Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.




07 octobre 2019

Foutez-vous la paix ! et commencez à vivre, Fabrice Midal

Foutez-vous la paix ! Fabrice MidalFoutez-vous la paix ! et commencez à vivre est un livre du philosophe et écrivain Fabrice Midal paru en janvier 2017 aux éditions Flammarion.

En voilà une injonction qui sonne de façon impérieuse alors que le propos du livre est à l'opposé. Dans ce court essai de moins de 200 pages, Fabrice Midal invite son lecteur à déculpabiliser et lâcher-prise en 15 chapitres. Le ton est volontairement cinglant, un brin familier, mais toujours très juste et l'auteur appuie là où ça fait mal. Il suffit de lire les intitulés des chapitres pour s'en rendre compte :

1/Cessez de méditer. Ne faites rien  
2/Cessez d'obéir. Vous êtes intelligents  
3/
Cessez d'être sage. Soyez enthousiaste 
4/
Cessez d'être  calme. Soyez en paix
5/
Cessez de vous réfréner. Désirez ! 
6/
Cessez d'être passif. Sachez attendre 
7/
Cessez d'être conscient. Soyez présent 
8/
Cessez de vouloir être parfait. Acceptez les intempéries
9/
Cessez de chercher à tout comprendre. Découvrez le pouvoir de l'ignorance 
10/Cesser de rationnaliser. Laissez faire

11/Cessez de vous comparer. Soyez vous-même

12/Cessez d'avoir honte de vous. Soyez vulnérable

13/Cessez de vous torturer. Devenez votre meilleur ami

14/Cessez de vouloir aimer. Soyez bienveillant

15/Cessez de discipliner vos enfants. La méditation n'est pas de la Ritaline

C'est bien simple, Fabrice Midal  déconstruit sciemment tout ce que l'on a appris jusque là pour mieux apprendre à se foutre la paix. De l'injonction à la méditation à la rentabilité de nos journées en passant par le paradoxe de vouloir calmer ses enfants, le besoin de se comparer et ses répercussions, Fabrice Midal étudie ce qui assaille nos pensées et nous ronge au quotidien pour mieux nous montrer que la sagesse est là, en nous, et qu'il suffit de s'arrêter pour la voir. De prendre le tems. De méditer sans injonction à ne pas s'attacher à ses pensées. Juste être là, conscient de ce qui se passe. Et l'accepter.    
C'est bien simple, j'ai noté des idées pour m'aider dans mon propre cheminement à tous les chapitres, et s
'il ne devait rester qu'un livre lu pendant mon voyage à Bali, ça serait celui-ci. Quelle claque ! A lire, relire et à offrir autour de soi largement. Pour aller plus loin, Fabrice Midal propose des séances de méditation pour apprendre à se foutre la paix sur son site. En attendant, petit florilège de citations inspirantes :

"Foutez-vous la paix parce qu'il y a urgence dans notre monde qui crève de souffrances, de misères, d'inhumanité. C'est tout de suite qu'il nous faut créer le changement. En nous foutant la paix..."

"Et c'est justement parce qu'elle nous délivre de l'asservissement de cette dictature de l'utilité et de la rentabilité propre à notre temps [que la méditation] est une chance."

"Méditer, au fond, c'est tout simplement le fait d'être. Le fait de s'arrêter, de s'octroyer une pause, de cesser de courir pour rester présent à soi, pour s'ancrer dans son corps. C'est une école de vie."

"Arrêtez de méditer si vous le faites pour apprendre à lâcher prise, selon cette autre injonction à la mode : vous n'y parviendrez pas. Méditer, ce n'est pas se calmer, c'est entrer en rapport à votre propre vie. Ce n'est pas prendre ses distances avec l'ici-bas, ce n'est pas détourner la tête de notre quotidien mais, au contraire, c'est prendre à bras-le-corps tout ce qui fait notre existence, y compris le sexe, l'argent, le travail, les emmerdes et les joies. La vraie sagesse ne consiste pas à enfouir ses émotions, ni non plus à les exposer. Elle implique d'entrer en rapport avec elles, de les écouter, de reconnaître ce qu'elles disent pour déterminer le vrai du faux."

"Occulter nos émotions douloureuses (ou négatives), nous en vouloir de les éprouver et de les exprimer, c'est pourtant refuser quelque chose de notre part d'humanité qui est constituée de nos joies, mais aussi de nos chagrins, de nos imperfections, de nos désarrois, de nos intempéries."

"Méditer est un acte de bienveillance envers soi, un oui profond. C'est là un mouvement profondément libérateur dans notre société dominée par une vision perfectionniste qui n'a absolument rien à voir avec la réalité de notre existence humaine."

