Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

07 novembre 2016

L'ultime secret de Frida K., Gregorio León

L'ultime secret de Frida KL'ultime secret de Frida K. est un roman du journaliste et écrivain espagnol  Gregorio León paru en 2012 aux éditions Les Escales.

Un autoportrait de Frida Kahlo vient d'être dérobé dans une galerie d'art de Mexico et son propriétaire sauvagement assassiné. Dépêchée sur les lieux, Daniela, une jeune enquêtrice espagnole, découvre une histoire complexe qui mêle narcotrafiquants et corruption. Le portrait aurait été peint par Frida pour son amant, Trotski, alors en exil au Mexique. Quand des strip-teaseuses sont assassinées une à une et que des autels dédiés à Santa Muerte sont vandalisés, l'enquête se complique pour Daniela.

Une collègue m'a prêté ce roman, suite à une discussion que nous avons eue sur la peintre mexicaine un midi au boulot (comme quoi, en salle des profs on ne parle pas que des élèves...) Je l'ai dévoré en trois jours, happée par cette intrigue brillamment orchestrée qui alterne passé et présent. Entre conditions actuelles au Mexique - avec notamment les troubles politiques, les trafics de drogue, la corruption et le culte de la lugubre Santa Muerte - et récit de l'exil de Trotski chez Frida et Diego en 1940 et la relation amoureuse que la célèbre peintre entretint avec le révolutionnaire russe, le roman file à un rythme effréné.

Gregorio León entremêle faits historiques et inventions fictionnelles pour mieux faire revivre cet épisode de la vie de Frida, sa relation tumultueuse avec celui qu'elle aimât malgré ses infidélités - Diego Rivera - et sa passade clandestine avec Trotski. Le Mexico actuel est une toile de fond très bien dépeinte, et si les trafics en tous genres pullulent, c'est pour mieux servir l'intrigue de ce roman noir rudement bien ficelé.

J'ai adoré me plonger une nouvelle fois dans la vie de Frida (découverte il y a quelques années par la lecture de Diego et Frida de Le Clézio) et suivre cette enquête fascinante sur la disparition de ce tableau politiquement dangereux. Une très belle découverte. Je vais de ce pas remercier ma collègue pour ce prêt !

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02 novembre 2016

La justice de l'inconscient, Frank Tallis

La justice de l'inconscient, Frank TallisLa justice de l'inconscient est le premier tome de la série Les Carnets de Max Liebermann imaginée par le psychologue clinicien et romancier britannique Frank Tallis, paru en 2007 dans la collection Grands détectives des éditions 10/18.

Vienne, 1902. Le corps sans vie d'une voyante est découvert dans une pièce fermée de l'intérieur. Si tout porte à croire que la jeune femme s'est donné la mort, l'inspecteur Rheinhardt en doute et appelle à sa rescousse son comparse musicien, le psychiatre Max Liebermann. Et les deux hommes vont avoir fort à faire pour démêler les noeuds de ce crime que beaucoup pensent être l'oeuvre de forces occultes.

Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas succombé à l'appel du polar historique et pourtant c'est un genre que j'affectionne tout particulièrement car il permet de s'immerger dans une époque donnée par le biais d'une intrigue policière. Mon dévolu s'est jeté sur ce roman, au résumé prometteur et au contexte historique très tentant, que j'ai déniché aux Carrières de Lumière (ne me demandez pas pourquoi il était en vente à la boutique alors que je sortais d'une expo sur Klimt !)

C'est bien simple : j'ai dévoré les 440 pages de cette intrigue avec un plaisir évident. Frank Tallis nous offre ici un premier tome de qualité qui allie intrigue diablement bien ficelée (qui rappelle brièvement le mystère du Meurtre de Roger Ackroyd d'Agatha Christie) et cadre historique riche et bien documenté. La Vienne impériale du début du XXe siècle est extrêmement bien rendue, la géographie de la ville maîtrisée par l'auteur (un plan en préambule permet d'en avoir un rapide aperçu) et les moeurs dépeintes avec soin. Pas d'anachronisme ici ni de personnage féminin qui s'extraie de sa condition et défie les lois de la bienséance mais un roman qui respecte les codes en vigueur à l'époque. Même les dialogues rendent compte de cette courtoisie propre au niveau social des personnages et sont empreints d'une politesse sans égale. La plume de Frank Tallis, soignée et précise, porte le roman de façon efficace.

