Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

31 août 2016

Zaï zaï zaï zaï, Fabcaro

Zaï Zaï Zaï Zaï, FabcaroZaï zaï zaï zaï est un album de Fabrice Caro, alias Fabcaro, paru en mai 2015 chez 6 pieds sous terre.

Pris en tort par le vigile d'un supermarché parce qu'il a oublié sa carte de fidélité, Fabrice, auteur de BD de son état, s'enfuit. Débute alors une immense traque et une course-poursuite contre cet incroyable hors-la-loi mis au ban de la société.

Alors c'est simple : cet album est une pure merveille ! Un condensé de non-sense, d'absurde et de loufoquerie à côté duquel il serait vraiment dommage de passer ! Dès les premières planches, Fabcaro plante le décor de ce road-movie décalé à l'humour ravageur, un brin kitsch, complètement ubuesque, littéralement déjanté. Fabrice menace le vigile d'un poireau avant de prendre la fuite ! Difficile de rester insensible face à cette scène et celles qui suivent, toutes aussi savoureuses. Cette fuite effrénée est l'occasion pour l'auteur de dénoncer les travers de notre société : le poids des médias, le racisme ordinaire, le conformisme, l'étroitesse d'esprit, la rumeur, etc. Sous couvert d'humour, sans ton moralisateur, c'est bien une critique de la société que Fabcaro nous livre ici, et c'est en usant d'un procédé littéraire bien ancien qui consiste à parler d'un ailleurs que l'auteur dénonce le ici et maintenant.

Le dessin un peu flou - qui fait penser à celui de Bastien Vivès - porte ce road-movie au rythme lent. L'auteur donne à voir ses scènes, tels des tableaux, et permet à son lecteur de s'immiscer dans cette intrigue barrée. Le découpage des planches est irrégulier et chaque page offre une chute ou une occasion de s'ésclaffer allègrement. C'est bien simple, Zaï zaï zaï zaï est une confiserie délicieuse que l'on regrette d'avoir trop vite terminée. A bon entendeur...Un gros coup de coeur, sans hésitation aucune, que je vous encourage vivement à découvrir et un grand merci à celui qui me l'a offert. Les avis de Mo, Noukette, SabineYvan, Jérome...

"La vie est une chienne borgne sous un ciel d'octobre, je vous souhaite de le découvrir le plus tard possible."

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28 septembre 2015

Quand le diable sortit de la salle de bains, Sophie Divry

imageQuand le diable sortit de la salle de bains est le quatrième roman de Sophie Divry paru en août aux éditions Noir sur Blanc.

Lyon. Sophie, trente ans, est chômeuse en fin de droits. Pour cette écrivaine contrainte de demander une aide sociale, la précarité est une épreuve, la faim son quotidien. Alors que la jeune femme peine à boucler son mois avec dix-sept euros et trompe la faim en déambulant dans les rues lyonnaises, elle écrit, dépassée par son imagination et libérée de toute contrainte. Mais entre Hector, son ami fauché obsédé par sa voisine, Lorchus, son démon personnel un tantinet pervers, sa mère légèrement intrusive, voire ses appareils électro-ménager, Sophie peine à garder le contrôle sur son texte...

Je vous l'annonce tout de suite : petit ovni littéraire en vue ! Alors que Sophie Divry m'avait passablement ennuyée avec  La condition pavillonnaire - après m'avoir littéralement charmée avec La cote 400 - j'ai retrouvé avec plaisir sa plume féroce et son humour ravageur. Car point de misérabilisme dans ce roman au sujet pourtant grave et très actuel. Sophie Divry se penche sur la question de la précarité pour mieux se centrer sur l'acte d'écriture et donner à voir une héroïne créatrice qui joue avec les mots et s'affranchit de toute contrainte.

Sophie - l'héroine et non pas l'auteur, quoique les similitudes soient grandes entre elles - se transforme en dompteuse-écrivaine et fait de son quotidien un exercice de style. La faim, comme l'attente de son allocation, sont autant d'occasions de jouer sur les mots, leurs sonorités et de rythmer son récit : "Car la dèche a pour premier effet de vous enfermer en vous-même, de vous détenir dans vos misérables dilemmes, de vous enclore dans vos carencées méditations, vous contenir dans vos stressées spéculations, vous limiter dans conscience affamée, vous emmurer dans votre moral pressurisé..."  

