Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

25 septembre 2016

Sauveur & Fils saison 1, Marie-Aude Murail

Sauveur & Fils saison 1, Marie-Aude MurailSauveur & Fils saison 1 est un roman de Marie-Aude Murail paru en avril à L'Ecole des Loisirs. 

Sauveur Saint-Yves est psychologue clinicien. Le quotidien de ce bel homme d'1m90 se partage entre ses consultations et la vie avec son fils, Lazare, huit ans, qu'il élève seul depuis le décès de sa femme. Du travail, il en a ! Et s'il lui a fallu au début faire face à des a priori racistes - Sauveur est d'origine martiniquaise - aujourd'hui, sa clientèle est bien établie et le jeune père célibataire se débat pour aider ses jeunes patients. Entre Ella qui préférerait être née garçon, Margaux qui s'auto-mutile, Cyrille qui à neuf ans fait encore pipi au lit, Lucille, Marion et Elodie, trois soeurs qui vivent mal la séparation de leurs parents et le départ de leur mère pour une autre femme ou encore Gabin, élevé seul par une mère dépressive, Sauveur ne voit pas ses journées passer. Au risque d'oublier de discuter avec son petit garçon et de penser un peu à lui...

Ces derniers temps, mes lectures me ravissent... Et celle-là remporte haut la main le prix de la lecture la plus enthousiasmante de la rentrée ! Je vous vois venir, ceux qui me connaissent bien : ce n'est pas uniquement parce qu'il y a un cochon d'inde sur la couverture ! Non, Sauveur & Fils est une petite pépite dont chaque page est un bonbon d'optimisme à savourer.

Les thèmes abordés sont nombreux et le sont avec la délicatesse que l'on connaît à Marie-Aude Murail. L'intrigue balaye un large spectre de problématiques adolescentes par l'intermédiaire des patients de Sauveur. La relation père-fils est également abordée en finesse et pudeur, par le duo que forment Sauveur et Lazare, mais aussi grâce à Gabin, cet adolescent accro aux jeux en réseau que Sauveur héberge un temps. Les personnages sont touchants, attachants, chacun avec ses failles et sa vulnérabilité - même Sauveur ! - et ce petit univers centré autour de ce psychologue paternel d'évoluer.

Le deuil, enfin, et la perte d'un être cher, sont abordés en filigrane tout le long de l'intrigue, tandis que père et fils se débrouillent dans un quotidien exclusivement masculin, à coup de lasagnes surgelées et de blagues absurdes. L'humour est présent, malgré le sujet parfois grave et le quotidien de Sainte-Yves est ponctué de ses consultations que son petit Lazare épie et interprète du haut de ses huit ans.

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman de Marie-Aude Murail et maintenant c'est bien simple : j'attends la suite avec impatience, tant j'ai envie de savoir ce qui va leur arriver. Encore un beau coup de coeur à noter pour cette rentrée ! Un roman à mettre entre les petites mains mais aussi les grandes. Un très beau moment de lecture et d'humanité.

Les avis enthousiastes de Bladelor, Cathulu, Cuné, Jérôme, Noukette, Gaëlle, Nadège, Pépita, Thalie, Za, etc. Merci à Coline et aux éditions L'Ecole des Loisirs pour cette découverte.

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14 avril 2016

Les filles oubliées, Sara Blaedel

Les filles oubliéesLes filles oubliées est un thriller de la danoise Sara Blaedel paru en novembre 2015 aux éditions Terra Nova.

Le corps sans vie d'une jeune femme est découvert dans une forêt au Danemark.  Malgré l'énorme cicatrice qui barre son visage, l'appel à témoins reste sans réponse et son identité demeure un mystère. Mais très vite, une vieille femme se souvient de la victime : enfant, elle était internée dans un hôpital psychiatrique, avec sa soeur jumelle, abandonnée par ses parents. Le plus étrange est qu'elles avaient été déclarées mortes... Pour Louise, chargée de l'enquête, les questions sans réponse sont nombreuses.

Cela faisait très longtemps que je n'avais pas lu de thriller et j'ai succombé à l'appel de ce dernier, appâtée par la localisation de l'intrigue (j'adore le Danemark !). Mais très rapidement, je me suis rendu compte que ce n'est pas un hasard si je délaisse ce genre de livre : loin de me détendre, ils me crispent au plus au point. Lire des descriptions de violences ne me permet pas réellement de m'éloigner de mon quotidien et de m'évader. Quand en plus les violences sont envers des femmes, l'identification est certaine et le malaise grandit.