"Entrer en amitié avec soi est un travail difficile, tant il nous faut défaire de mécanismes incrustés en nous."

"C'est seulement en me reconnaissant le droit d'être tel que je suis que je reconnais pleinement aux autres, à l'humanité, au monde, le droit d'être tels qu'ils sont..."

"La méditation n'a pas pour vocation à rendre plus calme les adultes ni, à fortiori, les enfants. Elle n'est pas là pour les empêcher d'être des enfants, mais, au contraire, pour les autoriser à être des enfants, à se ressourcer, à vivre, à s'épanouir à l'heure où nous mettons une incroyable pression sur eux et où nous ne savons plus ce que signifie être un enfant. Une séance de méditation n'équivaut pas à un cachet de Ritaline. Elle ne calme pas, mais elle apaise. Un enfant calme, c'est un enfant qui n'est pas turbulent selon nos critères, c'est-à-dire un gamin qui joue seul dans son coin sans déranger notre propre quiétude. Etre apaisé signifie que les tensions et les conflits n'ont plus d'espace pour être."

"Ceci dit, s'émerveiller ne signifie pas s'abriter de la réalité, ni rêver les yeux ouverts. S'émerveiller n'est pas refuser de se confronter aux difficultés du quotidien - et en laisser la charge aux autres. S'émerveiller, c'est ne pas se laisser dévorer par ces difficultés, c'est aussi les affronter, mais admettre que celles-ci ne constituent qu'une part de la réalité. A nous de chercher où est l'autre part, de reconnaître dans un premier temps que tout ne va pas mal, que nous avons juste des emmerdes qui ne réussiront pas à corrompre la totalité de notre existence. Cet émerveillement apparaît même dans des situations extrêmes."

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29 août 2019

Journal intime d'un touriste du bonheur, Jonathan Lehmann

Journal intime d'un touriste du bonheurJournal intime d'un touriste du bonheur est le récit que l'ancien avocat d'affaire franco-américain Jonathan Lehmann a écrit durant son voyage de trois mois en Inde fin 2016. Il est paru en mai 2018 aux éditions de La Martinière. L'auteur est aussi l'auteur du programme Les antisèches du bonheur.

J'ai reçu ce livre en cadeau à mon abonnement au magazine Respire, et autant vous dire que j'étais très sceptique avant de l'ouvrir. Je connaissais rapidement le parcours du créateur des antisèches du bonheur et je craignais de découvrir la success story de cet ancien avocat d'affaires reconverti en chantre de la méditation,  annoncée par le bandeau de l'éditeur.
Et je dois vous avouer que j'ai été agréablement surprise. Vraiment. Jonathan Lehmann est agaçant dans sa posture d'occidental qui a brûlé la vie par les deux bouts et croit tout connaître lorsqu'il découvre l'Orient et sa sagesse millénaire, mais son auto-dérision permet, dès les premières pages,
de rire avec lui de ses pensées et de ses incompréhensions culturelles, linguistiques et spirituelles.
A l'image d'un journal intime, le lecteur suit au jour le jour le récit de ces trois mois en Inde, de Jodhpur à Mumbai en passant par Pune, Arambol, Rishikesh, Goa, Varkala, Amritapuri et Udaipur. Trois mois d'ashrams, de méditations, de rencontres, de gourous, d'enseignements, de tantrisme, de constellations familiales, aussi. Et au fur et à mesure de son voyage, Jonathan grandit, guérit de ses blessures, et fait ses deuils. C'est beau, et ça résonne, évidemment. Car quelle que soit la forme de la blessure, elle est là, en chacun de nous. Et c'est libérateur de lire le parcours d'un homme en quête de guérison, un homme auquel il est étonnament si facile de s'identifier. L'humour est omniprésent et offre à l'ensemble une fraîcheur salvatrice, au milieu de ces réflexions et décryptages de pratiques méditatives et spirituelles.

