaincre l'acteur en vogue Constant Coquelin de jouer dans sa future pièce. Une pièce novatrice, loin de ce qu'il a écrit avant : une comédie en vers. Coquelin s'emballe, veut la monter en trois semaines. Mais Edmond ne l'a pas encore écrite. C'est une véritable course à l'inspiration qui commence alors pour Edmond, pour sauver sa réputation, sa famille mais aussi sa pièce à laquelle peu croient et qui deviendra pourtant la pièce la plus jouée du répertoire français. 

Genèse de l'écriture de Cyrano de Bergerac, Edmond est véritablement un petit bijou ! La pièce, récompensée par cinq Molières, me tentait déjà terriblement (j'avais adoré Le Porteur d'Histoire d'Alexis Michalik) mais la découvrir adaptée par Léonard Chemineau (dont j'avais admiré le travail sur Le Travailleur de la nuit) fut une excellente surprise  
Chemineau et Michalik ont travaillé main dans la main pour cette adaptation en BD et le résultat est des plus réussis. Le scénario est fluide, la narration bien construite et la plongée dans le Paris de la fin du XIXe ébouriffante. Dur dur de vivre de sa plume quand les critiques sont assassins et que le public ne pardonne pas, que les créanciers frappent aux portes à toute heure du jour et de la nuit et que les comédiens sont capricieux, que les délais sont très courts et que l'inspiration n'est point ! Mais Edmond va surmonter ces épreuves pour écrire en un temps record - Alexis Michalik imagine ce fait là - une pièce qui marquera à jamais le paysage théâtral français.   
La galerie de personnages est diablement réussie - du meilleur ami au coeur brisé à l'épouse en proie au doute en passant par la comédienne capricieuse ou les créanciers tenanciers d'un lupanar - et drôle à souhait, le tout s'enthousiasmant dans un joyeux bordel au rythme d'Edmond et de sa pièce. Les visages sont soignées, les décors de la Belle Époque aussi et l'ensemble participe à cette immersion temporelle des plus délicieuses.  
Le rythme de l'intrigue, enfin, ne laisse pas une seconde de répit au lecteur. Un album qui se dévore d'une traite, émouvant, drôle, historiquement intéressant et à l'intrigue trépidante. Une réussite totale ! J'ai hâte de découvrir l'adaptation ciné de la pièce qui sort en janvier. 

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Un grand merci aux Éditions Rue de Sèvres pour la découverte de cet album ! 

  

Je ne résiste pas à vous mettre la bande-annonce du spectable d'Alexis Michalik 

(en espérant pouvoir le découvrir à Metz bientôt !) 

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10 octobre 2018

Dracula T.1 Le Prince Valaque Vlad Tepes, Pascal Croci, Françoise-Sylvie Pauly

Dracula T

Le Prince Valaque Vlad Tepes est le premier tome du dyptique Dracula, fruit de la collaboration entre Pascal Croci et Françoise-Sylvie Pauly. Il est paru en 2005 aux éditions Emmnanuel Proust.

Londres, 1888. Bram Stoker, le père de Dracula, examine avec l'archiviste du British Museum l'histoire du Prince Valaque Vlad Tepes, à travers le testament de son épouse malheureuse, la Princesse Cneajdna. Celle qui, mariée sans inclination au cruel Prince Tepes, l'a vu lui échapper dans les bras d'une créature étrange.

S'il y a bien un album que je voulais découvrir depuis longtemps et que je gardais au chaud pour cette période de l'année, c'est bien celui-ci ! Dracula est un album hybride, qui mêle histoire et fantastique, qui fait intervenir autant Bram Stoker - le romancier de Dracula - que le Prince à l'origine de ce roman épistolaire. Les recherches des deux auteurs sont poussées, pour dépeindre le personnage de Vlad Tepes et sa cruauté légendaire (les anecdotes d'empalement sont historiquement fondées) mais teintées de fantastique. Le récit enchâssé, donne à voir une intrigue sombre et dénuée d'espoir, à l'image du destin de la malheureuse Princesse Cneajdna.   
Les dessins sont de toute beauté, les dégradés sombres offrant à l'ensemble une note angoissante qui complète cette couverture rouge sang. Les personnages émaciés, la nature quasi morte dans cette neige autant étouffante qu'étincelante, dressent un décor désolé autant que mortuaire. Un bel hommage à l'oeuvre de Stoker, au personnage aussi. Un second tome que j'aimerais découvrir rapidement ! 

