Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.




20 juin 2010

Le livre sans nom, Anonyme

artoff74Un livre avec ce titre et anonyme, voilà qui m'a forcément intriguée... Diffusé sur internet en 2007 puis publié dans les pays anglophones avant d'arriver en France, Le livre sans nom semble s'être fait une réputation avant même sa publication.

Santa Mondega, une ville d'Amérique du Sud oubliée de tous. Des meurtres atroces sont commis par un certain Bourbon Kid, un homme que le whisky semble rendre invincible. En parallèle, l'Oeil de la Lune, une pierre  bleue à la valeur inestimable, est recherchée par deux moines pacifistes et une cohorte de chasseurs de prime. En cette veille de fête de la Lune, les esprits s'échauffent dans cette petite ville étrange...

Difficile  de catégoriser cette lecture tant elle est étrange. A première vue, on a l'impression de lire une novélisation de Kill Bill, tant l'ambiance qui règne fait penser aux films de Tarantino (ce n'est pas moi qui l'affirme, mais la quatrième). On tue et on meurt à Santa Mondega, mais rien n'est tragique ni insoutenable. La vie n'a que peu de valeur et la mort est parodique.

Les personnages, presque exclusivement masculins, sont tous à la fois comiques et stéréotypés. Du barman idiot, qui sert de l'urine aux étrangers dans son bar, au réceptionniste véreux qui dépouille à ses risques et périls un tueur à gage en passant par les deux flics qui mènent l'enquête sur les meurtres, le lecteur voit défiler devant ses yeux une foule de protagonistes à la psychologie minimale, sans pour autant que cela pénalise l'intrigue. En lisant Le livre sans nom, le lecteur pénètre dans une ambiance particulière, un mélange de western à la Clint Eastwood et de films de Tarantino avec une pointe de fantastique sur la fin, où les flingues sont monnaie courante et les morts parmi les vivants. Les frontières entre réel et surnaturel s'abolissent au fil des pages, donnant à ce roman une tournure qui le rend quasiment inqualifiable...

L'intrigue est soignée, bourrée de rebondissements (et de morts, mais je crois que vous l'aviez compris), les histoires se mêlent et les personnages se croisent jusqu'à l'apogée de cette Fête de la Lune et de l'éclipse.

Je n'ai pas pu décrocher de cette lecture, hypnotisée par le talent de cet anonyme, qui ferait mieux de 54150614_pdévoiler son identité. Écrire un thriller sans psychologie ou presque, faisant référence à un inconscient collectif cinématographique, le tout avec une originalité rare... Je m'incline avec respect. Et je vous le recommande. Sans hésiter une seule seconde, et parce que j'ai passé un moment de lecture rare et précieux, je le consacre neuvième coup de cœur de cette année 2010, riche en pépites littéraires !

Je remercie grandement 54250062_p et Capture pour ce livre reçu dans le cadre d'un partenariat.

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12 juin 2010

Alice au Pays des Merveilles, Lewis Carroll, illustré par Arthur Rackham

ALICE_couv_241x282Redécouvrir des classiques de mon enfance adaptés en albums ? Ce sont des lectures que j'adore... Surtout quand il s'agit du célèbre Alice de Lewis Carroll, dont la lecture récente avait été un véritable plaisir...