L
e titre même du livre vient d'une remarque condescendante reçue dans un des derniers ashrams qu'il fréquente, de la part d'une disciple d'un des maîtres, qui taxe son voyage de shopping spirituel. Loin de rester piqué par cette remarque, Jonathan Lehmann l'analyse et prend conscience avec humilité de sa démarche, de son voyage, de celui qu'il était quand il est arrivé au début de ces trois mois en Inde, et de celui qu'il est à présent. Et c'est en ça que le livre fonctionne. Par son passé d'occidental matérialiste, Jonathan Lehmann était bien loin de l'écoute de soi, de la bienveillance et de la gratitude, et c'est aux côtés d'Amma et d'autres gourous qu'il ouvre finalement son coeur à ces pratiques ancestrales pour une vie plus douce.
L
'humilité est finalement ce qui m'a le plus touchée dans ce récit. L'humilité de cet ancien avocat new yorkais abonné aux gros contrats, aux fêtes, aux drogues et à la séduction, et son parcours, une fois son père décédé et sa petite amie partie, pour soigner ses blessures.
Moi qui lis beaucoup de textes de développement personnel, qui pratique la méditation et le yoga depuis plusieurs années,
qui essaie toujours d'être dans la gratitude et le non jugement, j'ai fait aussi, en toute humilité, pas mal de belles découvertes dans ce livre (notamment le truc tout bête, lorsqu'on critique quelqu'un, de rajouter à la fin de sa phrase : "comme moi". Parce que lorsqu'on critique quelque chose chez quelqu'un, c'est qu'il résonne en nous parce qu'on le possède. Le mieux étant d'arrêter de critiquer tout court, on est d'accord, hein ?).
Une bien belle lecture donc et qui n'est pas sans me rappeler celles de Touriste de Julien Blanc-Gras et Mange, Prie, Aime d'Elizabeth Gilbert. Elle va de ce pas rejoindre ma bibliothèque de livres inspirants et je ne peux que vous conseiller de vous plonger dedans vous aussi. 

"Je ne m'aime pas suffisamment, alors je réclame du monde extérieur qu'il m'aime à ma place. Mais le monde extérieur ne peut pas m'aimer vraiment, il ne me connaît pas. Le monde extérieur ne peut qu'approuver mon image. Et quand il le fait, c'est comme une drogue dure, de la cocaïne ou du sucre : ça créé une accoutumance et le besoin de revenir chercher la même chose peu de temps après." (p.108)

"Alors quand je vois [cette fichue culpabilité] débarquer et que je me mets à questionner mes choix ou mes actions passées, plutôt que de rajouter du contenu mental négatif [...] je m'efforce désormais d'agir ou d'observer. Agir s'il y a quelque chose que je peux faire, ici et maintenant, pour corriger la situation qui me tracasse. Observer s'il n'y a rien à faire, et regarder les pensées coupables sans jouer leur jeu ; sans m'identifier à elles ; sans leur donner d'énergie ; sans y ajouter volontairement d'autres pensées de même nature.
Pour m'aider dans ces moments-là, j'aime me répéter le mantra suivant : "Je ne peux pas changer le passé, mais je peux toujours faire de mon mieux, ici et maintenant." Il m'aide à revenir à l'instant présent et à ne pas trop me perdre dans des pensées inutiles et chronophages."
(p.187)

"Il existe selon [Prem Baba] deux outils majeurs pour faire évoluer les consciences : la pratique du silence, c'est-à-dire la vie méditative (semblable à l'approche préconisée par Goenka) ; et la connaissance de soi, c'est-à-dire la compréhension des blessures d'enfance et des différentes couches du Moi." (p.235)

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12 juillet 2019

Le jardin arc-en-ciel, Ito Ogawa

Le jardin Arc-en-ciel Ito Ogawa Le jardin arc-en-ciel est le troisième roman de la japonaise Ito Ogawa à être traduit en France. Il est paru en 2016 aux éditions Philippe Picquier.

Quand Izumi rencontre Chiyoko, la lycéenne est sur le point de se jeter sous un train. La jeune mère célibataire décide de prendre sous son aile la jeune fille fragile. Leur amitié se transforme rapidement en relation charnelle.
Avec Sosuke, le fils d'Izumi, elles décident un jour de tout quitter pour recommencer une vie ailleurs. Et c'est ainsi qu'elles atterissent dans un petit village réputé pour avoir le plus joli ciel étoilé du Japon. C'est dans une vieille demeure délabrée que les deux femmes décident de s'installer malgré le quand-dira-t-on. Mais Chiyoko s'aperçoit rapidement qu'elle est enceinte d'une précédente relation. La famille Takashima accueille Takara dans la joie et décide dans la foulée d'ouvrir une maison d'hôtes ouverte à tous, sous couvert d'un joli drapeau arc-en-ciel.

