Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

01 juillet 2017

Une saison à la petite boulangerie, Jenny Colgan

Une-saison-a-la-petite-boulangerieUne saison à la petite boulangerie est un roman de l'écossaise Jenny Colgan paru en 2016 aux éditions Prisma. C'est la suite de La petite boulangerie du bout du monde.

Polly coule toujours des jours heureux à Mount Polbearne, en Cornouailles, avec Huckle, son amoureux et Neil, son macareux, dans le phare qu'ils ont acheté. Elle prépare chaque jour avec amour du pain dans sa petite boulangerie. Mais le jour où sa propriétaire décède et que le neveu de celle-ci reprend la direction de la boutique, tout s'effondre pour Polly. Ce dernier veut rogner sur les coûts de revient et proposer des produits de piètre qualité, sous vide. Polly est désemparée. A cela s'ajoutent des problèmes financiers et la perspective qu'Huckle retourne aux Etats-Unis pour subvenir à leurs besoins...

L'été dernier, j'avais passé un moment délicieux en Cornouailles, en compagnie de Polly et de son macareux, Neil. J'ai retrouvé avec grand plaisir tous les ingrédients qui ont fait le charme de ce premier tome. Le cadre enchanteur, tout d'abord, mais aussi l'aspect chaleureux et positif de ce petit coin de l'Angleterre battu par les vents.

Polly est encore une fois malmenée par la vie mais son personnage saisit chaque occasion de rebondir et de prendre l'adversité comme une façon de se dépasser. C'est positif, sans dégouliner de bons sentiments. L'intrigue se déroule tranquillement, suivant les effluves des pains croustillants préparés par l'héroïne. Une lecture doudou, sans hésiter, que j'ai adoré lire durant cette période un peu compliquée de fin d'année et que j'ai partagée avec Tiphanie.

Une nouvelle lecture pour le Challenge Feel Good et le Mois anglais de Lou et Cryssilda.

Encore une participation au Challenge Feel Good

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  mois anglais 2014_4.jpg

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12 février 2017

Un joli weekend à Prague

Si vous me connaissez un peu, vous savez que j'ai la bougeotte, que j'adore voyager et découvrir d'autres horizons et que lorsque je reste trop longtemps à un endroit, j'ai les semelles qui me démangent (très belle image que j'emprunte à Julien Blanc-Gras dans son récit Touriste). C'était le cas ces derniers temps, et même si je n'ai pas de gros projet de voyage en vue (comme le Vietnam en sac à dos l'an dernier), j'ai quand même ressenti le besoin de vadrouiller quelques jours... Et mon choix s'est porté sur Prague, à l'occasion d'une dernière minute alléchante et intéressante. Difficile de résister, quand cela faisait plus de dix ans que je tournais autour de cette ville. Petit retour en image sur cette escapade (si vous êtes sur Instagram, vous avez peut-être suivi une partie de mes péripéties !)

Arrivée à 18h, j'ai posé ma mini-valise dans mon appart et j'ai commencé à vadrouiller dans la ville, alors que la nuit se couchait. Vu le froid mordant, une halte repas s'est imposée rapidement, et si la gastronomie tchèque fait la part belle aux ragoûts et autres viandes en sauce, j'ai plutôt opté pour une autre spécialité : le fromage pané ! (tout sauf léger, je vous l'accorde)

Smazeny syr ou fromage pané

J'ai passé ma première soirée dans un théâtre noir, tradition tchèque née en 1796 en bohème centrale avec Pierrot, entre ballet et pantomime. C'était merveilleux, onirique et envoûtant. Les photos étaient interdites, mais voilà la bande-annonce du spectacle que j'ai vu.

 

Après ça, dodo ! Le lendemain matin, direction Le Grand café de la Maison centrale - au décor Art nouveau, avec serveurs en livrée, chariot de pâtisserie, lustres en cristal et argenterie - pour un petit déjeuner délicieux. 

 Kavarna Obecni Dum Apfelstrudel et tartines !

