Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

29 décembre 2016

Au fil de l'eau, Juan Diaz Canales

Au fil de l'eau CanalesAu fil de l'eau est un album signé par le madrilène Juan Diaz Canales (le scénariste de Blacksad et plus récemment de Corto Maltese) paru en septembre aux éditions Rue de Sèvres.

Madrid, de nos jours. Le pays est marqué par la crise économique et le quotidien difficile. Niceto et ses amis nonagénaires arrondissent leurs fins de mois à coup de petits trafics. Parce qu'ils sont âgés et qu'ils ont du bagou, même les flics les laissent tranquilles. Mais cet équilibre précaire est rompu quand un à un les amis de Nicetto décèdent dans d'étranges et violentes circonstances. Lorsque Niceto disparaît à son tour, son fils et son petit-fils, redoutant le pire, se lancent sur ses traces.

C'est avec son excellente série Blacksad que Juan Diaz Canales s'est fait connaître du grand public et j'avais moi-même été soufflée par son talent de scénariste. Avec cet album, c'est son talent de dessinateur qui est mis en valeur, porté par un scénario à la fois grave et sombre. Sur fond de crise économique, Juan Diaz Canales aborde la question de la vieillesse et de la fin de la vie, mais aussi la précarité de l'Espagne d'aujourd'hui, le tout dans un style fluide très agréable. Le sujet est lourd, prend aux tripes, et l'intrigue se met en place progressivement avant d'accélérer lors de la disparition de Niceto. Porté par un noir et blanc majestueux et un dessin précis et soigné, l'album possède un petit quelque chose de polar qui rappelle sans conteste Blacksad. Le dénouement incroyable teinte l'ensemble d'une mélancolie sans pareille. Un très bel album à découvrir. Merci à Coline et aux Éditions Rue de Sèvres pour cet envoi.

Les avis de ClarabelJacques, Mo, Jérôme, Noukette et Stephie.

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07 novembre 2016

L'ultime secret de Frida K., Gregorio León

L'ultime secret de Frida KL'ultime secret de Frida K. est un roman du journaliste et écrivain espagnol  Gregorio León paru en 2012 aux éditions Les Escales.

Un autoportrait de Frida Kahlo vient d'être dérobé dans une galerie d'art de Mexico et son propriétaire sauvagement assassiné. Dépêchée sur les lieux, Daniela, une jeune enquêtrice espagnole, découvre une histoire complexe qui mêle narcotrafiquants et corruption. Le portrait aurait été peint par Frida pour son amant, Trotski, alors en exil au Mexique. Quand des strip-teaseuses sont assassinées une à une et que des autels dédiés à Santa Muerte sont vandalisés, l'enquête se complique pour Daniela.

Une collègue m'a prêté ce roman, suite à une discussion que nous avons eue sur la peintre mexicaine un midi au boulot (comme quoi, en salle des profs on ne parle pas que des élèves...) Je l'ai dévoré en trois jours, happée par cette intrigue brillamment orchestrée qui alterne passé et présent. Entre conditions actuelles au Mexique - avec notamment les troubles politiques, les trafics de drogue, la corruption et le culte de la lugubre Santa Muerte - et récit de l'exil de Trotski chez Frida et Diego en 1940 et la relation amoureuse que la célèbre peintre entretint avec le révolutionnaire russe, le roman file à un rythme effréné.

Gregorio León entremêle faits historiques et inventions fictionnelles pour mieux faire revivre cet épisode de la vie de Frida, sa relation tumultueuse avec celui qu'elle aimât malgré ses infidélités - Diego Rivera - et sa passade clandestine avec Trotski. Le Mexico actuel est une toile de fond très bien dépeinte, et si les trafics en tous genres pullulent, c'est pour mieux servir l'intrigue de ce roman noir rudement bien ficelé.

J'ai adoré me plonger une nouvelle fois dans la vie de Frida (découverte il y a quelques années par la lecture de Diego et Frida de Le Clézio) et suivre cette enquête fascinante sur la disparition de ce tableau politiquement dangereux. Une très belle découverte. Je vais de ce pas remercier ma collègue pour ce prêt !

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12 avril 2012

Le tableau du Maître flamand, Arturo Perez-Reverte

Le tableau du maître flamandLe tableau du Maître flamand est un roman de l'écrivain espagnol Arturo Pérez-Reverte paru en 1990 et couronné par le Grand Prix de littérature policière en 1993.

Madrid. Julia, restauratrice de tableaux, découvre sur l'oeuvre du XVe siècle qu'elle restaure, une mystérieuse inscription : Quis ecavit equitem ? Cette inscription latine, masquée par Van Huys, l'auteur du tableau, fait étrangement écho au sujet même de la toile. Qui a tué le chevalier, l'un des joueurs peints ?

Un ultime visionnage de La neuvième porte, la semaine dernière, m'a donné envie de sortir ce roman de ma PAL. Arturo Pérez-Reverte est en effet le romancier à l'origine de ce film de Polanski avec Johnny Depp, film plutôt bien ficelé je dois dire.
Mais revenons à ce roman... J'en avais entendu beaucoup de bien, d'où mon achat chez un bouquiniste il y a quelques temps... Et nombreux ont été les commentaires récents m'assurant une lecture absolument délicieuse...
Malheureusement, j'ai été un peu déçue. L'idée de départ est excellente et prometteuse, mais le rythme de l'intrigue est trop lent pour tenir le lecteur en haleine. Le manque d'épaisseur psychologique des personnages les fait irrémédiablement pencher du côté de la caricature.  C'est bien dommage !
J'ai pourtant aimé les mises en abyme de l'auteur, nous faisant voyager entre les deux époques. Si le procédé est éculé, il n'en demeure pas moins efficace avec cette intrigue.
Mais la magie n'a opéré qu'un temps et j'ai trouvé trop de longueurs à ce roman et un dénouement vraiment trop prévisible pour, après en avoir fermé la dernière page, me dire que je l'ai vraiment aimé.

