Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

20 décembre 2016

Amours, Léonor de Récondo

Amours, Léonor de RecondoAmours est le quatrième roman de la violoniste et romancière française Léonor de Récondo paru aux éditions Sabine Wespieser en 2015. 

Au début du XXème siècle, dans le Cher, Anselme de Boisvaillant, notable respecté, profite du sommeil de sa femme pour violer Céleste, la jeune bonne de la maisonnée.  Lorsque celle-ci tombe enceinte, Victoire, la femme d'Anselme, décide d'adopter l'enfant et de se faire passer pour sa mère afin de sauver l'honneur du couple et d'offrir à son époux l'héritier tant désiré. Passant outre l'affront et la honte liés à l'adultère, Victoire s'improvise mère mais peine à s'occuper de l'enfant. Elle oscille entre ennui et désarroi. Heureusement, Céleste veille sur le petit et prend soin de lui. Victoire s'en aperçoit rapidement et bien vite, les deux femmes se lient à l'insu d'Anselme.

Quel roman ! Reçu en cadeau pour mes trente ans et reçu à nouveau en réussite à mon mémoire (mes amies ont les mêmes idées sans même se connaître, c'est pas fabuleux ça ?), Amours est un petit bijou à côté duquel j'aurais pu passer si ces deux présences bienveillantes ne me l'avaient pas glissé entre les mains.

Léonor de Récondo signe ici une intrigue très riche dans laquelle les héroïnes sont magnifiées, leurs corps encensés et le plaisir charnel révélé. Derrière un rideau de conventions sociales lourdes, à une époque où les femmes n'avaient que peu de liberté, se révèlent deux personnages féminins forts, marqués par leur statut social. Céleste, issue d'une famille humble, qui n'a d'autre destin que de servir les autres, quels que soient leurs désirs - être violé par le maître de maison était courant à l'époque et non condamné par la loi - et Victoire, étouffant dans un mariage malheureux, s'ennuyant telle une Emma Bovary engoncée dans une vie qui ne lui convient pas. Le corps féminin, uniquement dévoué à accueillir un foetus à cette époque, se libère de ses corsets et se défait de ses interdits pour mieux accéder au plaisir. C'est beau, très beau même. Les 200 et quelques pages se tournent à une vitesse folle vers un dénouement incroyablement réussi. Léonor de Récondo signe ici un roman magnifique qui donne sans hésiter l'envie de découvrir le reste de son oeuvre. Merci Flo et Lise pour ce chouette cadeau !

« De la vie, on ne garde que quelques étreintes fugaces et la lumière d'un paysage. »

 

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10 janvier 2016

La malle aux trésors, Marie-José Ségura

La malle aux trésorsLa malle aux trésors est le quatrième roman de Marie-José Ségura, paru en octobre 2015 aux éditions La Bourdonnaye.

Louise a dix ans et passe pour la première fois un weekend toute seule chez sa grand-mère. Par un après-midi pluvieux, la petite fille aide sa grand-mère à ranger le grenier lorsqu'elle tombe sur une vieille malle remplie d'objets du passé. Alors qu'elle s'empare d'un livre, Louise est aspirée dans celui-ci et se retrouve sur un navire espagnol en partance vers les Antilles, en 1656. Louise se retrouve en plein milieu d'une aventure où pirates et flibustiers règnent. Comment va-t-elle s'en sortir et revenir chez elle ?

J'aime les romans qui évoquent l'idée une frontière poreuse entre la réalité et les livres, comme Coeur d'Encre de Cornelia Funke ou L'affaire Jane Eyre de Jasper Fforde. J'ai donc plongé avec plaisir aux côtés de Louise dans ce mystérieux roman et ai atterri avec elle aux belles heures de la piraterie au 17e siècle.

L'intrigue avance à bon rythme et le lecteur suit avec plaisir la petite fille dans ses aventures aux Antilles. L'auteure délivre ce qu'il faut comme explications sur l'époque historique qu'elle développe pour permettre à de jeunes lecteurs de s'en emparer. Un lexique et une petite postface complètent ce court roman de 90 pages.

Ode à la lecture - Louise déteste lire au début de l'intrigue - La malle aux trésors est un roman divertissant et très agréable à lire qui plaira aux petits lecteurs, et aux pourquoi pas aux non lecteurs ! Je tiens à remercier les éditions La Bourdonnaye pour ce roman reçu en service de presse.

