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27 avril 2019

La vérité sur Dix petits nègres, Pierre Bayard

La vérité sur dix petits nègresLa vérité sur Dix petits nègres est le dernier essai de critique policière de l'universitaire et psychanalyste Pierre Bayard. Il est paru en janvier aux éditions de Minuit. 

Tout le monde connaît le célèbre roman d'Agatha Christie, Les dix petits nègres. Dix personnages, sur une île en pleine tempête, sont tués chacun leur tour, tandis qu'une comptine macabre hante les murs et que des statuettes disparaissent au fur et à mesure des meurtres. Et si le meurtrier n'était pas celui que la Reine du crime a désigné comme tel ? Et si, malgré tous les indices, les lecteurs du monde entier s'étaient fourvoyés depuis quatre-vingts ans en n'identifiant pas le bon coupable ? Pierre Bayard donne la parole au meurtrier pour qu'il explique ce qui s'est réellement passé sur l'île. 

Entre Pierre Bayard et moi, c'est une histoire qui dure depuis longtemps. Je l'avais découvert avec sa première critique policière Qui a tué Roger Ackroyd ? il y a dix ans, et, conquise, j'avais poursuivi avec L'affaire du Chien des Baskerville, Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? et enfin Et si les oeuvres changeaient d'auteur ?  
A chaque fois séduite par son style et sa déconstruction des grands classiques de la littérature, j'ai succombé à l'appel de son dernier essai, après être allée l'écouter en parler à la Librairie Autour du Monde près de chez moi.   
Encore une fois, il nous entraîne dans une relecture d'un classique du genre et cherche les invraisemblances du texte pour en proposer une solution alternative élégante, plausible et logique.  
L'exercice de style n'est pas évident mais Pierre Bayard s'en sort avec brio, comme toujours, empruntant aux illusions d'optique, à la psychologie, à la prestidigitation ou encore aux fantasmes liés à l'île pour expliquer son raisonnement.  
Nul besoin d'avoir parfaitement l'oeuvre de Christie en tête, le début de l'essai étant consacré à un résumé des personnages, des faits et de leur chronologie dans l'oeuvre originelle. S'ensuit une deuxième partie consacrée aux invraisemblances et impossibilités de la solution proposée par la romancière. Une troisième partie s'attarde sur ce qui permet de fausser le jugement du lecteur, grâce à une série d'aveuglements multiples, avant une dernière partie consacrée à la solution proposée par Pierre Bayard, à travers son personnage meurtrier.  
L'ensemble, pointu et teinté d'ironie, se lit avec délectation, tout en restant très largement accessible. C'est bien simple, pour ma part j'ai dévoré une grosse moitié dans l'avion qui m'amenait à Londres, avant de le terminer au calme sur ma terrasse. Encore une fois Pierre Bayard réussit le pari de déconstruire une oeuvre littéraire avec élégance. A découvrir sans tarder ! De mon côté, je vais aller fouiner du côté d'Intercripol, association de recherches universitaires pour traquer les personnages criminels. 

"Aborder une île ou en rêver, c'est laisser revenir en soi des récits de l'enfance et se vivre en héros de roman à la découverte de secrets enfouis." (p.127)

"Aussi terrifiante soit-elle, toute histoire nous aide à mettre de l'ordre dans le désordre des faits, le plus souvent aléatoires, qui constituent nos existences." (p.128)

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17 avril 2010

L'affaire du Chien des Baskerville, Pierre Bayard

baskerville_bayardA Lyon, à l'occasion du Festival Quais du Polar, j'ai eu la chance de rencontrer Pierre Bayard, un auteur que j'apprécie et estime beaucoup, après avoir lu Qui a tué Roger Ackroyd (sur lequel j'avais rédigé un billet) et Enquête sur Hamlet.
Pour terminer ma lecture de son cycle de "critique policière", qui est définie, par le site Fabula comme une
  "démarche justicière", prenant comme point de départ
" l’attention aux invraisemblances", je me suis lancée dans L'affaire du Chien des Baskerville.
Je me suis donc empressée d'acheter cet essai, de le faire dédicacer (en faisant au passage deux ou trois blagues...) et de le dévorer !

