Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

13 avril 2017

Bye Bye Bollywood, Hélène Couturier

Bye Bye Bollywood, Hélène CouturierBye Bye Bollywood est un roman d'Hélène Couturier qui paraît aujourd'hui aux Editions Syros.

Nina a quinze ans, un père qui vit en Irlande, une mère branchée yoga et une petite soeur de neuf ans agaçante dans son genre. Tout bascule le jour où sa mère décide de partir quinze jours dans un ashram en Inde avec ses deux filles. Quinze jours de vacances qui riment avec pénitence pour l'adolescente : pas de réseau, des menus végétariens, du yoga et de la méditation tous les jours, bref un enfer ! Mais l'Inde va réserver des surprises à Nina et faire vaciller ses certitudes. 

Vous connaissez sûrement mon goût pour l'Inde (avec Hilde nous avons organisé pendant plusieurs années des challenges autour de la littérature indienne), vous connaissez peut-être un peu moins mon goût pour le yoga et la méditation (bien que je l'ai esquissé à demi-mot dans ce billet). Mais vous l'aurez compris : ce roman jeunesse était fait pour moi !

Et j'ai dévoré ces pages en y prenant beaucoup de plaisir. Hélène Couturier réussit le tour de force d'une narration à la première personne par un personnage adolescent sans que celle-ci ne soit trop vulgaire ni édulcorée. Nina a quinze ans, Nina ne pense qu'à ses copines et sa vie sociale via Facebook et WhatsApp, Nina se fiche complètement des aspirations de sérénité de sa mère et Nina est la narratrice du roman. Du coup, l'humour est au rendez-vous de cette intrigue qui se moque gentiment de la verve yoga/bouddhisme/méditation qui envahit l'Occident et fait d'une retraite dans un ashram le dernier endroit branché. Pour la jeune fille, rien ne vaut la farniente dans un hôtel-club all inclusive à siroter des sodas toute la journée au bord d'une piscine.

Mais c'est en Inde que Nina se rend. Et le pays ne va pas la laisser indifférente. Et si la pauvreté l'assaille dès l'atterrissage, c'est surtout à la condition féminine que Nina va s'intéresser, en rencontrant notamment Sampat Pal Devi, la militante indienne qui lutte contre la corruption et défend les droits des femmes dans un pays où  les lois qui les protègent sont souvent négligées.

La culture indienne est abordée sans aucune lourdeur et permet une incursion en douceur dans cet Orient qui fait tant rêver l'Occident. Cuisine, culture, codes vestimentaires, coutumes, Hélène Couturier balaie un large spectre pour permettre à son jeune lectorat de s'imprégner du contexte de son intrigue.

Bye Bye Bollywood est un excellent roman jeunesse qui, sous couvert d'une couverture rigolote, d'une narratrice un brin en colère et auto-centrée (mais qui ne l'est pas à cet âge ?), aborde des thématiques très intéressantes. La relation mère-fille, les relations entre soeurs, les premiers émois et le conformisme adolescents sont ainsi traités avec finesse dans ces 200 pages. Un grand merci 0 LP Langage&Projets et aux éditions Syros pour la découverte de ce roman pétillant.

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07 avril 2017

La Prophétie de Glendower T.2 Les Voleurs de rêves, Maggie Stiefvater

Les voleurs de rêvesLe voleur de Rêves est le deuxième tome de la quadrilogie La Prophétie de Glendower imaginée par Maggie Stiefvater. Il est paru en français en 2013 chez Hachette dans la collection Black Moon.

La ligne de ley a été réactivée et depuis, tout a changé pour Blue et ses trois amis. Si Gansey est toujours aussi déterminé à retrouver Glendower, Adam souffre de plus en plus de sa différence sociale avec ses amis et ceux de son école huppée. Quant à Ronan, depuis qu'il a compris qu'il pouvait ramener des objets de ses rêves, il s'évade de plus en plus dans ses songes parfois cauchemardesques.

Souvenez-vous : à Halloween dernier, j'avais découvert le premier tome de cette série chaudement recommandée par une de mes copines. Et j'avais été réellement séduite par son intrigue, le soin apporté à la psychologie adolescente et l'imaginaire très bien construit. Et pourtant... Et pourtant je partais avec un a priori négatif vis-à-vis de la collection dans laquelle ce texte était paru, ne me sentant absolument pas le coeur de cible du lectorat visé. 