L'ensemble est un petit bijou littéraire, syntaxique et stylistique mais pas que. Une réelle bouffée d'air frais hors des sentiers battus. Un roman d'une drôlerie sans nom (je vous laisse imaginer, lorsque Lorchus, le démon pervers de Sophie, s'empare de la narration, ce qui sort de sa bouche et quelle forme prend le texte...  au sens propre !) Un roman qui permet à Sophie Divry de laisser éclater tout son talent à travers la plume de son personnage. Il serait bien dommage de passer à côté de ce texte en cette rentrée littéraire et de ne pas continuer à suivre de (très) près cette jeune auteure...

" Une tristesse propre et sèche m'accabla. A la radio, un homme politique disait vouloir réindustrialiser la France. Combien de temps encore à me débattre dans ce monde emmuré ? "

"Dans un souffle long comme le destin, (le vent) emporta les farfadets et les soirées crêpes ; les boiseries se fendirent, les cheminées disparurent, les miroirs s'effacèrent, les chevaux s'échappèrent du pré, les chênes et les pins chutèrent avec fracas ; la terre trembla plus fort, mes frères grandirent ; disparurent les chasses au trésor, les petites souris de la dent de lait, les pics épeiches et les choucas ; les baisers de ma mère ne parvinrent plus à guérir ma fièvre adolescente, sa beauté se fana, ma grand-mère mourut ; la nuit, les chouettes ne hululaient plus, à la place j'entendais le bruit de la circulation sur la route départementale. Quand la terre eut fini d'absorber la larme de mon père, les barrières du parc qui ceignaient mon enfance s'étaient effondrées."

"Et si je ne suis plus capable aujourd'hui de me mettre dans de tels états, car, la vie avançant, le coeur apprend à se mouvoir plus lentement vers ce qui le peine, je sais que la pauvreté vous rend plus sensible que l'aisance." 

"Je n'aime pas les hommes qui ne regardent pas par le hublot en avion ; je n'aime pas les hommes qui vous touchent uniquement quand ils veulent baiser ; je n'aime pas les hommes qui font de la photo, Tu fais quoi, toi ? Moi, je fais de la photo ; je n'aime pas les hommes qui allument la télévision dès le matin ; je n'aime pas ceux qui ont des petits rituels ; je n'aime pas les hommes tristes, je n'aime pas les illuminés ; je n'aime pas les lourdauds qui bavent sur vos seins ; je n'aime pas les hommes qui vous expliquent la genèse de leurs allergies ; je n'aime pas les hommes qui toussent tout l'hiver ;..."

Une vidéo de Sophie Divry qui présente son roman

3/6 pour le Challenge 1% de la rentrée littéraire organisé par Herisson

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08 mars 2014

Quelques idées pour la Journée des droits de la femme

Née suite à une grève d'ouvrières en 1917, la Journée de la femme est célébrée à travers le monde le 8 mars. Institutionnalisée en France en 1982, elle est devenue aujourd'hui incontournable et permet de faire un bilan sur la condition féminine. Et ça fait peur...

Très sensible à la question de la condition féminine, aujourd'hui, j'ai envie de mettre à l'honneur les femmes sur mon blog. Vous trouverez donc dans ce billet :

  • 10 écrivaines contemporaines à découvrir. Pas de présentation à rallonge. Juste leur photo et leur nom en légende. Histoire de vous les remettre en mémoire, ou d'attiser votre curiosité, à défaut.
  • 10 livres qui traitent de la condition féminine et mettent en scène des personnages forts qui se débattent avec leurs propres contraintes. 
  • 10 films qui mettent en scène des héroïnes bien dans leur époque et engagées dans la vie.
  • 10 idées pour cette journée particulière.

                              Je vous souhaite à toutes une très belle journée !

