Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

16 mai 2018

Mon traître, Pierre Alary d'après Sorj Chalandon

Mon traître, Pierre Alary d'après Sorj ChalandonMon traître est un album de Pierre Alary d'après le roman du même nom de Sorj Chalandon, paru en janvier aux éditions Rue de Sèvres.

Mon traître est l'histoire vraie de l'amitié qui lia Sorj Chalandon à Denis - Tyrone dans le roman et la BD - un combattant de l'IRA qui a trahi les siens durant vingt-cinq ans en donnant des informations à l'armée britannique. Sorj - Antoine dans l'histoire - est un luthier parisien qui découvre l'Irlande du Nord à la fin des années 70, alors que le conflit fait rage dans les rues de Belfast. Il se lie d'amitié avec un couple, Jim et Cathy, et rencontre Tyrone Meehan, un combattant de la première heure pour l'indépendance de l'Irlande.

Quelle claque cet album... Je l'ai ouvert un matin printanier, alors que le soleil tapait fort sur mes fenêtres, et en quelques minutes j'ai eu l'impression de plonger dans le Belfast des années 70, sombre, violent, mais lumineux aussi, par les liens qui unissent les personnages. Cette histoire vraie, racontée tout en pudeur et en poésie, prend aux tripes, c'est certain. Elle interroge la notion d'amitié, de solidarité, de combat, de confiance, de trahison, d'honnêteté et de duplicité. C'est brut, sans fard. Et c'est bon !

Pierre Alary fait sien le texte de Chaladon pour mieux le rendre en images. Le trait est net, parfois un peu saccadé, les tons sépias, sombres, et l'album est entrecoupé du compte-rendu de l'interrogatoire de Tyrone, interrogé par l'IRA. L'immersion est totale, l'émotion palpable. J'ai un grand tort : je n'ai pas encore lu les deux romans de Sorj Chalandon évoquant cette histoire, Mon traître et Retour à Killybegs. Je sais que je dois y remédier assez rapidement. J'ai néanmoins eu envie de découvrir cette adaptation et j'ai rudement bien fait. A lire, sans hésiter une seconde. L'avis de Mo', conquise aussi. Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour la découverte de cet album coup de poing.

Planche 1 Planche 2

Planche 3 Planche 4

La BD de la semaine

Cette semaine chez Stephie !

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07 janvier 2018

La Princesse de Montpensier, Madame de Lafayette

La Princesse de Montpensier, Madame de LafayetteLa Princesse de Montpensier est une nouvelle écrite par Madame de Lafayette publiée pour la première fois en 1662.

Promise au duc de Maine, Mademoiselle de Mézière épouse, pour des raisons politiques, le Prince de Montpensier en 1566. Mais si elle n'est que vertu, la jeune femme ne peut oublier l'inclination qu'elle a eue pour le Duc de Guise avant son union. Son mari, jaloux, est occupé par les guerres de religion qui sévissent dans une France meurtrie, et la confie au bon soin de son ami le Comte de Chabannes. Mais celui-ci s'éprend rapidement de la belle Princesse. Et lorsque le Duc de Guise revient lui déclarer sa flamme, le coeur de la jeune femme vacille et le Comte assiste impuissant à la renaissance d'une passion enterrée.

Il est loin le temps où j'avais étudié La Princesse de Clèves en 1ère L. Heureusement, le Reading Classics Challenge 2018 de Lilly, qui propose de se replonger dans une oeuvre de Jules Verne ou de Madame de Lafayette pour ce mois de janvier, m'a permis d'ouvrir les pages de cette courte nouvelle. 
Madame de Lafayette, en une soixantaine de pages, transporte son lecteur dans cette France en proie aux guerres de religion et prend le parti de mettre les passions au-dessus des intérêts politiques, transformant, par là-même, l'Histoire. Mêlant réalité historique et fiction, personnes et personnages, elle construit une intrigue dans laquelle le réalisme réside dans le sentiment amoureux et ses conséquences plutôt que sur la véracité historique.
Dans une plume simple et avec un style neutre, elle décrit le désordre amoureux des personnages, pris en étau entre leur rang et les enjeux politiques et la passion qui les anime.
Intense autant que tragique, le jeu amoureux qui se déroule autour de la Princesse fait écho à la violence qui oppose dans le même temps catholiques et huguenots. Un classique à découvrir ou redécouvrir sans tarder !

