Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

26 novembre 2015

Deux secondes de trop, Rachel Joyce

Deux secondes de trop, Rachel JoyceDeux secondes de trop est le second roman de l'anglaise Rachel Joyce paru chez XO en 2014. Son premier roman, La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi reçut le prestigieux National Book Award en 2012.

Angleterre, 1972. Pour coïncider avec la rotation de la Terre, il a été décidé que deux secondes seraient rajoutées au temps. Deux minuscules secondes, qui auraient pu passer inaperçues mais qui troublent énormément le jeune Byron. Et lorsque le moment annoncé arrive, Byron et sa mère sont victimes d'un accident de voiture, Byron ayant déconcentré sa mère au volant. Les conséquences de cet accident vont être lourdes pour le jeune garçon et sa mère, et seule le temps parviendra à panser les blessures occasionnées.

J'ai beaucoup entendu parler de cette auteure et de son premier roman, et étant tombée sur celui-ci par hasard avant de partir en vacances cet été, je l'ai glissé sans hésiter dans mes valises, pensant passer un délicieux moment dans les 70's avec une intrigue tournée autour de la question du temps et de ses distorsions. J'adore les voyages dans le temps et toutes les thématiques qui tournent autour de cette question et je pensais les retrouver dans ce roman (j'ai d'ailleurs beaucoup réfléchi au pourquoi du comment de ces deux secondes moi aussi, en même temps que le petit Byron...).
Mais en réalité, Deux secondes de trop est un roman bien plus grave qu'il n'y paraît. L'intrigue tourne autour de cet accident de voiture et de ces conséquences dramatiques sur la famille, alternant passé et présent. Le ton est lourd, grave, et les personnages semblent engoncés dans des situations dramatiques dont le lecteur doute qu'ils puissent sortir. 
J'ai trouvé l'ensemble très pesant et j'ai éprouvé un certain malaise à cette lecture. Malgré un retournement de situation final intéressant (mais qui n'ôte rien au caractère morose de l'intrigue), j'ai eu beaucoup de mal à terminer ce roman, non parce que je m'y suis ennuyée ou que l'auteure écrit mal, mais parce que tout semblait si sombre pour les personnages que je n'avais pas envie de progresser dans ma lecture pour apprendre d'autres événements dramatiques pour eux. Une lecture de vacances qui m'avait tout sauf détendue, vous vous en doutez...

Les avis d'Anne, Alex-mot-à-mots, Keisha, Amartia, etc.

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07 mai 2014

Mon ami Dahmer, Derf Backderf

Mon ami DahmerMon ami Dahmer est un album documentaire qui a occupé vingt ans son auteur, Derf Backderf, avant de voir le jour. Vainqueur ex-æquo du Fauve d'Or au Festival d'Angoulême cette année, il est paru en février 2013 aux éditions Ça et là.

Jeffrey Dahmer, enfant solitaire puis adolescent marginal, est devenu un des plus célèbres serial killer américain. Derf Backderf, l'auteur de cet album, a été son camarade au collège et au lycée, dans les années 1970. A la lumière des évènements, il tente de se souvenir de celui qu'il a cotôyé. En interrogeant d'anciens camarades et en plongeant dans ses souvenirs, il cherche à comprendre.

Glaçant au possible, Mon ami Dahmer est un album dont on ne sort pas indemne. Jamais violent ni sanglant malgré son sujet, il fouille  l'enfance et l'adolescence de Jeffrey Dahmer et amène le lecteur aux portes du moment où tout a basculé. Le jour où Dahmer a succombé à ses pulsions. De ces dernières, nous ne saurons rien, tout du moins en images. La postface explique tout en pudeur les troubles de Dahmer - nécrophilie, cannibalisme, démembrement de ses victimes - et tente d'éclairer, grâce à ses propos et son histoire personnelle, ses agissements.
Derf Backderf tente de retranscrire ses souvenirs et c'est un étrange récit que cet album. Les dessins tout en rondeurs et en plis offrent une esthétique particulière au récit. On se croirait dans un comics américain un peu léger. Il n'en est rien. Dès la première page, on est happé. Hypnotisé par le personnage de Dahmer, tel que se le rappellent ceux qui l'ont côtoyé avant. Avant l'horreur. Et cet adolescent un peu à part, extrême, qui adorait jouer au fou, est tour à tour pathétique et glaçant. On essaie de comprendre avec l'auteur. On frémit de voir le nombre de gens qui l'ont connu sans jamais déceler ses troubles. On referme l'album avec un sentiment étrange. Mal à l'aise, apeuré peut-être. En tout cas profondément marqué, c'est sûr. Comme si on avait nous aussi côtoyé Dahmer... Merci C. pour cette lecture que je ne suis pas prêt d'oublier.