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  La BD de la semaine

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21 septembre 2018

Outlander T.4 Les tambours de l'automne, Diana Gabaldon

Outlander 4 Les tambours de l'automneLes tambours de l'automne est le quatrième tome de la série Outlander imaginée par Diana Gabaldon. Il est paru la première fois aux Presses de la Cité en 1995 avant d'être réédité chez J'ai Lu en 2015.

1767. Claire et Jamie ont fuit l'oppression anglaise à bord d'un navire qui les a conduits au Nouveau Monde. Il aspirent au calme, à la paix, mais l'Amérique est à l'aube de son Indépendance et les temps sont durs. Échoués en Caroline du Nord, ils décident de s'installer seuls sur des terres léguées en héritage et de recommencer leur vie. Pendant ce temps, leur fille Brianna est restée en 1967, tentant de poursuivre sa vie. Lorsqu'elle découvre que ses parents vont connaître un funeste destin, elle décide de partir les rejoindre pour changer le cours de l'histoire. 

J'adore cette série, qu'on se le dise ! Je mets peut-être pas mal de temps à lire chaque tome, l'entrecoupant d'autres lectures, mais c'est à chaque fois un plaisir de retrouver Claire et Jamie et de suivre leurs aventures.  
C'est en Amérique que Diana Gabaldon nous entraîne cette fois, et le 18e est synonyme de bien des transformations pour le pays, à commencer par les tribus d'indiens qui vont disparaître, anéanties par les colons. La romancière s'intéresse à cette question et même si Claire sait qu'elle ne peut pas changer le cours des choses - le premier tome et la bataille de Culloden en sont les parfaits exemples - elle n'en demeure pas moins horrifiée de connaître le sort qui sera réservé à ceux qu'elle côtoie.  
Ce tome est un peu plus lent que les précédents, l'intrigue alternant toujours entre passé et présent, Claire et Jamie au 18e et Brianna au 20e siècle. Le couple travaille dur pour réaménager des terres et construire une habitation décente en Caroline du Nord, et le lecteur de suivre leurs efforts. Point positif en revanche : Diana Gabaldon a cessé de ponctuer son récit de scènes de sexes simili torrides mais plutôt ridicules entre Claire et Jamie. Et ça, c'est pas plus mal ! J'avais à chaque fois vaguement l'impression de lire un 50 nuances... dix ans plus tôt. 
Un tome qui permet de balayer un nouveau pan de l'Histoire et d'entraîner le lecteur aux débuts de ce Nouveau Monde et de dynamiser l'intrigue en offrant à Brianna une place plus importante. En bref, j'ai hâte de commencer le tome 5, La Croix de feu !

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16 mai 2018

Mon traître, Pierre Alary d'après Sorj Chalandon

Mon traître, Pierre Alary d'après Sorj ChalandonMon traître est un album de Pierre Alary d'après le roman du même nom de Sorj Chalandon, paru en janvier aux éditions Rue de Sèvres.

Mon traître est l'histoire vraie de l'amitié qui lia Sorj Chalandon à Denis - Tyrone dans le roman et la BD - un combattant de l'IRA qui a trahi les siens durant vingt-cinq ans en donnant des informations à l'armée britannique. Sorj - Antoine dans l'histoire - est un luthier parisien qui découvre l'Irlande du Nord à la fin des années 70, alors que le conflit fait rage dans les rues de Belfast. Il se lie d'amitié avec un couple, Jim et Cathy, et rencontre Tyrone Meehan, un combattant de la première heure pour l'indépendance de l'Irlande.

Quelle claque cet album... Je l'ai ouvert un matin printanier, alors que le soleil tapait fort sur mes fenêtres, et en quelques minutes j'ai eu l'impression de plonger dans le Belfast des années 70, sombre, violent, mais lumineux aussi, par les liens qui unissent les personnages. Cette histoire vraie, racontée tout en pudeur et en poésie, prend aux tripes, c'est certain. Elle interroge la notion d'amitié, de solidarité, de combat, de confiance, de trahison, d'honnêteté et de duplicité. C'est brut, sans fard. Et c'est bon !

Pierre Alary fait sien le texte de Chaladon pour mieux le rendre en images. Le trait est net, parfois un peu saccadé, les tons sépias, sombres, et l'album est entrecoupé du compte-rendu de l'interrogatoire de Tyrone, interrogé par l'IRA. L'immersion est totale, l'émotion palpable. J'ai un grand tort : je n'ai pas encore lu les deux romans de Sorj Chalandon évoquant cette histoire, Mon traître et Retour à Killybegs. Je sais que je dois y remédier assez rapidement. J'ai néanmoins eu envie de découvrir cette adaptation et j'ai rudement bien fait. A lire, sans hésiter une seconde. L'avis de Mo', conquise aussi. Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour la découverte de cet album coup de poing.