Inutile de résumer ici l'intrigue de cette nouvelle dont la célébrité a supplanté celle de son auteur. Autant s'attacher à vous parler de cette adaptation en album, dotée d'illustrations de l'artiste britannique Arthur Rackham datant de 1907.
De format carré, ce livre est à lui seul un plaisir pour les yeux. Les pages blanc cassé font écho aux illustrations pâles au charme suranné de Rackham qui ne sont pas sans rappeler celles de Mucha ou de Doré.
On se plonge avec délice dans l'histoire d'Alice, oubliant l'interprétation édulcorée et criarde de Disney et ses raccourcis pour profiter pleinement du texte originel et de son célèbre nonsense. La plume de Carroll est autant imaginative que loufoque et c'est en lisant son texte que l'on peut en appréhender toutes les subtilités, et par là-même, le talent.
L'héroïne imaginée par Rackham au début du XXe porte en elle la douceur et l'insouciance de l'enfance tandis que les créatures merveilleuses qu'elle rencontre oscillent entre naturalisme et fantasmagorie.
Qu'il est bon de coeur
s'évader un temps avec les personnages nés de l'imagination de Carroll et portés par les illustrations de Rackham !
Allez, j'avoue, huitième coup de cœur pour moi cet année, que je vous conseille vivement de découvrir. Une petit aperçu de certaines illustrations pour vous donner l'eau à la bouche !


image2_250x357 image1_250x358 chenille 

Je tiens à remercier chaleureusement Inès Adam et les Éditions siteon0_130x51  (Cliquez ici pour découvrir le catalogue de cette maison d'édition spécialisée en littérature de jeunesse) pour cet album et cette belle découverte ! Moi qui ne connaissais pas Arthur Rackham, j'ai devant moi de belles lectures en perspectives (cet artiste a notamment illustré Peter Pan et Les Contes des frères Grimm)

50241489_pJ'inscris cette lecture dans mon Challenge Je lis aussi des albums d'Herisson. 9/11
 

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15 mai 2010

La cité perdue de Z, David Grann

9782221112076FSAvis aux amateurs d'Indiana Jones et autres archéologues en quête de civilisations oubliées : La cité perdue de Z est fait pour vous ! Je n'y ai moi même pas résisté...

En 1925, le monde perdait la trace de Percy Harrison Fawcett, un explorateur anglais passionné par l'Amazonie et ses trésors cachés. Toute sa vie durant, cet homme, d'une constitution hors du commun, a tenté de découvrir une civilisation antique dans l'immensité de la forêt amazonienne. Cette cité, qu'il baptisera "Z", sera le point de départ de bons nombres d'explorations périlleuses. Armé d'une machette et s'aidant d'une boussole et de cartes, l'explorateur est de ceux qui préfèrent une équipe restreinte, sans animal de trait ni technologie, pour s'enfoncer dans la forêt. D'un tempérament passionné, Fawcett sera parfois considéré comme tyrannique par ceux qui l'accompagnent et qui n'ont pas sa résistance  face aux dangers de cet environnement.
Malgré de nombreuses expéditions toutes aussi périlleuses les unes que les autres, celle de 1925 sonnera le glas pour Fawcett : l'Amazonie et ses dangers prendront le dessus sur l'homme et ceux qui l'accompagnent. La disparition de l'explorateur mondialement connu passionnera les foules et bon nombres d'expéditions seront menées pour le retrouver.
En 2004, près de quatre-vingts ans plus tard, le journaliste new-yorkais David Grann se plonge avec ferveur dans l'histoire de Fawcett et décide de se lancer sur ses traces et tenter de comprendre ce qui lui est arrivé...

Êtes-vous prêts à plonger en plein cœur de l'Amazonie et vivre au rythme des expéditions de Fawcett ? Ce documentaire est absolument incroyable ! Moi qui aimais bien les aventures d'Indiana Jones, aussi bien pour leur aspect archéologique (bien que fictif) que pour le côté périlleux de l'exploration, j'étais à dix mille lieues de penser à tout ce qu'impliquait une expédition dans des contrées inconnues.
Le côté hostile de la nature ne m'avait bien sûr pas échappé, même si j'étais loin de me douter du nombre de dangers qui guettaient un explorateur, notamment avec les insectes (entre les asticots qui grandissent sous la peau, les tiques qui font infecter les plaies, les nuées de moustiques qui piquent chaque centimètre carré de peau qui dépasse...), la forêt elle-même (les marécages plein de piranhas mais aussi de poissons tout petits qui s'insèrent dans les orifices corporels et s'accrochent à la peau en vidant l'organisme de son sang....) ou encore les peuplades qui vivent reculées dans la forêt et regardent arriver avec méfiance des explorateurs.
David Grann emmène le lecteur entre le passé et le présent, relatant avec beaucoup de précision l'étendue des recherches menées au début du XXe par divers explorateurs, dont Fawcett. Le récit des expéditions du célèbre explorateur, très détaillé grâce aux multiples références que l'auteur a pu glaner au fil de ses recherches, permet au lecteur de s'immerger complétement dans le projet fou de découvrir cette mystérieuse cité. Le lecteur n'attend qu'une seule chose : savoir si oui ou non Fawcett avait raison de croire en l'existence de vestiges d'une civilisation en plein cœur de l'Amazonie, et si David Grann, qui s'enfonce lui même dans cette forêt hostile près de quatre-vingts ans après, en trouvera la trace.

