Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.




08 août 2019

Broadway Limited T.2 Un shim sham avec Fred Astair, Malika Ferdjoukh

Broadway Limited 2Un shim sham avec Fred Astair est le deuxième tome de la série Broadway Limited écrite par Malika Ferdjoukh. Il est paru en novembre dernier dans la collection Medium + de L'Ecole des Loisirs.

Le froid est mordant en ce mois de janvier 1949 à New York, et à la pension des Giboulées, tenue par les soeurs Celeste et Artemisia, la vie suit son cours. Les six jeunes pensionnaires poursuivent assidûment leur rêve de gloire et de reconnaissance. Il y a la danseuse Manhattan, engagée comme habilleuse auprès de Uli Styner, star de Broadway poursuivi par la Commission des Activités Anti-Américaines, qui ignore qu'elle est la fille qu'il a abandonnée. Et puis il y a Hadley, qui, de son côté, élève comme son neveu son fils de trois ans Odgen, fruit d'une nuit d'amour avec Arlan, un beau soldat perdu de vue à cause d'une serviette en papier et d'une averse. Chic, quant à elle, adore le faste et les paillettes et poursuit sa carrière de comédienne jusqu'à ce qu'elle rencontre un certain Whitey. Et puis il y a aussi Page, Etchika et Ursula, mais aussi Dido, la jeune voisine très impliquée politiquement, dont est éperdument amoureux Jocelyn, le jeune pianiste français qui loge au sous-sol de la pension. Ça en fait du monde et des aventures !

J'avais adoré ouvrir le premier tome de Broadway Limited, en novembre dernier, et c'est avec le même plaisir que j'ai dévoré celui-ci.
Malika Ferdjoukh poursuit avec finesse l'exploration de ses personnages et des différentes intrigues qu'elle imagine. New York, et plus généralement l'Histoire américaine, prennent une place de plus en plus importante à mesure que la période d'après-guerre se durcit et qu'avec elle apparaissent les chasses aux sorcières. L'auteure mêle avec brio ses personnages aux anecdotes historiques en les faisant rencontrer des grands noms de cette époque - Fred Astair, Grace Kelly, Billie Holliday, Marlon Brando, Elia Kazan, Paul Newman, Lee Strasberg, etc. - et participer à l'effervescence du début des 50's. Les cabarets et autres théâtres ont le vent en poupe, tout comme les danseurs et les chanteurs, et la petite troupe de la pension des Giboulées tente de percer chacun dans son domaine.
C'est avec regret que j'ai refermé ce deuxième tome, diablement bien rythmé. L'intrigue générale gagne en épaisseur, tout comme les personnages en psychologie, et Malika Ferdjoukh est en train d'imaginer une sorte de Vie mode d'emploi un brin plus romancé, où l'intrigue déborde des murs de la pension pour mieux donner à voir la vie de ces jeunes adultes à New York. Destiné à un lectorat adolescent, la série est à la fois accessible notamment historiquement et politiquement à ce public, mais aussi largement délicieuse à découvrir à l'âge adulte. Les turpitudes des sentiments adolescents sont là, mais évitent l'écueil du sentimentalisme pour mieux donner à voir des vies plus matures, plus engagées. A l'image des vingtenaires de cette époque.
Une réussite, donc, que je ne peux que vous encourager vivement à découvrir au plus vite. De mon côté, j'attends le prochain tome avec impatience. Un grand merci
 à L'Ecole des Loisirs de me permettre de découvrir cette série que j'aurais adorée plus jeune, même si je ne boude pas mon plaisir à trente ans et des poussières.

Ma chronique du premier tome :

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28 juillet 2019

Les chroniques de San Francisco T.5 D'un bord à l'autre, Armistead Maupin

Les chroniques de San Francisco 5D'un bord à l'autre est le cinquième tome du feuilleton littéraire Les Chroniques de San Francisco imaginé par l'américain Armistead Maupin. Il est paru en 1987 aux États-Unis avant d'être traduit en français par les éditions Passage du Marais en 1997.