Bref, après ce premier tome vraiment réussi, je n'avais qu'une envie : découvrir celui-ci ! Et si parfois les suites s'avèrent décevantes dans certaines séries, il n'en est rien avec Le Voleur de Rêves. J'ai retrouvé avec un très grand plaisir la petite ville d'Henrietta et ses personnages un peu étranges. L'auteure poursuit sa narration alternée qui permet de passer d'un personnage à l'autre et à l'ensemble de s'imbriquer naturellement.

L'intrigue est toujours bien construite, les péripéties apparues dans le premier tome permettent de la complexifier encore davantage. Les relations entre les personnages gagnent en profondeur et l'ensemble se lit très rapidement, porté par une plume souvent imagée et poétique. C'est inventif, beau, un brin mélancolique et torturé - comme peut l'être l'adolescence - et incroyablement réussi. Une série à côté de laquelle je serais passée si je m'étais arrêtée à sa couverture et sa collection. "C'eût été dommage", comme dirait celui qui se reconnaîtra. Un deuxième tome excellent, et un plaisir de lecture que j'adorerais prolonger avec la suite, mais qui n'est pour l'instant pas encore traduite...

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29 mars 2017

Un zoo en hiver, Jirô Taniguchi

Un zoo en hiver, Taniguchi Un zoo en hiver est un album signé Jirô Taniguchi paru en 2008 au Japon et en 2009 en France chez Casterman, dans la collection Ecritures. 

Kyoto, 1966. Hamaguchi, seize ans, s'ennuie à travailler dans une entreprise de textiles. Le jeune homme passe son temps libre à dessiner les animaux du zoo voisin. Un de ses amis l'encourage un jour à venir travailler à Tokyo pour Kondô, un mangaka renommé. Hamaguchi devient alors l'un de ses assistants. Dans cet espace créatif, entouré de dessinateurs travaillant dans la pression des délais, Hamaguchi laisse parler son art et découvre le monde.

Affectée par le décès en février dernier de Taniguchi, j'ai décidé de lire tous les albums que je possède dans mon fonds avant de quitter la région parisienne en juillet prochain. Et Un zoo en hiver m'attendait patiemment depuis six ans...

Très largement autobiographique, l'album aborde avec toute la poésie propre à ce grand nom de la BD japonaise l'éveil amoureux et la naissance de la passion professionnelle pour le dessin de mangas.  Sans sentimentalisme, avec beaucoup de pudeur, Taniguchi revient sur ses débuts en qualité d'assistant de mangaka et son entrée dans la vie d'adulte, à Tokyo, au milieu des années 60. La tradition est bien présente et le jeune Hamaguchi est assujetti à un cadre de travail rigoureux et difficile, mais il s'y plie de bonne grâce.

Refusant de rester assistant toute sa vie, le jeune homme peine malheureusement à écrire son propre manga. Mais la rencontre avec une jeune femme sensible et bienveillante va permettre à l'adolescent de dépasser ses peurs et trouver l'inspiration qui lui faisait défaut. 

Très poétique, lent - comme toujours avec Taniguchi - l'album déroule sa temporalité en regard des mois que Hamaguchi passe dans l'atelier de Kondô. Porté par des traits hautement reconnaissables et un découpage des planches qui alterne plans larges et rapprochés, l'histoire suit tranquillement son cours. Je referme ces pages avec le même sentiment qui m'anime quand je lis un album de Taniguchi, un mélange de mélancolie et d'émerveillement. Et j'en redemande.

Planche 1 Planche 2

BD de la semaine saumon 

Cette semaine chez Mo'

Mes autres billets sur les albums de Taniguchi :

  

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27 mars 2017

Eleanor & Park, Rainbow Rowell

Eleanor & Park Rainbow RowellEleanor & Park est un roman de l'américaine Rainbow Rowell paru en 2014 aux éditions Pocket Jeunesse.

Août 1986. Eleanor est nouvelle au lycée. Rousse et un peu ronde, habillée avec des vêtements de deuxième main, elle se fait rapidement repérer et railler par les autres élèves. Heureusement, elle fait la connaissance de Park dans le bus, un solitaire fan de comics et de musique. Les deux adolescents se rapprochent timidement, tandis que le contexte familial d'Eleanor se dégrade de plus en plus.

C'est Amélie qui avait présenté ce roman au club lecture du lycée l'an dernier et m'avait donné envie de le découvrir. Et je dois dire qu'elle a été encore une fois de très bon conseil ! 