L'intrigue permet en outre de croiser des personnalités historiques - Freud ou encore le compositeur Gustav Mahler - et d'interroger les avancées scientifiques de ce début du XXe siècle. C'est brillant !

Quant aux personnages, le duo formé par les deux enquêteurs - l'un inspecteur de police et l'autre médecin - fonctionne à merveille, chacun contribuant à l'enquête par sa forme d'intelligence et ses affinités. La galerie de personnages secondaires est intéressante et laisse présager une suite des plus délicieuses. Le versant psychologique et psychiatrique est dépeint avec soin et offre au roman une dimension peu commune.

Bref, un excellent roman bien loin de certains polars qui optent pour un contexte historique dans le but de se donner une certaine légitimité mais qui n'offrent de ce cadre qu'un décor en carton pâte décevant et bien souvent bourré d'anachronismes. La justice de l'inconscient est sans conteste le meilleur polar historique que j'ai pu découvrir ces dernières années et encore un beau coup de coeur à noter sans tarder !

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31 octobre 2016

Le protectorat de l'ombrelle T.1 Sans âme, Gail Carriger

Sans âme TSans âme est le premier tome de la série Le protectorat de l'ombrelle imaginée par l'archéologue et romancière américaine Tofa Borregaard - qui écrit sous le nom d'emprunt de Gail Carriger - paru en 2011 aux éditions Orbit. La série compte à ce jour cinq tomes.

Londres, époque victorienne. Miss Alexia Tarabotti est un cas désespérée pour sa famille : vieille fille de vingt-cinq ans sans perspective d'union à l'horizon, elle joue au chaperon pour ses demi-soeurs cadettes au potentiel plus élevé. Mais ce que ses proches ne savent pas c'est qu'Alexia n'est pas tout à fait ordinaire : la jeune femme n'a en effet pas d'âme, elle fait partie des paranaturels et possède le don d'annuler ceux des autres. A son contact, vampires, loup-garous et consorts perdent leurs attributs et redeviennent humains. Ainsi, lorsqu'elle est attaquée à un bal privé par un vampire qui semble ignorer ses capacités et qu'elle tue celui-ci accidentellement, les choses se compliquent. La Reine Victoria dépêche sur place Lord Maccon, un loup-garou écossais au tempérament ardent. Alors que les relations entre eux sont incendiaires, des disparitions inquiétantes sont signalées. Miss Alexia Tarabotti et Lord Maccon vont devoir collaborer pour démêler l'affaire.

Voilà un roman vers lequel je ne me serais jamais tournée il y a peu. La bit-lit et moi, on est loin d'être copines... Mais depuis que j'ai suivi un MOOC sur la Fantasy, j'ouvre mes horizons littéraires et sors de ma zone de confort pour partir à la découverte d'autres genres. Et autant dire que la période d'Halloween est parfaite pour ce type de lecture aux relents de vampires et de loups-garous...

Dès la couverture, le ton est donné : l'époque victorienne - rendue furieusement glamour par l'allure du personnage et le rose Barbie du titre - sera le théâtre de ces jeux de pouvoir dont Miss Alexia Tarabotti sera l'héroïne à l'ombrelle ravageuse. L'intrigue possède un fonctionnement assez classique mais avance à bon pas, portée par des premiers chapitres assez déroutants et rythmés offrant un avant-goût de l'ensemble. L'écriture est cinématographique et très visuelle et le décor assez soigné pour permettre au lecteur de s'imaginer le contexte de l'intrigue. Ce premier tome augure un univers riche dont l'auteure semble posséder toutes les ficelles. Il n'y a rien de tel qu'un univers bien construit dans lequel le lecteur a envie de se glisser. J'espère que le contexte historique sera mieux exploité par la suite, car l'époque victorienne et ses codes sont une toile de fond qui possède de beaux avantages pour une intrigue telle celle-ci.

Petit bémol en revanche pour la galerie de personnages éclipsée par le duo formé par Miss Alexia Tarabotti et Lord Maccon. L'auteure a soigné leur psychologie au détriment des personnages secondaires qui peuplent l'univers de façon quasi fantomatique. Difficile d'exister à côté de ces deux personnages charismatiques au tempérament fort  ! Mais j'espère que la suite permettra de rééquilibrer l'ensemble.