D'autres avis : CanelChoco, Jérôme,  Joëlle, Mo', Oliv, Theoma, Yaneck, Yvan, etc.

Voici ma 64e participation à la   organisée par Mango et ma 53e au Top BD des blogueurs de Yaneck.

Top BD

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31 octobre 2013

Les sorcières d'Eastwick, John Updike

Les Sorcières d'Eastwick, John UpdikeLes sorcières d'Eastwick est un roman du prolifique John Updike paru en 1984. Il fait partie de ces livres qui possèdent la particularité d'avoir éclipsé, par leur titre, le nom de leur auteur. Car si beaucoup connaissent de nom ces diaboliques femmes de la paisible Eastwick, peu nombreux sont capables d'attribuer à John Updike la paternité de cette œuvre.

70's. Eastwick, petite bourgade américaine sans histoire. Mais derrière les apparences et les masques se cachent un brin de sorcellerie et beaucoup de commérages. Trois amies, Alexandra, Sukie et Jane, dont les pouvoirs se sont développés suite à leur célibat, utilisent leurs dons au gré de leurs humeurs, et ce malgré les quand-dira-t-on. Mais lorsqu'arrive en ville Darryl Van Horne, un homme riche et mystérieux, les trois femmes sont piquées de curiosité. Sournoisement, Darryl va tour à tour les séduire et les aliéner. Orgies, drogues, séduction et jalousie vont devenir leur lot quotidien. Darryl, sous ses apparences ordinaires, ne serait-il pas une incarnation du Malin ?

Tant a déjà été dit sur ce roman et cet auteur qu'il est difficile de mettre des mots, mes mots, sur cette lecture. John Updike signe ici un roman foisonnant et multiple qui entraîne le lecteur dans un méandre où seule subsiste l'image de ces trois femmes, puissantes et fragiles à la fois.
La petite ville d'Eastwick est le théâtre de bien des drames et il s'y noue des relations complexes entre les habitants. Critique de cette micro-société, le roman n'épargne personne, et surtout pas les hommes. Ces derniers, hormis Darryl Van Horne, ne souffrent pas la comparaison avec les personnages féminins et restent en arrière-plan de l'intrigue. Faibles, lâches, menteurs, meurtriers parfois, ils semblent cristalliser le mal que la société fomente. Face à ces hommes secondaires, les personnages féminins - les héroïnes ainsi que les autres femmes de la ville - s'érigent en  figures de force et de pouvoir, allant même jusqu'à s'affronter pour éprouver leur domination.
 
La sorcellerie n'est finalement qu'un prétexte à l'auteur pour s'interroger sur la question de l'émancipation de la femme. Ses trois héroïnes, malgré leur posture dominante énoncée plus haut, n'en demeurent pas moins sensibles au charme masculin, et notamment à celui du manipulateur Darryl Van Horne. Et elles qui prônaient la liberté comme valeur essentielle, se retrouvent bien vite piégées par cet individu paradoxalement repoussant et irrésistible. Le lecteur suit avec avidité le mécanisme qui se met en place et les tourments par lesquels passent tour à tour Alexandra, Sukie et Jane. Et à son tour de s'interroger sur la place de la femme.
Porté par une plume splendide, une traduction agréable et des longues phrases au rythme parfait, Les sorcières d'Eastwick est un plaisir dont on aurait tord de se priver.

Et parce que le roman d'Updike a inspiré le petit écran et le septième art, voici deux bandes-annonce d'adaptations très différentes et plus ou moins fidèles à l'oeuvre originelle.
La première est celle du film Les Sorcières d'Eastwick réalisé par Georges Miller en 1987, avec Jack Nicholson, Susan Sarandon, Michelle Pfeiffer et Cher dans les rôles principaux.

 Les sorcières d'Eastwick

Le film Les sorcières d'Eastwick (1987)

  

La seconde est celle de la série de Maggie Friedman, Les Mystères d'Eastwick, dont les 13 épisodes produits ont été diffusés fin 2009 sur ABC.

Eastwick

La série Les Mystères d'Eastwick (2009)

 

Enfin, parce que j'ai tellement annoté ce roman qu'il m'était impossible de faire l'impasse sur cette partie dans ma chronique, voici un florilège de citations qui illustrent le talent d'écrivain de John Updike.