Je n'ai pas pu lâcher ce livre, encore une fois, passionnée par le récit de la vie de cet homme à la volonté hors du commun et par l'engouement qu'il a su faire susciter à son égard au fil des années. David Grann a réalisé ici un travail de recherche considérable et nous donne à lire un récit extrêmement documenté, tant historiquement que scientifiquement. A lire pour en savoir plus sur cet explorateur génial autant que monomaniaque, mais aussi en apprendre un peu plus sur l'histoire de la cartographie d'une partie de l'Amérique latine et les progrès techniques de cette époque.

Sans_titre_2J'avoue, nouveau coup de cœur pour cette année, le septième. Je n'ai pas su résister ni au travail fourni par David Grann pour la rédaction de ce livre, ni aux références bibliographiques très précises qu'il indique en fin d'ouvrage ni à la forme qu'il a choisie pour nous relater le fruit de ses recherches.
Je remercie 47286519et logo pour ce livre reçu dans le cadre d'un partenariat. 

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17 avril 2010

L'affaire du Chien des Baskerville, Pierre Bayard

baskerville_bayardA Lyon, à l'occasion du Festival Quais du Polar, j'ai eu la chance de rencontrer Pierre Bayard, un auteur que j'apprécie et estime beaucoup, après avoir lu Qui a tué Roger Ackroyd (sur lequel j'avais rédigé un billet) et Enquête sur Hamlet.
Pour terminer ma lecture de son cycle de "critique policière", qui est définie, par le site Fabula comme une
  "démarche justicière", prenant comme point de départ
" l’attention aux invraisemblances", je me suis lancée dans L'affaire du Chien des Baskerville.
Je me suis donc empressée d'acheter cet essai, de le faire dédicacer (en faisant au passage deux ou trois blagues...) et de le dévorer !

Tout le monde connaît la légende du chien des Baskerville, développée par Conan Doyle dans son ouvrage éponyme. Sur la lande déserte, un immense chien, telle une évocation des Enfers, surgit, tous crocs dehors, pour tuer ses pauvres victimes... Le célèbre Sherlock Holmes, appelé à enquêter, s'intéresse de près au décès de Charles Baskerville, héritier de la famille, survenu quelques mois avant le début de la narration. Quelqu'un semble s'en prendre aux Baskerville, et Henry, le neveu de Charles, est en danger ! Heureusement, Watson et Sherlock sont là pour le protéger et déjouer la machination qui se trame...
Oui, mais... Mais Pierre Bayard se penche sur cette affaire et met en parallèle certaines incohérences du texte... Et si Sherlock Holmes s'était trompé d'assassin ? Et si ce dernier coulait depuis tout ce temps des jours paisibles entre les lignes de Conan Doyle, à jamais innocenté d'un crime que personne ne semble voir dans ce roman ?

