Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.




28 août 2019

La vie hantée d'Anya, Vera Brosgol

La vie hantée d'AnyaLa vie hantée d'Anya est la première bande dessinée de la jeune auteure américaine Vera Brosgol. Parue en 2011 aux États-Unis et lauréate du Eisner Award et parue une première fois en France chez Altercomics en 2013, elle sort aujourd'hui aux éditions Rue de Sèvres.

Fille d'émigrés russes, Anya est une ado mal dans sa peau, ballottée entre culture et traditions familiales et intégration dans son pays d'adoption, les Etats-Unis. Élevée par sa mère avec son petit frère, la jeune fille tente de passer inaperçue au lycée mais son nom à rallonge et sa pointe d'accent russe ne l'aident pas.
Après une nouvelle brouille avec sa seule amie, Anya s'nefuit dans un parc et tombe dans un puits. Apeurée, l'adolescente se rend rapidement compte qu'elle n'y est pas seule : le fantôme d'Emily,
une jeune fille décédée dans ce puits vient la visiter. Son squelette est toujours là, quatre-vingt dix ans après son assassinat. Comme Emily l'aide à sortir du puits, Anya décide de l'aider à retrouver qui l'a tuée. En attendant, Emily aide Anya au quotidien au lycée et cette dernière est ravie. Mais Emily est-elle vraiment qui elle prétend être ?

Intriguée par l'histoire de ce one shot, j'ai découvert avec plaisir le trait rond et un brin enfantin de Vera Brosgol qui n'est pas sans rappeler celui de Bryan Lee O'Malley, le papa de Scott Pilgrim. Le dessin est vivant et les tons bleu semblent déposer sur cette histoire un voile vaporeux propice à l'émergence du fantastique en la personne d'Emily.
L'intrigue se met en place doucement, l'auteure prenant soin d'installer le décor et les personnages de son histoire. Son héroïne, partagée entre son héritage russe et sa volonté de s'insérer au lycée, souffre d'un mal-être adolescent classique mais jamais anodin. Incompréhension avec sa mère, complexes physiques, problèmes relationnels, la vie d'Anya n'est pas simple et l'auteure aborde avec sensibilité ces problématiques adolescentes. La part autobiographique est là, derrière les lignes évoquant la question de l'intégration, l'auteure étant elle-même née à Moscou avant d'émigrer à cinq ans aux États-Unis avec sa famille.
Un joli one shot, qui est là où on ne l'attend pas, une lecture touchante, qui sous couvert d'histoires de fantômes, évoque subtilement la question du mal-être adolescent.

Planche 1 Planche 2

Planche 3 Planche 4

Merci aux éditions Rue de Sèvres de m'avoir permis de découvrir cet album.

La BD de la semaine

Pour la rentrée des bulles, c'est Moka qui nous accueille chez elle
et rassemble les billets des participants aux mercredis BD !

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08 août 2019

Broadway Limited T.2 Un shim sham avec Fred Astair, Malika Ferdjoukh

Broadway Limited 2Un shim sham avec Fred Astair est le deuxième tome de la série Broadway Limited écrite par Malika Ferdjoukh. Il est paru en novembre dernier dans la collection Medium + de L'Ecole des Loisirs.

Le froid est mordant en ce mois de janvier 1949 à New York, et à la pension des Giboulées, tenue par les soeurs Celeste et Artemisia, la vie suit son cours. Les six jeunes pensionnaires poursuivent assidûment leur rêve de gloire et de reconnaissance. Il y a la danseuse Manhattan, engagée comme habilleuse auprès de Uli Styner, star de Broadway poursuivi par la Commission des Activités Anti-Américaines, qui ignore qu'elle est la fille qu'il a abandonnée. Et puis il y a Hadley, qui, de son côté, élève comme son neveu son fils de trois ans Odgen, fruit d'une nuit d'amour avec Arlan, un beau soldat perdu de vue à cause d'une serviette en papier et d'une averse. Chic, quant à elle, adore le faste et les paillettes et poursuit sa carrière de comédienne jusqu'à ce qu'elle rencontre un certain Whitey. Et puis il y a aussi Page, Etchika et Ursula, mais aussi Dido, la jeune voisine très impliquée politiquement, dont est éperdument amoureux Jocelyn, le jeune pianiste français qui loge au sous-sol de la pension. Ça en fait du monde et des aventures !

