Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

08 mars 2017

Verte, Marie Desplechin et Magali Le Huche

Verte, Marie Desplechin et Magali Le HucheVerte est un album illustré par Magali Le Huche qui paraîtra le 22 mars aux Editions Rue de Sèvres. Il est l'adapation du roman éponyme de Marie Desplechin paru à L'Ecole des Loisirs en 1996, premier tome d'une trilogie.

Verte a onze ans. Et dans sa famille, on est sorcières de mère en fille. Mais Verte aimerait être normale, pas comme sa mère, Ursule, excentrique mère célibataire. Quand Ursule s'inquiète que Verte ne développe pas ses pouvoirs, elle fait appel à sa mère, Anastabotte, afin que celle-ci lui apprenne les rudiments de sorcellerie. Entre la grand-mère et la petite-fille, une complicité naît immédiatement.

J'avais adoré le roman de Marie Desplechin, découvert il y a presque dix ans, et j'étais très enthousiaste à l'idée de découvrir son adaptation en album. Et je n'ai pas été déçue.

Magali Le Huche s'empare de l'univers imaginé par Marie Desplechin et se le réapproprie pour donner vie à des personnages haut en couleurs. Les trois personnages féminins principaux - Verte, Ursule et Anastabotte - possèdent chacune une identité graphique intéressante, excellent prolongement au roman. Les planches se succèdent, entre décors soignés et cases minimalistes, dans un tourbillon aussi vif et dynamique que le roman. L'intrigue est préservée grâce aux dialogues fins qui conservent sa profondeur.

Le trait rond et les couleurs douces offrent à l'ensemble un caractère un brin suranné, réconfortant et apaisant, comme pour représenter le foyer heureux que forme ces trois générations de femmes aux pouvoirs singuliers.

Une belle lecture, très agréable. Un excellent prolongement au roman qui permet une mise en images réussie. Bref, un album qui plaira aux petits comme aux grands ! Un grand merci à Doriane et aux éditions Rue de Sèvres pour cet album.

Planche 1 Planche 2

Planche 3

BD de la semaine saumon

 

Aujourd'hui c'est chez Noukette !

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05 mars 2017

D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds, Jón Kalman Stefánsson

D'ailleurs les poissons n'ont pas de pied, Jón Kalman StefánssonD'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds est un roman de l'islandais Jón Kalman Stefánsson paru en août 2015 chez Gallimard.

Ari revient au pays. Pour cet éditeur de poésie islandais émigré à Copenhague, l'Islande regorge de souvenirs. De son enfance à Keflavik, mais aussi celle de sa famille de pêcheurs à Norðfjörður, dans l'est du pays. Trois générations d'hommes qui partent affronter la mer tandis que leurs femmes les attendent, sur la terre ferme. Dans cette Islande sombre aux champs de lave qui accueillent celui qui atterrit, les souvenirs affluent.

Je suis profondément marquée par le voyage que j'ai fait en Islande il y a huit ans (quinze jours à quatre en sac à dos, une expérience mémorable !) et j'aime à y retourner grâce à la littérature de temps à autre.

Ce roman m'a emportée dans une Islande que je ne connais pas, l'Islande des pêcheurs et de leurs familles au début du siècle dernier, l'Islande envahie par les Américains durant la Seconde Guerre mondiale, l'Islande froide, noire, sombre, l'Islande des souvenirs et des regrets. Beaucoup de noirceur émane de ce roman, c'est indéniable, mais une incroyable poésie aussi. De ces générations entremêlées et de ces liens tissés au fil du temps surgissent des fulgurances d'une poésie rare et des questionnements intéressants. La vie, le couple, le sexe, la mort, l'amitié, tout y passe. C'est intelligent, parfois dérangeant, toujours constructif.

Jón Kalman Stefánsson brille dans sa construction narrative, baladant son lecteur entre les époques, lui faisant traverser le 20e siècle au travers de personnages vulnérables, faillibles, qui ont parfois sombré un peu dans la folie. C'est beau, éminemment émouvant, et l'intrigue se dénoue au fil des pages et des incursions dans les souvenirs d'Ari. Un roman bouleversant. Sombre, mais bouleversant.