Eleanor & Park est un petit bijou de roman jeunesse teinté d'une ambiance singulière et mélancolique. Sur fond de références musicales et littéraires des 80's très marquées et d'un contexte social populaire, le roman aborde la dure condition adolescente sous un angle fin. Conformisme social et physique, peur de l'autre, rejet, harcèlement, premiers émois, découverte du corps, sont autant de thématiques propres à cet âge - mais pas que - que Rainbow Rowell traite grâce à ses deux personnages d'une vraisemblance rare. Car le point fort de ce roman réside dans cette psychologie des personnages très finement esquissée et une narration alternée qui permet à chacun des héros éponymes de laisser libre court à ses pensées. Point de vue masculin et féminin sur des sujets communs, sur des situations qui parfois dérapent, sur une violence environnante et un âge critique - seize ans, l'âge de tous les possibles ? - Eleanor & Park est un roman qui se déguste à tout âge, c'est certain. Merci Amélie pour ce chouette conseil (et je continue avec tes conseils en poursuivant La Prophétie de Glendower dont le premier tome m'avait conquise !)

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30 janvier 2017

Le collège des éplucheurs de citrouilles, Laure Deslandes

Le collège des éplucheurs de citrouilles, Laure DeslandesLe collège des éplucheurs de citrouilles est le premier roman de Laure Deslandes, enseignante de lettres classiques dans le Finistère. Il est paru le 25 janvier à L'Ecole des Loisirs.

Elliot, douze ans, est envoyé en internat dans le collège des Museaux, un minuscule collège breton un peu étrange. Là-bas, pas de programme conventionnel mais des cours d'estonien, un chantier collectif de maison à énergie passive en technologie ou encore de semence en botanique et une cantine bio et locavore qui fait la part belle aux produits du terroir. Une vie simple, au rythme des saisons que les enfants du village apprécient depuis leur enfance. Mais pour Elliot et les autres internes, tous au passé chaotique, l'acclimatation est dure. Heureusement pour celui-ci, dans sa classe de cinquième Hérisson, il y a Péline, une grande rousse joyeuse et généreuse qui va lui tendre la main et l'aider à s'intégrer dans ce nouvel environnement.

Quel régal ce roman ! Intriguée par le titre et le résumé un peu décalé, j'ai ouvert Le collège des éplucheurs de citrouilles sans savoir véritablement à quoi m'attendre. Et si le début m'a un peu rebutée - me rappelant que trop mes problématiques professionnelles - j'ai finalement pris beaucoup de plaisir à découvrir ce collège loufoque aux cours aussi barrés que ses enseignants.

Les personnages adolescents sont traités avec beaucoup de soin, et Elliot et Péline forment un duo attendrissant aux fêlures vraisemblables. Malgré l'aspect décalé des cours peu conventionnels, des problématiques de cet âge sont abordées - le premier émoi, la vie en communauté, l'amitié, la transformation du corps, etc. - tout comme les relations parents enfants. C'est fin, bien étudié, même si l'ensemble s'approche d'une belle utopie par certains aspects. Portée par un humour décapant qui témoigne d'une belle connaissance des adolescents, l'intrigue avance à bon rythme, dans une langue fleurie et riche comme les parterres du collège. On se prête à rêver à un établissement scolaire où le cuistot servirait des crumbles maison après un cours d'escalade dans les arbres, à la découverte des différentes essences. Bref, un premier roman très réussi qui plaira sans aucun doute autant aux lecteurs de l'âge d'Elliot et Péline qu'aux plus grands.

Un grand merci à Coline et aux éditions L'Ecole des loisirs pour ce roman.

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11 janvier 2017

Sukkwan Island, Ugo Bienvenu (d'après le roman de David Vann)

Sukkwan Island, Ugo Bievenu (d'après le roman de David Vann)Sukkwan Island est un roman de l'américain ayant grandi en Alaska David Vann, paru en 2010 aux éditions Gallmeister et lauréat du prix Médicis cette même année. Son adaptation en album, signée Ugo Bienvenu, est parue quant à elle aux éditions Denoël en 2014.