Une fois l'estomac plein, c'est sous quelques flocons de neige qui dansaient dans l'air et un froid mordant que j'ai découvert Prague, de jour, avec ses ruelles à l'architecture baroque, ses façades aux couleurs pastel qui semblent sorties d'un décor de Disney et sa majestueuse place de la Vieille-Ville et son horloge astronomique. 

 La place de la Vieille-Ville

La place de la Vieille-Ville vue dans une bulle L'horloge astronomique  

Notre-Dame-de-Tyn, une sombre église gothique datant du 14e siècle, pourvue de deux flèches gigantesques.

Notre-Dame-de-Tyn

Une balade au coeur de la vieille ville aux bâtiments gothico-baroques. 

Stare mesto, la vieille ville Stare Mesto, la vieille ville

Le pont des soupirs ?

Maisons Praha et Topic, Art nouveau 

Façades dans Nove Mesto, Prague

J'ai ensuite poursuivi ma journée, après un vin chaud salvateur pour mes doigts, en traversant la Vltava pour aller visiter le Château, symbole de la ville.

Le Château, au-delà du Pont Charles

La fin du pont Charles

  Terminer l'ascension vers le Château par la rue Nerudova et ses échoppes médiévales

La rue Nerudova 

Le Château, s'étendant sur 42 hectares, j'ai choisi d'en visiter une partie, dont le Palais royal, la Cathédrale Saint-Guy et la ruelle d'or, composée de petites maisons basses de toutes les couleurs où la légende dit que Rodolphe II logeait ses alchimistes. 

Katedrála svatého Víta ou Cathédrale Saint-Guy  Salle Vladislas du Palais royal

Une bibliothèque ingénieuse La sortie du Palais royal

Une gigantesque couronne de l'Avent, sur la porte d'une boutique de la ruelle d'or, met en valeur l'artisanat tchèque traditionnel.

Artisanat tchèque

Après la visite du Château, j'ai décidé de poursuivre ma découverte de la ville par un arrêt dans l'ancien ghetto juif.

Vue sur Prague, depuis le Château

Sur les murs de la Synagogue Pinkas, transformée en mémorial, les noms des 77297 victimes tchèques de l'Holocauste.

Synagogue Pinkas Murs de la Synagogue Pinkas

 La gorge nouée, après l'exposition à l'étage de cette même synagogue de dessins d'enfants internés dans le camp de Terezin (je n'ai pas pu faire de photo tant l'émotion m'a étreinte), j'ai poursuivi la visite du ghetto par l'ancien cimetière où reposent 100 000 juifs et où 12 000 stèles composent un étrange tableau. 

Le Cimetière juif, Prague

Le Cimetière juif, Prague 

Après un dernier tour en ville, j'ai craqué et goûté un trdelnik, pâtisserie slovaque cuite à la broche et garnie au choix de pommes, de glace, ou de chocolat, comme ici ! C'est délicieux mais légèrement périlleux à manger tout en restant digne...

Un trdelnik au chocolat, Prague

Après une bonne nuit réparatrice, je me suis réveillée pour ma deuxième et dernière journée à Prague. Je tenais absolument à découvrir le Musée Mucha, consacré à un artiste que j'adore. Mais la visite a été de courte durée et assez frustrante (je lui ai trouvé moins d'intérêt que la rétrospective que j'avais pu voir à Montpellier en 2009). 

Musée Mucha, Prague Musée Mucha, Prague

Un arrêt pour me réchauffer dans une pâtisserie réputée m'a permis de découvrir ce que je pensais être une erreur de la serveuse : une infusion de framboise, soit de l'eau chaude versée sur des framboises. J'avais commandé du thé, j'ai eu cette tasse mais finalement c'était délicieux et réconfortant ! 

Gâteau et infusion à la framboise

 Enfin, en attendant de repartir prendre mon avion, j'ai marché encore et encore dans la ville, découvrant de petites merveilles d'art par hasard : une sculpture en métal tournante représentant une tête (je n'ai pas su identifier qui c'était et il n'y avait pas panneau explicatif) et une sculpture rhabillée avec un tricot représentant un tableau de Klimt. Brillant !