Comment résister à une deuxième lecture de Conan Doyle, plus approfondie, plus fouillée, qui permet de lire entre ses lignes ? Pierre Bayard excelle une nouvelle fois dans cet exercice, scindant son propos en étapes progressives et amenant son lecteur à une révélation pour le moins étonnante.
Une excellente lecture pour qui s'intéresse à cette enquête du célèbre détective et qui permet de la reconsidérer sous un autre angle. U
Sans_titre_2n détour par les relations entre Doyle et son célèbre personnage permet non seulement de mettre en perspective ce roman par rapport à l'œuvre de l'écrivain mais aussi de comprendre l'emprise du personnage sur son créateur et les réactions qu'il suscite chez ce dernier.
Pierre Bayard insinue le doute dans l'esprit de son lecteur, l'amenant à s'interroger sur le degré fictionnel d'un texte et la frontière entre réalité et imagination...
Allez, j'avoue, sixième coup de cœur de l'année... Vous l'aviez peut-être deviné ?

"Observation et déduction, telles sont donc, exposées ici pour la première fois mais souvent reprise dans l'ensemble de l'oeuvre, les deux clés de la méthode Holmes, celle qui doivent lui permettre de mener à bien ses enquêtes." (p.41)

"Loin d'être un système fermé, la méthode Holmes laisse ainsi subsister, tant au niveau ponctuel des indices qu'à celui de la construction d'ensemble, des solutions alternatives. Et c'est paradoxalement sa richesse qui la conduit à l'incertitude." (p.58)

"Et dès lors que Le Chien des Baskerville, s'ouvre sur une erreur d'interprétation de Holmes, il est inévitable de se demander si celle-ci ne préfigure pas une erreur plus globale, portant sur l'ensemble du roman, et si, se glissant dans la marge étroite entre loi scientifique et généralité statistique, un assassin n'en aurait pas profité pour échapper à la police et pour couler depuis, en toute impunité, des jours paisibles." (p.58)

"Et si l'on suit cette hypothèse, il existe donc, autour du monde littéraire ouvert par l'œuvre, une multitude d'autres mondes possibles que nous pouvons compléter par nos images et nos mots." (p.69-70)

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08 mars 2010

Junk, Melvin Brugess

9782070396924FSNous avions lancé l'idée d'une lecture commune avec Tinusia pour ce roman qui me tentait depuis un certain temps... C'est chose faite !Sans_titre_2
Junk est un roman paru en 2002 aux éditions Gallimard dans la collection Scripto, pour les adolescents. Ce détail explique mon choix de le classer en littérature de jeunesse, malgré la couverture que je présente ici (la version adulte, parue en 2009 dans la collection Folio).

Nico est un jeune adolescent mal dans sa peau : avec une mère alcoolique qui ne tient plus debout et un père violent, sa vie est dure. Heureusement il a Gemma, une fille de son âge avec qui il sort. Un peu paumée aussi, en rébellion surtout.
Le jour où Nico décide de fuguer, il rencontre Richard, un homme étrange et profondément philanthrope, qui récupère des maisons abandonnées pour ouvrir des squats pour les jeunes sans toit. Nico s'installe donc dans un squat où Gemma le retrouve, ayant fuguée elle aussi, mais par désœuvrement. Les deux adolescents débutent alors une vie de pseudo liberté, où tout est simple. Mais le jour où deux jeunes de leur âge arrivent et leur proposent de venir vivre dans leur squat, l'enfer de la drogue se referme sur eux...

Cinquième coup de cœur de cette année, Junk est un livre que l'on n'ouvre pas sans conséquences et qui résonne longtemps après en avoir tourné la dernière page...
L'auteur présente les événements relatés comme inspirés de ce qu'il a vu et côtoyé lorsqu'il vivait à Bristol dans les années 80. La misère et la drogue vont souvent de paire et se referment sur de nombreux jeunes telle la gueule d'un loup.
Nico et Gemma, les deux personnages principaux, ont l'innocence et la candeur de leur âge, à peine quinze ans, et se croient naïvement plus forts que leurs paradis artificiels. Leur histoire est très dure, mais reflète une triste réalité que l'on ne peut ignorer. La narration alternée, adoptant à tour de rôle le point de vue des différents protagonistes, permet d'avoir non seulement une vue d'ensemble de l'intrigue mais aussi des opinions diverses sur celle-ci. Certains personnages subissent leur addiction sans en avoir conscience, tandis que d'autres, plus lucides, tentent en vain de décrocher, ou tout du moins de baisser leur consommation. Les relations entre les personnages sont réalistes, la psychologie de ces derniers très bien étudiée, l'intrigue bien menée...