Chaque fois que j'ouvre un roman d'Ito Ogawa, c'est un réel enchantement. Après Le restaurant de l'amour retrouvé et La papeterie Tsubaki qui m'avaient complètement charmée, l'auteure revient avec une nouvelle intrigue tout aussi positive et bienveillante, tournée cette fois vers la question de l'homosexualité, sujet ô combien délicat dans la société japonaise actuelle.
Portée par les voix des quatre personnages - Izumi, Chiyoko, Sosuke et Takara - l'intrigue avance à bon pas et déroule les années de vie de cette famille pas comme les autres. De la fuite à l'installation dans la maison délabrée, de l'ouverture de la maison d'hôtes aux études supérieures des enfants, les années coulent et avec elles le sentiment très fort que l'amour et la bienveillance sont plus forts que l'intolérance et les préjugés.
Ito Ogawa nous offre encore une fois un roman doudou qui posent les bonnes questions. Autour de la cuisine de Chiyoko, les hôtes s'ouvrent et la famille évolue. Il fait vraiment bon vivre dans cette maison d'hôtes sous les étoiles, dans ce petit coin reculé du Japon.
Dernier roman de l'auteure traduit en France, Le Ruban m'attend maintenant sagement dans ma PAL. Mais il ne va pas y rester longtemps, tant passer quelques heures en compagnie de la plume de cette auteure est un enchantement. Aviez-vous compris que je vous conseillais chaudement ses livres ? J'espère...

 

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10 juin 2019

De la joie d'être paresseux, Jennifer McCartney Palmer

De la joie d'être paresseux, Jennifer McCartney PalmerDe la joie d'être paresseux est le dernier ouvrage de la journaliste canadienne Jennifer McCartney Palmer. Il est paru en mai chez Mazarine.

Dans une société tournée vers la réussite, le succès et la productivité, il est bon de se pencher sur les vertus de la paresse. Si celle-ci est perçue avant tout comme un défaut, elle n'en possède pas moins des avantages indéniables. Et c'est ce que Jennifer McCartney Palmer nous démontre dans ce livre. Les études prouveraient que les paresseux vivraient ainsi plus longtemps, seraient plus intelligents et plus efficaces au travail. Voilà une bonne raison de découvrir la méthode du Juste Assez (JA) pour une vie plus légère et plus heureuse !

Voilà un petit livre qui a été une réelle bouffée d'air frais, parfaite pour débuter ce mois de juin ! Avec un humour féroce, Jennifer McCartner Palmer - auteure également de De la joie d'être bordélique - nous démontre l'illusion de l'injonction au succès et vante les mérites de sa méthode, le JA, grâce à des conseils et des astuces bourrés de dérision
Ainsi, arrêtez d'apporter du fait maison lors des fêtes, sinon vous aurez à vie cette étiquette qui vous contraindra d'apporter quelque chose fait de vos mains à chaque fois. Idem, cessez de vouloir déplacer des montagnes au bureau : avoir l'air occupé suffit pour créer l'illusion du travail accompli. Côté ménage, laissez tomber le grand nettoyage, un petit coup de vinaigre blanc et ça suffit (du moment que vous ne léchez pas la cuvette de vos toilettes !)
Voilà en partie ce que vous trouverez en ouvrant ce livre : des conseils plein d'humour, certes, mais pas que. Parce que sous couvert d'une ironie féroce, l'auteure met en garde contre ces injonctions sociétales culpabilisantes, ce modèle économique qui oblige tout un chacun à donner le meilleur à chaque instant, quitte à se laisser submerger par la fatigue, le stress et la frustration. Être le meilleur dans son travail, dans son couple, avec ses amis, sa famille, dans ses loisirs, sur les réseaux sociaux. Ce qui est proprement intenable mais que la société nous présente comme un idéal à atteindre. Comme le rappelle très justement  Jennifer McCartney Palmer : 99% de la population mondiale est dans la moyenne. Donc cessons de culpabiliser et de tout donner à chaque instant.
Une lecture dévorée d'une traite et qui m'a fait le plus grand bien, moi la perfectionniste de haut niveau, intraitable avec elle-même, qui culpabilise à chaque instant de ne pas être à cette hauteur inatteignable définie par une société qui s'intéresse plus au profit qu'au bien-être individuel. J'ai beaucoup ri, certes, mais j'ai pris conscience aussi que la paresse a du bon et qu'il faut lâcher aussi, ce perfectionnisme qui nous colle à la peau. A lire donc, à offrir, aussi, si ce billet vous fait penser à quelqu'un de votre entourage. De mon côté, j'ai déjà quelques idées de proches à qui offrir ce livre...