J'avais adoré ouvrir le premier tome de Broadway Limited, en novembre dernier, et c'est avec le même plaisir que j'ai dévoré celui-ci.
Malika Ferdjoukh poursuit avec finesse l'exploration de ses personnages et des différentes intrigues qu'elle imagine. New York, et plus généralement l'Histoire américaine, prennent une place de plus en plus importante à mesure que la période d'après-guerre se durcit et qu'avec elle apparaissent les chasses aux sorcières. L'auteure mêle avec brio ses personnages aux anecdotes historiques en les faisant rencontrer des grands noms de cette époque - Fred Astair, Grace Kelly, Billie Holliday, Marlon Brando, Elia Kazan, Paul Newman, Lee Strasberg, etc. - et participer à l'effervescence du début des 50's. Les cabarets et autres théâtres ont le vent en poupe, tout comme les danseurs et les chanteurs, et la petite troupe de la pension des Giboulées tente de percer chacun dans son domaine.
C'est avec regret que j'ai refermé ce deuxième tome, diablement bien rythmé. L'intrigue générale gagne en épaisseur, tout comme les personnages en psychologie, et Malika Ferdjoukh est en train d'imaginer une sorte de Vie mode d'emploi un brin plus romancé, où l'intrigue déborde des murs de la pension pour mieux donner à voir la vie de ces jeunes adultes à New York. Destiné à un lectorat adolescent, la série est à la fois accessible notamment historiquement et politiquement à ce public, mais aussi largement délicieuse à découvrir à l'âge adulte. Les turpitudes des sentiments adolescents sont là, mais évitent l'écueil du sentimentalisme pour mieux donner à voir des vies plus matures, plus engagées. A l'image des vingtenaires de cette époque.
Une réussite, donc, que je ne peux que vous encourager vivement à découvrir au plus vite. De mon côté, j'attends le prochain tome avec impatience. Un grand merci
 à L'Ecole des Loisirs de me permettre de découvrir cette série que j'aurais adorée plus jeune, même si je ne boude pas mon plaisir à trente ans et des poussières.

Ma chronique du premier tome :

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13 juin 2019

La fille sans nom, Maëlle Fierpied

La fille sans nomLa fille sans nom est le dernier roman de la normande Maëlle Fierpied. Il est paru en mars chez L'Ecole des Loisirs.

Camille, quinze ans, fugue un soir de chez ses parents. Parce que communiquer avec eux est devenu impossible, l'adolescente s'enfuit, sur un coup de tête. Lorsqu'elle tombe sur une péniche dotée d'un écriteau recherchant un garçon à tout faire, la jeune fille n'hésite pas. Mais elle n'a pas idée de l'erreur qu'elle vient de faire.
Elle tombe entre les mains
de son propriétaire, Hélix, un mage sans scrupule qui lui vole sa mémoire en enfermant son prénom dans un bocal. La jeune fille devient son esclave, propulsée dans un univers où la magie règne. La vie sur la péniche est dure, mais bien vite elle gagne l'amitié de Safre et Margoule, deux frères mi-ogres mi-dragons. Tandis que la péniche avance vers le Tunnel runique, la jeune fille élabore un plan pour s'enfuir.