J'ai été très mal à l'aise tout au long de ma lecture, horrifiée, parfois, par le mal et toutes les formes qu'il emprunte. Je ne remets en aucun cas en cause le travail d'écrivain de Sara Blaedel ni son intrigue - savamment construite - mais je pense que je ne suis plus du tout le lectorat visé par les thrillers.

Pour les amateurs du genre, sachez que Les filles oubliées est un très bon thriller qui vous fera frissonner juste ce qu'il faut (moi je ne compte pas, vous savez à quel point je suis petite nature !). L'enquête avance à bon pas, les rebondissements sont nombreux et le duo d'enquêteurs - quoiqu'un peu caricatural et prévisible - fonctionne bien. Le dénouement final est glauque à souhait et offre à l'intrigue une dimension intéressante. Pour ma part, j'ai été pressée de terminer ces pages mais d'autres les refermeront à regret, sans aucun doute...

Un grand merci à Camille de LP Langage&Projet et les éditions Terra Nova pour l'envoi de ce roman.

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23 septembre 2015

Elle s'appelait Tomoji, Taniguchi

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Elle s'appelait Tomoji est le dernier album de Jiro Taniguchi paru en janvier cette année chez Rue de Sèvres.  

Tomoji Uchida grandit dans le Japon rural des années 1920 avant de devenir, des années après, la créatrice du temple bouddhidste Shôjushin. Taniguchi, aidé d'une scénariste, retrace le parcours de cette femme lumineuse et charismatique, de son enfance à son entrée dans l'âge adulte. 

Pour la deuxième mise en scène d'un personnage féminin dans un de ses albums, Taniguchi a choisi de raconter l'histoire de Tomoji Uchida, en se centrant plus particulièrement sur sa construction identitaire. Tout en délicatesse et en poésie, comme à son ordinaire, Taniguchi dépeint le quotidien de la jeune fille dans le Japon rural des années 20. Un soin tout particulier est apporté aux paysages et aux scènes de la vie quotidienne, faisant de certaines planches de véritables tableaux à contempler.

Malgré la beauté et la poésie qui se dégagent de cette tranche de vie, de ces petits riens qui font le quotidien et qui marquent le temps qui passe, c'est la première fois qu'un album de Taniguchi ne me transporte pas complètement. Je suis restée relativement de marbre face au récit de la vie Tomoji et ce dernier a suscité peu d'émotions de ma part. J'ai beaucoup de mal à expliquer pourquoi car tout est fait pour me plaire, mais la magie n'a pas opéré. Moi qui avais adoré Quartier lointain, L'homme qui marche, Le journal de mon père, Le Gourmet solitaireLes Gardiens du Louvre, j'ai refermé cet album déçue de cette rencontre en demi-teinte.

D'autres lecteurs de cet album : Noukette, Mo', JacquesMarion, etc.

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C'était ma BD de la semaine, aujourd'hui chez Jacques

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Et zou ! Une nouvelle participation au Reading Challenge 2015 ! 

40. Une BD / un roman graphique

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09 septembre 2015

Le jardin de Minuit, Edith

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Le Jardin de Minuit est un album signé Edith et paru fin mai dans la collection Noctambule de chez Soleil. Il s'inspire librement du roman de la britannique Philippa Pearce Tom et le Jardin de Minuit paru en 1958 et qui reçut la Médaille Carnegie cette même année.

Angleterre, XXe siècle. Tom est envoyé en vacances chez son oncle et sa tante. L'été s'annonce des plus ennuyeux pour le jeune garçon, seul enfant dans cette maison. Mais une nuit, Tom entend la pendule sonner treize coup et, piqué de curiosité, décide d'aller voir l'heure qu'elle affiche. Quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il découvre derrière la porte du fond, un jardin immense et merveilleux. Intrigué, le jeune garçon le visite et y rencontre d'autres enfants, qui ne peuvent malheureusement pas le voir. Mais une fois le matin arrivé, le jardin a disparu et laisse place à une cours triste et sans végétation. Heureusement pour Tom, chaque nuit lui offre la possibilité de s'évader dans ce jardin merveilleux...