Petit florilège des conseils les plus drôles, loufoques ou piquants :

"Faites bouillir de l'eau en cuisine en début de semaine et congelez-la en portions individuelles. Ainsi, vous en aurez sous la main pour la cuisine." (p.42)

"Nous vivons dans une société qui exige que notre maison soit propre. Lorsque vous y parvenez, vos amis se mettent à considérer ce fait comme acquis. Peu à peu, la pression monte et vous stresse.[...] Inévitablement, un événement survient qui vous empêche de vous surpasser constamment niveau propreté. Et voilà que vos proches se mettent à murmurer "Ouh là, il/elle se laisse vraiment aller, ça m'inquiète pour lui/elle." Ne nettoyez plus votre chambre et vos parents penseront que vous fumez de l'herbe et que vous volez des eye-liners au supermarché du coin." (p.49-50)

"Quand quelqu'un vous demande si une pomme a été lavée, répondez toujours oui. Vous lui rendrez service." (p.57)

"Le secret pour faire la fête alors qu'on avance en âge consiste à être là. Inutile d'en faire plus. Et oubliez ces tableaux sur Pinterest exposant les meilleurs cadeaux à offrir et le ruban idéal pour des confitures maison. Apportez ce genre de machins une fois et vous deviendrez la personne qui apporte des trucs faits maison. La pression sera immense. Vous serez totalement cuit ! Contentez-vous d'être présent. C'est le minimum, mais c'est aussi l'essentiel." (p.116)

Un grand merci aux éditions Mazarine pour la découverte de ce livre et les fous rires que j'ai eus grâce à lui !

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02 mars 2018

Sauveur et Fils saison 4, Marie-Aude Murail

Sauveur et Fils saison 4Sauveur & Fils est une série de romans de Marie-Aude Murail publiée à L'Ecole des Loisirs. Le quatrième tome, Saison 4, est paru en janvier 2018.

Dans le cabinet de Sauveur Saint-Yves, psychologue clinicien, gravitent toujours autant de patients en quête de mieux-être. Certains sont nouveaux, comme Jean-Jacques, jeune adulte qui ne sort quasi plus de chez sa mère et passe sa vie dans sa chambre à jouer à des jeux en réseau, tandis que d'autres viennent depuis plusieurs mois, comme Ella, troublée par ses problèmes de genre, et qui s'intéresse de plus en plus à l'écriture, Samuel, qui a enfin retrouvé son père mais s'interroge sur cette nouvelle relation, les soeurs Blandine et Margaux, qui décident de partager leur séance chez Sauveur. Côté jardin, c'est toujours autant un joyeux bazar ! Jovo, l'ancien SDF qui a emménagé chez Sauveur et Lazare, poursuit sa convalescence tandis que Gabin redoute de retourner vivre avec sa mère et se plonge de plus en plus dans The Walking Dead et que Louise tente d'apaiser ses deux enfants, perturbés par la nouvelle séparation de leur père. Mais au 12 rue des Murlins, le joie et la simplicité ne sont jamais loin !

Quel délice cette série ! Si vous n'aviez pas compris à quel point c'est un bijou (malgré les couvertures ornées de cochons d'Inde qui fleurissent sur mon blog depuis quelques semaines), je vais en rajouter une couche avec cette chronique. 
Marie-Aude Murail excelle dans l'art de dépeindre la vie dans sa banalité comme dans ses petits drames. Elle analyse avec la finesse qui lui est propre la psychologie des adultes comme celle des adolescents et fait virevolter son petit monde au gré des semaines. C'est beau, vivant, drôle, émouvant aussi, et parfois triste. Le microcosme dépeint durant ces quatre tomes s'élargit au fil des pages et l'ensemble s'imbrique et trouve une sorte de dénouement et d'apaisement dans ce tome. Les personnages suivis depuis la première saison comme ceux apparus dans celle-ci voient leurs vies transformées aux côtés de Sauveur, pilier rayonnant et protecteur de la série. Le personnage n'est heureusement pas exempt de failles, et c'est justement ce qui lui offre toute sa vraisemblance.  Une série qui excelle dans la constance de sa qualité, et c'est assez rare pour être noté. Il n'y a pas de saison de trop dans cette série. Plongez les yeux fermés dans ce tome ! Et si malgré toutes mes chroniques vous n'avez pas encore eu l'occasion d'ouvrir un tome, procurez-vous la saison 1 et vous comprendrez alors mon enthousiasme (et celui des nombreux autres lecteurs de tous âges conquis). Un grand merci aux éditions L'Ecole des Loisirs de m'avoir permis de lire et adorer cette série. J'ai refermé à regret ce quatrième tome...

Pour retrouver l'intégralité des mes avis sur la série, cliquez sur les couvertures ci-dessous !