Enfin, et encore je ne suis pas spécialiste du genre, mais le style de l'auteur est soigné et confère à l'ensemble une qualité loin des clichés du genre. Si l'intrigue amoureuse est assez cousue de fil blanc, il n'en demeure pas moins qu'elle est bien amenée et assez addictive (c'est rare que je sois tenue en haleine par une histoire d'amour et que je veuille à tout prix retrouver le couple naissant au fil des chapitres mais c'est exactement ce que j'ai ressenti avec ces pages). Elle se fond avec l'intrigue principale avec finesse et les deux coexistent en bonne intelligence.

Entre steampunk et romance aux faux-airs de pastiche d'Orgueil et Préjugés, entre bit-lit qui échappe aux clichés du genre et roman fantastique,  Le Protectorat de l'ombrelle est un pur divertissement bourré de charme auquel je n'ai pas résisté bien longtemps. Deux jours de lecture et c'était bouclé ! Heureusement que la suite m'attend au chaud dans mon Kindle... Et même si c'est la troisième fois en peu de temps que je le dis (avec Miss Peregrine et les enfants particuliers et La Prophétie de Glendower), c'est rare que les séries me donnent envie de poursuivre. Ces trois-là sont donc de belles découvertes !

D'autres avis de lecteurs : Dup, Galleane, Karine:), Lou, Patacaisse, Plume de Cajou, Radicale, Syl., Vilvirt, etc.

Voilà ma quatrième et dernière participation au Challenge Halloween organisé par Hilde et Lou.

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20 octobre 2016

La prophétie de Glendower T.1, Maggie Stiefvater

La prophétie de GlendowerLa Prophétie de Glendower est le premier tome d'une quadrilogie imaginée par la romancière et illustratrice américaine  Maggie Stiefvater, paru en 2013 chez Blackmoon.

Blue, seize ans, vit entourée de mediums. Toutes les femmes de sa famille possèdent un don pour l'art divinatoire. Toutes sauf Blue, qui exacerbe par sa présence le don des autres, sans n'en posséder aucun elle-même. Depuis qu'elle est petite, toutes ces voyantes se sont accordées sur un point : si Blue embrasse l'amour de sa vie, il mourra. Cette prophétie bien ancrée en elle, Blue renonce donc à tomber amoureuse. Jusqu'au jour où elle rencontre un groupe de garçons d'une prestigieuse école. Quatre garçons mus par le même objectif : trouver la dépouille du prince gallois Glendower. A la tête de ce groupe, Gansey, dont Blue a vu apparaître le fantôme lors d'une cérémonie la veille de la Saint-Marc. La jeune fille est troublée car un esprit se manifeste dans deux situations précises : soit il est l'amour de sa vie, soit elle est la cause de sa mort. Horrifiée par cette signification, Blue se greffe à  la quête des garçons pour découvrir les lignes de ley et le tombeau de Glendower et éviter que la prédiction ne se réalise.

Si vous me connaissez un tant soit peu, vous savez que ce livre n'avait aucune chance de croiser ma route. Et quand je dis aucune, je pèse mes mots. Je lis peu de young adult (je le fais essentiellement pour mon travail), la première de couverture laisse entendre une romance un peu mièvre et éculée et la maison d'édition fait partie de celles vers lesquelles je ne vais pas spontanément. Je n'ai rien contre Black Moon, cela va sans dire, mais leur ligne éditoriale ne me correspond pas du tout et le fait que ce texte soit publié chez eux m'aurait fait passer à côté. Heureusement, une collègue du club lecture du lycée (merci Amélie !) a fait l'apologie de ce texte qu'elle lisait l'année dernière en anglais, et j'avais été intriguée par son enthousiasme. Elle avait ajouté que l'édition française pouvait faire passer inaperçu ce roman, le noyant parmi des bluettes de bit-lit et des romances adolescentes et que ça serait fort dommage. Ce n'était bien entendu pas tombé dans l'oreille d'une sourde. Sitôt que j'en ai eu l'occasion, j'ai acheté ce roman pour le CDI de mon lycée, et en bonne documentaliste que je suis, je me suis octroyé la primeur de sa lecture. Et j'ai rudement bien fait ! Effectivement, passez outre la couverture très Twilight, le sous-titre "Si elle embrasse l'amour de sa vie, il mourra" et partez à la découverte de ce texte extrêmement bien construit et à l'intrigue des plus prometteuses !