Bref, j'ai eu du mal à refermer ce livre, prise dans le tourbillon infernal de cette histoire, souffrant avec les personnages, espérant en même temps qu'eux, anticipant, parfois, leurs déconvenues et leurs rechutes. L'enfer de la drogue est décrit avec précision par l'auteur qui l'argumente ainsi : « Je pense qu'il est préférable que les jeunes n'entendent pas parler de la drogue pour la première fois le jour où quelqu'un essaiera de leur en vendre. » Les mots sont durs, les sensations décrites en détails, les phrases font sens douloureusement et dangereusement. On est emportés par cette lecture noire, repoussant l'inextricable dénouement, tentant de fuir cet engrenage déjà enclenché.

Une lecture coup de poing dont vous ne sortirez pas indemne. A ne pas mettre entre toutes les mains, certes, mais en gardant à l'esprit la visée de l'auteur...

Lectures communes

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23 février 2010

Prenez soin de vous, Sophie Calle

sophie_calleSans_titre_2Véritable coup de cœur lorsque nous l'avons acheté il y a 2 ans, Prenez soin de vous est une petite merveille à laquelle m'a fait penser notre précédent billet sur Mots d'amour secrets...

Sophie Calle est une artiste. Le jour où elle reçoit un mail de rupture d'un amant, elle décide de transformer cette blessure en objet d'art :

"J'ai reçu un mail de rupture. Je n'ai pas su répondre.
C'était comme s'il ne m'était  pas destiné.
Il se terminait par les mots : Prenez soin de vous.
J'ai pris cette recommandation au pied de la lettre.
J'ai demandé à 107 femmes - dont une à plumes
et deux en bois -, choisies pour leur métier, leur talent,
d'interpréter la lettre sous un angle professionnel.
L'analyse, la commenter, la jouer, la danser, la chanter.
La disséquer. L'épuiser. Comprendre pour moi.
Parler à ma place.
Une façon de prendre le temps de rompre.
A mon rythme.
Prendre soin de moi. "

Ce mail de rupture est donc observé sous tous les angles par ces femmes, certaines connues comme Marie Desplechin, Amira Casar, Yolande Moreau, Arielle Dombasle, ou encore Victoria Abril, d'autres non, mais dont la profession fait sens pour ce projet : linguiste, cruciverbiste, philologue, clown, tireuse à la carabine, consultante en matière de savoir-vivre, exégète talmudique ou bien avocate, etc. Chacune se l'approprie, le dissèque et l'analyse, le rendant limpide à travers le prisme de sa profession. La rupture est désacralisée, dédramatisée, et chacune prend soin de Sophie, et par là même d'elle, grâce à ce projet.
La lecture de ce bel ouvrage est un régal ! Chaque page correspond (ou presque, certaines sont plus loquaces...) à une femme et donne à voir son interprétation de ce drame personnel. Une esthétique rare. Une originalité à couper le souffle. Une réussite !
La mail de rupture, présenté en début sert de base à ce travail de réflexion et le résultat n'en est que plus étonnant : danse, chant, nouvelle, réécriture, analyse de texte, etc. Les productions sont nombreuses et aussi drôles les unes que les autres.

