Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

07 mars 2018

Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ? Soledad Bravi et Dorothée Werner

Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmesPourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ? est un album signé Soledad Bravi pour les illustrations et Dorothée Werner pour les textes. Il est paru chez Rue de Sèvres le mois dernier.

Revenons à la Préhistoire et parcourons au fil des pages la chronologie de l'évolution des droits de la femme : les figures incontournables qui ont oeuvré pour l'égalité (Olympe de Gouges, les Suffragettes, Simone Veil, Gabrielle Chanel, etc.), les dates clés, les événements politiques et sociétaux, etc. C'est avec humour et simplicité que les deux auteures nous entraînent dans ce panorama en BD et nous offrent une perspective diachronique de la condition féminine.

En cette veille de Journée Internationale des droits des Femmes, je ne pouvais pas ne pas me pencher sur cet album au petit format qui promet de balayer le champ historique pour comprendre la source des inégalités hommes femmes qui sévissent encore aujourd'hui. 
Le ton est volontairement sarcastique et le trait humoristique pour traiter de ces faits qui font froid dans le dos. A travers l'Histoire, et malgré les nombreuses voix qui se sont élevées, la femme a toujours été considérée comme inférieure à l'homme, pour des raisons clairement absurdes. Les auteures s'attachent à déconstruir ces idées reçues en les dénonçant purement et simplement.  
Si j'ai adoré l'idée d'une telle chronologie et la postface qui fait le point sur la situation des femmes dans le monde en 2018 et les derniers événements s'y référant (Harvey Weinstein, bonsoir !) j'ai trouvé que certains faits manquaient d'un petit accompagnement pour être appréhendés dans leur complexité, selon le lectorat. Si les dates et mentions des fonctions des personnes citées est pertinent, c'est dommage que des faits soient traités très rapidement (comme l'évocation de la chanson Femme libérée par exemple). Pour autant, Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ? reste un court album très bien ficelé, agréable à lire et qui permet une bonne vue d'ensemble sur la question. Je remercie les éditions Rue de Sèvres de m'avoir permis de découvrir cet album.

Planche 1 Planche 2

 BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Moka !

Une chronique de soukee rangée dans BD et romans graphiques - Vos commentaires [38] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , ,


31 janvier 2018

Culottées T.2 Pénélope Bagieu

Culottées tome 2Le deuxième tome de Culottées de Pénélope Bagieu est paru en janvier 2017 chez Gallimard. 

Quinze portraits. Quinze femmes qui ne font que ce qu'elles veulent, qu'importent l'époque ou les conventions sociales. Des femmes fortes, qui font voler en éclat stéréotypes et préjugés envers les femmes. 

J'avais adoré découvrir les quinze premiers portraits des femmes au destin incroyable du premier tome des Culottées. J'ai tout naturellement plongé entre les pages de ce second tome, et j'en suis ressortie tout aussi charmée. 

Pénélope Bagieu dresse avec un humour certain les vies de ces femmes, leurs combats, leurs idéaux. C'est fort, beau, parfois triste et violent, mais toujours positif. J'ai été particulièrement émue et admirative du courage de Phulan Devi, reine des bandits indienne, mais touchée tout autant par le destin de Peggy Guggenheim, de Katia Krafft, Sonita Alizadeh, Nellie Blye, Jesselyn Radack ou encore Thérèse Clerc. Ces femmes qui par leurs actions, leurs combats, ont fait valoir le droit des femmes. Un diptyque à lire, à relire, à offrir. 

 Planche 3              Planche 1

Si vous n'avez pas ces deux albums sous la main, rendez-vous sur le blog Culottéestoutes les planches sont disponibles !

BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Moka !

 

Une chronique de soukee rangée dans BD et romans graphiques - Vos commentaires [22] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , ,

26 janvier 2018

Les heures silencieuses, Gaëlle Josse

les heures silencieuses, Gaëlle JosseLes heures silencieuses est le premier roman de Gaëlle Josse. Il est paru en 2011 aux éditions Autrement.