Maggie Stiefvater soigne le début de sa quadralogie en plantant un décor solide à l'ambiance léchée et en prenant le temps d'y installer ses personnages. Ces derniers sont bien loin d'être des caricatures de personnages adolescents et possèdent une psychologie fine que l'auteure dépeint avec attention. La narration à la troisième personne change de point de vue et permet de passer d'un personnage à l'autre, balayant ainsi le spectre de leurs préoccupations. C'est subtil, intelligent et tout se tient. L'apport historique lié au personnage de Glendower est d'autant plus intéressant et offre à la quête des quatre Corbeaux - Gansey et ses amis, surnommés ainsi car le corbeau est l'emblème de leur école - une visée culturelle intéressante.

L'intrigue se met en place doucement, chaque élément s'emboîtant patiemment jusqu'à ce que le tout s'accélère brusquement, vous empêchant de reposer le livre. C'est simple : moi qui peine à poursuivre les séries (je préfère de loin les titres isolés à quinze tomes d'une série qui n'en finit pas), une fois reposé ce roman, je n'ai eu d'autre choix que d'emprunter la suite (que j'avais heureusement achetée pour le CDI). Donc en gros, oui on dirait une romance de fantasy, oui la maison d'édition laisse sous-entendre ça mais que nenni : foncez ! Vous allez découvrir un texte étonnant, mêlant histoire et problématiques adolescentes et sociales, loin des poncifs du genre et vous n'aurez plus envie de le lâcher.

 Voici ma deuxième participation au Challenge Halloween organisé par Hilde et Lou !

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11 octobre 2016

Les Nécrophiles anonymes T.2 L'étrange cas du docteur Ravna et de Monsieur Gray, Cécile Duquenne

Les Necrophiles anonymes T L'étrange cas du docteur Ravna et de Monsieur Gray est le deuxième tome de la série Les Nécrophiles anonymes imaginée par Cécile Duquenne, paru en avril 2014 chez Bragelonne. Le premier tome, Quadruple assassinat dans la rue de la Morgue, m'avait ravie l'an dernier au moment d'Halloween et j'ai eu envie d'en découvrir la suite.

Bob le vampire et Népomucène le préposé à la morgue poursuivent leur chemin ensemble, dans cette amitié amoureuse platonique à laquelle ils sont condamnés par leurs conditions. Bob, qui ne s'est jamais autant lié à un autre être depuis qu'il est devenu un vampire, décide de faire lire à Népomucène les carnets qu'il tient depuis sa renaissance vampirique. Des carnets dans lesquels Népomucène découvre qu'être un vampire n'est pas aisé et que le dédoublement de personnalité est monnaie courante. Mais lorsque Bob décide de présenter Népomucène à ses amis vampires, les retrouvailles prennent une tournure inquiétante pour le tandem. Bob est en effet hypnotisé pas un vampire qui se fait appeler Dorian Gray et Népomucène assiste impuissant à la transformation de son ami.

J'avais découvert le premier tome de cette série par hasard l'an dernier, en cherchant des lectures halloweenesques et j'avais passé un agréable moment en compagnie de Bob et Népomucène. L'humour était prégnant et les références littéraires et cinématographiques au mythe du vampire nombreuses.

Malheureusement pour ce deuxième opus, la magie n'a pas du tout opéré. Si les références sont toujours présentes par l'intermédiaire d'Oscar Wilde et Bram Stocker et leurs personnages de Dorian Gray et Van Helsing, elles semblent être là pour apporter une sorte de crédit à une intrigue plate et sans saveur. L'ensemble manque cruellement de rythme et de cohérence et la brièveté du texte laisse le lecteur sur sa faim, tandis que de nombreuses questions restent en suspens à la fin du roman. Si la relation entre Bob et Népomucène avance à petit pas et laisse suggérer une approche intéressante, il n'en demeure pas moins que l'intrigue reste bancale dans son ensemble. Les lieux sont trop brièvement décrits pour permettre à l'imagination d'éclore, tandis que les personnages restent superficiels et leurs psychologie trop rapidement traitée. L'humour, omniprésent dans le premier tome, est quasi absent de celui-ci, ce qui est fort dommage. Bref, une rencontre ratée avec ce roman et une grosse déception. J'avais pris tellement de plaisir à découvrir le ton décalé et drôle de Cécile Duquenne dans le premier volet des aventures de Bob et Népomucène que je pensais me régaler d'avance avec celui-ci, mais il n'en est rien. Je me laisserai peut-être tenter par le troisième titre de la série, désireuse de retrouver le mordant du premier tome, mais rien n'est moins sûr...

 Voici ma première participation au Challenge Halloween organisé par Hilde et Lou !