Sculpture, Prague Klimt en tricot

Et puis il a été temps de partir... Un weekend éclair qui m'a permis d'avoir un premier aperçu de la ville. J'ai adoré la découvrir et me plonger dans son histoire. Il reste encore beaucoup à découvrir, c'est sûr, mais cette échappée m'a fait le plus grand bien depuis celle que j'avais faite à Anvers en novembre (mais dont je n'avais pas parlé ici !). Et comme j'ai eu un peu de temps pendant les transports, j'ai pu lire Rue des boutiques obscures de Patrick Modiano et Désolée, je suis attendue d'Agnès Martin-Lugand sur mon Kindle. Vous connaissez donc mes prochaines chroniques !

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30 janvier 2017

Le collège des éplucheurs de citrouilles, Laure Deslandes

Le collège des éplucheurs de citrouilles, Laure DeslandesLe collège des éplucheurs de citrouilles est le premier roman de Laure Deslandes, enseignante de lettres classiques dans le Finistère. Il est paru le 25 janvier à L'Ecole des Loisirs.

Elliot, douze ans, est envoyé en internat dans le collège des Museaux, un minuscule collège breton un peu étrange. Là-bas, pas de programme conventionnel mais des cours d'estonien, un chantier collectif de maison à énergie passive en technologie ou encore de semence en botanique et une cantine bio et locavore qui fait la part belle aux produits du terroir. Une vie simple, au rythme des saisons que les enfants du village apprécient depuis leur enfance. Mais pour Elliot et les autres internes, tous au passé chaotique, l'acclimatation est dure. Heureusement pour celui-ci, dans sa classe de cinquième Hérisson, il y a Péline, une grande rousse joyeuse et généreuse qui va lui tendre la main et l'aider à s'intégrer dans ce nouvel environnement.

Quel régal ce roman ! Intriguée par le titre et le résumé un peu décalé, j'ai ouvert Le collège des éplucheurs de citrouilles sans savoir véritablement à quoi m'attendre. Et si le début m'a un peu rebutée - me rappelant que trop mes problématiques professionnelles - j'ai finalement pris beaucoup de plaisir à découvrir ce collège loufoque aux cours aussi barrés que ses enseignants.

Les personnages adolescents sont traités avec beaucoup de soin, et Elliot et Péline forment un duo attendrissant aux fêlures vraisemblables. Malgré l'aspect décalé des cours peu conventionnels, des problématiques de cet âge sont abordées - le premier émoi, la vie en communauté, l'amitié, la transformation du corps, etc. - tout comme les relations parents enfants. C'est fin, bien étudié, même si l'ensemble s'approche d'une belle utopie par certains aspects. Portée par un humour décapant qui témoigne d'une belle connaissance des adolescents, l'intrigue avance à bon rythme, dans une langue fleurie et riche comme les parterres du collège. On se prête à rêver à un établissement scolaire où le cuistot servirait des crumbles maison après un cours d'escalade dans les arbres, à la découverte des différentes essences. Bref, un premier roman très réussi qui plaira sans aucun doute autant aux lecteurs de l'âge d'Elliot et Péline qu'aux plus grands.

Un grand merci à Coline et aux éditions L'Ecole des loisirs pour ce roman.

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15 janvier 2017

La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier Giesbert

La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier GiesbertLa cuisinière d'Himmler est un roman du journaliste et écrivain franco-américain Franz-Olivier Giesbert paru en 2013 chez Gallimard.

Rose est née en juillet 1907, au bord de la mer Noire. Parce que sa famille est arménienne, elle est massacrée par les Jeunes-Turcs au nom de la turquification de l'Anatolie. Rose s'enfuit et commence pour elle un drôle de périple, une vie de fuite dans ce siècle meurtrier. Après le génocide arménien, la petite fille est vendue comme esclave sexuelle avant de s'enfuir en France. Mais la Seconde Guerre mondiale sourd. Entre amours désabusées et vengeance qui la ronge, Rose vit avec une détermination farouche et se lance dans la seule chose qui anime sa vie : la cuisine.