10 écrivaines à découvrir

Sylvie Testud Laure Adler Michèle Lesbre

Duong Thu Huong Zoyâ Pirzâd Jeanne Benameur

Joyce Carol Oates Posy Simmonds  Agnès Desarthe Marie NDiaye

 

  10 livres à lire, relire et offrir 

(cliquez sur la couverture pour lire ma chronique)

  Beignets de tomates vertes   


  10 films à voir ou à revoir

(cliquez sur l'affiche pour consulter la fiche du film et voir sa bande-annonce)

affiche-Be-happy-Happy-Go-Lucky-851d8

  10 idées à piocher

  1. Porter un ruban blanc pour dénoncer les violences faites aux femmes.
  2. Partager un café gourmand avec une amie.
  3. Se délecter d'un épisose de Girls, une série féminine résolument dans l'air du temps.
  4. Prendre du temps pour soi.
  5. Sortir profiter du soleil qui innonde la France en ce moment.
  6. Ne faire aucune tâche ménagère aujourd'hui. Question de principe.
  7. Participer à l'un des événements organisés à cette occasion (consulter la carte)
  8. Se plonger dans un bon livre avec une tasse de thé.
  9. Se faire les ongles de pied plutôt que de passer l'aspirateur, histoire d'accueillir le printemps
  10. Garder le sourire mais continuer à se battre : le 8 mars c'est tous les jours.

D'autres envies, d'autres idées ?   
Qu'allez-vous faire de spécial aujourd'hui ?

 

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13 février 2014

Et si les oeuvres changeaient d'auteur ? Pierre Bayard

Et si les oeuvres changeaient d'auteurEt si les oeuvres changeaient d'auteur ? est un essai de l'universitaire Pierre Bayard paru en octobre 2010 aux éditions de Minuit.

Le postulat de départ de Pierre Bayard est simple et clairement annoncé en guise de prologue : et si nous remplacions un auteur par un autre, parce que nous le jugeons plus approprié à une oeuvre donnée ? Et si finalement la notion d'auteur était une notion mobile qui s'accorderait à un instant t à une oeuvre, pour mieux en changer ensuite, pour permettre une lecture protéiforme des oeuvres ?  
En s'appuyant sur l'analyse de différentes oeuvres auxquelles il attribue d'autres auteurs que ceux communément admis - L'Odysée aurait ainsi été écrit par une écrivaine grecque, Dom Juan par Corneille et L'Etranger par Kafka, par exemple - Pierre Bayard développe sa thèse des possibles filiations entre oeuvres et auteurs pour mieux permettre à son lecteur de réfléchir à la perception que l'on se fait d'une oeuvre selon l'auteur qui lui est attribué et comment, en changeant de paradigme, une même oeuvre peut être perçue d'une manière totalement différente.

Brillant, comme chacun des essais de Pierre Bayard, Et si les oeuvres changeaient d'auteur ? se présente une nouvelle fois comme une réflexion novatrice qui met à mal les conventions de la littérature pour mieux s'interroger.   
Son idée de réattribuer un auteur à une oeuvre pour lire cette dernière différemment permet de réfléchir à l'importance que revêt un auteur - dans toute sa complexité - sur la réception de son oeuvre. A l'aune de cette réflexion, le personnage de Dom Juan, s'il avait été écrit par Corneille et non Molière, n'apparaît plus comme un séducteur perverti, quintessence du mal, mais comme un symbole de la quête de soi et de la réalisation personnelle, envers et contre tout. Un véritable héros cornélien en somme.  
Lecture délectable, qui me replonge innocemment dans mes souvenirs d'études de lettres, Et si les oeuvres changeaient d'auteur ? demeure accessible et évite l'écueil d'un essai littéraire élitiste. Comme à chaque fois avec Pierre Bayard, je me suis régalée. Et maintenant je ne regarderai plus certaines oeuvres comme avant et je ne pourrai m'empêcher de laisser mon esprit vagabonder : et si finalement Madame Bovary avait été écrit par Tolstoï ?
  
Merci soeurette ! Tu m'avais offert cet essai pour le premier bloganniversaire de Bouquinbourg. Plus de trois ans plus tard, je le lis. Bel effort de rapidité, je sais...

