Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

26 novembre 2013

Un roman argentin, Gilles D. Perez

Un roman argentin, Gilles D

Un roman argentin est le troisième ouvrage de Gilles D. Perez, paru en août 2013 chez Naïve. Agrégé de philosophie, partageant sa vie entre Paris et Barcelone, Gilles D. Perez a très tôt été fasciné par la culture hispanophone et nous livre, avec ce roman, un bel hommage à cette dernière.

Un ciel orageux. Un Boeing 747 à destination de Buenos Aires pris dans la tourmente. Le vol A 456 de la compagnie Aerolineas Argentinas n'arrivera pas à destination. Les passagers le savent. Ils paniquent. 
Parmi eux, un homme, la quarantaine, une vie paisible. Une vie qui ne lui a pas laissé le temps de passer à l'écriture. Tandis que le pilote lutte contre les éléments et que les autres passagers hurlent de voir leur vie leur échapper, cet homme pense. Il pense à tous ces livres qu'il aurait aimé écrire. Aux textes qui sommeillent en lui et qu'il n'aura pas le temps de coucher sur le papier. Au premier roman qu'il aurait écrit si la vie le lui avait permis.

Attention, petit bijou littéraire en vue ! Un roman argentin est un livre ébouriffant qui vous happe dès les premières lignes et ne vous libère qu'une fois la dernière page tournée.
Gilles D. Perez offre à son lecteur un roman à part, véritablement à part, à l'intrigue en apparence simple. Un avion en perdition, un homme qui se voit mourir et réfléchit. Mais le tour de force de ce roman réside dans la façon dont l'auteur traite cette situation. Son personnage se noie dans ses pensées, dans sa vie, repense à ses proches, à son quotidien. Puis il imagine ce qu'il aurait écrit s'il en avait eu le temps. Ce qu'il aurait fait à Buenos Aires si l'avion avait atterri. Ce qu'il aurait voulu vivre si sa vie ne tenait pas à un fil. Entre la mort qui le frôle et cet élan de vie qui le saisit, le narrateur entraîne le lecteur dans le sillon de ses réflexions. L'intrigue se déplace dans un Buenos Aires fantasmé, un Paris du présent, un roman jamais écrit, pour revenir à la carlingue de l'avion qui lutte contre les éléments. Brillant !
L'intrigue débute en hommage vibrant à Queneau et à son célèbre Exercice de style. Jouant avec les mots et avec les styles narratifs, Gilles D. Perez plante son décor et installe son lecteur dans une situation cinématographique au possible. Version communiqué de presse, british, épique ou parisienne, à chacun de choisir la tonalité qu'il préfère pour s'approprier cette situation catastrophique. Cette facilité de l'auteur de jouer avec les mots annonce dès les premières pages la couleur de son roman et semble faire écho aux velléités d'écriture de son narrateur. Métadiscours ou glissement autobiographique, le doute demeure.
Hommage à la littérature et aux grands auteurs d'Amérique du Sud, Un roman argentin demeure inclassable, une fois la dernière page tournée. Brillant, c'est certain, singulier et mémorable, sans aucun doute. Je me suis régalée, cela va sans dire.

"J'aurai été, jusqu'à la fin, fidèle à moi-même : adepte de la métaphore à tout va, comme si la vie était toujours un récit en attente." (p. 17)

"La peur siphonne la vie mentale et impose à l'esprit la contemplation d'une image fixe. Mais, quand elle laisse place à l'épouvante, l'image disparaît et il n'y a plus qu'une béance informe et incolore." (p. 53)

"J'aurais insisté, le cognac aidant, sur la ville inversée que l'on voit dans les trottoirs baignés de pluie. J'aurais parlé des fragments d'architecture offerts par les flaques d'eau, non pas de la ville éternelle, mais de la ville transitoire. Pas de la ville monumentale à la gloire des illusions mais de la ville fugitive et modeste, où chacun peut reconnaître quelque chose de sa vie, où un coin de rue porte pour toujours la trace d'une histoire, et où la lumière d'un matin est le linceul d'un amour." (p. 72)

"Cette ville est un roman que je n'ai jamais fini de lire." (p. 120)

Je tiens à remercier Sybille de LP Langages et Conseils et les éditions  pour ce roman.

 

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30 mai 2011

L'oeil de la lune, Anonyme

L_oeil_de_la_luneLa suite du si mystérieux et ô combien énigmatique Livre sans nom ? J'étais partante, bien entendu, ayant dévoré ce premier opus d'une traite (et l'ayant même considéré comme un coup de coeur en 2010 !)

Santa Mondega, Amérique du Sud. Alors qu'une mystérieuse momie a disparu du musée de la ville et qu'un jeune handicapé mental est torturé à mort dans un hôpital psychiatrique, les habitants s'apprêtent à fêter Halloween. Mais le Bourbon Kid, l'homme que le whisky rend quasi invincible, n'est pas loin et attise la haine de certains. Depuis la tuerie de la fête de la Lune, le Kid, de son côté, est à la recherche de l'Oeil de la Lune, la pierre mystérieuse convoitée par tous.