Quelle belle découverte que ce roman, et je pèse mes mots  ! Que c'est bon de lire une histoire qui fait autant la part belle à l'imagination. Maëlle Fierpied signe ici ce qui aurait pu être un premier tome très prometteur, mais a fait le choix d'en faire une histoire complète et non une série. Et pourtant, tous les ingrédients sont là, et j'aurais été la première à attendre avec impatience un second tome.
L'intrigue, tout d'abord, se met en place progressivement et suit le schéma assez classique du conte initiatique. L'héroïne tourne le dos à son quotidien pour entrer dans un monde parallèle aussi onirique qu'effrayant, où les runes, les mages, la sorcelleries et les créatures en tous genres règnent. Les péripéties se succèdent pour la jeune Camille qui va d'aventures en aventures.
La psychologie des personnages est bien étudiée et si l'héroïne est aussi hésitante et inconstante que peuvent l'être les adolescents d'aujourd'hui, elle n'en demeure pas moins attachante dans sa vulnérabilité. Les personnages secondaires qu'elles croisent sont dotés de ce qu'il faut de psychologie pour être intéressants et intriguants. L'écueil du manichéisme n'est pas évité, cependant, pour les méchants de ce monde, mais cela ne gâche en rien le plaisir de la lecture.
Le gros point fort de ce roman réside, selon moi,
dans toutes les trouvailles que l'auteure a imaginée pour son monde magique. Celui-ci est très bien construit, cohérent, et prend vie sous la plume imagée et presque cinématographique de Maëlle Fierpied. A l'image de la très belle couverture de ce roman, je me suis prise à m'imaginer les différents univers dépeints avec force détails. Et c'était très agréable.
Vous l'aurez compris, un sans-faute selon moi qui mérite bien des louanges. Merci  à L'Ecole des Loisirs de m'avoir permis de découvrir ce roman que j'aurais adoré découvrir plus jeune, tant l'univers m'a fascinée. A lire et à offrir aux lecteurs adolescents autour de vous, sans hésiter une seule seconde.

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16 mai 2019

Tout ce que je sais sur l'amour, Dolly Alderton

Tout ce que je sais sur l'amourTout ce que je sais sur l'amour est le premier ouvrage de la journaliste et chroniqueuse britannique Dolly Alderton. Lauréat du National Book Award 2018, il est paru en février 2019 en France chez Mazarine.

Dolly Alderton, bientôt trente ans, aborde avec beaucoup d'humour la question de sa vie sentimentale. Digne héritière de la génération Y, la jeune femme, qui a grandi dans la banlieue londonienne, raconte avec un humour féroce ses déboires amoureux, des balbutiements des tchats sur MSN aux débuts de Facebook en passant par ses rendez-vous ratés, ses colocations diverses et variées et ses soirées dans les pubs. 

Intriguée par le résumé de ce livre, j'ai eu très envie de découvrir cette Bridget Jones réelle, cette anglaise à l'humour ravageur qui fait état de sa vie sentimentale un brin bancale. Et dès le début, Dolly Alderton donne le ton : "Si on ne vit pas ça à l'âge adulte, c'est qu'on a raté sa vie, comme toutes ces profs d'arts plastiques qui sont des "Mlles" au lieu d'être des "Mmes", portent des bijoux ethniques et ont des cheveux tout frisés." Cinglant, un peu grinçant, le livre s'apparente à une chronique sociale d'une génération désenchantée par les relations amoureuses.  
Tout ce que je sais sur l'amour est irrémédiablement teinté de nostalgie, d'une pointe de regrets parfois. Le lecteur décode à travers les nombreux traits d'humour de la journaliste une certaine forme de solitude, comblée par ses amitiés féminines nombreuses. La pression sociale d'être en couple est palpable, au fil des pages, et le fait de ne pas réussir à l'être, vécu comme un échec. Le conformisme social est fort, et Dolly Alderton n'y échappe pas. 
Malgré cet humour ravageur plus profond qu'il n'y parait, les 423 pages de l'ensemble m'ont paru à la longue un peu indigestes. Je me suis lassée, au fil de ma lecture, des aventures de Dolly parfois répétitives. Je remercie néanmoins les éditions Mazarine pour la découverte de ce livre. 