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30 novembre 2017

Le sel de la vie, Françoise Héritier

Le sel de la vieLe sel de la vie est un ouvrage de l'anthropologue et ethnologue française Françoise Héritier, disparue en début de mois à l'âge de 84 ans. Il est paru en 2012 aux Editions Odile Jacob et récompensé cette même année par le Prix Simone-Veil. 

Suite à une correspondance avec le professeur de médecine et grand clinicien Jean-Charles Piette, Françoise Héritier décide de dresser une liste des petites choses qui offrent à la vie une saveur particulière.

Ode à la vie, inventaire à la Prévert, florilège de moments choisis, Le sel de la vie fait partie de ces petits bijoux dont il est bon de lire quelques passages pour illuminer une journée. Françoise Héritier y déroule sans prétention tout ce qui fait sens pour elle, entre souvenirs personnels et anecdotes à portée universelle. Manger à la file des pistaches, avoir aimé quatre chats, éviter sportivement des ornières trop profondes pour les pneus, imaginer les gens à partir de leur voix, boire du cidre, les images et les émotions se déroulent au fil des pages. Un petit plaisir qui n'est pas sans rappeler La première gorgée de bière de Delerm et que j'ai découvert avec grand plaisir. 

"Il y a une forme de légèreté et de grâce dans le simple fait d'exister, au-delà des occupations, au-delà des sentiments forts, au-delà des engagements politiques et de tous ordres, et c'est uniquement de cela que j'ai voulu rendre compte. De ce petit plus qui nous est donné à tous : le sel de la vie." (p.11)

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08 novembre 2017

Philocomix, Thivet, Vermer et Combeaud

PhilocomixPhilocomix est un album imaginé par Jean-Philippe Thivet, Jérôme Vermer et Anne-Lise Combeaud paru en août 2017 aux éditions Rue de Sèvres.

Platon, Epicure, Sénèque, Montaigne, Descartes, Pascal, Kant, Bentham, Schopenhauer, Nietzsche : dix philosophes et autant de visions du bonheur. Autant de regards singuliers sur le monde et de réflexions pour vivre de façon sereine.

Quand deux auteurs de BD s'associent à un agrégé de philosophie pour s'interroger sur la question du bonheur et en rendre compte avec un humour décapant, Philocomix apparaît ! Oubliez vos souvenirs de vos cours de philo, ici, la philosophie est accessible et envahit notre quotidien. Les auteurs reprennent les idées des dix grands philosophes et les rendent abordables sans pour autant les simplifier. Le ton est très décalé, l'humour omniprésent, et chaque chapitre se clôt sur une illustration de la mise en pratique de la théorie dans la vie de tous les jours. Du "Connais-toi toi-même" de Platon au "Deviens qui tu es" de Nietzsche en passant par le "Ne désire rien que tu ne puisses acquérir" de Descartes, le lecteur parcourt des siècles de philosophie avec un humour certain et une justesse de ton.

L'ensemble est très accessible, drôle, bien construit - à chaque philosophe un chapitre exposant une rapide biographie et les grandes lignes de sa réflexion - et finalement bien inspirant. On se rend compte - sans surprise - que nos préoccupations actuelles possèdent une portée universelle et que bien d'autres avant nous s'étaient posé ces questions... Un album à mettre entre toutes les mains, sans aucune hésitation. Chacun pourra y piocher ce qu'il voudra dedans. Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres de m'avoir permis de découvrir cet album.

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BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Noukette !

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21 juin 2017

Les deux vies de Baudouin, Fabien Toulmé

Les deux vies de BaudouinLes deux vies de Baudouin est un album de Fabien Toulmé paru en février 2017 chez Delcourt, dans la collection Mirages.

Baudouin, la trentaine, a une vie des plus mornes. Juriste dans un grande boîte à la Défense, il passe son temps au boulot ou dans les transports. Une fois le soir venu, c'est Morrison, son chat, qu'il retrouve en guise de compagnon. Baudouin déprime dans sa vie routinière, enfermé dans un travail qui l'accapare sans le passionner. Mais sa vie bascule lorsqu'il apprend qu'il a une tumeur et qu'il ne lui reste que quelques mois à vivre. Il décide alors avec Luc, son frère, de dresser une liste de toutes les choses qu'il souhaite vivre avant de mourir. Accompagné de ce dernier, médecin humanitaire épicurien et optimiste, Baudouin part en Afrique et commence à vivre comme jamais il ne l'avait fait jusqu'alors.