Delft, novembre 1667. Magdalena Van Beyeren, mariée à l'administrateur de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, a dû renoncer très jeune à ses rêves d'aventures pour devenir une épouse modèle. Mais ses souvenirs d'enfance la hantent, notamment lorsqu'elle accompagnait son père vérifier les bateaux et l'aidait dans sa charge d'administrateur. A son journal, elle se confie et livre ses secrets comme ses désirs inassouvis.

J'avais découvert Gaëlle Josse avec Nos vies désaccordées que j'avais adoré et j'étais curieuse de découvrir, à rebours, son premier roman. Ce dernier s'inspire du tableau Intérieur avec femme à l'épinette d'Emmanuel de Witte. Gaëlle Josse a en effet pris le parti de donner la parole au personnage féminin de ce tableau, donnant corps à sa vie comme au contexte de création de l'oeuvre.
J'ai encore une fois été charmée par la plume poétique et imagée de l'auteure qui transporte le lecteur, en quelques phrases, dans le Delft du 17e siècle.
Le caractère intime de la narration à la première personne offre une dimension particulière à la confession de cette héroïne, victime d'une époque où les femmes n'avaient que peu d'espace pour s'exprimer.  Delft est esquissée au travers de descriptions du changement de saison, et le lecteur de baigner dans la Hollande de Vermeer et ses contemporains. La musique tient encore une fois une place de choix dans l'intrigue, tout comme dans Nos vies désaccordées.
En 90 pages, Gaëlle Josse nous offre un roman lumineux et sensible, portrait d'une femme forte et déterminée. Une très belle découverte et une auteure dont je vais suivre le travail de près.

Une chronique de soukee rangée dans Littérature française - Vos commentaires [4] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , ,

17 juin 2017

Les filles de Hallows Farm, Angela Huth

Les_filles_de_Hallows_FarmLes filles de Hallows Farm est un roman de la femme de lettres et journaliste britannique Angela Huth paru en 1995 et adapté au cinéma sous le titre Trois anglaises en campagne en 1998.

1941, dans une ferme reculée du Dorset. Pour soutenir l'effort de guerre, les femmes sont appelées dans les champs pour remplacer les hommes partis au combat. C'est ainsi que Prue, Stella et Agatha, trois étudiantes aux caractères opposés, se retrouvent chez les Lawrence. La rencontre avec la dureté de la vie agricole va rapidement souder les jeunes femmes mais bouleverser l'équilibre de la famille, et troubler notamment Joe, le fils réformé pour des raisons médicales. Dans cette campagne anglaise où la guerre ne semble pas avoir lieu, les journées sont rythmées par les travaux agricoles et très vite, Prue, Stella et Agatha se prêtent au jeu.

La rencontre avec ce roman est un hasard absolu puisque je pensais qu'il m'avait été conseillé par une amie il y a longtemps, je suis tombée sur lui en brocante par le plus pur hasard (alors que je suis plutôt dans l'optique de ne pas acheter de livres vu que je déménage) et quand, toute contente, j'ai annoncé à ladite amie que j'avais trouvé ce livre, elle m'a dit ne pas le connaître... Bref, face à cette situation ubuesque, j'ai décidé néanmoins de le lire durant le Mois anglais.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : j'ai adoré ce roman ! En ce moment, je lis assez souvent des livres évoquant la Seconde Guerre mondiale (je crois que mon voyage à Prague m'a bouleversée) mais je m'étais peu intéressée à cette question de volontariat des femmes, enjointes à supporter l'effort de guerre en remplaçant les hommes. Le cadre de l'intrigue - le Dorset - est absolument enchanteur et nous plonge dans une campagne anglaise séduisante à bien des égards. Les personnages sont traités avec finesse et évoluent avec les mois passés dans le monde rural. La romance point, évidemment, dans ce microcosme refermé sur lui-même, et le lecteur d'imaginer ce que nos aïeux ont pu endurer, entre longues séparations, décès, blessures de guerre. Un roman pas mièvre pour un sou, néanmoins, bien ficelé, avec des personnages forts et vraisemblables. Une très belle plongée dans la campagne anglaise que je ne peux que vous conseiller.