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La BD de la semaine

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21 mars 2018

La femme aux cartes postales, Jean-Paul Eid, Claude Paiement

La femme aux cartes postales, Jean-Paul Eid, Claude PaiementLa femme aux cartes postales est un album de Jean-Paul Eid et Claude Paiement publié en septembre 2016 aux éditions de la Pastèque. 

1957. Rose quitte son petit village de Gaspésie pour réaliser son rêver : chanter sur les scènes des cabarets de jazz de Montréal. Elle laisse sur son oreiller une carte postale expliquant son dessein et n'aura de cesse d'utiliser ce biais pour informer sa famille de sa nouvelle vie. A cette époque, le jazz fait fureur à Montréal et les plus grands musiciens de l'époque se bousculent pour monter sur scène. Mais la révolution rock'n roll est en marche...  
2002. Un jeune universitaire apprend avec stupeur par le CIA que ses cendres ont été retrouvées dans les décombres du World Trade Center. Il se lance alors dans une quête identitaire, qui l'amènera de Paris aux confins de la Gaspésie...

Bel objet à feuilleter, La femme aux cartes postales est un album dans les tons sépia qui n'est pas sans rappeler les anciens albums photos. La narration alterne deux époques et offre un très bel bel hommage aux 60's et au jazz avec des planches soignées à la lumière intéressante.
Rose, son héroïne, est un personnage naïf et attachant qui grandit en même temps que l'histoire du jazz. Elle écrit à intervalles réguliers à sa famille des cartes postales, d'où le titre de l'album, et celles-ci entrecoupent le récit pour en offrir une vision personnelle et intime. Le rendu de l'album est pluriel, et l'objet livre en est rendu singulier. L'ambiance des 60's est extrêmement bien rendue et l'illustrateur permet une réelle plongée dans l'époque, disséminant ça et là des allusions que le lecteur contemporain comprend (l'apparition d'Elvis, en qui personne ne croyait, etc.).  
Une belle lecture au son des trompettes de jazz, un album d'une maison d'édition québécoise aux engagements forts. Une très belle découverte ! 

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07 mars 2018

Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ? Soledad Bravi et Dorothée Werner

Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmesPourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ? est un album signé Soledad Bravi pour les illustrations et Dorothée Werner pour les textes. Il est paru chez Rue de Sèvres le mois dernier.

Revenons à la Préhistoire et parcourons au fil des pages la chronologie de l'évolution des droits de la femme : les figures incontournables qui ont oeuvré pour l'égalité (Olympe de Gouges, les Suffragettes, Simone Veil, Gabrielle Chanel, etc.), les dates clés, les événements politiques et sociétaux, etc. C'est avec humour et simplicité que les deux auteures nous entraînent dans ce panorama en BD et nous offrent une perspective diachronique de la condition féminine.

En cette veille de Journée Internationale des droits des Femmes, je ne pouvais pas ne pas me pencher sur cet album au petit format qui promet de balayer le champ historique pour comprendre la source des inégalités hommes femmes qui sévissent encore aujourd'hui. 
Le ton est volontairement sarcastique et le trait humoristique pour traiter de ces faits qui font froid dans le dos. A travers l'Histoire, et malgré les nombreuses voix qui se sont élevées, la femme a toujours été considérée comme inférieure à l'homme, pour des raisons clairement absurdes. Les auteures s'attachent à déconstruir ces idées reçues en les dénonçant purement et simplement.  
Si j'ai adoré l'idée d'une telle chronologie et la postface qui fait le point sur la situation des femmes dans le monde en 2018 et les derniers événements s'y référant (Harvey Weinstein, bonsoir !) j'ai trouvé que certains faits manquaient d'un petit accompagnement pour être appréhendés dans leur complexité, selon le lectorat. Si les dates et mentions des fonctions des personnes citées est pertinent, c'est dommage que des faits soient traités très rapidement (comme l'évocation de la chanson Femme libérée par exemple). Pour autant, Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ? reste un court album très bien ficelé, agréable à lire et qui permet une bonne vue d'ensemble sur la question. Je remercie les éditions Rue de Sèvres de m'avoir permis de découvrir cet album.

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04 mars 2018

Les morts de la Saint-Jean, Henning Mankell

LES MORTS DE LA SAINT JEANLes morts de la Saint-Jean est un roman policier du suédois Henning Mankell mettant en scène l'inspecteur Kurt Wallander. Il est paru en 1997 en Suède et en 2001 en France aux éditions du Seuil.