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03 octobre 2016

La petite couturière du Titanic, Kate Alcott

La petite couturière du Titanic Kate AlcottLa petite couturière du Titanic est un roman de la journaliste américaine Patricia O’Brien, qui écrit sous le pseudonyme de Kate Alcott, paru en 2012 aux États-Unis avant d'être traduit en français et de paraître aux Éditions de l'Archipel en avril 2016.

10 avril 1912, le Titanic quitte le port de Southampton en direction de New York. A son bord, Tess Collins, une jeune gouvernante qui rêve de vivre de ses talents de couturière. La jeune fille vient d'être miraculeusement embauchée par Lucy Duff Gordon, la célèbre et non moins impressionnante créatrice de mode. Durant la traversée, Tess fait la connaissance de deux hommes - un marin et un riche homme d'affaires - avant que le naufrage ne les sépare. Sauvée de justesse, la jeune femme survit à la tragédie sans connaître le sort de ceux qui avaient fait chavirer son coeur. A New York, entre l'enquête sur le naufrage et ses débuts dans la mode, la jeune anglaise découvre une nouvelle vie.

Publié sous le titre The Dressmaker, La petite couturière du Titanic est une jolie romance qui mêle Histoire et fiction. Si le titre français peut faire penser que l'intrigue va se dérouler durant la traversée du Titanic, il n'en est rien car celle-ci, ainsi que le naufrage, sont évacués en début de roman et l'intrigue se concentre davantage sur la nouvelle vie de Tess à New York et les suites juridiques du drame du Titanic que sur la vie à bord. J'ai donc été quelque peu déçue de ce titre alléchant et en ouvrant ces pages, je m'attendais davantage à trouver des détails sur la vie sur le paquebot que sur l'enquête qui a suivi son naufrage.

Néanmoins, ma déception a rapidement été balayée par l'intérêt que j'ai porté aux détails historiques de l'intrigue. Non seulement les suites du naufrage sont historiquement fondées et bien documentées, mais certains personnages ont réellement existé, comme Lucy Duff Gordon. La créatrice de mode, dont la carrière était alors à son apogée, a ainsi créé la polémique quant aux conditions de sa survie au naufrage et sa carrière, entachée de ce scandale, ne s'en est jamais remise.

Le milieu dans lequel évolue Tess m'a également conquise - celui de la mode et de la création - et j'ai aimé suivre les pas de cette jeune anglaise dans le gigantisme de la grosse pomme du début du 20ème siècle. Si la romance est conventionnelle et sans surprise, j'avoue que je n'y ai pas prêté réellement attention. J'ai aimé ce que j'étais venue chercher dans ce roman : un contexte historique documenté et précis, sur fond de création et de mode.

En bref, une romance historique bien ficelée, bien documentée, qui ravira les amateurs d'histoire et de beaux sentiments. Merci à LP Langage&Projets et aux éditions de L'Archipel pour la découverte de ce roman.

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27 septembre 2016

La petite boulangerie du bout du monde, Jenny Colgan

La petite boulangerie du bout du mondeLa petite boulangerie du bout du monde est un roman de l'écossaise Jenny Colgan paru en 2015 aux éditions Prisma.

Suite à l'échec de son mariage et de l'entreprise qu'elle avait fondée avec son mari, Polly quitte Plymouth pour Mount Polbearne, un petit port de pêche de Cornouailles, accessible uniquement à marée basse. Sans le sou, elle emménage dans un sinistre appartement situé au-dessus d'une ancienne boulangerie. Loin de tout et de tous, coupée du monde par les marées, la jeune femme tente  de se reconstruire peu à peu et de faire le point sur sa vie. Entre la vie rythmée par la nature et le calme de l'île, Polly se retrouve. Et rapidement, la jeune femme recommence à faire ce qu'elle préfère : fabriquer du pain. D'abord pour se réconforter et s'occuper, la jeune femme est vite assaillie de commandes. Car à Mount Polbearne, il n'y a qu'un seul dépôt de pain industriel tenu par une vieille femme aigrie et les habitants sont très vite attirés par les doux effluves qui s'échappent du four de Polly. Elle qui pensait faire une pause à Mount Polbearne se retrouve rapidement à apprécier cet univers calme, loin de la foule et à se lier avec ses habitants.