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11 octobre 2015

Susine et le Dorméveil T.2 Dans le monde d'après, Enna et Lefevre

Susine et le Dorméveil TSusine et le Dorméveil est une série d'albums publiés dans la collection Métamorphoses de Soleil. Après un premier tome qui m'avait enchantée, Bruno Enna et Clément Lefèvre reviennent avec un deuxième volet, Dans le Monde d'Après, paru en mai 2014.

La petite Susine habite avec ses parents au 12 rue des cauchemars. Le quotidien de la petite fille n'est pas des plus roses depuis que ses parents ne se parlent plus et la négligent et que sa grand-mère a disparu. Susine décide alors de repartir dans le Dorméveil, ce monde merveilleux qui lui permet d'échapper à son quotidien, pour retrouver les oreilles de ses parents. Car si ses parents ne se parlent plus, c'est bien connu, c'est parce qu'ils ont perdu leurs oreilles et ne peuvent plus s'entendre ! Mais cette fois, la petite fille décide de partir en pleine nuit et la liaison se fait mal : au lieu d'atterrir dans le monde d'avant, plein de joies et de douceurs, c'est dans le monde d'après que la petite fille se retrouve. Un monde sombre où la tristesse et le silence ont remplacé la joie et les rires et où une prophétie la concernant plane.

Fantasque, poétique, onirique, un peu inquiétant parfois, ce second tome est en tout point aussi agréable à lire que le premier. Le lecteur accompagne encore une fois la petite Susine dans son périple imaginaire peuplé de créatures monstrueuses.
Le dessin de Clément Lefèvre est toujours aussi enchanteur et transporte le lecteur dans cet univers merveilleux lumineux et sombre à la fois. Les doubles pages se suivent et ne se ressemblent pas, alternant différentes mises en page pour que le texte et les dessins se répondent en un écho bien poétique. 

Susine - qui ressemble en bien des points à la Alice de Carroll - explore cet univers inquiétant où ses questions restent sans réponse et où l'incompréhension règne, jusqu'au dénouement ! La fantaisie est de mise, au fil des pages, et flirte avec un surréalisme certain. C'est beau, poétique, très agréable à regarder comme à lire. Bref, un album magnifique qui emmène son lecteur bien loin...

Un grand merci aux Éditions  pour la découverte de cet album.

Planche 1 Planche 2

Planche 3

 

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20 juin 2015

Les trois lumières, Claire Keegan

Les trois lumières, Claire KeeganLes trois lumières est un très court roman de la femme de lettres irlandaise Claire Keegan paru en 2011 aux éditions Sabine Wespieser.

Alors que sa mère est sur le point d'accoucher d'un énième enfant, la jeune narratrice est confiée à des parents éloignés, les Kinsella, un couple aimant et sans enfant.  
A leurs côtés, la jeune Pétale, comme l'homme la surnomme, va découvrir un monde bienveillant et chaleureux, où l'amour prend le pas sur les blessures anciennes.

En moins de 90 pages, Claire Keegan offre à son lecteur un roman court et dense à la fois, où chaque mot compte, où les émotions sont là, lisibles entre les lignes, perceptibles au milieu des silences.  
La vie s'étire calmement et paisiblement pour la jeune narratrice qui goûte à un quotidien aimant bien loin de la rudesse de sa vie de famille. Discrète et calme, l'enfant observe le couple qui l'accueille et démêle subtilement les écheveaux de leur douleur sous-jacente. Les deux époux sont taiseux mais hantent les pages de leur présence rassurante. Des forces tranquilles qui apaisent la fillette qui semble trouver sa place dans ce quotidien structuré qui est le leur.  
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Une belle plongée dans la campagne irlandaise au charme suranné. Un roman court, très court, trop peut-être. J'aurais aimé rester plus longtemps aux côtés de ces personnages et écouter leurs silences pour mieux les comprendre. Mais une belle immersion dans cette Irlande que j'aime tant, qui m'a fait repenser avec délice à ma découverte de l'île d'émeraude, il y a bientôt quatre ans.