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15 mai 2019

Le château des étoiles T.4 Un français sur Mars, Alex Alice

Le château des étoiles 4 Alex AliceUn français sur Mars est le quatrième tome de la série Le château des étoiles imaginée par Alex Alice. Il est paru en septembre 2018 aux éditions Rue de Sèvres. 

Arrivés sur Mars, Séraphin et ses amis se mettent en quête de l'expédition prussienne qui les a précédés et qui retient en otage le Professeur Dulac. Lorsqu'ils retrouvent les restes du vaisseau sans signe de vie, le petit groupe panique. Mais ils n'ont guère le temps de s'en préoccuper car Gudden, venu avec eux, dévoile son jeu : le père de Séraphin n'est pas sur Mars et Gudden n'est ici que pour permettre de rapporter de l'etherite sur Terre. Une rixe éclate alors entre Séraphin et Gudden et Séraphin est vite assommé et perd connaissance. Lorsqu'il réouvre les yeux, il est seul. Ses amis l'auraient-ils abandonné sur Mars ? Très vite, l'adolescent se rend compte qu'il n'est pas seul et que la planète est habitée par d'étranges créatures.

Deuxième tome du diptyque consacré à la planète rouge, Un français sur Mars entraîne une nouvelle fois son lecteur dans une aventure rocambolesque. Elle est bien loin, la Bretagne du précédent tome et les temps calmes de la vie de Séraphin et ses amis. Dans ce nouvel album qui se déroule exclusivement sur Mars, la petite troupe est confrontée à la trahison, l'isolement et la folie, parfois, le tout sur une planète inconnue où la vie n'a pas encore été étudiée.  
Alex Alice poursuit l'exploration de l'univers qu'il a construit, offrant à la fois de superbes planches dignes de planches de botanique, où minéral et végétal se mélangent pour mieux se confondre, et une intrigue riche et rythmée. La palette de couleurs utilisée est chaude, ressemblant parfois à un arc-en-ciel, et malgré la guerre qui sourd pour exploiter les ressources de Mars, cette dernière semble accueillante et pacifique.  
Les héros ont bien grandi depuis le premier tome, et ce sont maintenant des adolescents qui parcourent l'espace au volant de leurs engins bricolés. Le côté steampunk est toujours bien présent, avec ces machines volantes tout droit sorties de l'imagination d'inventeurs de génie.  
L'humour est toujours présent, mais c'est un tome plus sombre que signe ici Alex Alice, en proie aux affres d'un monde qui ressemble étonnamment au nôtre. La question du racisme est évoquée sous couvert de fantastique, tout comme celles de la tolérance et du vivre-ensemble. Un nouveau chapitre aussi soigné qu'intéressant, qui ouvre encore de nouvelles portes dans les aventures de Séraphin et ses amis. Une série qui gagne en densité au fil des tomes, gardant l'onirisme de Miyazaki et le côté scientifique bien marqué qui rappelle sans cesse Jules Verne. 

Mon avis sur les trois premiers tomes : 

Le château des étoiles T image 

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres de m'avoir permis de découvrir cet album.

Planche 1 Planche 2

 

Planche 3Planche 4

La BD de la semaine

Cette semaine, c'est Noukette qui accueille le rendez-vous des amoureux des bulles !

 

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25 avril 2019

L'amour, le Japon, les sushis et moi, N.M. Zimmerman

9782226329387-jL'amour, le Japon, les sushis et moi est un roman de Naïma Murail Zimmermann, nièce de Marie-Aude Murail et Moka, paru en octobre 2016 chez Albin Michel Jeunesse. 