Tout s'est apaisé, au 28, Barbary Lane. Alors que Mary Ann et Brian étaient au bord du divorce, l'adoption inopinée de Shawna sauve leur couple. Pour s'adapter au nouveau statut de vedette de la télé de Mary Ann, les tourtereaux ont déménagé au 23e étage d'une haute tour qui domine la ville. Michael, quant à lui, gère l'arrivée d'un neveu vierge et un brin désagréable que Mme Madrigal autorise à loger dans l'ancien appartement de Mary Ann et Brian. Ce dernier, alors qu'il tombe inopinément sur une ancienne maîtresse, apprend que celle-ci est séropositive et décide de faire un test sans en parler à Mary Ann. Pour noyer son angoisse, il file en weekend avec Michael. Dede et D'or, de leur côté, décident de partir camper avec les jumeaux au Wimminwood, un festival de musique et d'arts dédié aux lesbiennes. Mais tout ne se passe pas comme prévu sur place...

Voilà un tome que j'ai littéralement dévoré et qui m'a complètement conquise ! Et c'est peu de le dire.
A
rmistead Maupin poursuit son études de moeurs des années 80 en emmenant son lecteur tour à tour dans un festival lesbien, un camp pour hommes, le monde pailleté de la télévision et en faisant vivre mille aventures à ses personnages. Entre le Sida - toujours présent et qui plane comme une menace plus seulement réservée aux homosexuels -, la possible destruction des marches de Barbary Lane contre laquelle Mme Madrigal milite, l'adultère de Brian, les questions de couple de Dede et D'or, le conservatisme reaganien ambiant, les intrigues sont nombreuses et croisées et rythment avec enthousiasme ce cinquième tome.
Aucun temps mort, donc, dans D'un bord à l'autre, mais une intrigue farouchement engagée tout en étant exquisement drôle. Un bon conseil : si vous cherchez une série furieusement 70's-80's qui décortique cette époque extravagante, bourrée de joie de vivre et d'humanité, sur fond de bienveillance et d'humour, ne cherchez plus et dépoussiérez ce classique de la littérature populaire américaine qui n'a pas pris une ride. Pour ma part, j'ai hâte de découvrir le sixième tome, commandé chez ma libraire préférée ! 

Mes billets des quatre premiers tomes :

      

 

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22 juillet 2019

Les chroniques de San Francisco T.4 Babycakes, Armistead Maupin

Les chroniques de San Francisco TBabycakes est le quatrième tome du feuilleton littéraire Les Chroniques de San Francisco imaginé par l'américain Armistead Maupin. Il est paru en 1984 aux Etats-Unis avant d'être traduit en français par les éditions Passage du Marais en 1997.

1983. Alors que la Reine d'Angleterre visite San Francisco, Mary Ann couvre sa venue pour sa chaîne de télévision et fait la connaissance de Simon Bardill, un lieutenant déserteur de la flotte royale. Elle le présente à la joyeuse troupe du 28 Barbary Lane et Simon propose alors de prêter son appartement londonien pour un mois, en échange d'un des appartements de chez Mme Madrigal. Michael cède à la pression de Mary Ann qui lui propose de se changer les idées après la mort de Jon, son compagnon, décédé trois mois plus tôt du Sida, et part à Londres, lieu de son coming out seize ans plus tôt. 

Six ans et demi ! Oui, six ans et demi séparent ma lecture du troisième de celle du quatrième tome des Chroniques de San Francisco. A l'occasion du visionnage de la série sur Netflix, j'ai eu envie de me replonger dans ce feuilleton et je dois dire que j'y ai pris un certain plaisir.
A
lors que le troisième tome m'avait lassée et avait provoqué mon interruption de lecture, je me suis plongée avec plaisir dans ces nouvelles aventures des habitants du 28 Barbary Lane.
Pour la première fois, l'intrigue quitte San Francisco pour s'exiler en partie à Londres, aux côtés de Michael. Le personnage est en plein deuil de son compagnon, et le sida est évoqué à demi-mot, comme une menace qui plane sur les homosexuels. La maladie est omniprésente dans ce tome - Michael étant lui-même séropositif - et Maupin semble rendre compte de ces terribles années Sida.
De leur côté, Mary Ann et Brian éprouvent des difficultés à concevoir un enfant et l'auteur aborde cette question avec tout autant de pudeur en inversant les stéréotypes de genre, Brian cherchant à être comblé par la paternité tandis que Mary Ann se concentre sur sa carrière.
Un tome plus sombre que les précédents mais non moins dénué d'humour. Armistead Maupin poursuit son étude des moeurs avec brio et étoffe sa galerie de personnages déjà conséquente. Bref, un régal !