"Nous prenons des calmants, des excitants, des tranquillisants pour supporter le quotidien. Les années passent, le but de la vie demeure vague, nous ne comprenons presque rien, nous prenons du poids, nos nerfs s'usent puis se rompent et nous sommes constamment affligés par l'insatisfaction et les désirs inassouvis. Nous rêvons d'une solution, aspirons à l'azur et à l'éther, mais n'ayant ni le temps, ni la sérénité, ni l'endurance qu'il faut pour les atteindre, nous avalons, reconnaissants, les solutions hâtives, les plats préparés, le sexe à la va-vite, tout ce qui nous procure une solution d'urgence, nous vivons à l'époque de l'instantané."

"A la fois excuse et justification de notre existence, à la fois provocation, accusation et cri, en dépit des paradoxes irréconciliables qui habitent chaque être humain, l'art est ce qui nous permet de vivre sans sombrer dans la folie, sans exploser, sans nous transformer en blessure, en malheur, en fusil. Il est ce qui permet malgré tout à l'homme de se pardonner les imperfections de sa condition humaine."

"Celui qui ne ressent aucune souffrance et n'est pas bouleversé face à la vie a le coeur froid et n'a jamais vécu - voilà pourquoi vous devez être reconnaissant de verser ces larmes."

"Nous avons tous, à un moment ou l'autre de notre vie, et parfois terriblement, besoin que quelqu'un nous prenne dans ses bras, besoin d'une étreinte à même de nous consoler, de libérer nos larmes ou de nous procurer un refuge quand quelque chose s'est brisé. Nous désirons qu'on nous étreigne simplement car nous sommes des hommes et parce que le coeur est un muscle fragile."

"Comment traverser la vie sans trop de dommage alors que tout passe, que les fulgurances s'affadissent, que les baisers refroidissent et que si peu de choses nous accompagnent sur la route qui est nôtre ? Pourquoi vivons-nous dans cet univers imparfait où les couples se déchirent car l'amour, première, deuxième et troisième merveille du monde, s'est changé en un mardi maussade, une sécurité stérile, une simple habitude ?"

"Puis vient la nuit. Avec sa besace emplie de ténèbres de janvier et d'étoiles qui scintillent comme autant de souvenirs lointains du ciel, elle vient avec les rêves qu'elle distribue en toute justice et en toute injustice. Vient la nuit de janvier, si lourde et si profonde que celui qui s'éveille en son sein et jette un regard au-dehors est persuadé que plus jamais le soleil ne poindra dans cet univers de ténèbres et d'étoiles."

"Pleurons-nous parce que le langage est imparfait et qu'il échoue à sonder le tréfonds de la vie, qu'il n'entre qu'à mi-chemin dans les failles les plus profondes, les larmes ne viennent-elles que lorsque les mots s'interrompent, sont-elles des messages sortis de l'abîme, de l'abîme insondable et pur ?"

"La musique a le pouvoir de dissiper les ténèbres, de nous arracher à notre tristesse, à nos angoisses, à notre pessimisme et de nous insuffler la joie de vivre, le bonheur d'exister, d'être ici et maintenant : sans elle, le coeur de l'homme serait une planète sans vie."

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25 février 2017

Outlander T.2 Le Talisman, Diana Gabaldon

Outlander TLe Talisman est le deuxième tome de la série Outlander (ou encore Le Chardon et le Tartan ou Le Cercle de pierre) imaginée par Diana Gabldon dans les années 1990 et remis dernièrement sur le devant de la scène par son adaptation en série télé.

1968. Frank, le mari de Claire, vient de mourir. Cette dernière retourne en Écosse avec leur fille, Brianna, afin de chercher des traces de son passé. Celle qui a voyagé dans le temps grâce à un cromlech se souvient de son incursion dans le 18ème siècle écossais aux côtés de Jamie, un Highlander dont elle est tombée follement amoureuse et avec qui elle a fuit à Paris, à l'époque de Louis XV. Déterminés à empêcher la rébellion jacobite et l'accession au trône de Charles-Edouard Stuart , Jamie et Claire infiltrent la société mondaine parisienne pour éviter une répression sanglante dans les Highlands.

Souvenez-vous, j'avez adoré le premier tome des aventures de Claire et Jamie le mois dernier. Et j'ai naturellement continué sur ma lancée dans cette saga, avide de découvrir la suite des aventures de ce duo britannique dans l'Écosse de 1745.  Mais je dois avouer que le début de ce second tome a eu raison de mon enthousiasme, Diana Gabaldon décidant de planter son intrigue en 1968 et de délaisser le voyage dans le temps cher à mon coeur. Passé le premier moment de déception (j'adore la lande écossaise rabattue par les vents et les Highlanders et leur finesse légendaire, c'est vrai !), j'ai poursuivi ma lecture avec curiosité. Et force est de constater que l'auteure maîtrise son sujet à la perfection. En construisant son intrigue de la sorte, elle parvient à distiller un suspense dès les premiers chapitres et d'enferrer son lecteur dans les méandres de l'histoire. Les lieux se mélangent, les époques aussi, et le voyage dans le temps, au coeur de l'intrigue, prend toute sa dimension. Pourquoi Claire est-elle revenue dans le présent ? Et qui est donc Brianna ? Voilà des questions que le lecteur se pose très rapidement...