Classique de la littérature de jeunesse anglaise, Tom et le Jardin de Minuit fait partie de ces oeuvres oniriques et envoûtantes pour son lecteur. Décider de s'y frotter et de l'adapter en album est un pari audacieux dans lequel Edith s'est lancée. Beaucoup a été dit de cette adaptation en album, et si certains ont été déçus, bercés durant leur enfance par le roman originel, pour ma part il n'en est rien, pour la simple et bonne raison que je ne connaissais que de nom le roman de Philippa Paerce et ai donc découvert avec cet album cette intrigue merveilleuse. Je ne parlerai donc pas de l'intrigue - dans la mesure où je n'ai pas le recul nécessaire pour évaluer l'adaptation d'Edith par rapport à l'oeuvre dont elle s'inspire - mais me centrerai davantage sur les dessins et l'ambiance.

Edith - dont je découvre le travail avec cet album - offre à l'intrigue un rendu visuel un brin suranné qui colle parfaitement l'époque de l'intrigue. Les couleurs sont douces, tirant vers le jaune et le vert, et rendent hommage au jardin merveilleux que Tom visite chaque nuit. Les univers sont clairement identifiables par les tonalités utilisées, claires et chatoyantes la nuit, lorsque le garçonnet découvre le jardin et foncées et sombres la journée, lorsqu'il est en compagnie de son oncle et sa tante et que sa journée est rythmée par l'ennui. L'ensemble est particulièrement agréable à l'oeil et répond à l'intrigue en lui offrant une dimension des plus intéressantes.

Les personnages possèdent un petit quelque chose d'enfantin dans leur faciès, peut-être à cause de leurs nez un peu rougis et leurs visages ronds et semblent faire rappeler que l'enfance et ses rêves sont au centre de cette intrigue.

Pour ma part, Le Jardin de Minuit fut une très belle lecture. J'ai adoré me faufiler aux côtés de Tom et découvrir chaque nuit avec lui un jardin enchanteur. Et, cela n'a rien d'étonnant, j'ai très envie de découvrir le texte de Philippa Pearce maintenant !

Je tiens à remercier Mélanie et les éditions Soleil pour cette découverte.

D'autres avis sur cet album : Mo', JérômeNouketteHervéJacquesLivresse, Sandrine, Yaneck et  Faelys.

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C'est ma BD de la semaine, aujourd'hui chez Stephie.

 

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24 mai 2015

Nymphéas noirs, Michel Bussi

Nymph_as_noirsNymphéas noirs est un roman de l'auteur, professeur de géographie et chercheur au CNRS Michel Bussi paru en 2011 aux Presses de la Cité. 

Giverny, son moulin, ses ruelles aux couleurs chatoyantes, ses jardins de Monet avec leurs célèbres nymphéas. Tout y est paisible et la vie suit son cours, au rythme des hordes de touristes qui se déversent chaque jour pour visiter les lieux et marcher dans les pas du maître, chevalet et peintures à la main.   
Mais ça serait sans compter ce cadavre, dans le ruisseau, le crâne écrasé. Et ces trois femmes, dont on sait d'avance le destin scellé. Trois femmes singulières. Mais que se passe-t-il vraiment à Giverny ?

J'ai découvert il y a quelques temps Michel Bussi avec le roman N'oublier jamais. J'avais été happée par ce polar et agréablement surprise par son dénouement. J'ai voulu retenter l'expérience avec ce roman, demandé par une de mes élèves pour le lycée (et parce que Giverny et Monet sont singulièrement plus présents dans ma vie ces derniers temps).

Dès les premières pages, Michel Bussi plante son décor, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il le fait d'une main de maître. C'est même le point fort de ce roman : cette peinture de Giverny qui se déroule sous les yeux du lecteur. Tel un peintre, il dresse en quelques mots un portrait du village et c'est avec ravissement que le lecteur voit naître Giverny sous ses yeux. Les descriptions sont imagées et colorées et permettent de remarquablement se représenter le théâtre des macabres événements à venir.

Véritable architecte du suspense, Michel Bussi tisse la toile de son intrigue et emmêle son lecteur dans son filet dès le prologue, présentant trois personnages, trois femmes, et annonçant la mort de deux d'entre elles. Tel un marionnettiste un peu cruel, il joue avec ses personnages, et par là même, avec son lecteur qui se voit pris dans ses filets et obscurci par une intrigue très simple en apparence. Trop simple, évidemment.