Mes billets des trois premiers tomes :

    

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06 juin 2019

La boîte de Pandore, Bernard Werber

La boîte de Pandore Bernard WerberLa boîte de Pandore est le dernier roman du toulousain Bernard Werber. Il paru en septembre dernier chez Albin Michel.

Imaginez un spectacle d'hypnose. Imaginez que vous êtes le plus sceptique dans la salle mais que c'est sur vous que tombe l'expérience d'aller sur scène. Imaginez que l'hypnotiseuse vous propose une expérience d'hypnose régressive et vous permet de franchir la porte de l'inconscient pour aller visiter une de vos vies antérieures. C'est ce qui arrive à René, professeur d'histoire en lycée. Et lorsqu'il découvre qu'il a été un soldat durant la Grande Guerre, René prend peur et s'enfuit du spectacle. Mais si pouvoir revenir dans ses vies antérieures était finalement une chance ? Et si sa mission de vie l'attendait derrière l'une de ses portes ? René décide de se pencher sur la question.

Quand j'étais lycéenne, j'aimais beaucoup Werber, mais cela faisait au moins quinze ans que je n'y étais pas revenue. L'intrigue de son dernier roman, et surtout son sujet - l'hypnose - a aiguisé ma curiosité et j'ai eu envie d'en savoir plus. Mais force est de constater que la magie n'a pas opéré. 
Si l'idée de départ est intéressante - questionner l'hypnose par le truchement d'un personnage rationnel qui envisage cette dernière uniquement comme un divertissement - mais se perd rapidement dans les méandres d'un ésotérisme qui m'a laissée de marbre. Werber plonge dans la question de l'hypnose régressive et fait visiter à son personnage toutes ses vies antérieures. Et les lieux communs pleuvent. René est prof d'histoire et parcourt les âges  à travers ses diverses vies - soldat durant la Grande Guerre, riche aristocrate du début du XXe, princesse indienne, etc.- jusqu'à sa première vie, en tant qu'atlante. Parce que oui, Werber revisite ici le mythe de l'Atlantide, que René peut parcourir tel un fantasme grâce à l'hypnose régressive. Le propos s'embrouille, la science s'éloigne, le mythe et le religieux apparaissent. Il n'est plus question de plasticité cérébrale ou vraiment d'hypnose mais d'un état hypnotique qui permet de se balader au gré de ses envies le long de son couloir de l'inconscient et de choisir une porte pour converser avec l'un de ses moi antérieurs.
L'intrigue se perd rapidement dans une quête quasi mystique dans laquelle René rameute des disciples, et les personnages - souvent caricaturaux, il faut l'avouer - de le suivre aveuglément dans son délire. 
J'ai peiné pour aller au bout de ma lecture, allant d'invraisemblances en invraisemblances. Le dénouement est à l'image de l'intrigue en elle-même, aussi abracadabrantesque que grotesque. C'est dommage. Je garde en tête le romancier qui m'a fait découvrir la vie des fourmis ou a interrogé les mystères du cerveau et préfère oublier celui qui se perd dans un ésotérisme qui m'a laissée froide. 

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20 mai 2019

Aux portes de la mémoire, Felicia Yap

Aux portes de la mémoireAux portes de la mémoire est le premier roman de la malaisienne Felicia Yap. Paru en 2017, il est sorti en France chez Harper Collins en février 2019.