Feel good book par excellence, ce roman m'a accompagnée cet été, lorsque je terminais d'écrire mon mémoire. Et je dois vous avouer que j'ai savouré ces pages comme des tartines de pain frais. Prenez une pincée de rupture, rajoutez une once de perte d'emploi sur fond de crise économique, mélangez le tout avec une héroïne déterminée et combative. Laissez reposer sur une petite île de Cornouailles en compagnie de drôles de marins et d'un macareux facétieux et attendez que le tout cuise doucement. A la sortie du four, vous obtenez un roman attachant, portée par des valeurs de solidarité et d'entraide, sur fond de troubles économiques, de romance et de quête identitaire. Si en plus je vous dis qu'il y a toujours une miche de pain qui dore au four et une douce et appétissante odeur qui se répand dans la cuisine, je sens que vous allez fondre...

L'intrigue, même si elle est classique de prime abord, regorge de positif et d'optimisme et renferme de belles surprises. L'entraide est au centre de cette quête identitaire et de cette vie qui s'effondre. Sans mièvrerie (et pourtant ça aurait pu !), avec finesse et parfois une once de mélancolie, Jenny Colgan aborde la question de la quête de soi à travers le personnage de Polly, trentenaire lambda, un peu bancale. Le lieu est cocon, malgré une nature violente, les descriptions de la Cornouailles soignées et il est facile et agréable de se glisser aux côtés de Polly pour l'accompagner dans cette période sombre de sa vie, qui se révèle bien plus lumineuse que prévue.

Pour ma part, vous l'aurez compris, j'ai adoré ce roman doudou et feel good et j'ai même eu l'impression de sentir l'odeur du pain chaud de la petite boulangerie clandestine de Polly lors de ma lecture... Certains pourraient y voir un ramassis de bons sentiments ou répliquer qu'il ne s'agit pas du roman du siècle, j'en concède. Pour ma part, il m'a accompagnée à un moment où j'avais besoin d'une détente facile et rapide et j'étais ravie de me plonger dans ces pages le soir venu. Résultat : j'ai très envie de dévorer la suite, Une saison à la petite boulangerie très vite et de retourner en Cornouailles.

Petit bonus final : les recettes de Polly qui permettent de réaliser les divers pains et viennoiseries indiqués au fil des pages... Un régal ! (je n'en ai encore testé aucune mais promis dès que je passe à l'action j'en rajoute une photo ici !)

D'autres avis sur ce roman : Faelys, FondantoChocolatGalleane, MamzellePotter, etc.

Encore une participation au Challenge Feel Good

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17 septembre 2016

Les jumelles, Claire Douglas

Les jumelles, Claire DouglasLes Jumelles est le premier roman écrit par la journaliste Claire Douglas, finaliste du concours du premier roman organisé par l'édition britannique de Marie-Claire. Il paraîtra le 5 octobre prochain chez Harper Collins.

Traumatisée par le décès dix-huit mois plus tôt de Lucy, sa jumelle, Abi se remet doucement d'une tentative de suicide lorsqu'elle rencontre la flamboyante Beatrice. Cette dernière, créatrice de bijoux, habite une luxueuse maison avec des amis artistes, et son quotidien ne semble être que légèreté, insouciance et fêtes. Très vite, elle propose à Abi d'emménager dans sa collocation, ce que la jeune femme accepte immédiatement. Mais celle-ci tombe immédiatement sous le charme de Ben, le jumeau de Beatrice, ce que celle-ci accepte difficilement. Et entre les trois trentenaires, un triangle ambigu se met rapidement en place. Abi se rend compte que Beatrice possède une emprise inquiétante sur les autres membres de la maisonnée qui lui semblent tout dévoués, jusqu'à son jumeau, partagé entre les deux femmes.

Point de suspense ici, je ne vais pas vous le cacher longtemps : je suis tombée sous le charme de ce thriller, dévoré en trois jours (à peine le temps de vous indiquer que j'étais en train de le lire dans la colonne du blog que pouf ! Il était terminé !). Vous savez pourtant que ce n'est pas mon genre de prédilection, mais depuis mes lectures récentes de La fille du train et Avant d'aller dormir, j'ose sortir de ma zone de confort et me laisser surprendre. Et cette fois encore, j'ai bien fait.