Si la plume de Michel Bussi n'a rien de particulièrement remarquable, elle n'en demeure pas moins efficace. La peinture est omniprésente dans l'intrigue, par le biais de peintres, d'amateurs d'art ou encore de Monet, dont l'ombre plane sur le village. 

Nymphéas noirs est un roman policier agréable à lire, à l'intrigue bien construite et au décor enchanteur. Rajoutez à cela que l'inspecteur dépêché sur la scène de crime est un toulousain qui n'a pas froid aux yeux, et vous aurez compris que ce roman a assouvi mes attentes et m'a donné une envie : celle de découvrir Giverny !

D'autres lecteurs : Aifelle, Alex-mot-à-mots, Canel, CottageMyrtille, Sandrine, Yuko, etc.

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17 janvier 2015

Le Livre de Perle, Timothée de Fombelle

Le livre de PerleLe Livre de Perle est le dernier roman de l'écrivain et dramaturge français Timothée de Fombelle paru en novembre 2014 chez Gallimard et couronné de la Pépite Roman Ado Européen au dernier Salon du Livre de Montreuil.

Trois vies tissées, trois destins liés comme trois fils emberlificotés. Celui d'un jeune garçon de quatorze ans, passionné de photo qui, lors d'une fugue, rencontre un vieil homme dans une cabane au milieu des bois. L'histoire, ensuite, de cet homme, Joshua Perle, de son silence et de sa solitude, du mystère qui entoure les étranges valises amoncelées dans sa cabane, témoins de sa vie de roi d'un conte de fées chassé de son royaume par un frère tyrannique et condamné à l'exil. Le destin, enfin, d'Olia, la fée dont il est éperdument amoureux, et qui a renoncé à ses pouvoirs pour le suivre dans notre monde.

Parler de ce livre n'est pas aisé. Je viens juste de le terminer, et pour une fois, j'ai envie vous en parler tout de suite. J'en ressors ébranlée par tant de beauté et de poésie. C'est dire...
Timothée de Fombelle signe ici un bijou. Et je pèse mes mots. Un bijou tant dans sa forme que dans son contenu. Car si mon résumé peine à rendre hommage à son intrigue, il serait dommage de passer à côté de ce roman qui dérive vers le conte de fées sous prétexte que c'est un sujet commun. Je vous l'affirme haut et fort : Le Livre de Perle ne ressemble à rien de ce que vous avez pu lire auparavant.
Dès la première page, ce roman vous entraîne dans la vie tourmentée de Joshua Perle. Sa vie dans notre monde, dans la boutique de guimauves de ses parents adoptifs avant la guerre et son entrée dans la Résistance, mais aussi sa vie dans son monde, où il se nomme Ilian, prince déchu d'un royaume pris dans la tourmente. Son amour impossible avec la fée Olia, qui le conduit à sa perte, est le lien entre ses deux destins, ses deux vies tremblantes et fragiles dans les deux mondes.

Ancien prof de lettres, Timothée de Fombelle manie les mots tel un magicien et offre à son roman une poésie enchanteresse à laquelle il est difficile de se soustraire. Ses phrases coulent, lumineuses et vibrantes, rythmées et chantantes, et portent l'intrigue de façon remarquable.
Le roman possède une construction savamment étudiée qui entraîne le lecteur dans la vie de ces trois personnages, entre ces deux mondes, à travers les époques. La narration change de point de vue, tantôt à la première personne, tantôt à la troisième. Et le lecteur de se demander qui est derrière l'ensemble...Coup de coeur
Difficile d'en dire plus si ce n'est que je comprends, enfin et après tout le monde, pourquoi Timothée de Fombelle est reconnu pour être un des auteurs pour la jeunesse les plus talentueux de sa génération. Je n'ai qu'une envie : découvrir son oeuvre au plus vite... Et je sors tellement bouleversée par cette très belle lecture que je me refrotte à l'idée de coups de coeur. Comme quoi...

"L'imaginaire de chacun est pour moi unique et impossible à dupliquer. Une réserve, un sanctuaire intime. Dans chacune de nos têtes, des bestioles étranges, un herbier et de petits peuples, mais je ne suppportais pas les fées ou les farfadets qui se promenaient d'une tête à l'autre comme des poux. Pourquoi se laisser imposer des créatures inventées par d'autres ?
Mais les histoires nous font changer. Et certaines rencontres nous retournent sur le dos comme des tortues. Elles nous obligent à nous laisser faire.
" (p.260)

"Les histoires nous inventent." (p.285)

L'avis de Faelys et de Jérome sur ce roman.