Jim, la quarantaine, entraîne Roy son fils de treize ans dans une aventure un peu folle : une année tous les deux dans une cabane au confort spartiate d'une petite île déserte d'Alaska. Le défi ? Survivre en auto-suffisance durant les mois d'hiver par la chasse et la pêche. Si l'expérience est tentante, elle fait rapidement déchanter Roy. Car son père, brisé par la vie et ses échecs - notamment avec les femmes - est loin d'être un modèle. Très vite, Roy étouffe sur cette petite île, coincé entre son père et cette nature violente.

Je m'étais tenue à l'écart de ce roman depuis sa sortie, craignant sa gravité d'après les critiques que j'en avais lues ou entendues (petite nature, moi ?). Je me doutais que c'était un très beau texte, mais je ne me sentais pas forcément l'âme d'aller m'enfermer en compagnie de ces deux hommes sur une île alaskienne. Mais un collègue est arrivé ce matin en me tendant cet album, visiblement ébranlé par sa lecture, ne me laissant d'autre choix que de le découvrir immédiatement...

Toutes mes impressions étaient fondées : Sukkwan Island est une adaptation majestueuse d'un roman qui doit l'être tout autant, mais qui vous heurte tel un uppercut. Je n'ai pas pu le reposer avant d'en connaître le dénouement, sous le choc du drame qui prend forme à chaque page. La tension monte progressivement dans ce huis-clos angoissant où il faut tuer, dépecer et vider des animaux pour survivre. L'ambiance est magnifiquement rendue par le dessin tout en finesse d'Ugo Bienvenu. La figure paternelle chancelante et fragile, qui broie inconsciemment son fils par ses remarques acerbes, dérange autant qu'elle suscite une forme d'empathie. L'écart se creuse entre les deux personnages, l'un perdu dans sa solitude et ses regrets, l'autre s'ouvrant tel un bourgeon à son adolescence naissante. C'est dérangeant, sombre, violent, dur, mais si bien traité. Une lecture que je ne suis pas près d'oublier et un dessin qui va me hanter, c'est certain.

Les avis de Jerome, Enna, Moka, Stephie.

Planche 3 Planche 1

BD de la semaine saumon

 

C'est aujourd'hui chez Noukette

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26 novembre 2016

Le roman du mariage, Jeffrey Eugenides

Le roman du mariage, Jeffrey EugenidesLe roman du mariage est le troisième roman de l'américain Jeffrey Eugenides paru aux éditions de L'Olivier en 2013. Son nom ne vous dit peut-être rien mais Jeffrey Eugenides, lauréat du Pulitzer catégorie fiction en 2003, est également l'auteur de Virgin Suicides, adapté à l'écran par Sofia Coppola en 1999.

Madeleine, Mitchell et Leonard. Trois étudiants américains qui se rencontrent à l'Université de Brown et explorent la sensation grisante de la liberté estudiantine. Entre soirées arrosées et cours de sémiologie, ils découvrent Barthes, et son Fragment d'un discours amoureux. A partir de ce moment-là, leurs vies dérapent. Mitchell tombe fou amoureux de Madeleine, qui n'a d'yeux que pour Leonard. Ce dernier, ténébreux et mystérieux, l'entraîne bien vite dans sa tourmente. Diagnostiqué maniaco-dépressif quelques années plus tôt, Leonard souffre d'instabilité chronique. Madeleine, éperdue d'amour pour lui, tente coûte que coûte de le sauver de ses démons. Mitchell, de son côté, part faire un voyage au long cours afin d'oublier Madeleine.

Jeffrey Eugenie signe ici un roman magistral, et je pèse mes mots. Difficile d'en parler, tant cette lecture est poignante et puissante... Portée par une construction narrative bluffante, l'intrigue suit un cours singulier où passé et présent s'entremêlent pour mieux raconter ces trois personnages. De ce triangle amoureux, personne ne sort indemne. Ni Leonard, brisé par une enfance désastreuse et une maladie qui le ronge ; ni Madeleine, soumise à ses sentiments pour Leonard et qui l'amènent à s'oublier ; ni Mitchell, qui reste dans l'ombre de Madeleine, attendant d'elle un regard, un sourire. 

Jeffrey Eugenides y décortique le sentiment amoureux pour mieux l'analyser et le donner à voir. C'est cru, parfois dérangeant, si souvent vraisemblable, malheureusement. Portrait d'une génération un rien brisée, cette comédie dramatique entraîne son lecteur dans l'intériorité de ses personnages, donnant à voir un spectre d'émotions finement dépeintes. Et le lecteur de s'interroger lui-même, à l'aune des réflexions des personnages, qu'elles soient sentimentales, professionnelles ou encore théologiques.