D'autres avis : Alex, CanelChoco, Clara, Cynthia, Delphine, Kathel, Keisha, LeiloonaLiliba, Lili Galipette, Noukette,  PaulineSandrine, etc.

Un grand merci à celui qui a souhaité m'offrir ce livre, pour mon changement de décennie !

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03 mai 2014

Otto l'accessoiriste, Vincent Zabus et Renaud Collin

Otto l'accessoiriste

Otto l'accessoiriste est un album écrit par Vincent Zabus et mis en images par Renaud Collin, paru en mars 2014 aux éditions Langue au chat.

Le papa de Léo est parti avant sa naissance. Sa maman est décédée et Léo a été placé dans un orphelinat. Depuis, il ne parle plus.
Un jour, Léo décide d'aller explorer une maison dans laquelle vit un vieil inventeur solitaire qui ne sort pratiquement pas de chez lui. Otto, c'est son nom, est en fait l'accessoiriste du pays des contes. C'est lui qui fabrique tous les objets magiques des contes de fées ! A ses côtés, et malgré le peu de mots échangés, ce dernier va beaucoup apprendre.

Otto l'accessoiriste est un très bel album qui aborde avec délicatesse la question du traumatisme de l'enfant. Muré dans son silence, le petit Léo souffre d'une situation qui semble insoluble. Le monde qui l'entoure n'est que souffrances et mocheté et l'avenir est sombre.
Sa rencontre avec Otto va lui permettre de dépasser ce stade mutique grâce à la présence rassurante de ce bonhomme un peu bourru mais d'une gentillesse sans pareille. Et l'univers dans lequel ce dernier entraîne Léo offre au garçonnet un cadre épanouissant malgré les dangers qui règnent.
Les dessins de Renaud Collin complètent à merveille le texte de Vincent Zabus et entraînent le petit lecteur dans un univers riche où les contes de fées sont prétextes à des bricolages farfelus et des dépassements de soi. Chaque double page est un régal pour les yeux et offre au lecteur une jolie façon de s'évader. Une très belle lecture, dès 6 ans.

Merci aux éditions pour l'envoi de cet album dans le cadre de l'Opération Masse critique organisée par Babelio

Planche 1

Planche 2

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13 juin 2012

Mortelle Adèle T.1 et 2, Tan et Miss Prickly

Mortelle Adèle est une série de BD pour enfants de petit format (12x15 cm) dont les deux premiers tomes, Tout ça finira mal et L'enfer, c'est les autres, sont parus en février 2012 chez Tourbillon. Ses créateurs ? Deux jeunes français, Antoine Dole, alias Tan, au scénario, et Isabelle Mandrou, alias Miss Prickly, pour les illustrations. Le troisième tome des aventures d'Adèle sortira le 28 juin en librairie.

                                                      Mortelle Adèle T  Mortelle Adèle T

Adèle est tout sauf un ange : elle déteste tout le monde, adore martyriser son amoureux, traumatiser ses parents avec ses expériences scientifiques et railler ses petits camarades. Précoce, la petite fille n'hésite pas une seconde à faire chanter le Père Noël, essayer d'envoyer son chat sur la lune ou encore tenter de se faire payer par sa maîtresse pour chaque devoir rendu...

Vous l'aurez compris, Adèle est une gamine qu'on préfère découvrir en album qu'avoir à ses côtés ! Son intelligence lui permet dePlanche 1 Mortelle Adèle regarder le monde à travers le prisme de l'enfance teinté de réflexions d'une maturité déconcertante. Pas d'intrigue suivie, dans ces deux albums, mais une série de gags et des tranches de vie humoristiques d'Adèle et de ses proches.
L'humour est noir et grinçant, et j'ai souvent ri aux péripéties de cette petite teigne d'Adèle. Les auteurs réussissent à créer des gags en deux ou trois cases. C'est simple, rapide et efficace. 
L'ironie est maniée avec finesse et le jeune Adèle s'en donne à coeur joie. Pas sûr que les plus jeunes en perçoivent toute la subtilité, mais pour un public adulte ou en mesure de la comprendre, c'est parfait !
Au fond, malgré toutes les méchancetés qu'elle fait subir à son chat ou ses proches, la petite Adèle a un côté attendrissant : le lecteur ne peut que remarquer que son anti-conformisme est dû à sa différence. Trop mature pour les enfants de son âge, Adèle les méprise et se joue de sa candeur enfantine pour désarmer les adultes.
Petit bémol, en revanche, pour le dessin. Le trait, trop minimaliste, manque de singularité. Il colle de façon diamétralement opposée à l'héroïne et oppose à son cynisme un univers enfantin, mais il lui manque un petit quelque chose pour sortir du lot et rester en mémoire. C'est dommage, mais l
'essentiel est ailleurs.
Bref, c'est cynique, très cynique. J'adore ! Allergiques à l'humour noir et grinçant, passez votre chemin et ne croisez pas Adèle !
Merci à Inès et aux Editions siteon0_130x51 pour cette découverte.