Roman étonnant et détonnant s'il en est, La cuisinière d'Himmler vous déroute et vous malmène dès les premières pages. L'intrigue débute alors que Rose a cent-quatre ans, une vie des plus remplies, et des souvenirs en pagaille. Quand une lettre lui parvient d'Allemagne, elle se décide à écrire ses mémoires, le récit de sa vie de bohème, "un livre pour célébrer l'amour et pour prévenir l'humanité des dangers qu'elle court. Pour qu'elle ne revive jamais ce que j'ai vécu." Dès lors, les chapitres alternent entre Marseille, en 2012 - où Rose tient son restaurant La petite Provence - et sa jeunesse sur les routes.

Car Rose a traversé le XXe siècle et toutes ses horreurs : du génocide arménien aux atrocités nazies et à l'horreur maoïste. De la France à l'Allemagne en passant par la Chine et les États-Unis, Rose fuit la violence et tente à chaque fois de se construire une vie stable et heureuse, aimant hommes et femme, célébrant la vie par le sexe.

Au crépuscule de sa vie, avec une détermination et un humour féroces, la vieille dame raconte sa vie. Et c'est drôlement prenant. Franz-Olivier Giesbert dresse le portrait d'une Tatie Danielle impertinente, vulgaire et un brin teigne, qui par ses blessures s'est construit une force de caractère et une vie des plus remplies. Extrêmement documenté sur le siècle, son récit est poignant et ne s'embarasse ni de jolies tournures ni de descriptions longues. Rose - la narratrice - est directe, parfois crue. Mais c'est son journal, sa vie, ses morts et ses amours, et personne ne peut l'empêcher de se raconter comme elle le souhaite, avec l'impertinence que son âge excuse. Un roman solidement construit à l'humour grinçant et ô combien intéressant. Une bien belle lecture qui rafraîchit la mémoire sur le siècle dernier et ses sombres heures.

En bonus de fin : les recettes de Rose (la Parmesane de Mamie Joe, le Plaki de la grand-mère de Rose ou encore le flan au caramel d'Emma Lempereur)

"Si l'Enfer c'est l'Histoire, le Paradis, c'est la vie." (p.382)

"Le bonheur ne nous est pas donné : il se fabrique, il s'invente." (p.382)

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09 janvier 2017

Le restaurant de l'amour retrouvé, Ito Ogawa

Le restaurant de l'amour retrouvéLe restaurant de l'amour retrouvé est le premier roman de la japonaise Ito Ogawa paru en 2013 aux éditions Philippe Piquier.

Rinco rentre un jour chez elle et trouve son appartement vide. Son petit ami est parti, emportant toutes leurs affaires. La discrète jeune femme, devenue muette suite à ce traumatisme, retourne vivre chez sa mère - personnage fantasque s'il en est - dans le petit village de son enfance. Là, elle y ouvre un tout petit restaurant, qu'elle gère seule et qui propose un service unique : préparer un repas spécial pour chaque client, un repas réfléchi et pensé selon les envies et les besoins du convive. Par sa patience et son amour de la cuisine, Rinco réussit à rendre les gens heureux. Et c'est en s'occupant des autres qu'elle parvient peu à peu à panser ses blessures.

Cela faisait bien longtemps que je tournais autour de ce roman au titre alléchant et au sujet ô combien tentateur. Et j'ai bien fait de succomber (deux titres du catalogue Piquier en quelques jours, je reviens décidément à mes premières amours !).

Le restaurant de l'amour retrouvé est un petit bijou autour de la notion du partage et du don, au rythme lent et aux phrases poétiques. L'intrigue est centrée sur le personnage de Rinco, la narratrice de l'histoire, et embrasse son tempérament serein et méditatif. La cuisine comme résilience pour Rinco prend une toute autre dimension. Chaque repas est appréhendé telle une offrande et la jeune héroïne prend tout son temps pour servir les mets les plus adaptés à ses hôtes. De la soupe légère pour deux futurs amoureux au repas pour enfant pour un vieil homme sénile en passant par un tour du monde gastronomique, chaque page rend hommage à la cuisine et ses saveurs, suivant le rythme lent des saisons et de leurs produits.