Tout le monde connaît la légende du chien des Baskerville, développée par Conan Doyle dans son ouvrage éponyme. Sur la lande déserte, un immense chien, telle une évocation des Enfers, surgit, tous crocs dehors, pour tuer ses pauvres victimes... Le célèbre Sherlock Holmes, appelé à enquêter, s'intéresse de près au décès de Charles Baskerville, héritier de la famille, survenu quelques mois avant le début de la narration. Quelqu'un semble s'en prendre aux Baskerville, et Henry, le neveu de Charles, est en danger ! Heureusement, Watson et Sherlock sont là pour le protéger et déjouer la machination qui se trame...
Oui, mais... Mais Pierre Bayard se penche sur cette affaire et met en parallèle certaines incohérences du texte... Et si Sherlock Holmes s'était trompé d'assassin ? Et si ce dernier coulait depuis tout ce temps des jours paisibles entre les lignes de Conan Doyle, à jamais innocenté d'un crime que personne ne semble voir dans ce roman ?

Comment résister à une deuxième lecture de Conan Doyle, plus approfondie, plus fouillée, qui permet de lire entre ses lignes ? Pierre Bayard excelle une nouvelle fois dans cet exercice, scindant son propos en étapes progressives et amenant son lecteur à une révélation pour le moins étonnante.
Une excellente lecture pour qui s'intéresse à cette enquête du célèbre détective et qui permet de la reconsidérer sous un autre angle. U
Sans_titre_2n détour par les relations entre Doyle et son célèbre personnage permet non seulement de mettre en perspective ce roman par rapport à l'œuvre de l'écrivain mais aussi de comprendre l'emprise du personnage sur son créateur et les réactions qu'il suscite chez ce dernier.
Pierre Bayard insinue le doute dans l'esprit de son lecteur, l'amenant à s'interroger sur le degré fictionnel d'un texte et la frontière entre réalité et imagination...
Allez, j'avoue, sixième coup de cœur de l'année... Vous l'aviez peut-être deviné ?

"Observation et déduction, telles sont donc, exposées ici pour la première fois mais souvent reprise dans l'ensemble de l'oeuvre, les deux clés de la méthode Holmes, celle qui doivent lui permettre de mener à bien ses enquêtes." (p.41)

"Loin d'être un système fermé, la méthode Holmes laisse ainsi subsister, tant au niveau ponctuel des indices qu'à celui de la construction d'ensemble, des solutions alternatives. Et c'est paradoxalement sa richesse qui la conduit à l'incertitude." (p.58)

"Et dès lors que Le Chien des Baskerville, s'ouvre sur une erreur d'interprétation de Holmes, il est inévitable de se demander si celle-ci ne préfigure pas une erreur plus globale, portant sur l'ensemble du roman, et si, se glissant dans la marge étroite entre loi scientifique et généralité statistique, un assassin n'en aurait pas profité pour échapper à la police et pour couler depuis, en toute impunité, des jours paisibles." (p.58)

"Et si l'on suit cette hypothèse, il existe donc, autour du monde littéraire ouvert par l'œuvre, une multitude d'autres mondes possibles que nous pouvons compléter par nos images et nos mots." (p.69-70)

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07 décembre 2009

Qui a tué Roger Ackroyd ? Pierre Bayard

Qui a tué Roger AckroydJ'ai eu l'occasion l'an dernier de découvrir Pierre Bayard, universitaire à Paris VIII et psychanalyste, qui a écrit d'étonnants essais, dont celui-ci, Qui a tué Roger Ackroyd ? publié aux éditions de Minuit en 1998.

Il amorce, dans ce titre, la réflexion qui est sienne : à la lecture du célèbre Meurtre de Roger Ackroyd d'Agatha Christie, au dénouement non moins célèbre, le lecteur est en droit de s'interroger. Le meurtrier est-il vraiment celui présenté par la reine du roman policier ? P. Bayard propose alors une relecture de l'œuvre en se penchant plus précisément sur les preuves qu'Hercule Poirot brandit à la fin pour accuser le meurtrier. Et si une deuxième fin était possible ? Et si Agatha Christie avait semé des indices tout au long de son roman pour permettre au lecteur de confondre le réel meurtrier ? Et si tout concourrait pour être différent de ce qu'il n'y paraît ?

Essai passionnant, accessible sans avoir parfaitement en tête l'œuvre d'A. Christie (P. Bayard en reprend la trame au début pour recontextualiser son propos), ce livre est un vrai régal.
L'auteur se penche tour à tour sur la personnalité du meurtrier présumé et de son entourage, fait un détour par la psychanalyse, se penche sur la syntaxe, pour enfin nous révéler sa version des faits...
Avis aux amateurs de romans policiers !
Et parce que Marc Escola en a parlé mieux que moi, rendez-vous sur le site de  Fabula pour en avoir un aperçu assez conséquent.
Et sur le site des Editions de Minuit pour un petit aperçu des autres essais de cet auteur (notamment Le paradoxe du menteur, Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ou encore Le plagiat par anticipation
)

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