Une nouvelle lecture pour le Mois anglais de Lou et Cryssilda.

mois anglais 2014_4.jpg

Une chronique de soukee rangée dans Littérature anglaise - Vos commentaires [18] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , ,

13 avril 2017

Bye Bye Bollywood, Hélène Couturier

Bye Bye Bollywood, Hélène CouturierBye Bye Bollywood est un roman d'Hélène Couturier qui paraît aujourd'hui aux Editions Syros.

Nina a quinze ans, un père qui vit en Irlande, une mère branchée yoga et une petite soeur de neuf ans agaçante dans son genre. Tout bascule le jour où sa mère décide de partir quinze jours dans un ashram en Inde avec ses deux filles. Quinze jours de vacances qui riment avec pénitence pour l'adolescente : pas de réseau, des menus végétariens, du yoga et de la méditation tous les jours, bref un enfer ! Mais l'Inde va réserver des surprises à Nina et faire vaciller ses certitudes. 

Vous connaissez sûrement mon goût pour l'Inde (avec Hilde nous avons organisé pendant plusieurs années des challenges autour de la littérature indienne), vous connaissez peut-être un peu moins mon goût pour le yoga et la méditation (bien que je l'ai esquissé à demi-mot dans ce billet). Mais vous l'aurez compris : ce roman jeunesse était fait pour moi !

Et j'ai dévoré ces pages en y prenant beaucoup de plaisir. Hélène Couturier réussit le tour de force d'une narration à la première personne par un personnage adolescent sans que celle-ci ne soit trop vulgaire ni édulcorée. Nina a quinze ans, Nina ne pense qu'à ses copines et sa vie sociale via Facebook et WhatsApp, Nina se fiche complètement des aspirations de sérénité de sa mère et Nina est la narratrice du roman. Du coup, l'humour est au rendez-vous de cette intrigue qui se moque gentiment de la verve yoga/bouddhisme/méditation qui envahit l'Occident et fait d'une retraite dans un ashram le dernier endroit branché. Pour la jeune fille, rien ne vaut la farniente dans un hôtel-club all inclusive à siroter des sodas toute la journée au bord d'une piscine.

Mais c'est en Inde que Nina se rend. Et le pays ne va pas la laisser indifférente. Et si la pauvreté l'assaille dès l'atterrissage, c'est surtout à la condition féminine que Nina va s'intéresser, en rencontrant notamment Sampat Pal Devi, la militante indienne qui lutte contre la corruption et défend les droits des femmes dans un pays où  les lois qui les protègent sont souvent négligées.

La culture indienne est abordée sans aucune lourdeur et permet une incursion en douceur dans cet Orient qui fait tant rêver l'Occident. Cuisine, culture, codes vestimentaires, coutumes, Hélène Couturier balaie un large spectre pour permettre à son jeune lectorat de s'imprégner du contexte de son intrigue.

Bye Bye Bollywood est un excellent roman jeunesse qui, sous couvert d'une couverture rigolote, d'une narratrice un brin en colère et auto-centrée (mais qui ne l'est pas à cet âge ?), aborde des thématiques très intéressantes. La relation mère-fille, les relations entre soeurs, les premiers émois et le conformisme adolescents sont ainsi traités avec finesse dans ces 200 pages. Un grand merci à LP Langage&Projets et aux éditions Syros pour la découverte de ce roman pétillant.

Une chronique de soukee rangée dans Romans jeunesse - Vos commentaires [4] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , , , , , ,


22 février 2017

Culottées T.1, Pénélope Bagieu

Culottées TCulottées est un album de Pénélope Bagieu paru en septembre 2016 chez Gallimard. Il regroupe les quinze premières planches prépubliées de façon hebdomadaire par la jeune illustratrice sur le blog éponyme qu'elle a lancé sur le site du Monde. Un second album a suivi, en janvier 2017.

Clémentine Delait - la célèbre femme à barbe -, Margaret Hamilton - qui terrorisa des générations d'enfants par ses rôles de sorcières terrifiantes -, Giorgina Reid - gardienne d'un phare et experte en terrassement -, Agnodice - gynécologue au IV av. JC -, Joséphine Baker - actrice, résistante et mère de famille nombreuse-, etc. Pénélope Bagieu dresse dans cet album le portrait de quinze femmes qui se sont élevées contre la pression sociale de leur époque pour vivre librement et accomplir leurs rêves.