"Ce droit à la fiction apparaît comme plus légitime encore quand on reconnaît que l'inconscient joue un rôle déterminant dans notre réception de la littérature et que l'activité imaginaire, de ce fait, ne constitue nullement une part secondaire de la lecture, mais le coeur même de la relation que nous entretenons avec les oeuvres." (p.13)

"Tout nom d'auteur est un roman. Loin d'être un simple mot, il attire autour de lui toute une série d'images ou de représentations, tant personnelles que collectives, qui viennent interférer avec le texte et en conditionnent la lecture." (p.27)

"C'est que la mise en perspective, si elle peut prendre la forme radicale du choix d'un pseudonyme, voire de l'invention d'une identité alternative ou d'une incarnation physique, est un mouvement beaucoup plus large de modification de sa propre image à laquelle tout écrivain participe dès qu'il entreprend de transformer tel ou tel élément de sa biographie pour la rendre plus cohérente avec la représentation qu'il souhaite laisser de lui-même et les lectures de son oeuvre qu'il entend promouvoir." (p.62)

"Préserver le dynamisme du texte et l'intérêt de la lecture en prônant le recours systématique à l'attribution mobile, c'est donc prendre la mesure de tous les mondes possibles qui se rencontrent en chaque oeuvre et de tous les auteurs qui auraient pu l'écrire, et, loin de s'arrêter à telle filiation définitive, nouer sans cesse, entre les écrivains et les textes, de nouvelles unions." (p.151-152)

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26 novembre 2013

Un roman argentin, Gilles D. Perez

Un roman argentin, Gilles D

Un roman argentin est le troisième ouvrage de Gilles D. Perez, paru en août 2013 chez Naïve. Agrégé de philosophie, partageant sa vie entre Paris et Barcelone, Gilles D. Perez a très tôt été fasciné par la culture hispanophone et nous livre, avec ce roman, un bel hommage à cette dernière.

Un ciel orageux. Un Boeing 747 à destination de Buenos Aires pris dans la tourmente. Le vol A 456 de la compagnie Aerolineas Argentinas n'arrivera pas à destination. Les passagers le savent. Ils paniquent. 
Parmi eux, un homme, la quarantaine, une vie paisible. Une vie qui ne lui a pas laissé le temps de passer à l'écriture. Tandis que le pilote lutte contre les éléments et que les autres passagers hurlent de voir leur vie leur échapper, cet homme pense. Il pense à tous ces livres qu'il aurait aimé écrire. Aux textes qui sommeillent en lui et qu'il n'aura pas le temps de coucher sur le papier. Au premier roman qu'il aurait écrit si la vie le lui avait permis.

Attention, petit bijou littéraire en vue ! Un roman argentin est un livre ébouriffant qui vous happe dès les premières lignes et ne vous libère qu'une fois la dernière page tournée.
Gilles D. Perez offre à son lecteur un roman à part, véritablement à part, à l'intrigue en apparence simple. Un avion en perdition, un homme qui se voit mourir et réfléchit. Mais le tour de force de ce roman réside dans la façon dont l'auteur traite cette situation. Son personnage se noie dans ses pensées, dans sa vie, repense à ses proches, à son quotidien. Puis il imagine ce qu'il aurait écrit s'il en avait eu le temps. Ce qu'il aurait fait à Buenos Aires si l'avion avait atterri. Ce qu'il aurait voulu vivre si sa vie ne tenait pas à un fil. Entre la mort qui le frôle et cet élan de vie qui le saisit, le narrateur entraîne le lecteur dans le sillon de ses réflexions. L'intrigue se déplace dans un Buenos Aires fantasmé, un Paris du présent, un roman jamais écrit, pour revenir à la carlingue de l'avion qui lutte contre les éléments. Brillant !
L'intrigue débute en hommage vibrant à Queneau et à son célèbre Exercice de style. Jouant avec les mots et avec les styles narratifs, Gilles D. Perez plante son décor et installe son lecteur dans une situation cinématographique au possible. Version communiqué de presse, british, épique ou parisienne, à chacun de choisir la tonalité qu'il préfère pour s'approprier cette situation catastrophique. Cette facilité de l'auteur de jouer avec les mots annonce dès les premières pages la couleur de son roman et semble faire écho aux velléités d'écriture de son narrateur. Métadiscours ou glissement autobiographique, le doute demeure.
Hommage à la littérature et aux grands auteurs d'Amérique du Sud, Un roman argentin demeure inclassable, une fois la dernière page tournée. Brillant, c'est certain, singulier et mémorable, sans aucun doute. Je me suis régalée, cela va sans dire.