Les personnages gagnent en épaisseur psychologique, la romance en intensité, la trame historique est toujours aussi riche et bien traitée et l'ensemble fonctionne très bien. Je ressors de ces 950 pages enchantée, bercée par le vent écossais, sentant dans mon nez les effluves de whisky qui hantent ces pages et je n'ai qu'une envie : y retourner ! Je vais certainement intercaler quelques lectures entre la fin de ce tome et le suivant, mais je ne vais pas trop tarder : Claire et son bel écossais commencent déjà à me manquer !

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15 février 2017

Désolée, je suis attendue, Agnès Martin-Lugand

Désolée je suis attendue, Agnès Martin-LugandDésolée, je suis attendue est le quatrième roman d'Agnès Martin-Lugand paru en avril 2016 aux éditions Michel Lafon.

Yaël, jeune interprète dans une agence parisienne réputée, est obnubilée par son travail. Délaissant amis et famille, la trentenaire qu'elle est devenue n'a plus rien de la jeune fille insouciante et légère qu'elle était dans sa jeunesse. Son quotidien, rythmé par son travail, ne laisse aucune place à une quelconque vie personnelle et ses proches s'en inquiètent. Mais quand un vieil ami refait surface et que la bande de copains de l'université se reforme peu à peu, Yaël vacille et son équilibre aussi. Et si la vie qu'elle avait choisie ne lui correspondait pas ?

Ayant adoré Les gens heureux lisent et boivent du café et La vie est facile, ne t'inquiète pas - respectivement les premiers et troisième romans d'Agnès Martin-Lugand qui se suivent et reprennent les mêmes personnages - j'ai sauté sur l'occasion de découvrir celui-ci, anticipant avec délectation une lecture agréable. Malheureusement, je me suis ennuyée dans ces pages, éprouvant un goût de déjà-vu assez dérangeant. Les personnages sont caricaturaux - Yaël ressemble à un Patrick Bateman d'American Psycho en version féminine pas meurtrière, tandis que les personnages secondaires sont de pâles êtres de papier sans consistance aucune -, l'intrigue prévisible dès les premières pages, et la romance insipide. Les pages défilent au son d'écueils qui se succèdent et qui donnent à l'ensemble un goût superficiel. 

Bref, une rencontre ratée avec une auteure qui a su me ravir avec deux romans. Ma déception est certainement à la hauteur de la joie éprouvée à la découverte de ces derniers, mais je ne m'avoue pas vaincue et découvrirais avec plaisir ses deux romans que je n'ai pas lus, Entre mes mains le bonheur se faufile, paru en 2014, et J'ai toujours cette musique dans la tête qui sortira en mars.

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30 janvier 2017

Le collège des éplucheurs de citrouilles, Laure Deslandes

Le collège des éplucheurs de citrouilles, Laure DeslandesLe collège des éplucheurs de citrouilles est le premier roman de Laure Deslandes, enseignante de lettres classiques dans le Finistère. Il est paru le 25 janvier à L'Ecole des Loisirs.

Elliot, douze ans, est envoyé en internat dans le collège des Museaux, un minuscule collège breton un peu étrange. Là-bas, pas de programme conventionnel mais des cours d'estonien, un chantier collectif de maison à énergie passive en technologie ou encore de semence en botanique et une cantine bio et locavore qui fait la part belle aux produits du terroir. Une vie simple, au rythme des saisons que les enfants du village apprécient depuis leur enfance. Mais pour Elliot et les autres internes, tous au passé chaotique, l'acclimatation est dure. Heureusement pour celui-ci, dans sa classe de cinquième Hérisson, il y a Péline, une grande rousse joyeuse et généreuse qui va lui tendre la main et l'aider à s'intégrer dans ce nouvel environnement.

Quel régal ce roman ! Intriguée par le titre et le résumé un peu décalé, j'ai ouvert Le collège des éplucheurs de citrouilles sans savoir véritablement à quoi m'attendre. Et si le début m'a un peu rebutée - me rappelant que trop mes problématiques professionnelles - j'ai finalement pris beaucoup de plaisir à découvrir ce collège loufoque aux cours aussi barrés que ses enseignants.