Bref, un incontournable dans mon salon, que j'aime à feuilleter en passant, et, au détour d'une page, sourire d'une interprétation... Ce projet a donné lieu à une exposition à la Biennale De Venise et à la BNF en 2007... Un beau livre à offrir ou se faire offrir (N.B. c'est un  livre grand format avec des DVD)

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16 février 2010

Intrusion, Elena Sender

123648ui2ikce89f5b66fviewattth12670570b31Encore un livre que j'ai eu du mal à refermer, tant l'intrigue m'a captivée... Intrusion eSans_titre_2st un thriller, mais aussi le premier roman d'Elena Sender, grand reporter au magazine Sciences et Avenir.

Cyrille Blake est neuropsychiatre à Paris. Quelques années auparavant, elle a fondé le Centre Dulac, un établissement spécialisé dans la recherche du bonheur. Les patients qui s'y rendent souffrent  de pathologies légères que le Dr Blake soigne grâce à diverses techniques : psychothérapie, yoga, hypnose, mais aussi cures de Mésératrol, un médicament encore expérimental qui permet d'atténuer les souffrances psychologiques.
Le jour où Julien Daumas pousse la porte du Centre Dulac, il  bouleverse cet apparent équilibre. A Cyrille qui ne semble pas le reconnaître, il confie son mal : des cauchemars horrifiants  dans lesquels un homme le lacère à coup de couteaux.
Ébranlée par cette rencontre, Cyrille Blake doute : pourquoi ne se souvient-elle pas de ce patient qu'elle a soigné dix ans  auparavant, lorsqu'elle était encore interne ? Souffre-t-elle d'un blocage mnésique quant à une période de son passé ? En fouillant dans ce dernier, Cyrille va découvrir des événements  terrifiants enfouis au plus profond d'elle même...

C'est rare pour moi de lire à la suite des livres qui m'enchantent autant, mais je ne vais pas le cacher, ce livre m'a conquise ! Je ne suis pas adepte des thriller en temps normal, les trouvant souvent courus d'avance et prévisibles, mais avec Intrusion, j'ai vraiment été transportée dans une intrigue à la fois dérangeante et addictive. Quatrième coup de cœur de l'année donc, pour un thriller cette fois. 
L'intrigue est à la fois haletante et très bien ficelée, le rythme est très rapide, les événements s'enchaînent, ponctués de temps morts, ilots de sérénité avant la prochaine catastrophe.  La plume d'Elena Sender est précise et recherchée, sans pathos ni violence inutile. Elle sait trouver les mots justes pour faire susciter certaines émotions chez le lecteur.
Les personnages sont à la fois émouvants et attachants. Pas de manichéisme à outrance ici, mais des êtres humains faillib
les, avec des défauts et des faiblesses qui les poussent à commettre des actes parfois insensés.
Cyrille est un personnage intéressant, passionné par son métier. Son empathie et son dévouement pour aider les autres font d'elle un personnage qui attire d'emblée la sympathie du lecteur. Julien Daumas, quant à lui, personnage à la fois traumatisé et inquiétant, fascine autant qu'il effraie.
L'aspect médical du roman est très documenté, se fondant sur des recherches en cours sur la mémoire, d'après la quatrième de couverture. Elena Sender vulgarise tout cet aspect avec brio, permettant à quiconque de se l'approprier, et le rendant par là même fascinant.
Un excellent premier roman, addictif et inquiétant...

Merci à 47286519et aux logofr pour ce livre reçu dans le cadre d'un partenariat !

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15 février 2010

Quartier Lointain, Jiro Taniguchi

Quartier lointain TaniguchiJe viens de terminer Quartier Lointain, de Jiro Taniguchi, dont j'avais entendu beaucoup de bien depuis longtemps... Je comprends mieux pourquoi maintenant que je l'ai lu ! Troisième coup de cœur de cette année 2010, je le conseille Sans_titre_2vivement à tout le monde  !!