Si j'ai été complètement charmée par Le livre sans nom, cette suite ne m'a vraiment pas fait le même effet. Il est vrai que l'ambiance est toujours la même - bain de sang, ironie et humour potache sont toujours au rendez-vous - mais il lui manque la saveur de la découverte.
L'auteur a repris exactement ce qui avait fonctionné dans son premier roman et a l'a remanié de façon à bricoler une intrigue qui tient la route, certes, mais n'atteint pas des sommets d'originalité. Je lui concède un retournement de situation dans les dernières pages vraiment appréciable et qui dynamise le tout, mais cette intrigue m'a moins conquise. Dès les premières pages, nous sommes plongés dans le passé du Bourbon Kid et les origines de ce Mal suprême... Du déjà-vu ! Quant aux références cinématographiques et culturelles, elles ont perdu leur saveur avec ce deuxième tome...
De plus, l'auteur a malheureusement pris un malin plaisir à distiller certaines scènes très gores entrecoupées de dialogues puérils de la part des personnages masculins, ce qui donne au roman une dimension parodique ratée. Si seulement l'ironie était plus savamment maniée, j'aurais pu sourire... Mais ce n'est pas le cas.
Bref, une lecture en demi-teinte, bien que mon billet laisse transparaître une grande déception. J'ai lu d'une traite ce roman, heureusement, car je ne sais pas si le suspense m'aurait tenue jusqu'au bout. Le charme qui a opéré avec Le livre sans nom s'est définitivement dissipé... Voici donc la chronique d'une mort annoncée d'une saga, ou comment un auteur aurait dû s'arrêter à son premier tome.
Sans moi, cela va sans dire, Le Cimetière du diable, la suite ô combien commerciale de ce best-seller.

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20 juin 2010

Le livre sans nom, Anonyme

artoff74Un livre avec ce titre et anonyme, voilà qui m'a forcément intriguée... Diffusé sur internet en 2007 puis publié dans les pays anglophones avant d'arriver en France, Le livre sans nom semble s'être fait une réputation avant même sa publication.

Santa Mondega, une ville d'Amérique du Sud oubliée de tous. Des meurtres atroces sont commis par un certain Bourbon Kid, un homme que le whisky semble rendre invincible. En parallèle, l'Oeil de la Lune, une pierre  bleue à la valeur inestimable, est recherchée par deux moines pacifistes et une cohorte de chasseurs de prime. En cette veille de fête de la Lune, les esprits s'échauffent dans cette petite ville étrange...

Difficile  de catégoriser cette lecture tant elle est étrange. A première vue, on a l'impression de lire une novélisation de Kill Bill, tant l'ambiance qui règne fait penser aux films de Tarantino (ce n'est pas moi qui l'affirme, mais la quatrième). On tue et on meurt à Santa Mondega, mais rien n'est tragique ni insoutenable. La vie n'a que peu de valeur et la mort est parodique.

Les personnages, presque exclusivement masculins, sont tous à la fois comiques et stéréotypés. Du barman idiot, qui sert de l'urine aux étrangers dans son bar, au réceptionniste véreux qui dépouille à ses risques et périls un tueur à gage en passant par les deux flics qui mènent l'enquête sur les meurtres, le lecteur voit défiler devant ses yeux une foule de protagonistes à la psychologie minimale, sans pour autant que cela pénalise l'intrigue. En lisant Le livre sans nom, le lecteur pénètre dans une ambiance particulière, un mélange de western à la Clint Eastwood et de films de Tarantino avec une pointe de fantastique sur la fin, où les flingues sont monnaie courante et les morts parmi les vivants. Les frontières entre réel et surnaturel s'abolissent au fil des pages, donnant à ce roman une tournure qui le rend quasiment inqualifiable...

L'intrigue est soignée, bourrée de rebondissements (et de morts, mais je crois que vous l'aviez compris), les histoires se mêlent et les personnages se croisent jusqu'à l'apogée de cette Fête de la Lune et de l'éclipse.

Je n'ai pas pu décrocher de cette lecture, hypnotisée par le talent de cet anonyme, qui ferait mieux de 54150614_pdévoiler son identité. Écrire un thriller sans psychologie ou presque, faisant référence à un inconscient collectif cinématographique, le tout avec une originalité rare... Je m'incline avec respect. Et je vous le recommande. Sans hésiter une seule seconde, et parce que j'ai passé un moment de lecture rare et précieux, je le consacre neuvième coup de cœur de cette année 2010, riche en pépites littéraires !

Je remercie grandement 54250062_p et Capture pour ce livre reçu dans le cadre d'un partenariat.

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