Les personnages adolescents sont traités avec beaucoup de soin, et Elliot et Péline forment un duo attendrissant aux fêlures vraisemblables. Malgré l'aspect décalé des cours peu conventionnels, des problématiques de cet âge sont abordées - le premier émoi, la vie en communauté, l'amitié, la transformation du corps, etc. - tout comme les relations parents enfants. C'est fin, bien étudié, même si l'ensemble s'approche d'une belle utopie par certains aspects. Portée par un humour décapant qui témoigne d'une belle connaissance des adolescents, l'intrigue avance à bon rythme, dans une langue fleurie et riche comme les parterres du collège. On se prête à rêver à un établissement scolaire où le cuistot servirait des crumbles maison après un cours d'escalade dans les arbres, à la découverte des différentes essences. Bref, un premier roman très réussi qui plaira sans aucun doute autant aux lecteurs de l'âge d'Elliot et Péline qu'aux plus grands.

Un grand merci à Coline et aux éditions L'Ecole des loisirs pour ce roman.

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25 janvier 2017

Le sixième Dalaï-Lama T.1, Zhao Ze et Guo Qiang

Le sixième Dalaï-LamaLe sixième Dalaï-Lama est un manhua - bande dessinée chinoise - illustré par Zhao Ze et scénarisé par Guo Qiang, paru en août 2016 aux éditions Fei, maison d'édition spécialisée dans la BD chinoise. 

Tawang, petit village du Sud de l'Himalaya, 1694. Lobsang y coule une vie paisible de paysan-esclave avec ses parents. Un matin, alors qu'il se rend aux champs avec Gelaï, son renard blanc, Lobsang fait la connaissance de Makye Ame, fille du seigneur local. Ignorant les conseils de ses domestiques, la fillette se lie d'amitié avec Lobsang, et, accompagnée de Dédi, sa fidèle servante, passe son temps libre avec lui. Les années passent et font naître une solide amitié entre les trois enfants. Mais le trio est loin de se douter que le cinquième Dalaï-Lama est mort depuis quinze ans et que les lamas se mettent en quête de sa réincarnation à travers le pays.

Je vous vois venir : "Mais elle a fini de nous ennuyer avec ses lectures autour du bouddhisme ?" Je vous arrête tout de suite : c'est un hasard, j'ai piqué cet album au boulot, attirée par sa couverture (et son sujet, je ne vous le cache pas !). Et autant vous le dire tout de suite : je suis tombée sous le charme de ses planches aussi belles que contemplatives.

Les personnages, tout en rondeur, semblent porter l'innocence de leur âge sur leurs visages, dominés par leurs grands yeux candides et leurs joues rosies par le vent qu'on imagine souffler dans ce petit village tibétain. Zhao Ze apporte tout autant de soin au traitement de ses paysages et chaque double page est un enchantement onirique porté par des couleurs douces.

L'intrigue se met en place doucement, et le suspense en est absent, mais qu'importe. La beauté réside ailleurs, dans cette amitié entre les enfants, entre Lobsang et son renard ou encore dans cette vie simple proche de la nature. Un très bel album que j'ai adoré découvrir et dont j'ai hâte de connaître la suite.

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BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Mo !

 

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15 janvier 2017

La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier Giesbert

La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier GiesbertLa cuisinière d'Himmler est un roman du journaliste et écrivain franco-américain Franz-Olivier Giesbert paru en 2013 chez Gallimard.

Rose est née en juillet 1907, au bord de la mer Noire. Parce que sa famille est arménienne, elle est massacrée par les Jeunes-Turcs au nom de la turquification de l'Anatolie. Rose s'enfuit et commence pour elle un drôle de périple, une vie de fuite dans ce siècle meurtrier. Après le génocide arménien, la petite fille est vendue comme esclave sexuelle avant de s'enfuir en France. Mais la Seconde Guerre mondiale sourd. Entre amours désabusées et vengeance qui la ronge, Rose vit avec une détermination farouche et se lance dans la seule chose qui anime sa vie : la cuisine.

Roman étonnant et détonnant s'il en est, La cuisinière d'Himmler vous déroute et vous malmène dès les premières pages. L'intrigue débute alors que Rose a cent-quatre ans, une vie des plus remplies, et des souvenirs en pagaille. Quand une lettre lui parvient d'Allemagne, elle se décide à écrire ses mémoires, le récit de sa vie de bohème, "un livre pour célébrer l'amour et pour prévenir l'humanité des dangers qu'elle court. Pour qu'elle ne revive jamais ce que j'ai vécu." Dès lors, les chapitres alternent entre Marseille, en 2012 - où Rose tient son restaurant La petite Provence - et sa jeunesse sur les routes.