Imaginez un monde où l'humanité est divisée en deux catégories : ceux qui ne se souviennent que de la veille, les monos, et ceux qui gardent en mémoire les dernières quarante-huit heures, les duos. Grâce à des tablettes, chacun consigne les jours qui passent pour transformer les souvenirs en faits et garder une traçabilité de sa vie.
Claire, une mono, est mariée à Mark, un duo. Alors que celui-ci jouit d'une carrière d'écrivain célèbre et brigue une place en politique, son épouse vit dans l'ombre, honteuse de ne souvenir que du jour précédent. Mais le jour où un policier vient sonner à leur porte pour interroger Mark à propos du décès d'une jeune femme dans la rivière près de chez eux, son monde bascule. Claire apprend que Mark la trompait et qu'il a peut-être tué cette femme. Mais dans un monde où chacun écrit ses souvenirs pour les transformer en faits, mener une enquête est une course contre la montre.

Je lis peu de thrillers, principalement parce que je suis une petite nature qui a très vite tendance à mal dormir à la moindre intrigue stressante. Mais j'ai été intriguée par ce premier roman et très enthousiaste à l'idée de le découvrir
Et j'ai rudement bien fait ! Felicia Yap entraîne son lecteur dans cette dystopie avec brio. La narration alternée permet au lecteur de suivre quatre personnages - le couple de Claire et Mark, mais aussi Sophia, la victime, et Hans Richardson, l'inspecteur en charge de l'enquête - et de progresser pas à pas avec ces personnages dans l'intrigue.  Celle-ci avance à bon pas, sans temps mort, au rythme de l'enquête que Hans - mono caché sous les traits d'un duo pour espérer une promotion - tente de boucler en une journée.
La psychologie des personnages est bien léchée et évite les caricatures ordinaires et l
'écriture cinématographique offre à l'ensemble un aspect visuel fort intéressant
Tout l'intérêt du roman réside dans cette question de mémoire à très court terme et ses conséquences. L'auteure maîtrise son sujet et a pensé à tous les aspects de sa dystopie. Comment les souvenirs sont consignés, comment les convoquer à nouveau, etc. Les clivages entre monos et duos sont là, dénonçant l'intolérance des seconds à l'égard des premiers, jugés inférieurs. La question de la tolérance et du vivre-ensemble est abordée en finesse et en cette époque troublée, arrive à point nommée.
C'est bien simple : je n'ai pas pu décrocher de ma lecture une fois commencée ! Le dénouement, inattendu et plein de rebondissements, clôt ce roman de façon parfaite. En bref, une petite réussite que j'ai déjà commencé à conseiller autour de moi ! Un grand merci aux éditions Harper Collins pour la découverte de ce thriller ô combien haletant.

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16 mai 2019

Tout ce que je sais sur l'amour, Dolly Alderton

Tout ce que je sais sur l'amourTout ce que je sais sur l'amour est le premier ouvrage de la journaliste et chroniqueuse britannique Dolly Alderton. Lauréat du National Book Award 2018, il est paru en février 2019 en France chez Mazarine.

Dolly Alderton, bientôt trente ans, aborde avec beaucoup d'humour la question de sa vie sentimentale. Digne héritière de la génération Y, la jeune femme, qui a grandi dans la banlieue londonienne, raconte avec un humour féroce ses déboires amoureux, des balbutiements des tchats sur MSN aux débuts de Facebook en passant par ses rendez-vous ratés, ses colocations diverses et variées et ses soirées dans les pubs. 