Jérôme aussi a découvert cette petite peste...

Et voici ma 43e participation
à la BD du mercredi de
Mango

 

 Et ma 34e au Top BD des blogueurs de Yaneck
(note 15/20)

 Top BD

 

Envie d'en savoir plus ? Rendez-vous sur le site consacré à Adèle !

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18 mars 2012

Enola game, Christel Diehl

Enola GmaChristel Diehl est professeur à l'Université de Nancy. Enola game est son premier roman, paru en février 2012 aux éditions Dialogues. Et pour un premier roman, il a fait couler beaucoup d'encre sur la blogosphère littéraire ! Mais j'ai su rester imperméable aux chroniques des autres blogueuses avant de me plonger dans ce livre... pour mieux l'appréhender !

Une mère et sa fille. Une catastrophe. La grande lumière, pour la petite. Enola game, pour sa mère, en référence à l'avion qui  largua la première Bombe A sur Hiroshima. Comment continuer à vivre quand on ne sait pas ce qui se passe dehors ? Quand les vivres s'amoidrissent au fil des jours ? Que le quotidien se désagrège dans l'attente ?  Que les souvenirs s'estompent ? Et que l'avenir est plus flou à mesure que le temps passe ?

Je n'irai pas par quatre chemins, comme à chaque fois que je suis conquise par une lecture : ce court roman de 118 pages est un texte magnifique, et ce à plusieurs niveaux.
Magnifique tout d'abord par la plume poétique de Christel Diehl. L'auteure choisit ses mots avec soin et chaque phrase possède une prosodie étonnante. Le rythme, la musicalité, les figures de style participent de la beauté de ce texte. Les réferences littéraires sont nombreuses et ponctuent le texte, comme une culture à laquelle s'accroche désespérément la mère.

Magnifique ensuite pour son intrigue qui, si elle se fonde sur une situation post-apocalyptique, possède une originalité déroutante. De cette catastrophe, nous n'en saurons rien, et là n'est pas le propos. Christel Dielh s'attache à la question de la survie dans une situation dramatique. Comment continuer à vivre dignement quand on ne peut plus se laver, quand la nourriture vient à manquer et la folie à poindre son nez ? On ne peut que penser au récit d'Anne Frank, aux opprimés obligés de se cacher, à notre passé. Les résonnances font froid dans le dos mais sont évidentes.
Magnifique, enfin, dans la relation entre les deux personnages, la mère et son enfant. Dans la volonté de la première de protéger la seconde de cet extérieur menaçant dont elle ignore tout. C'est beau, c'est très beau, et dans le même temps on se dit que sans ce personnage enfant, l'adulte n'aurait pas lutté aussi longtemps. C'est dans la protection de son enfant qu'elle trouve la force de continuer à imaginer un avenir, se nourrir de son passé tout en se moquant de la vacuité de certaines de ses réflexions antérieures. Pour continuer à avancer. Sa force, c'est cet enfant de quatre ans à peine, qui a si peu vécu et qui mérite encore que le soleil se lève, que le printemps réapparaisse et que la nature offre à ses yeux un émerveillement renouvelé. Cette histoire, c'est celle de cet espoir nécessaire à la survie.
Une très belle rencontre que ce roman. Pourtant... Pourtant j'ai eu du mal à me plonger dedans. Redoutant une claque. Redoutant une histoire forte que j'aurais du mal à supporter. Mais quand j'ai ouvert le livre etCoup de coeur 2012 que j'ai vu la citation liminaire de Maxence Fermine, (que j'avais notée
dans ma chronique), il y a eu un déclic. Et j'ai lu ce roman d'une traite. Je suis tombée sous le charme de la plume de Christel Diehl. Elle a su m'émouvoir avec ses mots et son intrigue qui a fait résonner des choses en moi au fil des pages. Bref, voici mon quatrième coup de coeur  de l'année 2012. A lire au plus vite ! 
Les avis de Canel, Manu, Clara et Noukette sur cette lecture, histoire de convaincre les indécis.