Un quinquagénaire, de retour d'un voyage d'affaire et embué par l'alcool de la veille, se trompe de chemin du retour et atterri dans le village où il a passé son enfance.   
Perdu dans ses souvenirs, ses pas le mènent tout droit au sanctuaire où repose sa mère, décédée il y a quelques années. Éreinté, il s'effondre de sommeil dans ce lieu et se réveille quelques heures plus tard. Mais au lieu de son corps d'homme mûr, il découvre avec stupeur celui d'un adolescent de quatorze ans... Effrayé, il s'enfuit en courant, et débouche dans le village de son enfance. Ce dernier est exactement comme dans ses souvenirs... Le temps semble l'avoir ramené l'année de ses quatorze ans... Commence alors pour lui une expérience hors du commun : avec sa conscience de quinquagénaire et ses souvenirs sur cette époque, il retrace cette période de sa vie. Mais aucun de ses actes ne sera sans conséquence...

Je me suis laissée porter avec délice par ce(tte) BD / manga (N.B. : après plusieurs discussions avec des blogolecteurs, impossible de trancher pour ce titre : BD ou manga ? Les fervents défenseurs de chaque clan se sont insurgés... Je n'ai pas tranché...) L'intrigue est très intéressante. Le thème du voyage dans le temps n'est pas original en soi, certes, mais il est traité ici avec tant de poésie et de rêverie qu'il en devient passionnant.
Ce retour en enfance, dans un Japon des années 60, empreint de nostalgie et de douceur est une invitation au voyage et à la rêverie pour le lecteur. Le narrateur, redevenu celui qu'il était à quatorze ans, revit cette année de sa vie avec une insouciance teintée de questions : pourrait-il modifier le futur ? Pourrait-il, grâce à sa connaissances des événements à venir, influer sur ceux-ci ?
Les graphismes en noir et blanc sont magnifiques et l'harmonie de chaque planche très étudiée. Les vignettes se succèdent de façon cinématographique, alternant lenteur dans la scène et accélération du rythme... Une réussite qui résonnera longtemps en moi...

Pour ceux que ce billet intrigue, sachez que l'adaptation cinématographique de Sam Garbarski, se fondant sur les deux tomes de Quartier Lointain, sortira sur nos écran en septembre cette année.

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02 février 2010

Walking Dead tome 1 : Passé décomposé, Robert Kirkman, Tony Moore et Charlie Adlard

walking_dead_tome_1sizedVoilà une BD prêtée par un de mes collègues fan de zombies et autres revenants en toSans_titre_2us genres. Sceptique de prime abord, je me suis plongée dans la lecture du premier tome hier soir... Et là, j'ai été bien surprise... Deuxième coup de cœur de cette année pour cette BD...

Notre monde n'existe plus. Ravagé par une épidémie, les humains se font rares, tandis que les zombies errent dans les rues des villes dévastées, incapables d
e mourir, et à la recherche de chair fraîche pour se nourrir.
Rick, un policier plongé dans le coma, se réveille au milieu de cette horreur.   Choqué et désorienté, il survit grâce à l'aide d'un rescapé, qui le conduit tout droit dans les bras de sa femme et de son fils.
Commence alors pour la troupe de survivants un combat contre la mort, où les armes et la nourriture se font rares...

Intrigue héritée d'un film ou d'un jeu vidéo du genre, cette BD n'en est pas moins étonnante. L'histoire de ce monde où tout s'effondre et dans lequel la survie tient à bien peu permet  de se projeter dans cette situation et de s'interroger.
La psychologie des personnages est intéressante et permet une identification certaine. Ces derniers sont attachants et luttent avec acharnement contre la catastrophe à laquelle ils sont confrontés, s'entraidant les uns les autres malgré les différences.
Les graphismes, très étudiés, entraînent le lecteur dans cet univers apocalyptique dans lequel la vie et la mort ont des frontières bien floues.
La mise en page de chaque planche est très étudiée, les vignettes s'enchaînent tels des plans de caméra au cinéma.

Bref, un  régal ! Le tome 2 m'attend ce soir !