Intriguée par le résumé de ce livre, j'ai eu très envie de découvrir cette Bridget Jones réelle, cette anglaise à l'humour ravageur qui fait état de sa vie sentimentale un brin bancale. Et dès le début, Dolly Alderton donne le ton : "Si on ne vit pas ça à l'âge adulte, c'est qu'on a raté sa vie, comme toutes ces profs d'arts plastiques qui sont des "Mlles" au lieu d'être des "Mmes", portent des bijoux ethniques et ont des cheveux tout frisés." Cinglant, un peu grinçant, le livre s'apparente à une chronique sociale d'une génération désenchantée par les relations amoureuses.  
Tout ce que je sais sur l'amour est irrémédiablement teinté de nostalgie, d'une pointe de regrets parfois. Le lecteur décode à travers les nombreux traits d'humour de la journaliste une certaine forme de solitude, comblée par ses amitiés féminines nombreuses. La pression sociale d'être en couple est palpable, au fil des pages, et le fait de ne pas réussir à l'être, vécu comme un échec. Le conformisme social est fort, et Dolly Alderton n'y échappe pas. 
Malgré cet humour ravageur plus profond qu'il n'y parait, les 423 pages de l'ensemble m'ont paru à la longue un peu indigestes. Je me suis lassée, au fil de ma lecture, des aventures de Dolly parfois répétitives. Je remercie néanmoins les éditions Mazarine pour la découverte de ce livre. 

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12 mai 2019

Blanc Mortel, Robert Galbraith

Blanc Mortel Robert GalbraithBlanc Mortel est le quatrième tome de la série Cormoran Strike, série imaginée par J.K. Rowling sous le pseudonyme de Robert Galbraith. Il est paru le mois dernier aux éditions Grasset. 

Le jour où un jeune homme en apparence déséquilibré sonne à l'agence de détectives de Cormoran Strike, ce dernier a tout lieu de penser que celui-ci affabule. Billy, c'est son nom, dit avoir été témoin du meurtre d'une enfant lorsqu'il était jeune et veut que la vérité soit faite sur cette sombre histoire. Mais avant que Strike ne puisse l'interroger, Billy s'enfuit. Tiraillé, l'enquêteur ne sait quel crédit accorder à ses dires mais par acquit de conscience, commence à effectuer quelques recherches. En parallèle, il se lance avec son associée, Robin, dans l'espionnage politique, alors qu'un Ministre victime de chantage, leur demande de trouver des charges contre son ennemi en infiltrant le Parlement. Les deux enquêtes sont sinueuses et piétinent, d'autant plus que Cormoran souffre désormais d'une certaine notoriété l'empêchant d'agir sur le terrain sans être découvert.

Souvenez-vous : depuis deux mois, je suis plongée dans cette série de mon auteure favorite. Début mars, je découvrais L'appel du coucou, et si le rythme un peu lent me déroutait un peu, je persévérais néanmoins en enchaînant directement avec le deuxième tome, Le Ver à soie, que je dévorais en moins de quinze jours, avant de me plonger littéralement dans le troisième, La Carrière du Mal, dont je sortais haletante, perdue dans l'attente de la sortie de ce quatrième tome en français.  
Autant vous dire que j'attendais ce dernier avec une impatience rare et que sitôt en ma possession, je me suis lancée dans sa lecture avec délectation.  
J.K. Rowling signe ici un tome foncièrement différent des trois premiers. Si la trame demeure la même - une enquête de terrain pourvue de multiples rebondissements - le rythme du roman est plus lent, plus centré également sur ses deux héros, Cormoran et Robin. Le roman avance progressivement au fil des 700 pages, à la fois sur l'intrigue du chantage politique, à la fois sur l'histoire du meurtre de l'enfant mais aussi sur les relations personnelles de Cormoran et de Robin. Cette dernière tente de sauver son mariage, alors que celui-ci n'a qu'un an, tandis que Cormoran s'enlise dans une relation sans lendemain avec une dénommée Lorelei, qui attend beaucoup plus de l'ancien soldat unijambiste.  
R
este que, malgré une intrigue riche et fouillée, des personnages qui gagnent en densité psychologique, j'ai eu plus de mal à apprécier ce tome, me perdant un peu dans ses méandres labyrinthiques. J'ai mis près d'un mois à le lire, m'endormant souvent dessus (ce qui est rare !), captivée pourtant par les circonvolutions de l'enquête et de la vie des deux personnages principaux. Mais il a manqué une petite étincelle, je crois. Le dénouement est encore une fois inattendu et bien pensé, non dénué d'intensité dramatique, et offre à l'ensemble une portée intéressante. Mais j'ai nettement ressenti un intérêt en baisse au milieu de l'intrigue, avant que celle-ci ne s'accélère à nouveau.  
U
n tome que je referme donc avec plaisir, certes, mais pas autant que les trois premiers. J'attendrai quand même avec plaisir la sortie du prochain, que je lirai peut-être en anglais, pour éviter d'avoir à attendre la sortie française. Une série qui reste ma série coup de coeur de l'année, malgré cette petite déception.