Quel album ! Quelle claque ! Je ne m'attendais à rien en l'ouvrant, je l'ai refermé en larmes, avec l'envie de le faire découvrir à plein de gens de mon entourage... Si le propos de départ m'a rendue prudente - je craignais un énième livre sur un personnage condamné qui découvre à quel point la vie est belle quand on lui annonce sienne est quasi finie - cet a priori s'est envolé au fil des pages de ce gros album (plus de 250 pages !). Fabien Toulmé - qui a fait beaucoup parler de lui avec la parution de Ce n'est pas toi que j'attendais - traite le sujet avec intelligence et ne sombre dans aucun écueil.

Oser changer de vie, vivre ses rêves, voilà qui est audacieux dans une société en crise où l'argent semble être l'unique bouée de sauvetage. C'est ce que Baudouin décide de faire quand il est acculé, quand il comprend que gagner tant d'argent, en étant rongé par le stress au boulot et incapable d'entretenir une relation amoureuse stable, est inutile. Alors Baudouin plaque tout, son appart, ses meubles, colle Morrison chez ses parents et part trois semaines en Afrique. Trois semaines pour écouler ce qu'il y a sur sa liste. Trois semaines pour s'autoriser à refaire de la musique, lui le musicos passionné mais brimé dans son choix professionnel par des injonctions parentales raisonnables. Trois semaines pour choisir le bonheur et l'insouciance plutôt que la raison et la morosité. Trois semaines pour vivre, enfin. Et c'est libérateur, pour le lecteur aussi, de voir cette vie assumée, cette vie choisie et non plus subie. Le propos est clair, mais en rien caricatural. On est loin de l'album bien-pensant et moralisateur qui prône une jolie vie. Et Fabien Toulmé est là où on ne l'attend pas...

Baudouin ressemble à plein de jeunes cadres qui, rongés par une injonction sociale écrasante, en oublient de construire leur vie personnelle au profit d'un quotidien triste et solitaire. Le personnage est émouvant, dans ses errances et ses peurs, et jamais caricatural. Son frère Luc, trublion téméraire, apparaît comme un sauveur de ces derniers mois de vie, leur donnant une saveur que Baudouin ne se serait jamais autorisé à connaître. La relation qu'entretiennent les deux frères est vibrante d'authenticité - la narration alternant présent et enfance des deux personnages - et Fabien Toulmé soigne cet aspect sans tomber dans le larmoyant. La maladie est brièvement évoquée, mais laisse rapidement la place à cette furieuse envie de vivre qui anime Baudouin.

Le trait assez minimaliste, qui ne m'a pas vraiment séduite de prime abord, accompagne finalement bien le propos. Bref, un album que j'ai dévoré d'une traite et dont je suis ressortie bouleversée. A lire, sans hésitation. Sans aucune hésitation même.

Les avis de Jerome, Mo et Noukette.

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Cette semaine chez Stephie !

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09 janvier 2017

Le restaurant de l'amour retrouvé, Ito Ogawa

Le restaurant de l'amour retrouvéLe restaurant de l'amour retrouvé est le premier roman de la japonaise Ito Ogawa paru en 2013 aux éditions Philippe Piquier.

Rinco rentre un jour chez elle et trouve son appartement vide. Son petit ami est parti, emportant toutes leurs affaires. La discrète jeune femme, devenue muette suite à ce traumatisme, retourne vivre chez sa mère - personnage fantasque s'il en est - dans le petit village de son enfance. Là, elle y ouvre un tout petit restaurant, qu'elle gère seule et qui propose un service unique : préparer un repas spécial pour chaque client, un repas réfléchi et pensé selon les envies et les besoins du convive. Par sa patience et son amour de la cuisine, Rinco réussit à rendre les gens heureux. Et c'est en s'occupant des autres qu'elle parvient peu à peu à panser ses blessures.

Cela faisait bien longtemps que je tournais autour de ce roman au titre alléchant et au sujet ô combien tentateur. Et j'ai bien fait de succomber (deux titres du catalogue Piquier en quelques jours, je reviens décidément à mes premières amours !).

Le restaurant de l'amour retrouvé est un petit bijou autour de la notion du partage et du don, au rythme lent et aux phrases poétiques. L'intrigue est centrée sur le personnage de Rinco, la narratrice de l'histoire, et embrasse son tempérament serein et méditatif. La cuisine comme résilience pour Rinco prend une toute autre dimension. Chaque repas est appréhendé telle une offrande et la jeune héroïne prend tout son temps pour servir les mets les plus adaptés à ses hôtes. De la soupe légère pour deux futurs amoureux au repas pour enfant pour un vieil homme sénile en passant par un tour du monde gastronomique, chaque page rend hommage à la cuisine et ses saveurs, suivant le rythme lent des saisons et de leurs produits.