READING CLASSICS CHALLENGE 2018

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04 janvier 2018

Home, Toni Morrison

Home Toni MorrisonHome est un roman de la femme de lettres américaine Toni Morrison, lauréate du Prix Nobel de littérature en 1993 et unique auteur afro-américain à l'avoir reçu. Il est paru en  2011 aux Etats-Unis et en 2012 en France aux éditions Christian Bourgois.

La guerre de Corée vient de se terminer. Franck Money en revient traumatisé par ce qu'il y a vécu. Un appel le prévenant que sa soeur est à l'article de la mort à Atlanta, en Géorgie, le contraint à traverser le pays d'ouest en est. Mais dans cette Amérique des années 50 où la ségrégation raciale est à chaque coin de rue, le jeune homme replonge dans ses souvenirs d'enfance et son expérience de la guerre.

En 150 pages, Toni Morrison transporte son lecteur dans cette Amérique inégalitaire, brisée, qui se craquelle progressivement, prête à imploser. Pour Franck Money, la ségrégation est vécue comme une fatalité inacceptable, une violence qui appelle la violence. Le jeune homme, traumatisé par la guerre, entreprend un chemin introspectif sur les routes qui le ramènent en Géorgie. Il y mêle souvenirs personnels et réflexions sur le pays pour lequel il vient de se battre en Corée, et qui ne lui accorde pas les mêmes droits que les blancs.
Roman coup de poing, aussi rapide qu'efficace, violent et beau à la fois, Home est un condensé très fin de cette époque troublée de l'histoire américaine. Toni Morrison y dresse en filigrane le portrait d'un pays qui vacille par le prisme d'un personnage entier et droit. Ma première incursion dans l'oeuvre de cette grande dame de la littérature. Certainement pas la dernière. Beloved fera partie de mes lectures en 2018, c'est une certitude !

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03 janvier 2018

S'enfuir : récit d'un otage, Guy Delisle

S'enfuir, Guy DelisleS'enfuir : récit d'un otage est le dernier album de Guy Delisle paru en septembre 2016 chez Dargaud.

Guy Delisle relate dans cet album de plus de 400 pages la captivité de Christophe André, membre d'une ONG médicale, kidnappé dans la région du Caucase pendant sa première mission humanitaire durant plus de trois mois en 1997.

S'enfuir est un album lent, très lent, comme si Delisle avait voulu en adapter le rythme au temps figé de la captivité. Il ne se passe rien dans la chambre où Christophe est menotté et attend qu'on vienne le délivrer, à peine peut-il se concentrer sur le trajet du soleil sur le mur.
Comment tenir le coup ? Comment garder espoir ? Comment ne pas sombrer dans la folie avec ces journées et ces nuits sans fin à ne rien faire d'autre qu'attendre ?
Delisle met en images le quotidien de Christophe, un quotidien entre torpeur et lucidité, parfois interrompu par un événement infime qui vient rompre cette monotonie, comme le jour où il parvient à subtiliser une gousse d'ail qui améliore son unique repas de la journée constitué d'un bouillon de légumes. L'espoir, chaque soir, que la libération se déroule cette nuit-là. Et la désillusion, lorsque le jour apparaît, d'une nouvelle journée de captivité qui commence. Un album très fort, évitant tout pathos mais toute édulcoration de la condition d'otage aussi. Encore du très bon Delisle !

"Etre otage, c'est pire qu'être en prison. En prison, tu sais pourquoi tu es là et à quelle date tu vas sortir. Quand tu es otage, tu n'as même pas ce genre de repère. Tu n'as rien."

Les avis de Fanny, Karine et Mo’, Noukette et Sandrine.

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BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Moka !

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23 septembre 2017

Outlander T.3 Le voyage, Diana Gabaldon

Outlander TLe voyage est le troisième tome de la série Outlander imaginée par la romancière américaine Diana Gabaldon.

Cela fait maintenant vingt ans que Claire est revenue de la bataille de Culloden et a quitté l'Ecosse du 18e, laissant derrière elle Jamie. Avec Brianna, leur fille, elle a refait sa vie mais n'a jamais oublié son grand amour. Quand au détour de recherches sur cette époque elle se rend compte que Jamie n'a pas péri à la bataille de Culloden comme elle l'imaginait, le doute s'installe en elle. Et si Jamie était encore en vie dans le passé ? Claire n'a d'autre choix que de traverser une nouvelle fois le cromlech qui la fait voyager dans le temps pour le retrouver, même si cela veut dire laisser sa fille derrière elle. Commence alors pour elle une nouvelle aventure. Retrouvera-t-elle Jamie ? Et les vingt ans qu'ils ont passés séparés les auront-t-ils éloignés ?