Car Rose a traversé le XXe siècle et toutes ses horreurs : du génocide arménien aux atrocités nazies et à l'horreur maoïste. De la France à l'Allemagne en passant par la Chine et les États-Unis, Rose fuit la violence et tente à chaque fois de se construire une vie stable et heureuse, aimant hommes et femme, célébrant la vie par le sexe.

Au crépuscule de sa vie, avec une détermination et un humour féroces, la vieille dame raconte sa vie. Et c'est drôlement prenant. Franz-Olivier Giesbert dresse le portrait d'une Tatie Danielle impertinente, vulgaire et un brin teigne, qui par ses blessures s'est construit une force de caractère et une vie des plus remplies. Extrêmement documenté sur le siècle, son récit est poignant et ne s'embarasse ni de jolies tournures ni de descriptions longues. Rose - la narratrice - est directe, parfois crue. Mais c'est son journal, sa vie, ses morts et ses amours, et personne ne peut l'empêcher de se raconter comme elle le souhaite, avec l'impertinence que son âge excuse. Un roman solidement construit à l'humour grinçant et ô combien intéressant. Une bien belle lecture qui rafraîchit la mémoire sur le siècle dernier et ses sombres heures.

En bonus de fin : les recettes de Rose (la Parmesane de Mamie Joe, le Plaki de la grand-mère de Rose ou encore le flan au caramel d'Emma Lempereur)

"Si l'Enfer c'est l'Histoire, le Paradis, c'est la vie." (p.382)

"Le bonheur ne nous est pas donné : il se fabrique, il s'invente." (p.382)

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12 janvier 2017

Outlander T.1 Le chardon et le tartan, Diana Gabaldon

Outlander T

Le Chardon et le tartan est une série imaginée par la romancière américaine Diana Gabaldon débutée en 1991. Popularisée par sa récente adaptation en série télévisée, la saga - appelée aussi Outlander ou Le Cercle de pierre - mêle à la fois le roman historique, le fantastique et la romance. 

Inverness, Ecosse, 1945. Claire, vingt-sept ans, revient du front où elle a servi en tant qu'infirmière et profite de quelques jours de retrouvailles avec son mari, Frank. Mais alors qu'elle découvre les environs, Claire est aspirée par un étrange mégalithe et se retrouve catapultée en 1743, alors que la guerre fait rage entre les anglais et les écossais. Déboussolée par ce voyage dans le temps, la jeune femme est sauvée par des Highlanders des griffes de Jonathan Randall, illustre et violent aïeul anglais de son mari. Claire impressionne rapidement les écossais par ses connaissances médicales, utiles sur le champ de bataille et fait la connaissance de Jamie, un Highlander un peu bourru et têtu. 

Complètement sous le charme de l'Ecosse depuis mon voyage en 2014, je ne pouvais que succomber à cette série, découverte par hasard en naviguant sur Netflix. J'ai hésité à la regarder mais j'ai décidé de commencer par le roman. Et j'ai rudement bien fait ! J'ai dévoré les 850 pages de ce premier tome durant les vacances de Noël, ayant moi aussi l'impression de voyager dans le temps, comme Claire, et d'être à ses côtés dans les Highlands en 1743. Diana Gabaldon esquisse dans ce premier tome les contours d'une intrigue des plus riches et documentées. L'histoire est abordée à travers le personnage de Frank, le mari de Claire, mais aussi par les événements que l'héroïne est amenée à vivre. L'Ecosse est un personnage à part entière, faisant l'objet de belles descriptions de sa nature, ses saisons ou encore ses moeurs. 

C'est bien simple : j'ai été complètement happée par cette histoire de voyage dans le temps, secouée comme Claire par la violence du 18ème siècle et ses problématiques, sous le charme moi aussi des écossais qu'elle rencontre, partagée qu'elle est entre la volonté de rentrer à son époque et de changer le cours du temps par sa connaissance des événements futurs. 

Difficile de ne pas trop en dire sur cette intrigue dense et riche. Je n'aurais qu'un conseil : venez nous rejoindre sous la bruine écossaise, au milieu des rébellions jacobites de la première moitié du 18ème. Vous ne serez pas déçus de ce voyage dans le temps... En attendant, moi je suis d'ores et déjà plongée dans le deuxième volet des aventures de Claire ! 