La nature est très présente, comme souvent dans la littérature japonaise, et offre de très beaux moments contemplatifs. Les saisons passent, Rinco adapte ses repas aux productions locales. La vie est simple, rythmée par le restaurant et le cochon de sa mère dont elle doit s'occuper. Et Rinco se répare petit à petit. Un magnifique roman à savourer sans hésiter un instant et qu'on referme à regret.

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04 janvier 2017

Petites coupures à Shioguni, Florent Chavouet

petites coupures à shioguniPetites coupures à Shioguni est un album de Florent Chavouet paru en 2014 aux éditions Philippe Piquier et primé à Angoulême en 2015. 

Shioguni, la nuit. Un restaurateur qui a des dettes se fait agresser par des yakuzas peu sportifs, une jeune fille dérobe les clés de distributeurs de boissons de la ville, deux voitures se percutent et leurs propriétaires se battent tandis qu'un tigre rôde en ville. Toutes ces péripéties perturbent la soirée du commissaire qui ne rêve que de rentrer chez lui manger un bol de udon. Les témoignages sont confus, la chronologie des événements aussi. Que s'est-il réellement passé ce soir-là à Shioguni ?

J'ai découvert Florent Chavouet il y a quelques années avec ses carnets de voyages Tokyo Sanpo et Manabé Shima. Tombée sous le charme de son coup de crayon et de ses perspectives folles qui le caractérisent, j'étais très enthousiaste à l'idée de le découvrir du côté de la fiction cette fois. Car si ses deux premiers albums étaient des documentaires relatant ses expériences nippones, Petites coupures à Shioguni est la première fiction du jeune illustrateur, se déroulant toujours dans ce pays qu'il affectionne tant (ça tombe bien, moi aussi !)

Expérience déroutante s'il en est, Petites coupures à Shioguni est un petit bijou dont la lecture se gagne. Parce que si vous ne comprenez rien au début et que vous revenez trois pages en arrière à chaque page, c'est bien normal ! Florent Chavouet joue avec son lecteur, en mêlant les genres - entre policier et humour -, en détournant certains codes et en emberlificotant la temporalité de son intrigue pour mieux offrir un ovni brillant, un rien déjanté. Ce qui paraît brouillon de prime abord - les fameuses petites coupures du titre - s'imbriquent parfaitement au final et donnent à voir une intrigue où chaque petit détail fait sens, seul ou en lien avec d'autres. Quel plaisir, une fois la dernière page tournée, de revenir en arrière piocher des indices qui nous avait échappés !

Niveau dessin, Florent Chavouet parfait son trait en se perfectionnant notamment sur les scènes en mouvement. Ses couleurs franches sont contrastées par le noir, toujours très présent dans son trait. Ses personnages gagnent en profondeur et en charisme, tandis que ses décors - toujours aussi soignés -sont un régal pour les yeux. Chaque double page est un petit bijou d'inventivité, mixant les compositions, les dispositions, à la manière d'un carnet où des interviews seraient collées, des notes prises, des moments de la nuit dans chacun des quartiers relatés avec beaucoup d'humour, etc.

En bref, un album étonnant, protéiforme, à la narration complexe et aux dessins incroyables dont je ne saurais que vous conseiller la lecture. Pour ma part, c'est officiel, je fais partie du fan-club de Florent Chavouet !

Planche 1 Planche 2

Planche 3 Planche 4

BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Moka !

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14 décembre 2016

Un goût de cannelle et d'espoir, Sarah McCoy

Un goût de cannelle et d'espoirUn goût de cannelle et d'espoir est le deuxième roman de l'américaine Sarah McCoy paru en 2014 aux éditions Les Escales.