Toujours lancée à corps perdu dans cette série (j'avais adoré le premier et le deuxième tome !), j'ai passé une partie de mon été en compagnie de Claire et des autres personnages d'Outlander. Si le début du second tome avait quelque peu refroidi mes ardeurs, il n'en a rien été avec ce troisième tome. Parce que si Claire est dans le présent - en 1968 - au début du roman, elle n'y reste pas longtemps et repart à la recherche de Jamie dans l'Ecosse du 18e. Et Diana Gabaldon réussit à captiver son lecteur avec ce grand roman d'aventure où rien ne sera épargné aux personnages : tempêtes, prophéties, fuites, intrigues politiques, ça n'arrête pas ! On s'aime, on crie, on pleure et le bateau manque de couler mille fois tout au long de cette fresque historique sur fond de romance. J'adore !

L'intrigue de ce troisième tome (malgré ses 1020 pages !) avance tambour battant et ne laisse pas de répit à son lecteur. De l'Ecosse à la mer des Caraïbes, nos héros connaissent d'effroyables périls et font des rencontres qu'ils ne sont pas près d'oublier. Bref, encore une fois je me suis vraiment régalée à découvrir les aventures de notre duo à travers les âges. Et vue la fin de ce troisième tome, j'ai hâte de découvrir Les tambours de l'automne, le quatrième tome de la série !

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25 février 2017

Outlander T.2 Le Talisman, Diana Gabaldon

Outlander TLe Talisman est le deuxième tome de la série Outlander (ou encore Le Chardon et le Tartan ou Le Cercle de pierre) imaginée par Diana Gabldon dans les années 1990 et remis dernièrement sur le devant de la scène par son adaptation en série télé.

1968. Frank, le mari de Claire, vient de mourir. Cette dernière retourne en Écosse avec leur fille, Brianna, afin de chercher des traces de son passé. Celle qui a voyagé dans le temps grâce à un cromlech se souvient de son incursion dans le 18ème siècle écossais aux côtés de Jamie, un Highlander dont elle est tombée follement amoureuse et avec qui elle a fuit à Paris, à l'époque de Louis XV. Déterminés à empêcher la rébellion jacobite et l'accession au trône de Charles-Edouard Stuart , Jamie et Claire infiltrent la société mondaine parisienne pour éviter une répression sanglante dans les Highlands.

Souvenez-vous, j'avez adoré le premier tome des aventures de Claire et Jamie le mois dernier. Et j'ai naturellement continué sur ma lancée dans cette saga, avide de découvrir la suite des aventures de ce duo britannique dans l'Écosse de 1745.  Mais je dois avouer que le début de ce second tome a eu raison de mon enthousiasme, Diana Gabaldon décidant de planter son intrigue en 1968 et de délaisser le voyage dans le temps cher à mon coeur. Passé le premier moment de déception (j'adore la lande écossaise rabattue par les vents et les Highlanders et leur finesse légendaire, c'est vrai !), j'ai poursuivi ma lecture avec curiosité. Et force est de constater que l'auteure maîtrise son sujet à la perfection. En construisant son intrigue de la sorte, elle parvient à distiller un suspense dès les premiers chapitres et d'enferrer son lecteur dans les méandres de l'histoire. Les lieux se mélangent, les époques aussi, et le voyage dans le temps, au coeur de l'intrigue, prend toute sa dimension. Pourquoi Claire est-elle revenue dans le présent ? Et qui est donc Brianna ? Voilà des questions que le lecteur se pose très rapidement...

Les personnages gagnent en épaisseur psychologique, la romance en intensité, la trame historique est toujours aussi riche et bien traitée et l'ensemble fonctionne très bien. Je ressors de ces 950 pages enchantée, bercée par le vent écossais, sentant dans mon nez les effluves de whisky qui hantent ces pages et je n'ai qu'une envie : y retourner ! Je vais certainement intercaler quelques lectures entre la fin de ce tome et le suivant, mais je ne vais pas trop tarder : Claire et son bel écossais commencent déjà à me manquer !

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15 janvier 2017

La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier Giesbert

La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier GiesbertLa cuisinière d'Himmler est un roman du journaliste et écrivain franco-américain Franz-Olivier Giesbert paru en 2013 chez Gallimard.