La nature est très présente, comme souvent dans la littérature japonaise, et offre de très beaux moments contemplatifs. Les saisons passent, Rinco adapte ses repas aux productions locales. La vie est simple, rythmée par le restaurant et le cochon de sa mère dont elle doit s'occuper. Et Rinco se répare petit à petit. Un magnifique roman à savourer sans hésiter un instant et qu'on referme à regret.

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30 novembre 2016

L'éveil de Mademoiselle Prim, Natalia Sanmartin Fenollera

L'éveil de Mademoiselle PrimL'éveil de Mademoiselle Prim est le premier roman de la journaliste espagnole  Natalia Sanmartin Fenollera paru en 2013 chez Grasset. Véritable ovni littéraire, il a été publié dans plus de soixante-dix pays.

Imaginez un petit village du nom de Saint-Irénée d'Arnois dans lequel les habitants - qui ont fui le monde moderne - ont créé un petit paradis où la simplicité et le bonheur des choses simples règnent. Ici, les commerçant vendent leurs produits, l'économie est locale, l'instruction des enfants est faite par les adultes et aucune réunion ne se tient sans une théière et une montagne de délices à déguster. La lecture et l'étude tiennent une place toute particulière dans ce village où les habitants viennent d'horizons divers. C'est en répondant à une petite annonce que Prudence Prim, trentenaire érudite et qui pense être née à la mauvaise époque, atterrit à Saint-Irénée d'Arnois. Au service d'un homme un peu plus âgé qu'elle qui a en charge les quatre enfants de sa défunte soeur, Prudence organise la bibliothèque personnelle de la maison. Mais la vie dans ce petit village va bouleverser son équilibre personnel.

Repéré chez Fondant il y a quelques temps, ce roman au titre singulier (mais pourquoi donc est-il question d'éveil ?) avait attisé ma curiosité. Et je dois avouer que si je m'attendais à une intrigue un peu éculée et un brin de romance, j'ai été assez déroutée. Oui il y a de la romance, oui, il est question de livres, mais pas que.

De Prudence, le lecteur sait peu si ce n'est qu'elle a abandonné un métier dans lequel elle ne s'épanouissait pas pour s'installer à Saint-Irénée d'Arnois. Des autres personnages, l'on en apprend aussi peu au fil des pages, qui font davantage l'éloge de cette vie simple qu'ils ont choisie et de leur quotidien, que des raisons qui les ont poussés à renoncer à tout pour venir ici. Ce village fictif où le temps semble s'être arrêté fait la part belle à la culture et tous ses habitants semblent être mus par le même désir de bonheur simple. L'intrigue rend hommage à la littérature (il est question entre ces pages de Virgile, Horace, Jane Austen, Dickens, Elizabeth Gaskell ou encore Louisa May Alcott) et aux livres, véritables trésors que l'employeur de Prudence (dont le lecteur ignore jusqu'au nom) pense qu'il faut les découvrir dans un certain ordre.

C'est un véritable éveil que Prudence Prim va vivre en allant à Saint-Irénée d'Arnois, un éveil de sa conscience mais aussi un éveil sentimental. Difficile d'en dire beaucoup plus sans vous révéler trop de détails. Si j'ai passé un agréable moment en compagnie de ces personnages lettrés et ô combien stimulants, j'avoue avoir perdu un peu de vue parfois où l'auteur voulait en venir réellement. Il me reste beaucoup de questions en suspend et une gêne quant aux relents passéistes en refermant ce roman pour que je reste sur un sentiment autre que mitigé.

D'autres lecteurs : Aifelle, , Tante Fi, etc.

"Cherchez donc la beauté, mademoiselle Prim. Cherchez-la dans le silence, cherchez-la dans le calme, cherchez-la au milieu de la nuit et cherchez-la aussi à l'aurore. Arrêtez-vous pour fermer les portes tandis que vous la cherchez, et ne vous étonnez pas si vous découvrez qu'elle ne vit pas dans les musées ni ne se cache dans les palais. Ne vous étonnez pas si vous découvrez finalement que la beauté n'est pas un quoi, mais un qui." (p.330)

"Elle avait appris à fermer les portes. Elle avait appris à  les ouvrir doucement et à les refermer avec précaution et exactitude. Et quand on apprend à fermer les portes, pensa-t-elle en regardant le couple d'amoureux, d'une certaine façon on apprend à ouvrir et fermer correctement tout le reste. Lorsqu'on fait les choses correctement, le temps paraissait s'étirer indéfiniment." (p.341)

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