"Si Alexandra était une sorcière du genre substantiel et instable, encline par nature à se gaspiller pour s'offrir aux influences et se fondre dans le paysage, et au tréfonds de son cœur plutôt paresseuse et d'un détachement quelque peu entropique, Jane était bouillante, trapue, concentrée comme une pointe de crayon, et Sukie Rougemont, qui à longueur de journée se dépensait en ville à recueillir cancans et nouvelles et dispenser sourires et salutations, avait une essence oscillante." (p.12-13)

"Rhode Island, bien que de notoriété publique le plus petit des cinquante États, renferme pourtant ça et là des immensités désertes typiquement américaines, des étendues mal explorées enclavées au milieu de zones industrielles tentaculaires, fermes abandonnées et grandes demeures oubliées, campagnes dépeuplées que traversent en hâte des routes droites et noires, marécages pareils à des landes et rivages désolés des deux côtés de la Baie, cet énorme coin d'eau enfoncé comme un pieu jusqu'au cœur de l’État, sa capitale, dont le nom est un acte de foi." (p.19)

"Dock Street, à cette heure où la nuit précoce rattrapait les acheteurs emmitouflés, avait un aspect dévasté, ses illuminations une pathétique manœuvre pour faire obstacle au sommeil, une tentative désespérée et hagarde pour tenir quelque vague promesse prisonnière de l'âpre ciel noir." (p.276)

"Entre-temps, la neige était tombée ; on finit par oublier cette merveille annuelle, son ampleur, l'air doté soudain d'une présence, les traits obliques des flocons ruisselants qui recouvrent tout comme les zébrures d'un graveur, le gros béret qui le lendemain matin coiffe de guingois la baignoire à oiseaux, le brun soudain plus foncé des feuilles sèches encore accrochées aux chênes, les branches vert foncé des sapins ciguë ployant sous le poids et le bleu limpide du ciel pareil à un bol vidé de sa dernière goutte, l'allégresse qui à l'intérieur de la maison ricoche sur les murs, la vie soudain comme survoltée qui sourd de la tapisserie, l'intensité mystérieuse de l'intimité que sur la fenêtre, dans son pot, l'amaryllis partage avec son ombre phallique et pâle." (p.304)

"Alexandra faisait de son mieux pour se montrer à la hauteur et s'intéresser à ces gens qu'elle n'avait jamais rencontrés, mais ses cellules cérébrales n'étaient déjà que trop encombrées de gens qu'elle avait jadis rencontrés, appris à connaître, trouvés passionnants et parfois même aimés, pour bientôt les oublier." (p.333)

"La musique illumine de sa lampe palpitante la sombre caverne de nos existences." (p.351)

"N'ont d'intérêt en fait que ce que nos esprits retiennent, ce que nos vies ont confié à l'air." (p.477)

 

Et vous vous en doutez : en ce beau jour d'Halloween, 
je ne pouvais pas ne pas participer au Challenge Halloween de
Lou et Hilde

 

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18 octobre 2012

Nouvelles Chroniques de San Francisco saison 2, Armistead Maupin

Nouvelles Chroniques de San FranciscoNouvelles Chroniques de San Francisco est le deuxième tome des aventures des locataires du 28 Barbary Lane, initialement parues dans le San Francisco Chronicle en 1976 et réunies en roman dès 1980.

Mary Jane et Michael partis se détendre en croisière au Mexique, Mona s'ennuie et décide de s'offrir une pause. Elle part dans le Nevada sans se douter qu'elle se lance sur les traces de son histoire familiale.
Pendant ce temps, Brian entretient une relation à distance avec une femme, par fenêtre et jumelles interposées, tandis que Dede, enceinte de son précédent adultère, cherche à dire à son mari que ses futurs enfants ne sont pas les siens.