Pour les besoins d'un article qu'elle doit rédiger sur les traditions de Noël, Reba, une jeune journaliste installée à El Paso au Texas, contacte Elsie Meriwether, la propriétaire d'une boulangerie allemande de la ville. Cette dernière, loin de lui raconter le folklore des Noëls traditionnels, lui dévoile plutôt son enfance à Garmisch, en Allemagne, dans les années 1940. Comment sa famille a vécu la Seconde Guerre mondiale dans cette ville reculée à la frontière autrichienne, tentant de faire vivre sa boulangerie malgré les restrictions. Comment Elsie s'est construit une adolescence, entre une soeur partie dans un Lebensborn pour servir sa patrie en enfantant des nouveaux-nés répondant aux critères de la race aryenne, des parents contraints de collaborer avec la Gestapo pour être approvisionnés en matières premières, un prétendant officier SS qui l'emmène dans une soirée nazie et Tobias, un enfant juif qu'Elsie découvre le soir de Noël à sa porte et décide de cacher dans sa chambre.

Débuté durant mon Read-a-thon de Noël il y a dix jours, j'ai dévoré ce roman et me suis plongée avec un plaisir immense dans ses pages. La narration alterne entre le Texas, en 2008, avec Reba qui fait ses recherches pour son article, et l'Allemagne dans les années 1940 avec Elsie et sa famille. Les chapitres courts créent une réelle dynamique qui m'a rappelé Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg, un autre très beau roman à la construction similaire.

Sarah McCoy a pris le parti de raconter ce pan de l'histoire à travers les yeux d'une adolescente allemande. Et c'est justement ce qui en fait son intérêt. Bon nombre de romans traitent cette sombre période du point de vue des Alliés, tandis qu'Un goût de cannelle et d'espoir met l'accent sur le quotidien des Allemands à cette époque. Pas forcément nazis, ni même au fait de ce qui se passait, ils subissaient une guerre qui les dépassait et luttaient pour survivre, dans la peur de la délation. La déportation est brièvement évoquée, tout comme les camps, mais par le prisme d'Elsie et de sa famille, de condition modeste et qui n'avaient que peu de façons de s'informer de ce qui se passait. La peur est présente, à chaque page, et la famille vit au jour le jour dans un climat de suspicion et d'angoisse. Très documentée, l'intrigue intègre bon nombre de faits historiques qui offrent au roman une densité particulière. Petit bonus de fin : le carnet de recettes d'Elsie, boulangère émérite. A vous les Kreppel, Sonnenblumenkernbrot, Schwarzwälder Kirschtorte, Brötchen et autres Lebkuchen !

Un roman intense, difficile à lâcher, lumineux malgré le sujet, porté par des personnages féminins forts et charismatiques. Bref, une très belle lecture que j'ai partagée avec Nath. Deuxième participation au Challenge il était quatre fois Noël chez Chicky Poo et Samarian.

Il était quatre fois Noël

 

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15 novembre 2016

Agatha Raisin enquête T.1 La quiche fatale, M.C. Beaton

Agatha Raisin TAgatha Raisin enquête : La quiche fatale est le premier tome de la série consacrée à l'enquêtrice Agatha Raisin imaginée par la romancière britannique M.C. Beaton, et qui compte aujourd'hui vingt-huit titres. Publié en Angleterre en 1992, ce premier tome vient d'être traduit en français et de paraître en juin chez Albin Michel.

Alors qu'elle est une brillante et efficace chargée de clientèle londonienne, Agatha Raisin décide du jour au lendemain de quitter l'atmosphère survoltée de la ville pour le calme des Costwolds, une chaîne de collines dans le Sud-Ouest de l'Angleterre. La quinquagénaire célibataire y achète un cottage douillet et pense s'y reposer... Mais elle s'ennuie bien vite ! Pour y remédier, et malgré ses piètres talents de cuisinière, elle participe au concours de quiches organisé par la paroisse. Mais le juge du concours meurt empoisonné par sa quiche. Agatha, pour éviter d'être inculpée de meurtre, décide de mener l'enquête.