Août 1996. La police d'Ystad piétine sur la disparition de trois jeunes gens, durant la nuit de la Saint-Jean. La mère de l'un d'eux est persuadée qu'il leur est arrivé malheur, tandis que des cartes postales signées de leurs trois noms leur parviennent, postées d'un peu partout en Europe. L'affaire prend un autre tournant lorsque Wallander découvre que Karl Evert Svedberg, l'un de ses collègues, a été assassiné chez lui d'une balle dans la tête. Ce dernier s'intéressait durant son temps libre à la disparition des trois jeunes. L'enquête bascule brutalement lorsque les corps sont retrouvés dans un parc par des promeneurs. Déguisés en costumes d'époque les trois jeunes semblent être en plein pique-nique alors que les analyses attestent que leur mort remonte à deux mois. Wallander en est sûr : les deux affaires sont liées !

J'ai longtemps été réticente mais j'ai enfin sauté le pas : ce roman est mon premier livre audio ! 17h10 d'écoute, essentiellement durant mes trajets pour aller travailler. Et si au début l'expérience m'est apparue très agréable, je me suis rapidement lassée, trouvant que le rythme était trop lent et que l'intrigue piétinait un peu. Je ne suis pas une grande adepte des polars contemporains, les trouvant souvent trop violents et répétitifs, mais une collègue m'ayant chaudement recommandé celui-ci, j'ai succombé en l'empruntant à la médiathèque. 
Outre la lenteur due au temps d'écoute (je lis plus rapidement !), j'ai trouvé que l'intrigue démarrait rapidement pour s'enliser progressivement, à l'image d'un Wallander vieillissant, souffrant de diabète et de surpoids. Les enquêteurs stagnent dans leur réflexion, s'égarant dans des pistes que le lecteur sait être des leurres. La narration est en effet parfois prise en charge par le tueur, ce qui donne au lecteur une longueur d'avance sur les personnages. Le suspense est moindre donc, et rapidement le lecteur de comprendre les contours du dénouement. Ne reste que le mobile. Un polar qui m'a détendue un temps, donc, mais qui n'a pas su capter réellement mon intérêt et dont je vais oublier le dénouement rapidement.

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07 février 2018

La passion de Dodin-Bouffant, Mathieu Burniat

La passion de Dodin-BouffantLa passion de Dodin-Bouffant est un album du dessinateur belge Mathieu Burniat paru en octobre 2014 chez Dargaud et librement adapté du roman La vie et la passion de Dodin-Bouffant, gourmet de Marcel Rouff (1924).

Dodin-Bouffant est un fin gourmet, passionné de gastronomie. Lorsque Eugénie, sa fabuleuse cuisinière, décède brutalement, Dodin se met en quête d'une remplaçante capable d'égaler ses mets raffinés et de satisfaire son palais exigeant. Il la trouve en la personne d'Adèle, une jeune  fille de ferme dotée d'une inventivité certaine, capable d'émouvoir les rares convives de ses dîners hebdomadaires. Mais lorsqu'un aristocrate de passage goûte aux recettes d'Adèle et met tout en oeuvre pour la prendre à son service, Dodin doit se battre pour la garder à ses côtés.

Je crois que j'aime les albums gastronomiques ! J'avais adoré suivre Alain Passard en cuisine aux côtés de Christophe Blain et m'évader dans l'univers féerique du Viandier de Polpette, du coup j'étais curieuse de plonger dans cet album qui nous entraîne dans une cuisine plus historique, la cuisine du Second Empire, une cuisine riche, carnée, en sauce, une cuisine de terroir, élaborée et qui fait la part belle aux bons produits, viandes comme légumes.

Mathieu Burniat a pris beaucoup de plaisir, semble-t-il, à mettre en scène les mets concoctés par Dodin et Adèle : le Saint-marcelin en sauce aux morilles côtoie ainsi les ortolans bardés, les lapereaux farcis et les vins les plus fins. Les pages se succèdent dans un tourbillon de nourriture cuisinée avec soin et amour. Le taciturne et exigeant Dodin se laisse peu à peu gagner par la candeur et la spontanéité d'Adèle, et le notable de voir son coeur dérobé par la jeune paysanne aux talents culinaires rares. Le trait fait penser aux caricatures de Daumier et l'ensemble ressemble presque à un conte dont il manquerait le "Il était une fois..." liminaire. Un album  entre pudeur et retenue, à vous donner l'eau à la bouche si vous êtes amateurs de bonne chère, et à déguster dans tous les cas.

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