Lucrèce a quinze ans lorsque sa mère, chercheuse en sciences, décide d'emmener sa famille vivre à Nagoya, au Japon. Depuis la disparition de leur père dans l'Himalaya, Lucrèce et Maximilien, son frère essaient de trouver un équilibre précaire avec leur mère un peu fantasque. Leur nouvelle vie japonaise est l'occasion pour eux d'avancer. Si Maximilien se régale à jouer avec Trobeau, leur chien, et remporte un franc succès à l'école primaire, Lucrèce, pour sa part, peine à s'intégrer au lycée. Obligée de choisir un club pour compléter son cursus, elle rejoint le Club des amateurs de sushis. Mais elle se rend rapidement compte que ce dernier n'est qu'une vitrine pour quatre lycéens qui n'ont pas envie de faire partie d'un club. Rapidement, Lucrèce perçoit des tensions entre Oda et Ryu, les deux garçons du groupe. Elle décide de s'en mêler et d'oeuvrer pour leur réconciliation. Pourquoi ne pas organiser un projet autour du club de sushis ? 

Je dois avouer que je n'espérais pas grand chose en ouvrant ce roman ado. Peut-être un contexte culturel détaillé, quelques traditions ça et là et un soupçon de Japon d'aujourd'hui, comme Ueno Park qui m'a littéralement conquise. Et à ce niveau-là, je dois avouer que j'ai été servie.  
L'intrigue prend corps dans un Japon étudié juste ce qu'il faut, où traditions bouddhistes, légendes, gastronomie et mentalités sont rendues accessibles pour le lectorat visé.  
Pour le reste, l'intrigue reste très classique et hautement prévisible. Lucrèce se donne comme mission de réconcilier les deux garçons du groupe et de faire reprendre le violoncelle à Ryu, tout en s'ouvrant doucement au sentiment amoureux et l'intrigue se déroule lentement vers un dénouement attendu. Aucune surprise ni folie dans cette histoire adolescente si ce n'est la rapide question du deuil du père, évoquée alors la mère de Lucrèce a fait croire à son petit frère que ce dernier était resté vivre dans l'Himalaya avec le yéti.  
Un roman ado qui ne me laissera pas grand souvenir mais qui possède le mérite d'apporter une touche culturelle à son lectorat. 

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Un Mois au Japon organisé par Lou et Hilde

 

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04 avril 2019

Ueno Park, Antoine Dole

Ueno Park, Antoine DoleUeno Park est un roman de l'écrivain et scénariste Antoine Dole. Il est paru en août 2018 chez Actes Sud Junior.

Huit adolescents tokyoïtes. Huit voix qui s'élèvent au moment du Hanami - la floraison des cerisiers - pour raconter le Japon d'aujourd'hui. A  Ueno Park où tous convergent sans se connaître, ils parlent de leur quotidien, des traditions qui les écrasent, de la société japonaise et de ses codes, de leur culture et contre-culture. 

En ce moment, je me languis de mon voyage au Japon l'été dernier. Quel plaisir de me plonger dans ces pages et de retrouver les sensations que j'avais éprouvées en découvrant Tokyo ! 
Antoine Dole réussit le pari d'adopter une écriture épurée et imagée qui rappelle celle des écrivains japonais. Il entraîne son lecteur au coeur de ces huit nouvelles portées par huit voix différentesAyumi, Sora, Fuko, Natsuki, Haruto, Daïsuké, Aïri et Nozomu se racontent chacun leur tour, à la première personne. Portés par le désir d'exister et d'être singulier, ils évoquent leur quotidien. 
Peur d'échouer, transidentité, amour passionnel, maladie incurable, traumatisme, les thématiques sont nombreuses autant que sensibles et parfaitement étudiées culturellement
L'auteur maîtrise son sujet et parvient à emmener son lecteur dans le Tokyo d'aujourd'hui, au printemps, alors que le Hanami bat son plein et que le cerisier géant de Ueno Park fascine les visiteurs
Un livre court autant qu'intense. Une parfaite plongée dans le Japon d'aujourd'hui, avec ses particularités culturelles et ses traditions bien ancrées. Un petit bijou d'une finesse et d'une intelligence rares. A lire sans hésiter ! 