"Elle quitte toujours à regret le refuge illusoire de son sommeil aux mille cloisons mouvantes." (p.11)

"Les mots courent sur le papier comme une armée d'insectes couturiers, inlassablement occupés à tisser ses souvenirs, à tricoter l'intrigue et à filer les métaphores à la quenouille de ses rêves." (p.57)

Un grand merci à Laure-Anne et aux Editions dialogie pour la découverte de ce fantastique roman.

 

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06 janvier 2012

Boys don't cry, Malorie Blackman

Boys don't cryBoys don't cry est le dernier roman de l'anglaise Malorie Blackman paru en France en octobre 2011 chez Milan.

Dante, dix-sept ans, attend les résultats de ses examens de fin d'études. Son rêve ? Aller en fac. Mais le jour où son ancienne copine débarque chez lui avec un bébé dans les bras, son destin bascule. Celle-ci lui laisse la petite Emma, sa fille, et file sans lui laisser le choix. Dante se retrouve alors père, à dix-sept ans, d'une enfant d'un an. Comment gérer une paternité non désirée ? Comment apprendre, lorsqu'on vit avec son père et son frère, à s'occuper d'un enfant ? Et quel avenir, pour le jeune adolescent et sa fille ?

Attention, je le dis dès le début de mon billet, ce roman a été uCoup de coeur 2012n énorme coup de coeur ! Je sais, 2012 commence sur les chapeaux de roues car j'en suis déjà à mon deuxième coup de coeur de l'année, mais je ne peux pas laisser passer une telle lecture sans mettre l'accent dessus (et pour ma défense, je peux passer des mois sans avoir de lecture qui me ravit...)

Boys don't cry aborde avec finesse des thèmes sensibles proches des préoccupations adolescentes. Avoir un enfant à dix-sept ans, réfléchir à son orientation sexuelle (pour un des personnages secondaires) ou perdre un parent sont autant de sujets délicats à traiter en littérature de jeunesse en évitant le pathos. Malorie Blackman s'en sort haut la main, proposant avec ce roman un récit puissant à la tonalité dramatique indéniable.
L'alternance de points de vue entre le personnage principal, Dante, et son frère, Adam, offre une intrigue riche qui ne se cantonne pas à la question de la paternité. Adam, le frère de Dante, assume en effet son homosexualité malgré l'intolérance et les violences auxquelles il est confronté, offrant ainsi une réflexion sur cette question éloignée de celles que l'on peut rencontrer dans la littérature de jeunesse actuelle. 
L'originalité de ce roman réside dans la façon dont l'auteure aborde le fait de devenir parent à l'adolescence. Il n'est pas courant, en littérature en général, en littérature de jeunesse en particulier, que ce soit un garçon qui soit confronté à ce problème. L'auteure va plus loin avec cette idée en faisant apparaître la petite Emma dans un univers exclusivement masculin. Dante vit seul avec son père et son frère. A lui de s'approprier sa paternité soudaine avec l'aide de ses proches. L'auteure met à  bas tous les clichés du père absent et désintéressé et nous offre une galerie de personnages à la psychologie finement esquissée.

J'ai été conquise par la capacité de Malorie Blackman à faire une narration à la première personne avec des personnages adolescents sans démagogie ni langage jeune ridicule. C'est difficile, en tant que romancier adulte, de se mettre dans la peau d'un ado. Et elle y parvient avec succès ! Cette première découverte de son oeuvre se solde par un gros coup de coeur. Moi qui n'ai pas encore lu Entre chien et loup et ses suites, cela ne saurait tarder...

Lecture pro
Encore une lecture professionnelle qui me ravit ! J'ai ri, j'ai pleuré, j'ai été émue... Bref, je ne peux que chaudement vous recommander la lecture de ce roman.