Bref, Le roman du mariage est une petite pépite dont vous auriez tort de vous priver. C'est grand, c'est addictif, c'est un indéniable coup de coeur ! Merci mon cher Alain pour ce conseil avisé qui n'a pas fini de me surprendre. Je sens que Madeleine, Mitchelle et Leonard n'ont pas fini de me hanter...

"Elle avait le sentiment que la plupart des sémiologues avaient dû être impopulaires dans leur enfance, tyrannisés, mis à l'écart, et qu'ils reportaient sur la littérature leur colère rentrée. Ils voulaient destituer l'auteur. Du livre, cet objet transcendantal, fruit de tant d'efforts, ils voulaient faire un texte, libre de toute attache, indeterminé, ouvert aux interprétations. Ils voulaient donner la vedette au lecteur. Parce qu'eux-mêmes étaient des lecteurs." (p.67)

"Après ton départ ce jour-là, je me suis allongé sur mon lit et je ne me suis plus levé de la semaine. Je suis resté là à ressasser comment j'avais foutu en l'air la meilleure occasion que j'aie jamais eue d'être heureux dans la vie. La meilleure occasion que j'aie jamais eue d'être avec une fille intelligente, belle et équilibrée. Une fille avec qui j'aurais pu former une équipe." (p.180)

"Il y avait des livres qui traversaient le tumulte de la vie pour vous prendre par le col et vous dire des choses essentielles." (p.285)

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22 octobre 2016

Miss Peregrine et les enfants particuliers, Ransom Riggs

Miss Peregrine et les enfants particulier, Ransom RiggsMiss Peregrine et les enfants particuliers est le premier roman du blogueur et écrivain voyageur américain Ransom Riggs paru en 2012 chez Bayard. Il fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Tim Burton sortie le 5 octobre. 

Jacob, seize ans, est effondré à la mort brutale de son grand-père. Ce dernier, qui semblait fantasque aux yeux de sa famille, n'a cessé de raconter à Jacob des récits fabuleux sur son enfance. Juif Polonais émigré sur une petite île du Pays de Galles, Abe -c'est son nom - y a vécu des jours heureux dans un orphelinat un peu singulier. Ce dernier, dirigé par Miss Peregrine Faucon, accueillait des enfants particuliers. Des enfants dotés de dons. Alors que Jacob a toujours pensé que son grand-père affabulait, sa mort dans des circonstances étranges le font douter. Et si finalement Abe n'avait rien inventé ? Et si cet orphelinat existait réellement ? Qu'en est-il de ces enfants qui y vivaient cloîtrés ? Pour en avoir le coeur net, Jacob supplie ses parents de partir mener l'enquête sur  l'île. Et ce qu'il va y trouver va changer sa vie à jamais...

Vous connaissez ma propension à découvrir les romans à l'origine des films. Et si j'étais passée à côté de cette publication lors de sa sortie française, j'ai vite remédié à ce problème en la dévorant en deux jours avant d'aller voir comment Tim Burton l'a traitée.

Ransom Riggs a imaginé dans ce roman un univers très sombre, mêlant cauchemars peuplés de monstres et atrocités liées à la Seconde Guerre mondiale. Jacob évolue dans ce présent sombre, hanté par le souvenir de son grand-père et de ses histoires extraordinaires. L'enfance est omniprésente dans cette intrigue peuplée d'enfants et d'adolescents coincés dans une boucle temporelle les empêchant de vieillir. Le personnage de Jacob - narrateur de l'intrigue - possède une psychologie vraisemblable et bien esquissée, tandis que gravitent autour de lui une galerie de personnages secondaires intéressante mais qui mériterait davantage d'attention. Peut-être que le deuxième tome s'attardera plus sur ces enfants particuliers et leur offrira une psychologie plus individualisée...

Conte poétique, ode à l'enfance, Miss Peregrine et les enfants particuliers est aussi une réflexion intéressante sur la notion de mal, entre monstres imaginaires et horreurs de la guerre. L'intrigue aborde des thématiques variées avec une grande finesse - les premiers émois, la question de la différence et de la tolérance, le devoir de mémoire, les relations intergénérationnelles, la peur, etc.- et l'ensemble se met en place de façon rythmée. Pas de temps mort dans ce premier tome qui augure une suite des plus intéressantes.