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14 mars 2011

L'ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon

696941_gfComme j'en ai entendu parler de ce roman... A en croire certaines blogueuses, c'eût été sacrilège de passer à côté. Bon, j'aime Barcelone et la quatrième de ce roman m'intriguait, donc j'ai succombé (c'est rare que je résiste, vous remarquez ?)

Barcelone, 1945. Le père du narrateur emmène son fils dans un endroit aussi mystérieux que source de fantasmes : le Cimetière des Livres Oubliés. Sont entreposés ici tous les livres dont personne ne se souvient. La règle ? La première fois que l'on s'y rend, en adopter un, pour qu'il continue à vivre grâce à ce nouveau lecteur. Daniel Sempere, le narrateur, choisit un livre sans savoir que celui-ci va bouleverser sa vie. Quelqu'un veut à tout prix le récupérer tandis que ceux qui ont connu son mystérieux auteur se taisent à son sujet...

L'Ombre du vent fait partie de ces romans fleuves qui parcourent les années à partir d'une intrigue très bien ficelée. Histoire et fiction se mêlent inextricablement autour de personnages à la psychologie solide.
Si j'ai aimé me plonger dans la Barcelone de ces années là, j'ai été peut-être un peu déçue par cette lecture. Et pourtant, je crois que cette déception n'est absolument pas due au roman en lui-même mais plutôt à mes attentes par rapport à cette lecture. Je m'attendais peut-être à un roman plus fort, plus poignant, ou une intrigue plus alambiquée. Je ne sais pas...

J'ai néanmoins passé un très bon moment de lecture et trouvé la plume de Zafon poétique à souhait et son imagination assez fascinante. L'intrigue est très bien ficelée et m'a tenue en haleine tout au long du roman, jusqu'à son dénouement vraiment imprévisible. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à la nouvelle La bibliothèque de Babel de Borgès quant à ce fameux
Cimetière des Livres Oubliés. Mais je pense sincèrement que cette lecture aurait pu davantage me plaire si je n'en avais pas eu tant d'éloges si dithyrambiques.

Les avis de Cynthia, Iluze, Alex-Mots-à-Mots, Héloïze, Mazel, Choupynette et des citations choisies par L'Ogresse de Paris.

"Dans ce lieu, les livres dont personne ne se souvient, qui se sont évanouis avec le temps, continuent de vivre en attendant de parvenir un jour entre les mains d'un nouveau lecteur, d'atteindre un nouvel esprit." (p.13)

"Je pensais à mon envie de me réfugier dans son regard insaisissable, dont je craignais qu'il ne fût transparent, vide. Je pensais à la solitude qui allait m'assaillir, cette nuit, quand je l'aurais quittée, quand je n'aurais plus de stratagèmes ni d'histoires pour me concilier sa compagnie. Je pensais au peu que j'avais à lui offrir et à tout ce que je voulais recevoir d'elle." (p.235)

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18 février 2011

Le coeur cousu, Carole Martinez

9782070379491Hathaway m'a ravie en m'offrant, à l'occasion du Swap Nouvel An 2011, Le cœur cousu, premier roman de Carole Martinez, repéré sur son blog quelques temps auparavant...

Soledad porte bien son prénom : sa vie entière n'a été que solitude. A l'aube de sa mort, elle décide de raconter l'histoire des femmes de sa famille, à commencer par Frasquita, sa mère, couturière de génie. Ayant hérité, au sortir de l'enfance, d'une magnifique boîte à couture, leur mère a consacré des heures à coudre, broder, orner tout ce qu'elle trouvait, tissus comme plaies... Mais une fois mariée, son talent a jeté  l'opprobre sur elle et sa famille, certains l'accusant de sorcellerie et de mensonge pour renier son don.
Au fil des ans et des enfants qu'elle met au monde, Frasquita abandonne la couture pour éviter toute médisance. Mais le jour où son mari, qui se lance dans les combats de coqs,  joue et perd son épouse, la vie de Frasquita et de ses enfants bascule.

Quelle plume ! Carole Martinez m'a émue à chacune de ses pages, m'emportant loin, dans cette Espagne à la chaleur étouffante. Pour un premier roman, Le coeur cousu est une petite réussite à côté de laquelle il ne faut pas passer ! J'ai éprouvé beaucoup de sensations que la lecture [Du] Soleil des Scorta de Laurent Gaudé avait fait naître en moi...
Carole Martinez manie la langue avec une finesse rare et allie celle-ci à une intrigue romanesque et originale s'il en est, entre histoire familiale et conte.
Son récit emboîté alterne les époques et les personnages avec une aisance que j'ai rarement vue. Un récit qui coupe le souffle, émeut aux larmes et fait sourire. En bref, une petite merveille !

coup_de_coeur_2011Sans aucune hésitation, je lui décerne le titre de deuxième coup de cœur de l'année 2011. Un immense merci Hathaway pour ce roman magistral ! (son avis est ici !)

Un avant-goût de la plume fantastique de Carole Martinez :

"Mon nom est Soledad.
Je suis née, dans ce pays où les corps sèchent, avec
des bras morts incapables d'enlacer et de grandes
mains inutiles.
Ma mère a avalé tant de sable, avant de trouver un
mur derrière lequel accoucher, qu'il m'est passé dans
le sang.
Ma peau masque un long sablier impuissant à se tarir.
Nue sous le soleil peut-être verrait-on par transparence
l'écoulement sableux qui me traverse.
LA TRAVERSÉE.
Il faudrait bien que tout ce sable retourne un jour
au désert." (p.7)

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