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25 avril 2019

L'amour, le Japon, les sushis et moi, N.M. Zimmerman

9782226329387-jL'amour, le Japon, les sushis et moi est un roman de Naïma Murail Zimmermann, nièce de Marie-Aude Murail et Moka, paru en octobre 2016 chez Albin Michel Jeunesse. 

Lucrèce a quinze ans lorsque sa mère, chercheuse en sciences, décide d'emmener sa famille vivre à Nagoya, au Japon. Depuis la disparition de leur père dans l'Himalaya, Lucrèce et Maximilien, son frère essaient de trouver un équilibre précaire avec leur mère un peu fantasque. Leur nouvelle vie japonaise est l'occasion pour eux d'avancer. Si Maximilien se régale à jouer avec Trobeau, leur chien, et remporte un franc succès à l'école primaire, Lucrèce, pour sa part, peine à s'intégrer au lycée. Obligée de choisir un club pour compléter son cursus, elle rejoint le Club des amateurs de sushis. Mais elle se rend rapidement compte que ce dernier n'est qu'une vitrine pour quatre lycéens qui n'ont pas envie de faire partie d'un club. Rapidement, Lucrèce perçoit des tensions entre Oda et Ryu, les deux garçons du groupe. Elle décide de s'en mêler et d'oeuvrer pour leur réconciliation. Pourquoi ne pas organiser un projet autour du club de sushis ? 

Je dois avouer que je n'espérais pas grand chose en ouvrant ce roman ado. Peut-être un contexte culturel détaillé, quelques traditions ça et là et un soupçon de Japon d'aujourd'hui, comme Ueno Park qui m'a littéralement conquise. Et à ce niveau-là, je dois avouer que j'ai été servie.  
L'intrigue prend corps dans un Japon étudié juste ce qu'il faut, où traditions bouddhistes, légendes, gastronomie et mentalités sont rendues accessibles pour le lectorat visé.  
Pour le reste, l'intrigue reste très classique et hautement prévisible. Lucrèce se donne comme mission de réconcilier les deux garçons du groupe et de faire reprendre le violoncelle à Ryu, tout en s'ouvrant doucement au sentiment amoureux et l'intrigue se déroule lentement vers un dénouement attendu. Aucune surprise ni folie dans cette histoire adolescente si ce n'est la rapide question du deuil du père, évoquée alors la mère de Lucrèce a fait croire à son petit frère que ce dernier était resté vivre dans l'Himalaya avec le yéti.  
Un roman ado qui ne me laissera pas grand souvenir mais qui possède le mérite d'apporter une touche culturelle à son lectorat. 

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Un Mois au Japon organisé par Lou et Hilde

 

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17 avril 2019

Prendre refuge, Zeina Abirached et Mathias Enard

Prendre refuge, Zeina Abirached et Mathias EnardPrendre refuge est un album coécrit par Zeina Abirached et Mathias Enard paru en septembre 2018 aux éditions Casterman. 

1939, Afghanistan. Autour d'un feu de camp, aux pieds des Bouddhas de Bâmiyân, une voyageuse européenne, Anne-Marie Schwarzenbach, tombe amoureuse de l'archéologue Ella Maillart. Cette nuit là, les deux femmes l'apprennent par la radio, la Seconde Guerre mondiale éclate. 2016, Berlin. Karsten, jeune allemand qui se passionne pour l'Orient rencontre Nayla, une réfugiée syrienne, dont il s'éprend, malgré leurs différences. 