"Nous ne racontons pas nos blessures, nous sommes de ces familles qui survivent dans le silence des choses." (p.20)

"Et je souris à ces vies que les fleurs de Hanami nous aident à célébrer. A ces vies qui nous manquent et que des vents contraires ont emportées trop tôt. A celles qui naissent, fleurissent et se dévoilent en plein soleil. A celles qui s'égarent et retrouvent leur chemin. Et à toutes celles, précieuses et pleines d'espoirs, qu'il nous reste encore à vivre." (p.27)

"Est-ce qu'un printemps pourrait rejaillir un jour, au creux de ma vie ? Est-ce qu'un jour, quelqu'un, quelque part, se souviendra de qui je suis ? Est-ce qu'on se souviendra seulement que j'ai été quelqu'un ?" (p.115)

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Un Mois au Japon organisé par Lou et Hilde

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27 mars 2019

Appelez-moi Nathan, Catherine Castro et Quentin Zuttion

Appelez-moi NathanAppelez-moi Nathan est une BD documentaire de Catherine Castro et Quentin Zuttion parue en septembre 2018 chez Payot Graphic.

Lila est une enfant heureuse. Mais le jour où l'adolescence opère des changements dans son corps, Lila s'insurge et comprend qu'elle est un garçon enfermé dans un corps de fille. Commence alors un combat pour devenir Nathan, se faire appeler "il" et construire son identité. 

J'avais vu passer cet album il y a quelques mois et je l'ai acheté pour mes lycéens, certaine que le sujet parlerait à certain.es. Et j'ai bien fait ! L'album est très souvent consulté et lu sur place et j'ai pu avoir une discussion sur le sujet avec un élève concerné.  
Je n'avais jamais lu sur la question de la transidentité et j'ai été très émue à la lecture de cet album. Nathan - le vrai prénom a été changé pour conserver l'anonymat - entreprend un véritable combat pour que son corps corresponde à ce qu'il est : rendez-vous avec des psys, formalités à l'état civil, traitement hormonal, opération. La quête identitaire est ardue, beaucoup plus que celle de ses camarades, uniquement liée à l'adolescence, et Nathan s'accroche. La relation avec ses parents est pleine d'incompréhensions au début mais ceux-ci soutiennent leur enfant et font peu à peu le deuil de leur fille pour accueillir leur fils.   
Le dessin en couleur douce est parfois trash, sanglant, cru, pour expliquer ce que traverse Nathan face à son corps. Rien de très choquant en soi, mais de l'anatomique pour expliquer le sujet.   
Les auteurs s'emparent du sujet avec délicatesse et relatent l'histoire vraie de Nathan sans pathos ni voyeurisme. Les termes sont expliqués, le suivi psychologique aussi, et la transition de Lila vers Nathan se déroule sous les yeux du lecteur tel une renaissance. 
Une lecture émouvante autant qu'instructive. Un album parfait sur le sujet. Une réussite ! 

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  La BD de la semaine

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06 février 2019

Speak, Emily Carroll d'après le roman de Laurie Halse Anderson

SpeakSpeak est l'adaptation en album du roman Vous parler de ça de Laurie Halse Anderson. Il est paru le 9 janvier cette année aux éditions Rue de Sèvres.

Mélinda, quinze ans et des lèvres en sang tant elle s'empêche de parler. La lycéenne discrète et réservée, ignorée voir tourmentée par ses camarades, s'est enfermée dans le silence suite à un événement traumatique. Dans son journal, elle parle. Elle raconte, ses journées au lycée. Ses moments de solitude à la cantine. Ses cours d'arts plastiques, qui la bousculent. Ses parents, qui ne la comprennent pas. Ses anciennes amies qui lui ont tourné le dos. Mélinda se répand par écrit, alors que les mots meurent sur ses lèvres. Jusqu'au jour où le monstre de ses cauchemars refait surface. 