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29 octobre 2014

Contrecoups, Nathan Filer

Contrecoups, Nathan FilerContrecoups est le premier roman du britannique Nathan Filer paru en août pour la rentrée littéraire aux Éditions Michel Lafon. Lauréat du Prix Costa qui récompense le meilleur livre de l'année en Grande-Bretagne, Contrecoups est directement inspiré de l'expérience en hôpital psychiatrique de Nathan Filer durant dix ans, en qualité d'infirmier. 

Matthew, dix-neuf ans, est hanté par la mort de son frère, Simon, survenue dix ans auparavant. N'ayant jamais pu dépasser la culpabilité qui le hante, Matthew souffre désormais de schizophrénie et se débat avec cette maladie.
Pour exorciser celle qu'il compare à un serpent, Matthew s'exprime à travers des écrits, des dessins. Pour raconter son passé, cette nuit terrible où tout a basculé, l'après. Après la mort de Simon. Après ce vide laissé derrière lui et qui a ouvert la voie au chagrin de ses parents. Ce moment où il a perdu pied, à l'adolescence. Et puis son quotidien, en centre de jour, dans un hôpital psychiatrique. Matthew nous raconte son histoire, sans faux-semblant ni hypocrisie.

Voilà un des premiers romans noté lors de mon repérage de rentrée littéraire et que j'avais hâte de découvrir. Je pressentais une grande émotion lors de cette lecture, une narration à la première personne qui allait me prendre à la gorge et m'entraîner dans un tourbillon intime dont je ne ressortirais pas indemne, un roman que je ne pourrais lâcher tant le sujet, dur, allait me hanter et me tenir en haleine jusqu'à la dernière page.
Mais non. Rien de rien. Je suis restée complètement de marbre face à cette histoire pourtant intéressante et accrocheuse et j'ai tourné les pages avec une lassitude grandissante, étonnée de ne pas être touchée par cette intrigue.
Matthew ne m'a pas émue avec son drame familial et sa lente plongée dans la maladie, ni l'histoire de son frère trisomique, et sa mort aussi bête que tragique. Malgré une narration en je, l'ensemble est froid, distancié et n'a fait naître aucune émotion en moi. Je n'ai pas été mal à l'aise à l'évocation cynique par Matthew de son quotidien en hôpital psy, ni n'ai éprouvé une quelconque tristesse lors de la description de son mal-être après le décès de son frère. Rien. 
Alors certes, allez-vous me rétorquer, ce n'est pas parce que je ne pleure pas toutes les larmes de mon corps en lisant ce roman qu'il n'est pas bon. Soit. Mais pour ma part je suis restée spectatrice passive de ce drame, pas concernée une seconde par ces personnages si peu consistants. Même Matthew, protagoniste principal, demeure un personnage flou auquel il est difficile de s'attacher. Le fait qu'il prenne en charge la narration ne permet pas d'objectivité quant à sa personnalité mais le tout semble se résumer à sa schizophrénie et à son travail de deuil. Le traitement même de la maladie est rapide - puisque pris en charge par celui qui en souffre - et n'offre pas de point de vue intéressant sur la question.

Bref. Si le roman possède une originalité dans son traitement à la première personne, la magie n'a pas opéré pour moi. Une première lecture de cette rentrée littéraire à côté de laquelle je suis complètement passée, c'est indéniable.
D'autres avis, beaucoup plus enthousiastes : Azilis, Cajou, Dup et Radicale ne sont pas sorties indemnes de cette lecture.

Je tiens néanmoins à remercier les éditions  et  pour ce roman reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique.

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21 janvier 2014

Des contes dans mon assiette, Madeleine Deny

Des contes dans mon assietteDes Contes dans mon assiette est un coffret composé d'un livre de recettes accompagné de trois emporte-pièces, paru aux éditions Tourbillon en juin 2013.

Avouez-le : n'avez-vous jamais rêvé devant les douceurs évoquées dans les contes de votre enfance ? Devant le gâteau que confectionne Peau d'Ane pour son prince, les scones que déguste Alice lors de sa rencontre avec le Chapelier ou encore la galette du Petit Chaperon rouge... Grâce à ce coffret, vous allez pouvoir vous replonger dans ces contes et réaliser facilement leurs recettes.