J'avais entendu parler de l'initiative de Pénélope Bagieu d'un blog consacré à des femmes culottées (et c'est le cas de le dire !) l'an dernier, sorti conjointement mais sans rapport avec le scandale d'Angoulême quant à l'absence de femmes sélectionnées pour le Grand Prix du Festival, mais je n'avais pas eu l'occasion d'aller y jeter un oeil. Il a fallu qu'on me mette cet album sous le nez ce weekend pour que je m'y plonge dedans... et j'ai rudement bien fait !

Il sont loin le dessin et le ton de Joséphine ou de Cadavre exquis, les premiers albums de Pénélope Bagieu.  La jeune illustratrice a évolué dans son trait et son propos et nous livre ici un album intéressant et intriguant. Recueil de chroniques sur ces femmes qui ont su croire à leurs rêves malgré les freins de leurs époques, l'album est un bel hommage à ces personnalités oubliées ou ces célébrités intimistes. Chaque portrait s'étale sur quelques planches, Pénélope Bagieu résumant avec humour la vie de ces femmes. Ces quinze mini biographies sont autant d'appels à découvrir le destin de chacune de ces femmes, forçant le respect chacune à sa manière. Une très belle lecture, ode à la condition féminine et porteuse d'une universalité malgré les époques et les continents. Merci Marion et Flo !

Planche 1 Planche 2

 

Si comme moi vous n'avez pas le tome 2 sous la main et envie de découvrir les quinze autres portraits de ces femmes d'exception, rendez-vous sur le blog Culottéestoutes les planches sont disponibles !

BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Mo' !

 

Une chronique de soukee rangée dans BD et romans graphiques - Vos commentaires [36] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , ,

15 février 2017

Désolée, je suis attendue, Agnès Martin-Lugand

Désolée je suis attendue, Agnès Martin-LugandDésolée, je suis attendue est le quatrième roman d'Agnès Martin-Lugand paru en avril 2016 aux éditions Michel Lafon.

Yaël, jeune interprète dans une agence parisienne réputée, est obnubilée par son travail. Délaissant amis et famille, la trentenaire qu'elle est devenue n'a plus rien de la jeune fille insouciante et légère qu'elle était dans sa jeunesse. Son quotidien, rythmé par son travail, ne laisse aucune place à une quelconque vie personnelle et ses proches s'en inquiètent. Mais quand un vieil ami refait surface et que la bande de copains de l'université se reforme peu à peu, Yaël vacille et son équilibre aussi. Et si la vie qu'elle avait choisie ne lui correspondait pas ?

Ayant adoré Les gens heureux lisent et boivent du café et La vie est facile, ne t'inquiète pas - respectivement les premiers et troisième romans d'Agnès Martin-Lugand qui se suivent et reprennent les mêmes personnages - j'ai sauté sur l'occasion de découvrir celui-ci, anticipant avec délectation une lecture agréable. Malheureusement, je me suis ennuyée dans ces pages, éprouvant un goût de déjà-vu assez dérangeant. Les personnages sont caricaturaux - Yaël ressemble à un Patrick Bateman d'American Psycho en version féminine pas meurtrière, tandis que les personnages secondaires sont de pâles êtres de papier sans consistance aucune -, l'intrigue prévisible dès les premières pages, et la romance insipide. Les pages défilent au son d'écueils qui se succèdent et qui donnent à l'ensemble un goût superficiel. 

Bref, une rencontre ratée avec une auteure qui a su me ravir avec deux romans. Ma déception est certainement à la hauteur de la joie éprouvée à la découverte de ces derniers, mais je ne m'avoue pas vaincue et découvrirais avec plaisir ses deux romans que je n'ai pas lus, Entre mes mains le bonheur se faufile, paru en 2014, et J'ai toujours cette musique dans la tête qui sortira en mars.

Une chronique de soukee rangée dans Littérature française - Vos commentaires [20] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , , ,

20 décembre 2016

Amours, Léonor de Récondo

Amours, Léonor de RecondoAmours est le quatrième roman de la violoniste et romancière française Léonor de Récondo paru aux éditions Sabine Wespieser en 2015. 