Cet été, alors que j'étais plongée dans mon mémoire, j'ai vu passer beaucoup de chroniques sur ce roman et j'ai eu moi aussi envie de succomber au charme d'Agatha Raisin. Et j'ai bien fait ! Que tremblent les dentelles, que frémissent les tasses de thé et les scones, voilà Agatha Raison, la quinquagénaire la plus dynamique de la littérature anglaise !

Amateur de cottage, de campagne anglaise, d'ambiance british et de pubs aux décors empesés, vous avez devant vous le roman parfait pour vous ! Cette Miss Marple contemporaine et non conventionnelle (elle fume et boit sans cesse !) saura vous ravir et vous entraîner dans ses aventures cocasses. La quiétude du petit village anglais au charme suranné impeccable est le théâtre d'une intrigue bien ficelée et sans temps mort. Sur fond de concours de quiches (ce qui en soi est déjà drôle) se déploient une galerie de personnages fantasques et une intrigue comique à souhait. Le genre policier est ici malmené par cette enquêtrice débutante à la logique parfois hésitante mais le tout fonctionne très bien, porté par un humour bien présent, et possède même un petit côté addictif. Avis aux amateurs : vous pourriez, vous aussi, tomber sous le charme d'Agatha Raisin...

D'autres avis sur ce roman : Alex-mot-à-motsAnneCryssilda, FondantoChocolat, Myrtille, Ollie, Sharon, etc.

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27 septembre 2016

La petite boulangerie du bout du monde, Jenny Colgan

La petite boulangerie du bout du mondeLa petite boulangerie du bout du monde est un roman de l'écossaise Jenny Colgan paru en 2015 aux éditions Prisma.

Suite à l'échec de son mariage et de l'entreprise qu'elle avait fondée avec son mari, Polly quitte Plymouth pour Mount Polbearne, un petit port de pêche de Cornouailles, accessible uniquement à marée basse. Sans le sou, elle emménage dans un sinistre appartement situé au-dessus d'une ancienne boulangerie. Loin de tout et de tous, coupée du monde par les marées, la jeune femme tente  de se reconstruire peu à peu et de faire le point sur sa vie. Entre la vie rythmée par la nature et le calme de l'île, Polly se retrouve. Et rapidement, la jeune femme recommence à faire ce qu'elle préfère : fabriquer du pain. D'abord pour se réconforter et s'occuper, la jeune femme est vite assaillie de commandes. Car à Mount Polbearne, il n'y a qu'un seul dépôt de pain industriel tenu par une vieille femme aigrie et les habitants sont très vite attirés par les doux effluves qui s'échappent du four de Polly. Elle qui pensait faire une pause à Mount Polbearne se retrouve rapidement à apprécier cet univers calme, loin de la foule et à se lier avec ses habitants.

Feel good book par excellence, ce roman m'a accompagnée cet été, lorsque je terminais d'écrire mon mémoire. Et je dois vous avouer que j'ai savouré ces pages comme des tartines de pain frais. Prenez une pincée de rupture, rajoutez une once de perte d'emploi sur fond de crise économique, mélangez le tout avec une héroïne déterminée et combative. Laissez reposer sur une petite île de Cornouailles en compagnie de drôles de marins et d'un macareux facétieux et attendez que le tout cuise doucement. A la sortie du four, vous obtenez un roman attachant, portée par des valeurs de solidarité et d'entraide, sur fond de troubles économiques, de romance et de quête identitaire. Si en plus je vous dis qu'il y a toujours une miche de pain qui dore au four et une douce et appétissante odeur qui se répand dans la cuisine, je sens que vous allez fondre...

L'intrigue, même si elle est classique de prime abord, regorge de positif et d'optimisme et renferme de belles surprises. L'entraide est au centre de cette quête identitaire et de cette vie qui s'effondre. Sans mièvrerie (et pourtant ça aurait pu !), avec finesse et parfois une once de mélancolie, Jenny Colgan aborde la question de la quête de soi à travers le personnage de Polly, trentenaire lambda, un peu bancale. Le lieu est cocon, malgré une nature violente, les descriptions de la Cornouailles soignées et il est facile et agréable de se glisser aux côtés de Polly pour l'accompagner dans cette période sombre de sa vie, qui se révèle bien plus lumineuse que prévue.