Deux époques complexes, deux guerres, deux êtres que tout oppose, deux histoires d'amour en noir et blanc. Ouvrir Prendre refuge, c'est s'immerger dans une bichromie fine et graphiquement très aboutie qui bouleverse les codes du genre. Chaque planche est une déconstruction de la double page classique et emmène son lecteur au coeur de ces deux histoires d'amour compliquées.  
Réflexion sur les errances de l'amour hier et aujourd'hui, entre l'Afghanistan et l'Allemagne, entre Kaboul et Berlin, entre deux être que tout oppose, cet album est une magnifique plongée graphique et historique.   
Les auteurs ont pris comme point de départ La voie cruelle, écrit par Ella Maillart et ont tissé leur histoire autour de ce fait-là. Entre la passion entre deux femmes au milieu du désert à celle entre une réfugiée syrienne et un arhitecte berlinois, les ponts sont nombreux. Zeina Abirached et Mathias Enard interrogent la question des différences, notamment culturelles, et déroulent deux histoires d'amour singulières devant les yeux du lecteur.   
Le titre fait référence à la prise de refuge dans le bouddhisme et au lieu de rencontre d'AnneMarie et d'Ella, où des Bouddhas géants veillent sur la vallée mais peut aussi faire penser au refuge trouvé par Neyla en arrivant à Berlin, alors qu'elle fuit Alep et ses bombardements.   
Une claque visuelle autant qu'une magnifique réflexion sur l'amour et ses tourments, Prendre refuge est une pépite à découvrir d'urgence. 

Planche 1 Planche 2

 Planche 4 Planche 3

La BD de la semaine

Cette semaine, c'est Stephie qui accueille le rendez-vous des amoureux des bulles !

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12 avril 2019

La papeterie Tsubaki, Ito Ogawa

La papeterie TsubakiLa papeterie Tsubaki est le quatrième roman de la japonaise Ito Ogawa traduit en français. Il est paru en août 2018 aux éditions Philippe Picquier. 

Hatoko a vingt-cinq ans lorsqu'elle hérite de la papeterie de sa grand-mère à Kamakura, petite ville côtière au Sud de Tokyo. Malgré leurs différends, la jeune fille décide de se glisser dans le rôle d'écrivain public et de papetière à laquelle son aînée l'a formée durant toute son enfance. Au fil des saisons, Hatoko prend son rôle de plus en plus à coeur et trouve sa place dans la petite boutique familiale qu'elle gère seule.

Je garde un souvenir très doux du premier roman de cette écrivaine, Le restaurant de l'amour retrouvé. Allais-je retrouver ce souffle poétique et cette lumière en ouvrant son dernier roman ? La réponse est oui, mille fois oui ! 
L'histoire se découpe au rythme des saisons, le livre s'ouvrant sur l'été pour se terminer par le printemps, et le lecteur de suivre le quotidien de la jeune Hatoko
dans la papeterie familiale. 
Ito Ogawa possède une plume très poétique et imagée qui entraîne son lecteur dans la douceur d'un quotidien lent, rythmé par la nature et les saisons. La jeune Hatoko, seule dans la maison familiale, écoule ses journées au rythme de ses commandes d'écrivain public. Avec minutie et rigueur, elle s'acquitte des lettres qu'elle doit écrire à la place des autres, cherchant pour chacune le meilleur papier, la meilleur encre, la meilleure façon d'écrire pour transmettre la volonté de l'expéditeur. 
La plume d'Ito Ogawa est toujours aussi imagée et légère et les pages se succèdent dans le calme de la petite papeterie d'Hatoko. 
Les relations de celles-ci avec L'Ainée, sa grand-mère qui l'a élevée et qui est décédée il y a peu, sont abordée avec toute la pudeur de la culture japonaise. C'est beau, un peu triste parfois, diablement poétique. 
Ode à la vie et à ses petits plaisirs, au Japon et à ses traditions, à l'amitié et à l'amour,
La papeterie Tsubaki est une douceur rare dont il serait dommage de se priver.

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Un Mois au Japon organisé par Lou et Hilde

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