Au début du XXème siècle, dans le Cher, Anselme de Boisvaillant, notable respecté, profite du sommeil de sa femme pour violer Céleste, la jeune bonne de la maisonnée.  Lorsque celle-ci tombe enceinte, Victoire, la femme d'Anselme, décide d'adopter l'enfant et de se faire passer pour sa mère afin de sauver l'honneur du couple et d'offrir à son époux l'héritier tant désiré. Passant outre l'affront et la honte liés à l'adultère, Victoire s'improvise mère mais peine à s'occuper de l'enfant. Elle oscille entre ennui et désarroi. Heureusement, Céleste veille sur le petit et prend soin de lui. Victoire s'en aperçoit rapidement et bien vite, les deux femmes se lient à l'insu d'Anselme.

Quel roman ! Reçu en cadeau pour mes trente ans et reçu à nouveau en réussite à mon mémoire (mes amies ont les mêmes idées sans même se connaître, c'est pas fabuleux ça ?), Amours est un petit bijou à côté duquel j'aurais pu passer si ces deux présences bienveillantes ne me l'avaient pas glissé entre les mains.

Léonor de Récondo signe ici une intrigue très riche dans laquelle les héroïnes sont magnifiées, leurs corps encensés et le plaisir charnel révélé. Derrière un rideau de conventions sociales lourdes, à une époque où les femmes n'avaient que peu de liberté, se révèlent deux personnages féminins forts, marqués par leur statut social. Céleste, issue d'une famille humble, qui n'a d'autre destin que de servir les autres, quels que soient leurs désirs - être violé par le maître de maison était courant à l'époque et non condamné par la loi - et Victoire, étouffant dans un mariage malheureux, s'ennuyant telle une Emma Bovary engoncée dans une vie qui ne lui convient pas. Le corps féminin, uniquement dévoué à accueillir un foetus à cette époque, se libère de ses corsets et se défait de ses interdits pour mieux accéder au plaisir. C'est beau, très beau même. Les 200 et quelques pages se tournent à une vitesse folle vers un dénouement incroyablement réussi. Léonor de Récondo signe ici un roman magnifique qui donne sans hésiter l'envie de découvrir le reste de son oeuvre. Merci Flo et Lise pour ce chouette cadeau !

« De la vie, on ne garde que quelques étreintes fugaces et la lumière d'un paysage. »

 

Une chronique de soukee rangée dans Littérature française - Vos commentaires [6] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , , , , , , ,

19 janvier 2016

Tueuses mais pas trop, Stéphanie Mesnier

Tueuses mais pas trop, Stéphanie MesnierTueuses mais pas trop est un roman de l'écrivain et journaliste Stéphanie Mesnier paru en février 2015 chez Fayard.

Elles sont influentes, souvent riches, dotées d'un certain pouvoir mais ont dans l'intimité une ombre qui rôde autour d'elles. Mari, amant, belle-mère, chacune a une personne nocive dans son entourage proche. Et s'il était possible de faire disparaître ces malveillants sans que jamais le lien ne soit fait entre la victime et son meurtrier ? Et si ces femmes s'alliaient et se rendaient service ? C'est ce que propose un étrange club qui met en relation ces femmes, pour le meilleure et pour le pire !

Certes, je m'attendais à une comédie légère, comme l'annonçait la couverture girlie et la quatrième et j'étais ouverte à cette idée de détente. Mais je m'attendais quand même à une intrigue originale et bien traitée, de l'humour ou encore des personnages léchés. Malheureusement, il n'en est rien. Tueuses mais pas trop semble être un condensé de clichés et de caricatures. Il n'est pas un personnage qui rattrape l'autre, ni une situation qui apporte un semblant de piment à cette intrigue cousue de fil blanc, qui semble tout droit copiée sur un roman d'Agatha Christie. L'idée de départ était pourtant bonne malgré son côté sordide - un club de femmes qui s'entraident pour supprimer à chacune l'individu qui la gêne dans sa vie - mais l'intrigue tombe vite à plat. 
La plume de Stéphanie Mesnier est très contemporaine et porte les relents d'une écriture journalistique qui oublie de soigner son style et laisse la part belle à des dialogues parfois inutiles. 
La construction narrative inversée - le roman commence par une scène finale et redéroule le fil des événements ensuite - apporte certes une touche d'originalité mais ne permet pas au suspense d'éclore. J'ai lu d'une traite ce roman mais sans éprouver de réel plaisir. C'est vraiment dommage car l'idée originale est intéressante mais ne semble pas avoir été suffisamment exploitée.
Je tiens à remercier les éditions Fayard pour la découverte de ce roman, et s'il n'a pas réussi à  me séduire, j'espère qu'il trouvera néanmoins son public.