"J'aurai été, jusqu'à la fin, fidèle à moi-même : adepte de la métaphore à tout va, comme si la vie était toujours un récit en attente." (p. 17)

"La peur siphonne la vie mentale et impose à l'esprit la contemplation d'une image fixe. Mais, quand elle laisse place à l'épouvante, l'image disparaît et il n'y a plus qu'une béance informe et incolore." (p. 53)

"J'aurais insisté, le cognac aidant, sur la ville inversée que l'on voit dans les trottoirs baignés de pluie. J'aurais parlé des fragments d'architecture offerts par les flaques d'eau, non pas de la ville éternelle, mais de la ville transitoire. Pas de la ville monumentale à la gloire des illusions mais de la ville fugitive et modeste, où chacun peut reconnaître quelque chose de sa vie, où un coin de rue porte pour toujours la trace d'une histoire, et où la lumière d'un matin est le linceul d'un amour." (p. 72)

"Cette ville est un roman que je n'ai jamais fini de lire." (p. 120)

Je tiens à remercier Sybille de LP Langages et Conseils et les éditions  pour ce roman.

 

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21 novembre 2011

Le treizième conte, Diane Setterfield

Le treizième conte, paru en 2006 chez Plon, est le premier roman de l'universitaire anglaise Diane Setterfield.

La vie de Margaret Lea se résume à son emploi dans la librairie familiale et son amour des livres et de la lecture. Peu sociable, la jeune femme préfère de loin la compagnie des livres à ceux de ses contemporains.
Quelle n'est pas sa surprise d'être contactée par Vida Winter, auteure de best-sellers. Celle-ci lui demande de rédiger sa biographie. Mais bien connue pour faire de sa vie un conte et d'inventer à chaque journaliste une version fantasque de son existence, la vieille dame n'inspire aucune confiance à Margaret. Cette dernière se rend néanmoins dans la vieille maison du Yorkshire où elle réside, à l'article de la mort. Commence alors une collaboration entre les deux femmes pour démêler le vrai du faux.

Le treizième conte est un roman étrange qui possède une grande force de séduction. Passé les premières pages, le lecteur est entraîné dans l'univers gothique de Diane Setterfield et ne peut cesser sa lecture. L'ambiance est lourde, pesante, au manoir de Vida Winter. Le calme règne dans la maison capitonnée et seules résonnent les paroles de la vieille femme. Dans ce huis-clos étrange, la vérité est mise en doute à chaque instant : et si Miss Winter mentait à Margaret ? Car cette vie distillée au compte-gouttes ressemble à s'y méprendre à un conte et semble faire écho à la vie de Margaret elle-même. De cette dernière, nous ne saurons que le minimum. Aucun ancrage temporel, c'est inutile, aucune précision sur sa vie en dehors de ses lectures. Margaret semble être un truchement pour permettre au conte à l'intérieur du conte d'éclore.
Tout converge vers le face-à-face entre les deux femmes, avec la mort qui rôde dans un silence étouffant. Les deux intrigues se mêlent progressivement, les frontières s'abolissent et le lecteur est happé par cette intrigue qui n'est pas sans rappeler Jane Eyre (roman auquel il est fréquemment fait référence).
Je suis tombée dans le piège moi aussi. Je n'avais qu'une hâte : que Vida Winter raconte sa vie aux multiples rebondissements. Son enfance au manoir d'Angerfield. Et Diane Setterfield l'a bien compris : qu'importe Margaret et sa vie en dehors de ce travail de biographe, l'intrigue se déroule presque exclusivement dans la maison de la vieille dame et dans ses souvenirs. Et c'est là l'essentiel.

coup de coeur 2011Un roman incroyablement bien construit, d'une originalité rare. Une ode aux livres et aux personnages avec de nombreuses mises en abîme. Une lecture qui m'a envoûtée, hypnotisée.  Un régal... Un coup de coeur, c'est certain !