Rose est née en juillet 1907, au bord de la mer Noire. Parce que sa famille est arménienne, elle est massacrée par les Jeunes-Turcs au nom de la turquification de l'Anatolie. Rose s'enfuit et commence pour elle un drôle de périple, une vie de fuite dans ce siècle meurtrier. Après le génocide arménien, la petite fille est vendue comme esclave sexuelle avant de s'enfuir en France. Mais la Seconde Guerre mondiale sourd. Entre amours désabusées et vengeance qui la ronge, Rose vit avec une détermination farouche et se lance dans la seule chose qui anime sa vie : la cuisine.

Roman étonnant et détonnant s'il en est, La cuisinière d'Himmler vous déroute et vous malmène dès les premières pages. L'intrigue débute alors que Rose a cent-quatre ans, une vie des plus remplies, et des souvenirs en pagaille. Quand une lettre lui parvient d'Allemagne, elle se décide à écrire ses mémoires, le récit de sa vie de bohème, "un livre pour célébrer l'amour et pour prévenir l'humanité des dangers qu'elle court. Pour qu'elle ne revive jamais ce que j'ai vécu." Dès lors, les chapitres alternent entre Marseille, en 2012 - où Rose tient son restaurant La petite Provence - et sa jeunesse sur les routes.

Car Rose a traversé le XXe siècle et toutes ses horreurs : du génocide arménien aux atrocités nazies et à l'horreur maoïste. De la France à l'Allemagne en passant par la Chine et les États-Unis, Rose fuit la violence et tente à chaque fois de se construire une vie stable et heureuse, aimant hommes et femme, célébrant la vie par le sexe.

Au crépuscule de sa vie, avec une détermination et un humour féroces, la vieille dame raconte sa vie. Et c'est drôlement prenant. Franz-Olivier Giesbert dresse le portrait d'une Tatie Danielle impertinente, vulgaire et un brin teigne, qui par ses blessures s'est construit une force de caractère et une vie des plus remplies. Extrêmement documenté sur le siècle, son récit est poignant et ne s'embarasse ni de jolies tournures ni de descriptions longues. Rose - la narratrice - est directe, parfois crue. Mais c'est son journal, sa vie, ses morts et ses amours, et personne ne peut l'empêcher de se raconter comme elle le souhaite, avec l'impertinence que son âge excuse. Un roman solidement construit à l'humour grinçant et ô combien intéressant. Une bien belle lecture qui rafraîchit la mémoire sur le siècle dernier et ses sombres heures.

En bonus de fin : les recettes de Rose (la Parmesane de Mamie Joe, le Plaki de la grand-mère de Rose ou encore le flan au caramel d'Emma Lempereur)

"Si l'Enfer c'est l'Histoire, le Paradis, c'est la vie." (p.382)

"Le bonheur ne nous est pas donné : il se fabrique, il s'invente." (p.382)

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12 janvier 2017

Outlander T.1 Le chardon et le tartan, Diana Gabaldon

Outlander T

Le Chardon et le tartan est une série imaginée par la romancière américaine Diana Gabaldon débutée en 1991. Popularisée par sa récente adaptation en série télévisée, la saga - appelée aussi Outlander ou Le Cercle de pierre - mêle à la fois le roman historique, le fantastique et la romance. 

Inverness, Ecosse, 1945. Claire, vingt-sept ans, revient du front où elle a servi en tant qu'infirmière et profite de quelques jours de retrouvailles avec son mari, Frank. Mais alors qu'elle découvre les environs, Claire est aspirée par un étrange mégalithe et se retrouve catapultée en 1743, alors que la guerre fait rage entre les anglais et les écossais. Déboussolée par ce voyage dans le temps, la jeune femme est sauvée par des Highlanders des griffes de Jonathan Randall, illustre et violent aïeul anglais de son mari. Claire impressionne rapidement les écossais par ses connaissances médicales, utiles sur le champ de bataille et fait la connaissance de Jamie, un Highlander un peu bourru et têtu. 

Complètement sous le charme de l'Ecosse depuis mon voyage en 2014, je ne pouvais que succomber à cette série, découverte par hasard en naviguant sur Netflix. J'ai hésité à la regarder mais j'ai décidé de commencer par le roman. Et j'ai rudement bien fait ! J'ai dévoré les 850 pages de ce premier tome durant les vacances de Noël, ayant moi aussi l'impression de voyager dans le temps, comme Claire, et d'être à ses côtés dans les Highlands en 1743. Diana Gabaldon esquisse dans ce premier tome les contours d'une intrigue des plus riches et documentées. L'histoire est abordée à travers le personnage de Frank, le mari de Claire, mais aussi par les événements que l'héroïne est amenée à vivre. L'Ecosse est un personnage à part entière, faisant l'objet de belles descriptions de sa nature, ses saisons ou encore ses moeurs. 