Comment résister à un tel coffret ? De mon côté, la tentation a été grande, même si j'ai pleinement conscience de ne pas faire véritablement partie du lectorat visé (hum hum...)
Disons que j'ai adoré découvrir ce coffret, parcourir les extraits de contes qui fragmentent l'album et tester certaines recettes et que je me suis sentie investie d'une mission d'adulte testeuse. Verdict ? J'ai été conquise et j'aurais adoré avoir ce livre de recettes il y a vingt ans. Oui, dit comme ça, ça fait vieux, mais que voulez-vous, je vais arrêter de nier que j'ai vingt ans et de très grosses poussières maintenant !
Pour les enfants, à qui s'adresse ce coffret, ce petit album coloré a tout pour plaire : un sommaire classé par contes, des précautions d'usage avant de commencer (comme laisser la cuisine propre et rangée après l'avoir utilisée... si si, c'est écrit !), des recettes claires et bien expliquées, le tout illustré par des photos très alléchantes et oniriques. De quoi permettre aux cuistots en herbe de concocter de beaux et bons petits plats aux grands ! 
Des contes dans mon assiette, ou comment prolonger le rêve des récits de l'enfance en passant en cuisine...

Un grand merci aux éditions pour cette découverte qui m'a, une fois encore, enchantée. J'inscris cette lecture dans le Challenge Des contes à rendre de Coccinelle.

Les gâteaux arc-en-ciel de Peau d'Ane Les muffins à la citrouille de Cendrillon

Les tartines-édredons de la Princesse au petit pois

Pour vous tenter une bonne fois pour toutes, voici ma recette fétiche, réellement délicieuse.


Les scones d'Alice, ou un goûter dément Les mini-scones du thé d'Alice

Ingrédients (pour une douzaine de scones)

  • 2 verres de farine (= 240g)
  • 1 paquet de levure chimique
  • 1 cuillère à soupe de sucre
  • 1 pincée de sel
  • 50g de beurre
  • 1 oeuf
  • 1 cuillère à soupe de lait

Préchauffe le four à 210° (thermostat 7)

  1. Dans un saladier, verse la farine, la levure, le sucre et le sel.
  2. Ajoute le beurre coupé en petits morceaux et écrase-le entre tes doigts tout en le mélangeant à la préparation, jusqu'à obtenir une pâte qui ressemble à du sable.
  3. Ajoute l'oeuf et le lait pour obtenir une pâte souple.
  4. Aplatis la pâte à la main sur une planche farinée, puis au rouleau à pâtisserie, sur une épaisseur de 2cm.
  5. Découpe des ronds à l'aide d'un verre et dépose-les sur la plaque du four recouverte de papier sulfurisé.
  6. Enfourne pour 15mn de cuisson.

On comprend mieux pourquoi Alice prend le thé avec le Chapelier...  Des scones, toujours des scones...

Alors, séduits ? Affamés ?

 

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01 décembre 2013

Esprit d'hiver, Laura Kasischke

Esprit d'hiverEsprit d'hiver est le dernier roman de l'écrivaine et poétesse américaine Laura Kasischke paru en août 2013 chez Christian Bourgois.

25 décembre. Holly et son mari Eric n'ont pas entendu leur réveil et se sont levés tard. Tatiana, leur fille adoptive de quinze ans, leur en veut. Tandis qu'Eric part chercher ses parents à l'aéroport, Holly prépare le repas de Noël et s'apprête à recevoir ses convives. Mais l'attitude agressive de Tatiana, d'ordinaire enjouée et aimante, l'inquiète. Et la tempête de neige qui paralyse la ville laisse les deux femmes en tête à tête. La tension monte.