Vous aurez compris, j'ai passé un très bon moment dans ces pages, parfaites à découvrir en ce début d'automne. Le deuxième tome m'attend sagement dans mon Kindle et je ne vais pas tarder à le découvrir ! Une fois refermé ce roman, le parallèle avec le film Big Fish, précédemment réalisé par Tim Burton, m'a sauté aux yeux. Dans les deux cas, l'intrigue se centre sur un échange inter-générationnel autour des fabuleux souvenirs d'enfance d'un vieil homme. Le scepticisme du jeune (fils ou petit-fils) laisse progressivement la place à  la compréhension de son aïeul et celui qui semblait un peu fou récupère uneimage légitimité aux yeux de sa famille. Les thématiques sont donc assez proches. J'attends de voir comment Tim Burton a traité ce roman, mais la bande-annonce (que je vous mets ci-dessous pour ceux qui étaient passés au travers) semble définitivement beaucoup plus sombre et effrayante que le doux Big Fish aux couleurs surannées.  Voici ma troisième participation au Challenge Halloween organisé par Hilde et Lou !

 

20 octobre 2016

La prophétie de Glendower T.1, Maggie Stiefvater

La prophétie de GlendowerLa Prophétie de Glendower est le premier tome d'une quadrilogie imaginée par la romancière et illustratrice américaine  Maggie Stiefvater, paru en 2013 chez Blackmoon.

Blue, seize ans, vit entourée de mediums. Toutes les femmes de sa famille possèdent un don pour l'art divinatoire. Toutes sauf Blue, qui exacerbe par sa présence le don des autres, sans n'en posséder aucun elle-même. Depuis qu'elle est petite, toutes ces voyantes se sont accordées sur un point : si Blue embrasse l'amour de sa vie, il mourra. Cette prophétie bien ancrée en elle, Blue renonce donc à tomber amoureuse. Jusqu'au jour où elle rencontre un groupe de garçons d'une prestigieuse école. Quatre garçons mus par le même objectif : trouver la dépouille du prince gallois Glendower. A la tête de ce groupe, Gansey, dont Blue a vu apparaître le fantôme lors d'une cérémonie la veille de la Saint-Marc. La jeune fille est troublée car un esprit se manifeste dans deux situations précises : soit il est l'amour de sa vie, soit elle est la cause de sa mort. Horrifiée par cette signification, Blue se greffe à  la quête des garçons pour découvrir les lignes de ley et le tombeau de Glendower et éviter que la prédiction ne se réalise.

Si vous me connaissez un tant soit peu, vous savez que ce livre n'avait aucune chance de croiser ma route. Et quand je dis aucune, je pèse mes mots. Je lis peu de young adult (je le fais essentiellement pour mon travail), la première de couverture laisse entendre une romance un peu mièvre et éculée et la maison d'édition fait partie de celles vers lesquelles je ne vais pas spontanément. Je n'ai rien contre Black Moon, cela va sans dire, mais leur ligne éditoriale ne me correspond pas du tout et le fait que ce texte soit publié chez eux m'aurait fait passer à côté. Heureusement, une collègue du club lecture du lycée (merci Amélie !) a fait l'apologie de ce texte qu'elle lisait l'année dernière en anglais, et j'avais été intriguée par son enthousiasme. Elle avait ajouté que l'édition française pouvait faire passer inaperçu ce roman, le noyant parmi des bluettes de bit-lit et des romances adolescentes et que ça serait fort dommage. Ce n'était bien entendu pas tombé dans l'oreille d'une sourde. Sitôt que j'en ai eu l'occasion, j'ai acheté ce roman pour le CDI de mon lycée, et en bonne documentaliste que je suis, je me suis octroyé la primeur de sa lecture. Et j'ai rudement bien fait ! Effectivement, passez outre la couverture très Twilight, le sous-titre "Si elle embrasse l'amour de sa vie, il mourra" et partez à la découverte de ce texte extrêmement bien construit et à l'intrigue des plus prometteuses !

Maggie Stiefvater soigne le début de sa quadralogie en plantant un décor solide à l'ambiance léchée et en prenant le temps d'y installer ses personnages. Ces derniers sont bien loin d'être des caricatures de personnages adolescents et possèdent une psychologie fine que l'auteure dépeint avec attention. La narration à la troisième personne change de point de vue et permet de passer d'un personnage à l'autre, balayant ainsi le spectre de leurs préoccupations. C'est subtil, intelligent et tout se tient. L'apport historique lié au personnage de Glendower est d'autant plus intéressant et offre à la quête des quatre Corbeaux - Gansey et ses amis, surnommés ainsi car le corbeau est l'emblème de leur école - une visée culturelle intéressante.