Les jumelles est un huis-clos des plus réussis dans la vaste demeure de Bath de Beatrice dans laquelle elle évolue entourée de ses amis. Comme Abi, vous rentrez par la vaste porte du porche, charmé par cette nouvelle famille accueillante composée de personnalités affirmées et vous ne réussirez pas à en ressortir, envoûté par l'ambiance légère et détendue qui y règne. Impossible d'échapper au charme de Beatrice et à son quotidien fantasque et pétillant. Même lorsque ce dernier se révélera un peu moins pailleté qu'en apparence. La question de la gémellité est au coeur de cette intrigue passionnante et une fois le piège refermé, vous n'arriverez plus à lâcher ce roman, avide d'en connaître le dénouement...

La narration alterne entre une focalisation interne au personnage de Abi et une focalisation externe au personnage de Beatrice. Les chapitres se succèdent, la première personne alternant avec la troisième, et entraînent le lecteur dans une intrigue extrêmement bien ficelée. Le doute est là, à chaque page, à chaque affirmation. Car les passés respectifs de Abi, Beatrice et Ben sont assez flous et chacun semble cacher des détails de son ancienne vie. Et lorsque les choses commencent à se gâter entre les trois membres du trio, vous aurez du mal à savoir qui croire. Peut-on faire confiance à Abi, vulnérable, sous médicaments, mais qui semble aujourd'hui stable ? Et que dire de Beatrice, flamboyante et merveilleuse en apparence, mais qui se cache en un rien de temps derrière un masque de froideur des plus déconcertants ? Et qui est vraiment Ben, ce bel homme en apparence si fort, sûr de lui, qui semble trembler derrière sa soeur ?

Vous l'aurez compris : j'ai adoré ces pages. J'ai adoré m'interroger sur la personne à qui accorder ma confiance. J'ai adoré douter, à chaque événement nouveau, de tout, de tous. Claire Douglas entraîne son lecteur dans un huis-clos paradoxalement doudou et inquiétant. Entre la collocation à la Friends et le charme discret des intérieurs britanniques un rien suranné où le thé est omniprésent, des secrets dorment, bien enfouis, ou presque. Allez, foncez, vous ne le regretterez pas ! Par contre, petit conseil : ne lisez pas la quatrième qui dévoile une grande partie des rouages de l'intrigue (c'en est même étonnant a posteriori) De quoi vous gâcher le plaisir de lecture ! (grande chance pour moi : ma mémoire de moineau qui m'a fait l'oublier sitôt lue et permis de découvrir avec délice le roman).

Un grand merci à Angélique de Langage&Projets de m'avoir proposé de découvrir ce titre en avant-première.

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14 septembre 2016

Un jour, David Nicholls

Un jour, David NichollsUn jour est le troisième roman du britannique David Nicholls paru en 2008 mais le premier à être publié en France. Il est paru en 2011 chez Belfond et a été l'objet d'une adpatation cinématographique par Lone Scherfig en 2011.

Le 15 juillet 1988, lors de leur soirée de fin d'études, Emma et Dexter se rencontrent. Entre les deux étudiants que tout oppose, une alchimie voit le jour, symbolisée par une nuit sans lendemain. Alors que leurs chemins se séparent - Dexter, fortuné, part découvrir le monde en toute insouciance tandis qu'Emma enchaîne les petits boulots alimentaires - les deux amis ne cessent de correspondre. Durant vingt ans, ils s'échangent des lettres, se revoient à intervalles réguliers, et leur amitié ambiguë évolue au fil du temps. 

Cela faisait longtemps que je tournais autour de ce roman, que le résumé m'intriguait. Et cet été, j'ai décidé de le sortir de ma PAL et de me faire une idée. Et j'ai drôlement bien fait...

Si Un jour semble de prime abord une petite bluette , il n'en est rien. En réalité, le roman est une formidable étude de moeurs au travers du prisme de ces deux personnages que tout oppose. Dexter, l'intrépide et insouciant fils de bonne famille et Emma, la jeune femme responsable et rêveuse. Si l'un est dragueur, l'autre est sentimentale, et lorsque Emma envisage une carrière d'écrivain jeunesse, Dexter devient l'animateur d'une émission de télévision aussi creuse qu'inutile. Pour autant, ces deux-là sont aimantés l'un vers l'autre.

L'humour so british est bien présent dans cette comédie douce-amère, et le roman se présente comme une réelle peinture sociale de l'Angleterre sur vingt ans. Le lecteur suit avec plaisir l'histoire de ces deux personnages très vraisemblables, à raison d'un chapitre par an, à la date anniversaire de leur rencontre, le 15 juillet. Leur correspondance est un délice, tout comme leurs aventures.