C'est bien simple : j'ai été complètement happée par cette histoire de voyage dans le temps, secouée comme Claire par la violence du 18ème siècle et ses problématiques, sous le charme moi aussi des écossais qu'elle rencontre, partagée qu'elle est entre la volonté de rentrer à son époque et de changer le cours du temps par sa connaissance des événements futurs. 

Difficile de ne pas trop en dire sur cette intrigue dense et riche. Je n'aurais qu'un conseil : venez nous rejoindre sous la bruine écossaise, au milieu des rébellions jacobites de la première moitié du 18ème. Vous ne serez pas déçus de ce voyage dans le temps... En attendant, moi je suis d'ores et déjà plongée dans le deuxième volet des aventures de Claire ! 

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26 septembre 2012

La dernière image, Gani Jakupi + entretien avec l'auteur

La dernière imageLa dernière image est un album du touche-à-tout Gani Jakupi paru en mai 2012 aux éditions Soleil, dans la collection Noctambule.

Engagé par un journal espagnol pour revenir au Kosovo, son pays d'origine, Gani Jakupi est confronté à l'horreur de la guerre qui oppose les Serbes aux Albanais. Accompagné d'un photographe, il traverse alors le pays détruit par les conflits et va à la rencontre des journalistes de guerre. Douze ans plus tard, il nous livre, en BD, son expérience.

Gani Jakupi donne à voir, dans cet album, un Kosovo meurtri par la guerre civile. Pas de fiction, ici, mais une BD documentaire, qui se lit comme un reportage. La violence est là, dans les traits des personnages, dans les dessins de bâtiments en ruines. Gani Jakupi nous offre des planches bouleversantes, et  poignantes de réalisme qui n'ont rien à envier à des photos. Mais pas de sensationnalisme ici, l'auteur conserve une certaine pudeur dans son texte etDerniereImage-p171 ses images. Et bien qu'il raconte une partie de son histoire et de celle de sa famille, il évite de sombrer dans le pathos et conserve une distance sur ce voyage et ce qu'il a pu voir.       
La dernière image est un album qui chamboule. Sa lecture offre un autre éclairage sur le conflit du Kosovo, en se penchant sur la question de l'information et la manière dont elle est transmise. Gani Jakupi nous entraîne dans une réflexion sur le métier de reporter et sur les dérives liées au sensationnalisme. Une lecture dont on ne ressort pas indemne.

Un grand merci à Clotilde Vu ainsi qu'à Claire Ughes de chez Soleil pour cette très belle découverte.

Et voici ma 45e participation à la BD du mercredi de Mango  et ma 36e au Top BD des blogueurs de Yaneck (note 17/20)

                             Top BD

        Gani

 Suite à ma lecture, Gani Jakupi a accepté gentiment de répondre à mes questions.

1/ L'idée d'une BD documentaire sur un reportage au Kosovo est particulièrement intéressante. Comment avez-vous choisi les moments que vous alliez relater dans cet album ? Et ceux que vous alliez dessiner ?

L’expérience a été si dense que le travail de sélection portait surtout sur ce qu’il y avait à omettre. Le premier critère a été la relation de ce que je racontais avec le journalisme, avec les médias. Ensuite, il fallait construire une ligne narrative, une carcasse qui donnerait une forme cohérente à ce qui, autrement, n’aurait été qu’un recueil d’anecdotes. Et, the last but not the least, ou plutôt – le plus important, c’était l’évaluation de chaque épisode ; ce qu’il était susceptible d’apporter, de générer comme réflexion, ou vers quelle conclusion pouvait-il mener. Une inconnue imprévisible devant laquelle on n’a pas de garde-fou, c’est la subjectivité du lecteur. Il aura souvent tendance à interpréter ce qu’il lit selon ses propres convictions. Tout ce qu’on peut, c’est faire le maximum pour maintenir la clarté des propos.