L'intrigue se met en place doucement, chaque élément s'emboîtant patiemment jusqu'à ce que le tout s'accélère brusquement, vous empêchant de reposer le livre. C'est simple : moi qui peine à poursuivre les séries (je préfère de loin les titres isolés à quinze tomes d'une série qui n'en finit pas), une fois reposé ce roman, je n'ai eu d'autre choix que d'emprunter la suite (que j'avais heureusement achetée pour le CDI). Donc en gros, oui on dirait une romance de fantasy, oui la maison d'édition laisse sous-entendre ça mais que nenni : foncez ! Vous allez découvrir un texte étonnant, mêlant histoire et problématiques adolescentes et sociales, loin des poncifs du genre et vous n'aurez plus envie de le lâcher.

 Voici ma deuxième participation au Challenge Halloween organisé par Hilde et Lou !

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25 septembre 2016

Sauveur & Fils saison 1, Marie-Aude Murail

Sauveur & Fils saison 1, Marie-Aude MurailSauveur & Fils saison 1 est un roman de Marie-Aude Murail paru en avril à L'Ecole des Loisirs. 

Sauveur Saint-Yves est psychologue clinicien. Le quotidien de ce bel homme d'1m90 se partage entre ses consultations et la vie avec son fils, Lazare, huit ans, qu'il élève seul depuis le décès de sa femme. Du travail, il en a ! Et s'il lui a fallu au début faire face à des a priori racistes - Sauveur est d'origine martiniquaise - aujourd'hui, sa clientèle est bien établie et le jeune père célibataire se débat pour aider ses jeunes patients. Entre Ella qui préférerait être née garçon, Margaux qui s'auto-mutile, Cyrille qui à neuf ans fait encore pipi au lit, Lucille, Marion et Elodie, trois soeurs qui vivent mal la séparation de leurs parents et le départ de leur mère pour une autre femme ou encore Gabin, élevé seul par une mère dépressive, Sauveur ne voit pas ses journées passer. Au risque d'oublier de discuter avec son petit garçon et de penser un peu à lui...

Ces derniers temps, mes lectures me ravissent... Et celle-là remporte haut la main le prix de la lecture la plus enthousiasmante de la rentrée ! Je vous vois venir, ceux qui me connaissent bien : ce n'est pas uniquement parce qu'il y a un cochon d'inde sur la couverture ! Non, Sauveur & Fils est une petite pépite dont chaque page est un bonbon d'optimisme à savourer.

Les thèmes abordés sont nombreux et le sont avec la délicatesse que l'on connaît à Marie-Aude Murail. L'intrigue balaye un large spectre de problématiques adolescentes par l'intermédiaire des patients de Sauveur. La relation père-fils est également abordée en finesse et pudeur, par le duo que forment Sauveur et Lazare, mais aussi grâce à Gabin, cet adolescent accro aux jeux en réseau que Sauveur héberge un temps. Les personnages sont touchants, attachants, chacun avec ses failles et sa vulnérabilité - même Sauveur ! - et ce petit univers centré autour de ce psychologue paternel d'évoluer.

Le deuil, enfin, et la perte d'un être cher, sont abordés en filigrane tout le long de l'intrigue, tandis que père et fils se débrouillent dans un quotidien exclusivement masculin, à coup de lasagnes surgelées et de blagues absurdes. L'humour est présent, malgré le sujet parfois grave et le quotidien de Sainte-Yves est ponctué de ses consultations que son petit Lazare épie et interprète du haut de ses huit ans.

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman de Marie-Aude Murail et maintenant c'est bien simple : j'attends la suite avec impatience, tant j'ai envie de savoir ce qui va leur arriver. Encore un beau coup de coeur à noter pour cette rentrée ! Un roman à mettre entre les petites mains mais aussi les grandes. Un très beau moment de lecture et d'humanité.

Les avis enthousiastes de Bladelor, Cathulu, Cuné, Jérôme, Noukette, Gaëlle, Nadège, Pépita, Thalie, Za, etc. Merci à Coline et aux éditions L'Ecole des Loisirs pour cette découverte.

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