Pour ma part, vous l'aurez compris, j'ai adoré ce roman doudou et feel good et j'ai même eu l'impression de sentir l'odeur du pain chaud de la petite boulangerie clandestine de Polly lors de ma lecture... Certains pourraient y voir un ramassis de bons sentiments ou répliquer qu'il ne s'agit pas du roman du siècle, j'en concède. Pour ma part, il m'a accompagnée à un moment où j'avais besoin d'une détente facile et rapide et j'étais ravie de me plonger dans ces pages le soir venu. Résultat : j'ai très envie de dévorer la suite, Une saison à la petite boulangerie très vite et de retourner en Cornouailles.

Petit bonus final : les recettes de Polly qui permettent de réaliser les divers pains et viennoiseries indiqués au fil des pages... Un régal ! (je n'en ai encore testé aucune mais promis dès que je passe à l'action j'en rajoute une photo ici !)

D'autres avis sur ce roman : Faelys, FondantoChocolatGalleane, MamzellePotter, etc.

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20 mai 2016

Les délices de Tokyo, Durian Sukegawa

Les délices de TokyoLes délices de Tokyo est le premier roman traduit en français du touche-à-tout Durian Sukegawa (vous en connaissez beaucoup des personnes diplômées de philosophie, de l'Ecole de pâtisserie du Japon, romancières, essayistes, poètes, clowns, scénaristes, animateurs radio ? Moi non...). Il est paru en février cette année chez Albin Michel et a donné lieu à une adaptation ciné par Naomi Kawase en 2015.

Sentarô est gérant d'une minuscule pâtisserie tokyoïte spécialisée en dorayaki, ces douceurs japonaises composées de deux pancakes réunis par une pâte de haricots rouges, le an. Le commerce vivote et Sentarô prend peu de plaisir à son activité. Un jour, une vieille dame lui demande du travail. Sentarô accepte à contre-coeur que Tokue, c'est son nom, travaille à ses côtés. La septuagénaire souffre de malformations au niveau des mains et Sentarô craint que cela ne fasse fuir la clientèle. Mais très vite, il se rend compte que Tokue maîtrise à la perfection l'art des doroyaki, préparant une pâte de haricots rouges succulente. A ses côtés, Sentarô reprend goût à la vie et découvre un univers simple et apaisant. Mais Tokue reste très discrète sur sa vie et cache un lourd secret que Sentarô ne tarde pas à découvrir.

Je n'ai jamais besoin qu'on me tente pour avoir envie de manger japonais, c'est une chose communément admise. Mais je ne connaissais pas les dorayakis... Sacrilège pour certains, catastrophe pour d'autres - comme mon porte-monnaie - car ce roman est une véritable ode à cette pâtisserie ! Les description de son élaboration sont minutieuses et je défie quiconque  qui ouvrira ces pages de ne pas se laisser gagner par la faim !

Les délices de Tokyo est un roman tout en douceur et en poésie, qui entraîne son lecteur dans cette minuscule pâtisserie, aux côtés de Sentarô. Le temps s'écoule lentement, au rythme du cerisier planté devant la boutique, et les personnages évoluent doucement. Les liens qui les unissent sont discrets, pudiques, mais bien là et c'est tout en douceur que chacun des personnages change au fil des pages. La traduction du japonais offre une langue fluide, imagée, très poétique. Il est difficile d'en dire plus, sans trop en dévoiler.

Une parenthèse très touchante, une belle plongée dans le Japon d'aujourd'hui et d'autrefois. Un roman qui se déguste du bout des doigts, comme les dorayaki préparés avec amour par Tokue. Une très belle découverte que je suis heureuse de partager avec vous aujourd'hui. (maintenant, il ne me reste qu'à foncer dans une boutique japonaise pour découvrir ces petites merveilles !)

Je vous laisse avec la bande-annonce du film :

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