Repéré chez Lalou et L'or des chambres mais elles l'ont lu aussi et l'ont adoré : Alex-mot-à-motsBladelor, Catherine, Choupynette, Esmeraldae, FondantOchocolat, George, Mango...

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14 septembre 2011

Léa ne se souvient pas comment fonctionne l'aspirateur, Gwangjo et Corbeyran

4183_cLéa ne se souvient pas comment fonctionne l'aspirateur est un album paru chez Dargaud en 2010. Le titre, bien évidemment, m'a intriguée...

Louis Levasseur est un écrivain en mal d'inspiration. Le jour où il trouve dans la poubelle de son immeuble le journal intime d'une des résidentes, sa curiosité l'emporte sur la bienséance. Il dévore les pages et pénètre l'intimité du quotidien de Léa, une jeune femme frappée d'amnésie ménagère. Impossible en effet pour elle de faire fonctionner le moindre appareil électro-ménager. Comme si son cerveau était victime d'un blocage.
Inspiré par cette tranche de vie, Louis Levasseur en fait le sujet de son nouveau roman. Beau succès en librairie, très vite adapté au cinéma. Mais Louis, malgré ces bonnes nouvelles, se languit de rencontrer celle qui est à l'origine de tout.

En ouvrant cet album, je pressentais une claque. Et j'avais raison ! Le sujet en lui-même promet une lecture poignante...
Corbeyran, avec un scénario original et imprévisible, aborde, sous couvert d'amnésie, un thème délicat - que je me garderais bien de vous dévoiler ici - avec justesse et délicatesse.
La jeune Léa, frappée d'amnésie ménagère, est un personnage d'une fragilité déconcertante, d'une vraisemblance rare. La narration alterne passages de son journal intime et réactions de Louis, le romancier qui vole cette vie branlante, ce qui permet de pénétrer l'intériorité de ces deux personnages et d'apercevoir leurs failles.coup de coeur 2011
D'une beauté et d'une précision à couper le souffle, les dessins en noir et blanc de Gwangjo accompagnent ce scénario de l'errance, de la perte de repères, d'un côté, et de la solitude de l'autre.
Une lecture vibrante, à lire d'un souffle. Un dénouement imprévisible qui offre à cet album une profondeur autre. Une lecture comme je les aime, qui entraîne son lecteur sans lui laisser le choix. Un coup de coeur, c'est certain !

 

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 Et voici ma 22e participation
à la BD du mercredi de Mango !

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Et ma  13e au Top BD des blogueurs de Yaneck
(note : 18/20) !


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10 juin 2011

Décès de Lilian Jackson Braun

lLilian Jackson Braun était une auteure américaine née en 1913, mondialement connue pour sa série de romans policiers "Le chat qui...", qui mettent en scène le personnage de James Qwilleran et de ses deux chats siamois, Koko et Yum Yum qui, par leur flair et leurs étranges facultés félines, aident leur maître à résoudre des énigmes...

Lilian Jackson Braun avait trouvé une échappatoire dans l'écriture, le jour où l'un de ses voisins, ne supportant plus les miaulements de son chat, avait jeté celui-ci du haut de l'immeuble.

Lilian Jackson Braun  s'est éteinte samedi 4 juin, à l'âge de 97 ans.
Elle restera à jamais associée au stage que j'ai effectué à Romford, en banlieue londonienne, il y a 3 ans, à l'occasion duquel j'ai découvert et dévoré une partie de ses romans.

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18 mai 2011

Le Décalogue T.1, Frank Giroud et Joseph Béhé

d_caologueLe Décalogue est une série de BD inspirée du Décalogue de la Bible, imaginée par le scénariste Frank Giroud. A ce jour, dix tomes sont parus, chacun illustré par un dessinateur différent, et un hors série est venu clôre la série.  