Planche Walking Dead 1


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29 janvier 2010

Les Enchantements d'Ambremer, Pierre Pevel

9782253115854FSÇa y est, je viens de fermer la dernière page du premier tome [Des] Enchantements d'Ambremer, de Pierre Pevel, et ce avec regret...Mais avant tout, laissez-moi vous racontez un peu l'intrigue de ce roman...

Paris, 1909.  Mais la capitale n'est pas ce que nous imaginons de la Belle Époque.  Elle est imprégnée des éléments de l'OutreMonde, ce monde merveilleux dans lequel licornes, elfes et dragons coexistent avec les humains.
Ainsi, au Paris que nous imaginons de cette époque, s'entrelacent créatures merveilleuses et autres inventions imaginaires : saules rieurs, dragons minuscules pareils à des insectes, chênes bavards etc.

Vivant au cœur de ce Paris des Merveilles, Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage du Cercle Cyan, est amené à collaborer sur une enquête de trafic d'objets enchantés. Mais à cette simple affaire de corruption s'ajoute des meurtres étranges. Des gargouilles tuent, envoûtées par une sorcière adepte de magie noire, des objets disparaissent, tandis qu'une magicienne soulève un pan de l'histoire de l'OutreMonde que même la reine du royaume souhaiterait laisser dans l'ombre... L'affaire se corse pour notre mage, qui s'obstine à découvrir la vérité.

Premier coup de cœur de l'année 2010 (et pas le dernier j'espère !), ce livre est d'une lecture Sans_titre_2très agréable. Par son écriture fluide, Pierre Pevel nous emmène avec brio dans son univers merveilleux et fascinant. Sa plume poétique et souvent bien rythmée et son écriture cinématographique permettent de rentrer facilement dans cette intrigue. Mêlant éléments historiques et imaginaires, il donne à voir dans ce court roman un monde peuplé de créatures issues de la fantasy, dont il dicte lui-même les codes. La prouesse de cet auteur réside ici en cette faculté à dépeindre en si peu de pages (350), un univers imaginaire dans lequel le lecteur se glisse avec aisance.

L'intrigue est très bien menée et permet de mêler une enquête policière aux éléments historiques. Ici, pas de logique à la Sherlock Holmes, ni de réflexion pragmatique sur l'identité du meurtrier, mais des techniques d'enquête de mage et des raisonnements issus du monde merveilleux. Le rythme de l'intrigue est rapide, les événements se succèdent et ne laissent pas de répit au lecteur, donnant souvent l'impression d'assister visuellement à la scène, tant les descriptions de Pevel, minutieuses et précises , complètent brillamment cette succession de péripéties.

Les personnages sont attachants, et leur psychologie est soignée. Parfois stéréotypés par leur fonction ou leur nature (le mage courageux, le gnome râleur, etc.), ils n'en demeurent pas moins intéressants et surprenants.

"Originaires de l'OutreMonde, les chats-ailés ne se contentent pas de parler. Ils sont savants, qualité qu'ils doivent à une longévité exceptionnelle et à une capacité unique : celle de s'imprégner de la matière des livres sur lesquels ils dorment." (p.29)

"Ambremer était une cité médiévale, telle que vous, moi et l'essentiel de nos contemporains la rêvent. A savoir pittoresque et tortueuse, avec des venelles pavées plutôt que boueuses, des maisons en belle pierre plutôt qu'en mauvais torchis, des toits de tuile rouge plutôt que de chaumes sales. (p.47)

"On évitait les mages parce qu'on les redoutait ; on les connaissait mal puisqu'on ne les fréquentait guère ; et de l'ignorance naissaient la crainte et les plus folles rumeurs." (p.134)

Seul regret, et non des moindres : le second tome de la série, actuellement introuvable et en rupture d'édition, me laisse largement sur ma faim...

En tout cas, je remercie 47286519et les Éditions Livre de Poche de m'avoir offert ce livre !!

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