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09 janvier 2017

Le restaurant de l'amour retrouvé, Ito Ogawa

Le restaurant de l'amour retrouvéLe restaurant de l'amour retrouvé est le premier roman de la japonaise Ito Ogawa paru en 2013 aux éditions Philippe Piquier.

Rinco rentre un jour chez elle et trouve son appartement vide. Son petit ami est parti, emportant toutes leurs affaires. La discrète jeune femme, devenue muette suite à ce traumatisme, retourne vivre chez sa mère - personnage fantasque s'il en est - dans le petit village de son enfance. Là, elle y ouvre un tout petit restaurant, qu'elle gère seule et qui propose un service unique : préparer un repas spécial pour chaque client, un repas réfléchi et pensé selon les envies et les besoins du convive. Par sa patience et son amour de la cuisine, Rinco réussit à rendre les gens heureux. Et c'est en s'occupant des autres qu'elle parvient peu à peu à panser ses blessures.

Cela faisait bien longtemps que je tournais autour de ce roman au titre alléchant et au sujet ô combien tentateur. Et j'ai bien fait de succomber (deux titres du catalogue Piquier en quelques jours, je reviens décidément à mes premières amours !).

Le restaurant de l'amour retrouvé est un petit bijou autour de la notion du partage et du don, au rythme lent et aux phrases poétiques. L'intrigue est centrée sur le personnage de Rinco, la narratrice de l'histoire, et embrasse son tempérament serein et méditatif. La cuisine comme résilience pour Rinco prend une toute autre dimension. Chaque repas est appréhendé telle une offrande et la jeune héroïne prend tout son temps pour servir les mets les plus adaptés à ses hôtes. De la soupe légère pour deux futurs amoureux au repas pour enfant pour un vieil homme sénile en passant par un tour du monde gastronomique, chaque page rend hommage à la cuisine et ses saveurs, suivant le rythme lent des saisons et de leurs produits.

La nature est très présente, comme souvent dans la littérature japonaise, et offre de très beaux moments contemplatifs. Les saisons passent, Rinco adapte ses repas aux productions locales. La vie est simple, rythmée par le restaurant et le cochon de sa mère dont elle doit s'occuper. Et Rinco se répare petit à petit. Un magnifique roman à savourer sans hésiter un instant et qu'on referme à regret.

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21 décembre 2016

La vie est facile, ne t'inquiète pas, Agnès Martin-Lugand

La vie est facile, ne t'inquiète pas, Agnès Martin-LugandLa vie est facile, ne t'inquiète pas est le troisième roman de la psychologue de formation Agnès Martin-Lugand paru en 2015 chez Michel Lafon. Il est la suite [des] gens heureux lisent et boivent du café

Diane est revenue d'Irlande, où elle était partie quelque mois pour surmonter le décès de son mari et de sa fille. Rentrée à Paris, elle reprend les rênes de sa librairie café Les gens heureux lisent et boivent du café, aidée de Félix, son ami de toujours. Un beau matin, elle rencontre Olivier, un homme gentil et attentionné, doux et patient qui comprend que Diane ne voudra plus jamais être mère. Cette dernière y voit une manière d'oublier son histoire tumultueuse avec Edward, le photographe Irlandais dont elle s'était éprise à Mulranny et de se reconstruire. Mais l'Irlande se rappelle à son bon souvenir par un sombre coup de téléphone. Diane va vite devoir choisir entre sa vie parisienne calme et apaisée et le tumulte irlandais et ses sensations fortes.

J'avais absolument dévoré Les gens heureux lisent et boivent du café et j'ai immédiatement enchaîné sur la découverte de ce second tome, mue par le désir de savoir ce qu'il allait advenir des personnages sous la plume d'Agnès Martin-Lugand. Et je n'ai pas été déçue par cette suite. S'il ne possède pas le charme du premier tome dû à la découverte du cadre - la librairie café comme le petit village irlandais sont absolument fabuleux à découvrir - ce second opus recèle bien des richesses. Il est davantage question de maternité que de deuil, de résilience et de reconstruction que de douleur. L'ensemble se déroule avec fluidité et simplicité et la lecture est encore une fois très agréable. Pas de coup de coeur cette fois, car le cadre est posé et l'auteure semble avoir voulu donner une conclusion à ses personnages mais un plaisir que je n'aurais boudé pour rien au monde et que je vous conseille fortement !

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