2/ Votre réflexion sur le métier de reporter de guerre vous amène à vous interroger sur la question des faits et de leur interprétation, consciente ou non. Vous posez, dans votre album, la question de l'ambiguïté de l'information. Comment avez-vous dépassé ce sentiment lorsque vous vous êtes lancé dans le projet de La dernière image, projet inévitablement personnel et qui donne à voir votre regard sur une situation donnée ?

Tout documentaire intéressant et passionnant l’est parce qu’il implique la subjectivité de son réalisateur. Autrement, ça se réduit à une simple information. Cela n’exempte pas ; il serait facile de dire « l’objectivité stricto sensu n’existant pas, j’ai carte blanche pour faire dire au matériel présenté ce que je souhaite ». Bien au contraire, cette prise de conscience génère une responsabilité. Il faut assumer la subjectivité et se mettre soi-même en balance, en quelque sorte être son propre superviseur et censeur. Un bon journaliste est responsable non seulement de ce qu’il rapporte, mais aussi de ce qu’il omet, ou de ce qu’il laisse entendre.

3/N'avez-vous pas éprouvé une tentation de fictionnaliser ce que vous avez vécu, lorsque vous avez décidé de le transmettre par le biais d'une BD ?

Surtout pas !!! J’ai perdu une dizaine de membres de ma famille dans cette guerre. Même sous la forme de documentaire, il faut un énorme travail sur soi-même pour ne pas laisser l’émotion voiler le témoignage. C’est pourquoi j’ai si tenacement tenu à l’angle d’approche principal de cet ouvrage : parler des médias m’aidait à prendre une distance avec les événements, me placer en observateur. Observateur des autres, mais, intégrité oblige, aussi de moi-même.  
Dans une œuvre de fiction j’aurais inévitablement mis l’émotion en avant. D’ailleurs, j’ai horreur des œuvres de fiction qui prétendent ménager la chèvre et le chou. Si un documentaire qui manque d’objectivité est malhonnête, une fiction « décaféinée » est une œuvre ratée. Je ne veux pas donner de noms, mais il y a eu des cas qui exemplifient mon affirmation, en relation avec la guerre de Bosnie, l’évènement le plus tragique en Europe depuis la Deuxième Guerre Mondiale. Le succès a été au rendez-vous, car le public préfère qu’on lui raconte l’histoire en marche de manière la moins dérangeante possible. J’exprime mon respect envers le lecteur par le sérieux de mon travail, pas en lui offrant ce qui lui sera plus commode à consommer.   
La BD fut un choix naturel, c’est ma profession première. Mais aussi parce que c’est un promontoire idéal pour traiter de l’information : après tout, on se sert du discours écrit et de l’image. Vous aurez remarqué que je n’utilise pas de bulles dans ce livre, pour rester le plus possible du langage journalistique.

4/Vos dessins offrent une dimension particulière à votre histoire, et plus particulièrement les couleurs que vous utilisez. Ce choix de couleurs s'est-il imposé d'emblée pour vous ? Correspondait-il aux tonalités que vous avez perçues lorsque vous étiez sur le terrain ou est-ce le fruit d'une réflexion de votre part pour rendre compte de ce que vous avez vu ?

Le Kosovo du début de l’été 1999 était ensoleillé et verdoyant ; les pluies de ce printemps-là avait été abondantes. Le choix des couleurs répond à un objectif purement narratif. Il correspond à la fin de votre question : c’était évidemment une manière de rendre compte de la vision personnelle des évènements. Un traitement « expressionniste », en quelque sorte.

5/Enfin, travaillez-vous sur un nouveau projet dont vous pourriez nous dire quelques mots ?

Comme auteur complet, je suis en plein sur une contre-histoire de la révolution cubaine, un double volume pour la collection Aire Libre. Il est bien possible que cet ouvrage fasse des mécontents, car il apporte des détails jusqu’à l’heure ignorés et qui ne seront pas du goût de tout le monde. Il y aura aussi un livre de mémoires de l’après-guerre kosovare, cette fois-ci hors du contexte journalistique, mais il sera dessiné par Jorge González, l’auteur de Chère Patagonie (qui vient juste de sortir). Vous constaterai que là, j’ai renoncé au dessin ; j’avais besoin d’être accompagné ! Le premier tome d’un triptyque qui explore la ferveur religieuse et les conflits raciaux au Brésil de la fin du XIX siècle, en collaboration avec Marc N’Guessan au dessin, pour Dargaud, devrait paraître en printemps 2013. D’autres projets sont en gestation, mais je crois qu’il serait tôt pour en parler. Studio

Gani Jakupi à sa table de travail 

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