Glasgow. Un tueur en série fait rage et défraie la chronique. Au même moment, un mystérieux manuscrit du début du 19e tombe entre les mains d'un auteur en mal d'inspiration. Dans le projet de le traduire et le faire éditer, ce dernier se plonge alors dans ce texte, Nahik, dans lequel il découvre les dernières volontés du prophète Mahomet.

Le projet du Décalogue m'a tout de suite séduite. Faire travailler dix dessinateurs différents sur un scénario axé autour de ce mystérieux manuscrit. Chaque tome peut-être envisagé comme un one-shot ou être lu dans l'ensemble pour appréhender toute l'histoire de ce manuscrit.

decaSi j'ai vraiment été charmée par ce premier opus, j'ai été déçue de le voir se terminer car les personnages imaginés par Frank Giroud possédaient une telle profondeur psychologique et une histoire personnelle si riche que j'aurais aimer poursuivre cette intrigue dans un deuxième tome.
J'ai découvert grâce à ce titre Joseph Béhé et je suis tombée sous le charme de son coup de crayon. Portées par des couleurs pastel au charme désuet, ses planches sont un petit régal visuel !
Malheureusement pour la série, j'ai lu le deuxième tome qui m'a nettement moins séduite... Et même si chaque tome est illustré par un dessinateur différent et possède une intrigue propre, je pense rester sur cette excellente impression avec celui-ci qui se suffit à lui même.

 Et voici ma onzième participation 
à la BD du mercredi de
Mango !

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Et ma troisième au Top BD des blogueurs de Yaneck !
(note : 16/20)
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26 avril 2011

La Belle et la Bête, Jeanne Marie Leprince de Beaumont

9782740402290FSNous connaissons tous plus ou moins l'histoire de La Belle et la Bête... Si l'origine de ce conte remonte vraisemblablement à Apulée, il n'a connu le succès que nous lui connaissons qu'à la parution, au 18e, de la version de Jeanne Marie Leprince de Beaumont. Malheureusement, l'adaptation édulcorée de Walt Disney semble avoir davantage marqué les esprits que le conte originel...
Rendons donc hommage à cette auteure, née il y a 300 ans jour pour jour, le 26 avril 1711. 

Cette lecture est en réalité une relecture pour moi. J'avais en effet étudié ce conte durant mes années de fac, mais je ne me souvenais plus de certains aspects.
D'une lecture très rapide (12 pages A4, que je vous conseille de télécharger ici  par exemple) La Belle et la Bête n'en est pas moins édifiant. L'auteure prône les valeurs de vertu et de bonté que l'on retrouve dans bien des contes de cette même époque. L'héroïne est une jeune fille au goût simple, pleine d'esprit, qui aime les arts (musique, littérature, etc.) et semble représenter une sorte de modèle de conduite de l'époque, s'opposant ainsi à ses soeurs vénales et dénuées d'esprit.
La Belle et la Bête est un conte que j'apprécie beaucoup. Son double discours, très courant dans les contes, en fait une lecture appréciée autant par les adultes que par les enfants.

dulacbeautyapCe conte a été illustré, entre autres, par Edmund Dulac, illustrateur français naturalisé anglais (Edmund était né Edmond, c'est plus franchouillard...), qui fait partie des illustrateurs majeurs de l'âge d'or de l'illustration au Royaume-Uni, comme Arthur Rackham.
J'apprécie tout particulièrement le travail d'Edmund Dulac depuis que je l'ai découvert à la Médiathèque de Toulouse, lors de la rétrospective qui lui a été consacré fin 2008. Je vous en reparlerai très prochainement...

 Enfin,  ce conte a fait l'objet de nombreuses
adaptations adaptations cinématographiques
plus ou moins réussies,
mais celle de Jean Cocteau, réalisée en 1945, reste la plus célèbre,
avec Josette Day et Jean Marais dans les rôles titres.

Et voici ma première participation au Challenge de Will,
La littérature fait son cinéma et la neuvième au Challenge Des contes à rendre de Coccinelle !

 

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