Album coup de poing, Speak est une claque tant par son sujet que par son traitement. Adapté du roman en partie autobiographique de Laurie Halse Anderson, il aborde la question du viol. Car c'est de viol que Mélinda a été victime, alors qu'elle avait treize ans. Violée par un élève plus âgé, lors d'une soirée. Le mot n'est posé qu'après la page 300 mais le lecteur se rend compte rapidement de quoi il retourne.     
Au fil des saisons, Mélinda se raconte en noir et blanc. La bichromie semble faire écho à sa météo intérieure, la dépression la guettant depuis l'horreur qu'elle a vécue. Parce qu'elle n'a pas réussi à parler lorsqu'elle a appelé la police ce soir-là, la jeune fille est rejetée par ses camarades, persuadés qu'elle appelait pour dénoncer la soirée. Le harcèlement passif est évoqué, alors que Mélinda voit peu à peu tous ceux qu'elle connaissait lui tourner le dos et la laisser seule, dans sa souffrance, en paria.    
Et c'est seule que Mélinda va sortir de sa souffrance. Seule qu'elle va affronter son passé, ses peurs, le rejet aussi. Seule qu'elle va s'en sortir, pour mieux raconter, ensuite, ce qu'elle a vécu.    
Un album sombre, évidemment, mais qui présente aussi le parcours de résilience de l'héroïne. Sa renaissance, après son combat intérieur. Un album qui me paraît essentiel pour aborder la question du viol et de l'adolescence brisée. Un récit rendu fort par sa part autobiographique. Bref, une lecture coup de poing à découvrir.

 

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Planche 3 Planche 4

Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour la découverte de cet album. 

La BD de la semaine

Cette semaine, c'est Stephie qui accueille le rendez-vous des amoureux des bulles ! 

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30 décembre 2018

Bjorn le Morphir, Thomas Lavachery

Bjorn le MorphirBjorn le Morphir est un roman de Thomas Lavachery paru en 2002 à L'Ecole des Loisirs. Il reçut le Prix Sorcières en 2006.

Hiver 1065. Une terrible tempête de neige s'abat sur le royaume de Fizzland, contraignant les habitants à se réfugier dans leurs maisons. La Démone blanche, comme elle est surnommée, veut tuer les hommes pour s'approprier leurs âmes. Le jeune Bjorn et sa famille s'enferment dans leur demeure familiale, prêts à tenir le siège d'un hiver sans fin. Le jeune viking, timide et réservé, va peu à peu révéler son caractère et dans ce huis-clos glacial, devenir un morphir.

Quelle découverte, pour cette dernière lecture de 2018 ! Intriguée par ce terme de morphir (qui désigne un personnage malingre et peureux qui se transforme en héros et guerrier exceptionnel), j'ai dévoré ce premier tome, prémisse d'une série qui s'annonce riche et de qualité.

Thomas Lavachery tisse une intrigue de qualité, mélange de fantasy et de légendes nordiques, pour mieux créer son univers personnel. Le fantastique est là, avec la neige personnifiée en démone qui susurre des menaces à l'oreille de Bjorn, et sert l'histoire qui oscille entre conte, roman d'apprentissage et d'aventure.

Le jeune Bjorn va révéler peu à peu ses capacités, au fil des pages et d'un voyage qui n'est pas sans rappeler Jules Verne et son Voyage au centre de la Terre. Les personnages sont rapidement décrits, l'auteur ne s'attardant pas tant sur leur psychologie que sur leurs agissements. L'intrigue est rythmée, pleine de suspense - la neige, dehors, menace de faire s'écrouler la maison familiale ! - et de péripéties.

Un excellent premier tome, qui va loin dans le terreau des contes et des légendes et promet une suite tout aussi excellente. A lire, à offrir aux plus jeunes, pour les faire rêver à un ailleurs d'un autre temps fascinant.

La série compte aujourd'hui sept tomes, adaptés en bande dessinée par l'auteur et Thomas Gilbert.

 

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Un grand merci à L'Ecole des Loisirs pour la découverte de ce roman ! 

 

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