Et voici ma quatrième participation au Mois anglais de Lou, Cryssilda et Titine (et oui, Malorie Blackman est anglaise... moi aussi je croyais qu'elle était américaine !)

 

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L'avis de Livrons-nous, qui avait adoré aussi.

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16 septembre 2011

A l'enfant que je n'aurai pas, Linda Lê

9782841115631Les Affranchis est une nouvelle collection des éditions NiL conçue et dirigée par Claire Debru. En voici la ligne éditoriale :

"Quand tout a été dit sans qu'il soit possible de tourner la page, écrire à l'autre devient la seule issue. Mais passer à l'acte est risqué. Ainsi, après avoir rédigé sa Lettre au père, Kafka avait préféré la ranger dans un tiroir. Écrire une lettre, une seule, c'est s'offrir le point final, s'affranchir d'une vieille histoire. La collection « Les Affranchis » fait donc cette demande à ses auteurs : « Écrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite. »"

A l'enfant que je n'aurai pas est un texte dans lequel Linda Lê s'adresse de façon intime à cet enfant qui n'existe pas, celui qu'elle a décidé de ne pas avoir. Par ce choix difficile - celui de ne pas donner la vie, de ne pas être mère - Linda Lê s'affranchit des conventions sociales bien ancrées dans notre inconscient collectif. Ne pas avoir d'enfant peut-être un choix, et non pas une résignation, et être bien vécu.
C'est donc dans cette lettre à cet enfant imaginaire que Linda Lê défend son choix de vie, son refus de devenir l'image même de la femme nécessairement mère. Sans pour autant renier sa féminité. Sans pour autant renier ce qu'elle est, et ce qu'elle sera.
Cet exercice de style intime s'il en est est une merveille d'écriture. Linda Lê nous livre dans une plume imagée et poétique une partie de son passé, décortique et donne à voir ce qu'ont été son enfance et son rapport à sa mère et à la maternité. Un texte poignant, engagé, intime et vibrant. A lire d'un souffle, d'une traite, sans respirer !

Je remercie libfly et les Editions Nil  pour ce livre reçu en avant-première.
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24 février 2011

Les étranges talents de Flavia de Luce, Alan Bradley

les_etranges_talents_de_flavia_de_luceLes Étranges talents de Flavia de Luce est le premier roman de l'écrivain septuagénaire canadien Alan Bradley.

Angleterre, été 1950. Dans le manoir familial des de Luce, Flavia et ses deux sœurs s'ennuient. Leur père, distant, est plongé dans sa collection de timbres, négligeant ses filles depuis le décès de leur mère.
Le jour où Flavia découvre un oiseau mort avec un timbre planté dans le bec et un cadavre dans le potager familial,
la fillette émerge de la douce torpeur de ses journées et décide de mener l'enquête, seule.

J'ai été très curieuse de découvrir ce roman qui a fait beaucoup de bruit sur la blogosphère, il y a quelques mois. L'ayant à lire dans le cadre de mon travail, j'ai fait d'une pierre deux coups.
Si j'ai apprécié l'ambiance générale de ce roman - l'Angleterre, les années 1950, la paisible tranquillité de la campagne -  je n'ai pas du tout été conquise par celui-ci (troisième billet successif de lectures qui ne m'enchantent pas...)
L'ambiance surannée du manoir familial et des années cinquante offre à ce roman un cadre agréable au charme singulier peu original mais appréciable. La solitude du personnage de Flavia est compensée par son attrait pour la chimie, et si peu d'adolescents actuels se reconnaîtront dans cette héroïne, beaucoup peuvent apprécier l'aspect ludique de cette science et les possibilités qu'elle permet.
Malheureusement, l'intrigue est lente et parfois prévisible et des invraisemblances trop nombreuses ponctuent le récit (notamment sur la probabilité qu'une enfant de onze ans réussisse là où des enquêteurs chevronnés échouent...) Je suis allée au bout de cette lecture uniquement car je prenais le train et que je l'ai lue d'une traite. Je ne suis pas sûre que ça aurait été le cas sans ce voyage...
Je remercie néanmoins C. et J. qui m'ont offert ce roman pour Noël, suivant scrupuleusement la liste que je leur avais donnée pour les aiguiller ! 

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