Esprit d'hiver est un roman singulier, c'est indéniable, et dont la lecture m'a déroutée. Laura Kasischke signe ici une oeuvre à la construction soignée et au dénouement glaçant mais dont il m'est néanmoins difficile de parler tant je suis partagée quant à mon ressenti.
L'intrigue se met en place doucement, sur fond d'un huis-clos angoissant. La neige paralyse tout et dépose sur l'intrigue un voile empesé qui semble figer le temps. 
Mais si le suspense croît graduellement au diapason de la tension due au comportement de Tatiana, le roman se perd malheureusement en cours de route et le lecteur s'égare dans les souvenirs de Holly. La narration piétine entre passé et présent, entre l'adoption de Tatiana en Sibérie il y a treize ans et le malaise de ce jour de Noël étrange. 
Au final, peu d'événements ponctuent cette journée et j'ai eu l'impression de relire plusieurs fois les mêmes souvenirs de Holly. Comme si le temps s'était réellement figé et qu'elle était perdue dans son passé. Et si l'idée de redite est intéressante, j'ai trouvé la mise en forme assez lourde et un sentiment de lassitude m'a envahie lors de ma lecture. 
La galerie de personnages est assez restreinte puisque la narration se centre sur Holly et c'est par son intermédiaire que le lecteur grapille de maigres informations sur les personnages qui gravitent autour d'elle. Holly domine le roman et les autres protagonistes sont relégués à l'arrière-plan, complètement éclipsés par cette femme perdue dans ses pensées et envahie par un malaise. Si sa psychologie est bien esquissée, il n'en demeure pas moins qu'un sentiment de frustration émerge rapidement au fil des pages. Des questions restent en suspens et le lecteur doit se contenter d'un portrait partiel et biaisé d'une femme complexe.
Un huis-clos glaçant, une fois le dénouement révélé, aux qualités littéraires indéniables, mais qui n'a pas su me séduire véritablement. C'est bien dommage.
D'autres avis : Canel, Clara, Cunéipage, Cynthia, Eimelle, Jérôme, Liliba, Lystig, Nelfe et SvCath.

 Je tiens à remercier Oliver et Priceminister pour ce livre reçu dans le cadre des Matchs de la Rentrée littéraire 2013.

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30 octobre 2013

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill, Jean Regnaud et Emile Bravo

Ma Maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill est un album signé Jean Regnaud pour le scénario et Émile Bravo pour le dessin, paru en 2007 chez Gallimard Jeunesse et qui s'est vu décerner le prix Les Essentiels d'Angoulême en 2008.

Premier jour à la grande école pour Jean. L'occasion de se faire de nouveaux copains et de s'amuser dans la cour. Mais lorsque la maîtresse demande à chacun de se présenter et d'énoncer la profession de ses parents, le petit garçon angoisse. Car s'il sait pour son père - ce dernier est chef d'entreprise et travaille beaucoup - Jean ne sait pas où est sa mère. Cela fait si longtemps qu'il ne l'a pas vu... Le jour où il reçoit d'elle une carte postale lui annonçant qu'elle est en Amérique, le petit garçon est fou de joie.

Aucun doute possible : cet album est une pépite à découvrir sans attendre. Jean Regnaud aborde avec délicatesse un sujet délicat - celui de la mort d'un parent - et le traite en adoptant le point de vue de Jean, le narrateur. Alors que le lecteur adulte pressent dès les premières pages le funeste de la situation, l'album poursuit son décalage au fil des pages. Les mots de Jean résonnent innocemment et s'enthousiasment d'une situation que le garçonnet n'est pas en mesure de comprendre.
Les dessins d’Émile Bravo oscillent entre adéquation avec ce que le jeune héros croit - on voit ainsi la maman de Jean au Far West - et la triste réalité de la chose. C'est dans ce décalage que réside la force de cet album.

Planche 1, Ma maman est en Amérique

Mais une question demeure : quel est vraiment le lectorat visé par cet album ? Publié dans une collection jeunesse et clairement destiné à ce public, il peut dérouter les plus jeunes par le décalage énoncé plus haut. Parfaitement compréhensible par un lectorat plus âgé, il peut être délaissé à cause de ses dessins ou de sa collection. Ce qui est regrettable. 
Bref, quel que soit votre âge, lisez cette petite merveille. De mon côté, je m'interroge encore. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour découvrir un tel album ? Encore un grand mystère de ma vie...

D'autres avis : Antigone, Bouma, Mo', NouketteSylire, Yvan, etc.

Voilà ma 59e participation à la organisée par Mango et ma 48e au Top BD des blogueurs de Yaneck (18/20).

Top BD

de Mango et ma 47e au  Top BD des bloggueurs organisé par Yaneck (15/20). - See more at: http://bouquinbourg.canalblog.com/archives/bd_et_romans_graphiques/index.html#sthash.cGYx7mhY.dpuf

Et parce que l'album a été adapté au cinéma et est sorti sur les écrans le 23 octobre 2013, je vous propose d'en découvrir la bande-annonce (au moins pour écouter le timbre suave de Marc Lavoine...)

     

 

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