Vous vous souvenez qu'il y  a peu, je décidais de découvrir Les Chroniques de San Francisco et que je tombais sous le charme de ces aventures un peu barrées dans l'Amérique des seventies.
Le plaisir est renouvelé avec ce nouveau tome ! Armistead Maupin poursuit dans la veine des aventures rocambolesques de ses personnages attachants avec San Francisco en toile de fond. C'est rafraîchissant, drôle et très rythmé !
Si l'identification aux personnages est plutôt ardue (quoique la quête de l'amour de Mary Ann et Michael possède un côté universel), ces derniers n'en demeurent pas moins captivants. Leurs errements et leurs questions existentielles sont divertissantes au possible et loin d'être simplistes. Armistead Maupin nous offre en effet un réel panel de personnages loufoques, dignes de l'époque libérée dans laquelle ils évoluent mais aux questionnements générationnels. Sexe, drogues et fêtes en tous genres sont au programme des festivités et  chacun en profite à sa manière.
Petit plus dans ce deuxième opus : les révélations sont nombreuses et offrent un goût pimenté aux chapitres qui se succèdent tout en apportant une tonalité parfois dramatique à la pension d'Anna Madrigal. C'est bien simple : j'ai dévoré ce tome en trois jours (et en plus, je travaillais !) Cela vous donne une idée de mon addiction à cette série...
Donc conseil à ceux qui n'ont pas encore commencé : achetez (ou empruntez) le premier tome et vous comprendrez ensuite pourquoi j'en fait un tel éloge ! Sur ce, au milieu de mes lectures Halloweenesques, je me glisse dans le troisième tome de ces chroniques !

Elles l'ont lu aussi : Argali, Stephie, Leiloona, L'Ogresse...

 

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21 septembre 2012

Chroniques de San Francisco saison 1, Armistead Maupin

Chroniques de San Francisco saison 1, Armistead MaupinLes Chroniques de San Francisco sont à l'origine des chroniques quotidiennes publiées par l'écrivain américain Armistead Maupin dans le San Francisco Chronicle en 1976. Gagnées par un succès immédiat, elles ont été rassemblées en six volumes et ont fait l'objet d'une adaptation télévisée. Un septième opus, paru en 2011 aux éditions de l'Olivier, est venu clore la série.

San Francisco, 1976. Mary Ann a vingt-cinq ans lorsqu'elle décide d'y poser ses valises. Pour la jeune fille de l'Ohio, San Francisco s'apparente à un monde délicieux où tout est permis. Elle trouve refuge au 28 Barbary Lane, dans la pension de la gentiment excentrique Mme Madrigal. En guise d'accueil, un joint scotché sur sa porte. Et un monde nouveau qui s'ouvre devant elle.

Longtemps, la littérature américaine m'a laissée de marbre. Comme si le fait que les États-Unis aient une telle influence sur le monde et que nous soyons tant abreuvés par leur culture m'avait lassée et détournée de leur littérature avant même que je ne m'y intéresse. Mais ces derniers temps, j'ai décidé qu'il était temps de découvrir un peu ce que les écrivains américains avaient à nous offrir. 
Débuter par Les Chroniques de San Francisco m'est apparu comme une bonne idée. Et je ne me suis pas trompée !  Mais je me rends compte qu'il n'est pas aisé de chroniquer un livre qui a fait tant d'émules avant moi... Je me lance quand même ! 
Si j'appréhendais la forme de ce recueil - le feuilleton - j'ai été agréablement surprise par la dynamique qu'elle offre à l'intrigue. Chaque chapitre est l'occasion d'un focus sur un personnage en particulier, personnage pris comme il se doit dans les affres de sa solitude et les méandres de son existence. 
Il y a Mary Ann, certes, mais aussi sa maternelle logeuse, Mme Madrigal, au passé trouble, Mona, publicitaire paumée qui partage son appartement de Barbary Lane avec Michael, jeune homosexuel en quête de l'âme soeur,  Brian, charmant serveur un peu trop entreprenant, Norman, vendeur en vitamines taciturne. Et puis il y a ceux qui n'habitent pas dans cette auberge espagnole chaleureuse qu'est la pension de Mme Madrigal : Edgar Halcyon, directeur d'une grande entreprise, Dede, sa fille, et son infidèle de mari Beauchamp, etc. Tout ce petit monde évolue et se cherche dans un San Francisco en pleine effervescence.
Ce premier tome se lit très rapidement. Chaque personnage tisse autour de lui une intrigue qui lui est propre et qui trouve au fil des pages des ramifications avec d'autres protagonistes. Armistead Maupin réussit le tour de force de ne pas lasser son lecteur avec ces feuilletons quotidiens rassemblés dans ce premier tome. Si chaque chapitre est assez court, il n'en demeure pas moins qu'il offre une avancée indéniable à l'intrigue et des rebondissements très intéressants à cette dernière. Et moi qui étais sceptique, j'ai été conquise. C'est dire...

On lit, que dis-je, on dévore, ces Chroniques de San Francisco !
Bienvenue dans un monde décalé et envoûtant...

challenge-romans-cultes1/6 pour le Challenge Romans Cultes chez Métaphore

 Elles ont lu aussi ce premier tome : Manu, Argali, L'Ogresse, Mélusine, Stephie, Leiloona, Violette, Pimprenelle...

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