grand merci à Dominique et aux éditions Fayard pour ce livre. - See more at: http://bouquinbourg.canalblog.com/tag/Service%20de%20presse#sthash.TpJqAcRJ.dpuf

Une chronique de soukee rangée dans Littérature française - Vos commentaires [10] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , ,

19 septembre 2015

La dernière réunion des filles de la station-service, Fannie Flagg

imageLa dernière réunion des filles de la station-service est le dernier roman de l'actrice et auteure américaine Fannie Flagg paru en avril 2015 aux éditions du Cherche Midi.

Sookie Poole a bientôt soixante ans et n'aspire qu'à une seule chose : se reposer, après avoir marié ses trois filles. Alors que sa vie est plutôt paisible à Point Clear, en Alabama - entre visites à Lenore, son excentrique et inépuisable mère, et nourrissage des oiseaux de son jardin - un courrier lui annonce un jour qu'elle a été adoptée. Son monde vole alors en éclat et son équilibre vacille. Sa mère biologique est en réalité une américaine du Wisconsin d'origine polonaise issue d'une famille de pompistes. Sookie ne peut s'empêcher de partir à la recherche de ses origines pour mieux comprendre qui elle est.

Chacune de mes lectures d'un roman de Fannie Flagg est un moment délicieux. J'avais adoré Beignets de tomates vertes, vous le savez, et plus récemment Miss Alabama et ses petits secrets. Et ce roman ne déroge pas à la règle !

La dernière réunion des filles de la station-service s'inscrit dans la droite lignée des précédentes oeuvres de l'auteure. L'intrigue se déroule en Alabama et met en scène, encore une fois, des personnages féminins forts et qui suscitent une vive empathie. Cette fois-ci, c'est d'une quête identitaire qu'il s'agit, puisque Sookie part sur les traces de sa mère biologique. Mais Fannie Flagg ne se contente pas de cet aspect-là et injecte à son roman une dimension historique en s'attardant sur l'épisode des WASP (Woman Airforce Service Pilots) d'août 1943 à décembre 1944, lors du second conflit mondial. Défendant comme à son habitude la condition féminine, l'auteure offre un rôle de choix à ces femmes pilotes dans les forces armées aériennes américaines et leur rend hommage en imaginant trois soeurs  qui intègrent les WASP pour soutenir, à leur manière, l'effort de guerre. J'ignorai tout des WASP et j'ai découvert avec grand plaisir ce rôle des femmes américaines dans le conflit. Si Fannie Flagg souhaite les mettre en lumière et leur rendre hommage, elle ne peut pour autant pas faire l'économie du fossé qui les sépare des hommes qui participèrent à la guerre et des hommages et indemnités qu'ils reçurent, contrairement à elles. C'est criant d'injustice, sans être pour autant une surprise, mais c'est important de ne pas l'oublier.

Fannie Flagg nous offre encore une fois un roman d'une humanité rare et des plus agréables à lire, dans lequel les personnages féminins occupent la première place. Sa plume légère et son humour légendaire en font une douceur dont on aurait tort de se priver, et que l'on referme le sourire aux lèvres.

Un grand merci à Solène et aux éditions du Cherche Midi pour ce roman reçu en service de presse.

Et zou ! Une nouvelle participation au Reading Challenge 2015 ! 

16. Un titre d'un auteur que j'aime et que je n'ai pas lu

image

Une chronique de soukee rangée dans Littérature américaine - Vos commentaires [25] - Lien permanent vers ce billet [#]
Mots-clés : , , , , , ,