Bref, vous l'aurez compris : j'ai adoré cette lecture, peinant à la lâcher. L'histoirekeep-calm-and-feel-good-246 d'une belle rencontre + une plume intéressante + l'Angleterre en toile de fond = un cocktail plus que réussi qui m'a complètement séduite et un coup de coeur de plus ! J'ai eu du mal à tourner la dernière page. Laissez-vous séduire vous aussi par le tandem Dex et Em... 

Voilà une nouvelle participation

au Challenge Feel Good que j'organise

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15 juin 2016

Tu comprendras quand tu seras plus grande, Virginie Grimaldi

Tu comprendras quand tu seras grandeAprès Le premier jour du reste de ma vie, Tu comprendras quand tu seras plus grande est le second roman de Virginie Grimaldi paru en mai 2016 chez Fayard.

Après une rupture douloureuse, Julia quitte Paris pour le Pays basque, où elle va effectuer un remplacement en qualité de psychologue dans une maison de retraite. Pour cette trentenaire parisienne, ce poste est une fuite, une échappatoire à son quotidien devenu déprimant depuis sa rupture. Mais une fois sur place, les doutes s'installent. Elle qui n'a jamais vraiment été à l'aise avec les personnes âgées, la voilà immergée dans le quotidien des pensionnaires des Tamaris. Heureusement, une équipe jeune et dynamique l'attend et très vite, Julia prend goût à l'air de la côte et aux Tamaris. Elle qui a été embauchée pour être à l'écoute des pensionnaires et alléger leur mélancolie se rend vite compte qu'elle apprend beaucoup à leurs côtés et que si les époques sont différentes, les problématiques sont universelles. Et la fuite de Julia va se révéler être une très bonne façon de reprendre goût à la vie...

J'ai ouvert ce roman en ayant envie de soleil, de détente, de feel good (vous savez à quel point j'aime ponctuer mes lectures de romans feel good !) et je n'ai absolument pas été déçue ! Je ne connaissais Virginie Grimaldi que de nom, n'ayant pas lu son premier roman, et j'étais très curieuse de découvrir la plume de cette jeune passionnée d'écriture. Bien m'en a pris car j'ai passé un très bon moment aux Tamaris en compagnie de Julia et de ses pensionnaires !

L'intrigue nous emmène dans un lieu qui de prime abord ne fait absolument pas rêver : une maison de retraite. Pour éviter que son lecteur ne ressente tout sentiment négatif, Virginie Grimaldi le fait immédiatement éprouver par son héroïne, pour mieux le déconstruire ensuite. Et c'est rudement bien joué ! Car qui imaginerait trouver une bouffée de positif et de vie dans un endroit qui accompagne ceux qui sont en train de la quitter ? Certainement pas Julia, qui éprouve cette réticence dès son arrivée dans les lieux. Mais celle-ci est très vite chassée par l'énergie qui émane des pensionnaires et de l'équipe qui les encadre. Quel meilleur moyen de prendre du recul sur sa vie que d'écouter les autres raconter leurs souvenirs ? L'auteure met l'accent sur la richesse des relations inter-générationnelles et inverse les rôles : venue écouter et délivrer sa bienveillance, Julia se retrouve prise en charge et cocoonnée par ceux qui sont au crépuscule de leurs vies.  Et la beauté qui émerge de ces échanges est belle et authentique. 

Les personnages secondaires sont bien étudiés, et si certains sont parfois un brin caricaturaux, ce sentiment est vite effacé par la chaleur des rapports humains aux Tamaris. L'intrigue se déroule avec lenteur, au rythme de ce quotidien bien réglé à la maison de retraite et le retournement de situation final ne lui en offre que plus de saveur.

Petit bémol, néanmoins : si j'ai trouvé le personnage de Julia consistant et bien étudié, j'ai trouvé que son aspect professionnel était moins réussi. Pour une psychologue, Julia manque parfois cruellement de recul et cela amoindrit la vraisemblance de son métier. C'est un détail, certes, mais je me suis fait souvent la réflexion au cours de la lecture.

Virginie Grimaldi réussit là un roman à la fois léger et grave, porté par des personnages hauts en couleurs que l'on aimerait croiser dans notre vie. Et on ressort de ces pages avec le sourire aux lèvres et l'envie furieuse de vivre intensément...  Un grand merci à Marie et aux éditions Fayard pour la découverte de ce roman et de cette auteure !

 Voilà une nouvelle participation au Challenge Feel Good que j'organise

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